‹ Iconographie romaine (volume 2)Chapitre 40 sur 45 · ET ÉTRUSCILLE SON ÉPOUSE · texte numérisé non relu

ET ÉTRUSCILLE SON ÉPOUSE

CaiusMessiusQuintusTrajanus Decius (appelé communément Trajan Dece, ou seulement Dece) fut le premier des princes qui, sortis en grand nombre de l’Illyrie, obtinrent ou usurpèrent le titre d’Auguste. C’est dans cette région, placée entre le Danube, la Grece, et l’Adriatique, que naquit Dece, près de Sirmich, bourg de la Pannonie inférieure. Zosime 1 , zélé partisan du polythéisme, semble n’avoir donné de grands éloges à cet empereur que parcequ’il avoit persécuté les chrétiens; on peut croire cependant qu’il a seulement exagéré des faits réels. Il dit que Dece étoit recommandable par sa naissance et par la dignité de sénateur, dont il étoit revêtu, lorsqu’en 249 (1002 de Rome) Philippe fit connoître au sénat la révolte de Jotapien et de Marinus.

On ignore tous les détails de la vie de Dece jusqu’à cette époque. Seulement le jeune Victor3 dit qu’il étoit courageux, habile dans l’art militaire, d’un commerce doux et facile; qu’il étoit très instruit, et qu’on admiroit en lui toutes les bonnes qualités. Vopisque3 dit aussi que sa vie et sa mort rappeloient les temps anciens.

(1) Lib. I, ai. (2) Epitom., XXIX. (3) In Aureliano, XLII.

ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. IL

et ses successeurs jusqu’à Valérier PI. LVI.

ci«r xi Nous avons vu dans la vie de Philippe que Dece chercha à 1 rajan Dece rassurer Je sénat effrayé par le tableau des révoltes que cet erupereur mettoit sous ses yeux. Il annonça que les régnés des généraux révoltés seroient très courts, et qu’ils périroient bientôt de la main de leurs propres soldats. Philippe l’envoya pour les combattre; mais les armées, craignant d’être punies de leur révolte, firent mourir Jotapianus et Marinus, puis elles offrirent la couronne à Trajan Dece. Celui-ci la refusa plusieurs fois, jusqu’à ce que les soldats le contraignirent l’épée à la main à l’accepter, l’an 249. Son premier soin fut d’instruire le sénat de la violence qu’il avoit soufferte, et de lui annoncer qu’arrivé à Rome il déposeroit la pourpre. Mais Philippe, qui lui-même avoit trahi ses serments vis-à-vis de Gordien Pie, n’ajouta point foi aux promesses de Dece, marcha contre lui, et livra bataille auprès de Vérone. La fortune lui fut contraire; il périt dans la mêlée; et, à la nouvelle de ce désastre, son fils fut tué à Rome par les prétoriens.

Trajan Dece fut aussitôt reconnu empereur par le sénat. 11 déclara Césars les deux fds rlont Etruscille P avoit rendu pere, Herennius Etruscus et Hostilien. Pendant son régné, les chrétiens furent persécutés, en haine, disent Orose, Eusebe et S. Jérôme, de Philippe son prédécesseur, sous lequel ils avoientvécu en paix. Mais en voyant Dece recréer la censure, magistrature redoutable sous la république et sous les premiers empereurs, qui s’en étoient arrogé la puissance sans en prendre le nom (Domitien excepté), on doit penser que, de même qu’il vouloit rétablir les bonnes mœurs, de même aussi il vouloit rendre à la religion des Romains toute sa splendeur. Ainsi, sans prétendre diminuer l’horreur qu'inspirent l’intolérance et la persécution, nous envisageons dans Trajan Dece un prince qui suivoit la

TRAJAN DECE ET SES SUCCESSEURS. a43 malheureuse impulsion de son siecle, plutôt que sa haine contre chjp. xi.

Philippe. Trajau Dece

-1 * et ses successeurs

Le rétablissement de la censure fut l’événement le plus re- ius<iu’i* Valérienmarquable d’un régné si court. Dece espéroit-il faire revivre les mœurs antiques chez un peuple aussi corrompu que l’étoient les Romains? Croyoit-il qu’il suffisoit, pour obtenir ce résultat, de créer un magistrat spécial, et de l’investir d’un pouvoir presque illimité? C’étoit trop bien augurer de l’espece humaine. Quoi qu’il en soit, il remit le choix du censeur au sénat, qui déclara à l’unanimité que Valérien, l’un de ses membres (qui fut depuis empereur), méritoit. le mieux d’obtenir la nouvelle dignité.

