‹ Iconographie romaine (volume 2)Chapitre 37 sur 45 · ET 0 TAC IL IA SEVE RA SON ÉPOUSE · texte numérisé non relu

ET 0 TAC IL IA SEVE RA SON ÉPOUSE

Les écrivains du siecle de Constantin ont donné à entendre qu’ Alexandre Sévere étoit chrétien; mais qu’il ne paroissoit tel que dans l’intérieur de son palais. Us ont dit la même chose de Philippe Ier, cependant avec- plus d’assurance. "Voici comment s’exprime sur ce sujet le savant et religieux Eckhel3: c? Philippe

(1) Capitol., Gord., XXVIII. (2) Lib. IX, 2. (3) D. N. V., VII, 327.

« avoit fait mourir son bienfaiteur Gordien III , et par cette perce fidie il s’étoit emparé du trône. Némésis, qui conservoit le « souvenir de ce crime odieux, lui fit subir le même sort. Si l’on cc retranche ce forfait, le reste de sa vie paroit avoir été exempt « de blâme. Plusieurs des anciens écrivains, entre lesquels on cc compte des saints peres , ont assuré qu’il étoit chrétien. Je ne cc traiterai point cette question , parcequ’elle n’entre point dans ede plan de mon ouvrage, parcequ’elle a occupé les écrivains cc de l’histoire ecclésiastique, Tillemont en particulier; et parcecc que les médailles de Philippe Ier, présentant toujours les images ce des fausses divinités, témoignent plutôt en faveur de l’opinion cc contraire. »

Philippe Ier (Marcus Julius Phiiippus) étoit Arabe, né dans la Trachonite , selon Victor ou dans la colonie de Bostra , qui appartenoit à l’Arabie proprement dite, selon Zonare2. On ne sait rien de son origine , ni de sa vie avant l'époque où il fut nommé préfet du prétoire, l’an 243; si ce n’est que son pere avoit été un chef de voleurs très célébré ( pâtre nobilissimo latronum ductore , dit le jeune Victor 3 ):. Zosime, parlant de Philippe Ier, dit aussi que les Arabes étoient la plus méchante des nations (el Açccôiaç £0vovç xeiçiarou). Combien est ancienne cette horde d’Arabes qui ne vit que de vols et de pillages, et chez qui les chefs ou les plus hardis voleurs sont honorés ?

On doit croire que Philippe avoit parcouru avec succès tous les grades de la milice , puisque Gordien III Je nomma préfet du prétoire, après la mort de Timésiclès, pere de l’impératrice, et celui qui gouvernoit sous le nom du jeune empereur. Si l’on en croit Capitolin4, Philippe fut l’auteur de cette mort. Il avoit des

(1) Cœs., XXVIII. (2) Lib. XII, 19. (3) Epit., XXVIII. (4) Gord. , XXVIII.

ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. IL

u, x raisons puissantes de craindre un juste ressentiment de la part '«sems je Timésiclès ■ et il en prévint l’effet en lui faisant donner un

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sfju’ii Tra- foreuvo °6 contr<iirc Ici maladie dont il etoit atteint. Oe ne lut

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1 v pas son plus grand crime : il n’avoit immolé Timésiclès que pour abattre la seule barrière qui le séparoit du trône; et il portoit ses vues plus haut. Devenu le conseiller intime de Gordien, il s’occupa a l’entraîner dans les plus fausses démarches , et en même temps à le rendre odieux aux soldats. Il les conduisit dans des contrées incultes ou dévastées ; et il empêcha les convois de suivre les armées, en les égarant a dessein; ce qui les irrita contre Gordien. Alors des officiers vendus à Philippe représentèrent aux soldats que l’empereur (âgé seulement de vingt ans) étoittrop jeune pour soutenir le-fardeau de 1 empire, et qu’il falloit le remplacer par un homme' blanchi sous les armes et dans le conseil, tel que Philippe.

Capitolin dit que ce monstre d’ingratitude se fit d’abord déclarer empereur par les soldats irrites, et collègue de Gordien en qualité de son tuteur. Nous avons vu dans la vie du jeune prince le récit de cet evenement trace par le meme historien; nous rappellerons seulement ici que tous les autres écrivains disent seulement que Philippe fit mourir l’infortuné Gordien, et qu’il lui succéda l’an 244 (997 c^e Rome).