Quelques révoltes éclatèrent, l’an sôo, dans les Gaules, et elles furent bientôt apaisées. Zosime 1 dit que le régné de Dece fut rempli de troubles , causés par la foiblesse et l’incurie de son prédécesseur. Mais ce qui jeta l’alarme jusque sur les bords de l’Adriatique fut l’incursion d’une des tribus scythiques , désignée sous les noms de Getes et de Goths. Ils traversèrent, le Danube, ravagèrent la Mœsie, laThrace, et la Macédoine. Les gouverneurs de ces provinces obtinrent quelque succès contre les barbares; mais l’un d’eux, Priscus ( probablement le frere de Philippe) , se joignit aux Goths , et prit le titre d’empereur1. Trajan Dece partit de Rome pour se mettre à la tète de ses armées. Accompagné du César Herennius, il repoussa vivement les Goths, et il donna l’année suivante le titre d’Auguste à son fils.

Cette année 2Ôi ( 1004 de Rome) fut fatale aux deux Augustes. Trebonianus Gallus , l’un des généraux, trahit Dece, et n’exécuta point les ordres qu’il avoit reçus de garder les passages du Danube , afin que les Goths ne pussent échapper au fer des

(1) Lib. 1,23. (2) Vict., Cœs.j XXIX; Jornand. , 4 i ? 42-

Chai-. XI.

Trajan Dece et ses successeurs jusqu’à Valcrien.

PI. LVI

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Romains. L’empereur, loin d’être découragé par cette perfidie, se jeta, comme un autre Decius, au milieu des ennemis. On lui apprit que son fils avoit reçu la mort en combattant dans les premiers rangs, et il dit alors à ceux qui l’entouroient et qui paroissoient troublés par ce malheur , « Ce n’est qu’un citoyen de « moins dans l’empire. » Désespérant alors de l’issue du combat , il poussa son cheval dans un marais qui l’engloutit; et l’on 11e put trouver son corps. Il avoit régné un peu plus de deux ans, et il étoit âgé de cinquante, selon Victor le jeune, et de soixante selon l’auteur de la Chronique d’Alexandrie.

Tel est le récit de sa mort , selon la plupart des écrivains ; mais, selon quelques uns, Trebonianus Gallus auroit engagé les Gotbs à se fortifier derrière un marais peu profond en apparence, et il auroit conseillé aux deux Augustes de les attaquer en traversant ce marais, où il savoit qu’ils trouveroient la mort. Eutrope, qui prodigue l’apothéose, dit, sans probabilité, qu’elle fut décernée aux deuxDeces. Mais, chez les écrivains chrétiens, ce nom est devenu le synonyme de celui de Néron.

Nous n’avons de portrait de Trajan Dece que sur ses médailles. Les plus beaux sont ceux que présentent les médaillons de bronze. Comme ou voit sur ces médaillons les sigles S. C. , on ne peut douter qu’ils n’aient servi de monnoie. Sur le médaillon d’argent du nü l\ , planche LVI , on lit IMP erator Gains Mev^àw Q uintus TRAIANVS DECIVS AVG ustus, autour de la tête de Dece, ornée d’une couronne radiée. Revers, tête d’Etruscille , son épouse, sur un croissant; en regard, les têtes accolées de ses deux fils, Herennius et Hostilien, ornées de couronnes radiées ; légende , CONCORDIA AVGG ustorum.

Même légende sur la médaille d’argent du n° 5, autour de la tète de Dece, couronnée de laurier. Le revers présente un type

fort rare, la figure de l’Abondance; elle verse des trésors d’une corne d’abondance, avec la légende ABVNDANTIA AVG usti.

Le beau médaillon de bronze du n° 6 présente le buste de Dece, couronné de laurier, avec la légende IMPerafor C aius M essius Qumtus TRAIANYS DEC1YS AVGustus. Revers, deux femmes debout, dont l’une éleve la main droite vers une enseigne militaire; et l’autre, dans la même attitude, tient de la gauche une enseigne plus petite : légende, PANNONIAE ; S. C. dans le champ. Les deux Pannonies (supérieure et inférieure), la Dace, et l’Illyrie , étaient cheres à Dece , parcequ’il y avoit été proclamé empereur, et parceque les légions tirées de ces provinces l’avoient puissamment aidé à vaincre Philippe.