Après qu’il se fut adjoint, en lui donnant le nom de César, son fils, âgé seulement de sept ans, il écrivit au sénat pour lui annoncer la mort de Gordien III, qu’il attribuoit à une maladie; et son élection, en lui demandant son approbation. Il l’obtint du sénat, qui feignit de croire naturelle la mort de Gordien , et qui lui fit rendre les honneurs divins. Philippe profita de la victoire que l’armée de ce malheureux prince venoit de remporter sur les Perses , près de l’Euphrate ; il conclut la paix avec

leur roi Sapor, et ramena les troupes romaines dans la Syrie. cB»r. x. Pour éterniser son nom, il fonda, près de cette province et ^LTXTLprès de Rostra, dans la Tracliouite (appelée quelquefois Arabie), Tra

une ville, qu’il nomma Philippopolis et dans laquelle il fit n.j.y. frapper entre autres médailles probablement celles de son pere Marinus , comme l’a judicieusement conjecturé M. Tochon d’Annecy \

Arrivé à Rome , Philippe chercha par sa douceur à seconcilier les sénateurs , et les soldats par ses largesses. Pour pallier le meurtre de Gordien , son bienfaiteur, il en parla toujours avec respect et ue détruisit point ses monuments. Il repoussa loin du Danube, en 245, les Carpes (peuple scythe ou gotli), qui avoient fait une incursion dans les contrées qu’il arrose ; depuis lors il porte, ainsi que son fils, sur les médailles, les surnoms de Germanicus Maximus, et de Carpicus Maximus. Enfin, l’an 247, il donna à son fils le titre d’Auguste, avec la puissance trihunitienne.

L’an 248 de l’ere vulgaire forme dans l’histoire de Rome et dans celle de Philippe I" une époque remarquable ; il correspond à l’an 1001 de la fondation de la ville éternelle. Les deux empereurs c/îlebrerent dans cette annee, avec la plus grande pompe, des jeux qui étoient à-la-fois séculaires et millénaires: c’étoit au xer avril de l’année précédente 247 qu’avoit commencé la millième année, et elle avoit fini au même jour de 248. Les chronologues ont émis des opinions contradictoires sur l’époque • de ces jeux millénaires; les uns l’ont avancée d’une, même de deux années; Cassiodore seul 1 a reculée d un an : mais Eckhel et la plupart des chronologues ont prouvé, par le témoignage

(2) Mémoires sur les médailles de Marinus et de J ot api a nus , 1817.

(1) Zoru, XIJ, i9;Vict. , Cœs . , XXVlIT. (3) J). N. V. , VII, 324.

Cil A P. X.

■Sitccesseur l’ Alexandre :

ere jusqu’à T an Dece.

PI. LV

23o ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.

irrécusable des médailles, que Fou doit assigner l’an 248. Aucune de celles de Philippe antérieures à cette année n’a rapport J- aux jeux millénaires; taudis que l’on en trouve un grand nombre qui sont relatives à ces jeux , et qui présentent le troisième consulat de Philippe pere joint au deuxieme de son fils; or cette réunion appartient exclusivement a l’an 248. La durée de ces jeux, que Philippe ht célébrer seulement après les mille ans accomplis, fut « de trois jours et de trois nuits, sans que le «peuple se livrât au sommeil, dit S. Jérôme »

La durée non interrompue de ces jeux est pour ainsi dire moins remarquable que le nombre et l’espece des animaux qui y parurent. levais en donner l’énumération pour suppléer à la disette des faits mémorables dans cette période de l’histoire romaine , quoiqu’on en trouve une semblable dans la vie des deux premiers Gordiens2. Le troisième empereur de ce nom avoit fait rassembler à Rome un grand nombre d’animaux pour la célébration de son triomphe sur les Perses, triomphe qui ne put avoir lieu a cause de sa mort prématurée. Philippe les lit paroitre dans le cirque aux jeux millénaires, et il en donna une partie aux spectateurs; le reste fut immolé aux plaisirs du peuple. Trente-deux éléphants, dix élans, dix tigres, soixante lions, et trente léopards apprivoisés, dix hyenes , un hippopotame , un rhinocéros , dix lions blancs (d’une couleur moins foncée) , dix girafes, vingt ânes sauvages, quarante chevaux sauvages, et un nombre incalculable d’autres animaux de toute espece. Enfin l’on vit combattre dans ces jeux mille couples de gladiateurs . qui appartenoient au domaine public.

Alexandre Sévere avoit eu le dessein de supprimer les lieux

O) Hier., in Citron. Eusebil, (2) Capitol. , Gord. , XXXIII.

infâmes où des hommes achetaient dn fisc le droit de se prosti- cm. x. tuer à la lubricité publique; «mais il craignit, dit son historien «Lampride1, de rendre plus violentes les passions que l’on se- Tra¬

ce roit forcé de contraindre; car les hommes sont entraînés plus pi.lv. «violemment vers les objets défendus, et les recherchent avec « fureur. » « Philippe, plus hardi , exécuta le projet d’Alexandre ;

« ce qui lui attira l’estime générale , dit Victor % qui écrivoit «dans le quatrième siecle, sous le#s empereurs chrétiens; mais « cette prohibition n’a plus d’effet. » Cependant on ne trouve aucune preuve qu’elle ait été entièrement révoquée; ce que la pudeur publique dut à la fermeté de Philippe.

D es révoltes , occasionées par la famine et par les exactions des officiers de l’empereur, éclatèrent dans plusieurs contrées l’an 249. Dans l’Orient, Jotapien revêtit la pourpre, mais il fut bientôt mis cà mort. Les troupes de la Mœsie et de la Pannonie se soulevèrent en même temps, et placèrent le diadème sur la tète de Publius Carvilius Marinus, officier subalterne3. Effrayé de la révolte des armées de Pannonie , Philippe demanda aux sénateurs de l’aider à l’apaiser, ou de le décharger du fardeau de l’empire , s’ils croyoient qu’il fût au-dessus de ses forces. U11 silence général fut la seule réponse du sénat. Decius (qui, devenu empereur, fut appelé Trajanus Decius) prit enfin la parole, et dit que l’on avoit tort de rçdouter les entreprises de deux hommes aussi peu recommandables que Jotapien et Marin, et qu’ils succomberoient à cause de leur incapacité. Il les avoit bien jugés , car ils furent bientôt vaincus et mis à mort.

Cependant Philippe chargea de les poursuivre le même Decius, qui s’en défendit long-temps. Les soldats révoltés ne trou-

Çi*) Lib. XXIV. (2) In Cæs., XXVIII. (3) Zosim., I.

verent d’autre moyen d’éviter une juste punition qu’en élisant empereur celui qui étoit envoyé pour les faire rentrer dans le devoir : le croyant d’ailleurs digne de régner et capable de vaincre Philippe. Decius opposa aux soldats une vive résistance ; et il ne se rendit, selon Zonare , qu’en voyant les épées tirées contre lui. Il écrivit sur-le-champ à Philippe pour lui annoncer la violence qu’on lui avoit faite , et pour l’assurer qu’arrivé à Rome , il déposeroit la pourpre et le diadème. Mais celui-ci, croyant apercevoir dans cette assurance un piege et un moyen employé pour l’entretenir dans l’inaction, sortit de Rome avec ses troupes, y laissant seulement quelques prétoriens avec son (ils. Arrivé à Vérone, il livra bataille à Decius, la perdit, et fut tué. Son fils le fut aussitôt à Rome par les prétoriens.

Philippe avoit régné environ six ans , étant mort l’an 249 ( 1002 de Rome). On ne sait rien de précis sur son âge : la chronique d’Alexandrie 11e lui donne que quarante-cinq ans; mais" Zosime parle de sa foiblesse, suite de son grand âge.

Les deux portraits de Philippe pere , gravés sur les médailles de la planche LV, sont les meilleurs qui nous soient parvenus; c’est pour ce motif qu’on les a choisies de préférence à celles qui sont relatives aux jêux millénaires. Sur le médaillon de bronze du n° 1 le buste de Philippe, couronné de laurier, est entouré de la légende IMP erator CAESar Marcus Y\JLius PHI- LIPPVS AVG ustus. Revers , l’empereur debout , en costume militaire ; à ses côtés deux porte-enseignes et un prétorien : légende, P ontifèx M aximus T YYibunitia P otestas COS. ( consul ) P ater P atriœ.

Même buste et même légende sur la médaille de bronze du n° 2. Revers , femme debout , tenant de la main gauche une corne d’abondaùce, des épis de la droite; dans le champ, un

SUCCESSEURS D’ALEXANDRE SEVERE. a33

boisseau plein d’épis, avec les sigles S. C. ; légende, ANNONA AVG ush ( distribution de blé au nom de l’empereur).

Otacilia Severa fut l’épouse de Philippe Ier, comme nous le lisons dans les inscriptions et sur les médailles. D’ailleurs l’histoire ne nous apprend rien d’elle, sinon qu’elle laisse entrevoir que cette impératrice étoit chrétienne'.

La médaille de bronze du n° 3 présente le buste de l’impératrice, avec la légende MARCIA OTACILAs SEVERA AVG usta. Revers, femme debout, élevant la main droite et tenant une corne d’abondance; légende, PIETAS AVGVSTAE; les sigles S. C. dans le champ.

ClIAP. X.

Successeurs d’Alexandre Sévere jusqu’à Trajan Dece.

PI. LV

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