On ignore les détails de la vie de l’impératrice Herenjyia Etruscilla , épouse de Trajan Dece; les historiens parvenus jusqu’à nous 11’ont pas même conservé son nom. Mais elle est appelée dans une inscription Conjux domini nostri Dec I Augusti , mater Augustorum nostrorum ' ; et sa tète est placée en regard de celle de Dece sur une médaille de bronze frappée à Rhesæna en Mésopotamie. Etruscille reçut le titre d’Auguste, l’an 2^9, avec son époux, qu’elle avoit rendu pere d’Herennius et d’Hostilien, Césars et Augustes.

Le médaillon de bronze du n° 7 présente la tête d’Etruscille, coiffée avec le diadème, et la légende HERENNIA ETRYSCILLA ANGusta. Revers, six femmes voilées sacrifient sur un autel devant un temple, dans lequel est placée la statue d’un homme armé; légende, YESTA.

Chap. XI.

Trajan Dece et ses successeur jusqu'à Valérien PI. LVI.

(1) Mus. Veron. , p. 102.

ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.

Ciup XI.

Trajan Dece

et ses successeurs §. 2. HERENNIUS ETRUSCUS,

jusqu’à Valérien. '

EMPEREUR

Fils de Trajan Dece et d’Etruscille , Quintus Herennius Etruscus Messins Trajanus Decius fut créé César l’an 249 par son pere, que le sénat avoit reconnu empereur après la mort de |l ailippe. Il fut bientôt après envoyé en Illyrie , pour repousser les Gotbs, qui, ayant traversé le Danube, ravageoient les provinces romaines situées sur la rive droite de ce fleuve. Herennius les combattit d abord avec une fortune variable ; mais elle tui devint si défavorable , que son pere vint prendre le commandement de 1 armée. Dece le créa Auguste l’an 2Ôi , peu de mois avant la bataille où ils perdirent la vie tous les deux. On connoît le courage avec lequel Dece apprit la mort d’Herennius , tué au premier choc. «Ne perdez pas courage, dit-il, ce n’est « qu’un combattant de moins. »

Un des meilleurs portraits d’Herennius est celui que présente la médaille de bronze du n° 8, planche LVI. La tête est nue; légende, Quintus EiïWuscus MESa/'ma DECIVS NOJV/G C césar. Revers, figure, en costume militaire, tenant un sceptre et la haste transversale; légende, PRINCIPI ÏWENTVTIS ; S. C. dans le champ.

§. 3. IiOSTILlEN, EMPEREUR.

Ce prince, dont on a des médailles sur lesquelles il porte le titre de César et celui d’Auguste , étoit-il un second fils de Trajan Dece, ou son gendre:’ L obscurité qui régné dans les auteurs

qui ont écrit l’histoire de cette époque est telle, que des érudits très judicieux ont pu être partagés d’opinion sur ce fait; mais au j oui’d’hui tous sont d’accord avec Eckliel ' pour reconnoitre un second fils de Trajan Dece dans Caius Valens Hostilianus Quintus.

Après la mort de Trajan Dece et d’Herennius , Trehonianus Gallus, qui leur succéda, crut devoir faire un sacrifice à l’opinion publique en associant à l’empire le second fils de Dece, Hostilien. Il lui donna le titre d’Auguste, ainsi qu’à son propre fils Volusien, l’an i5 1. Mais bientôt, craignant que le fils de Dece ne devint, à cause du respect avec lequel on prononçoit toujours le nom de son pere, un objet de prédilection pour ceux qui voudroient troubler l’état, il lui tendit des embûches, et le fit mourir. Tel est le récit de Zosime; les deux Victors5 assurent qu’Hostilien mourut de la peste.

On voit sur une médaille de bronze, n° 9, la tête d’Hostilien, couronnée de laurier, avec la légende IMPerafor CAESar Caius VAL eus llOStilianus QVUNfTVS AVGuslus. Revers ,

Hygiée, fille d’Esculape et déesse de la santé, donne à manger à un serpent entortillé autour d’un autel; légende SALVS AYGYSfn:; S. C. dans le champ. Ce type est relatif à la maladie contagieuse qui ravagea le monde connu , sous l’empire de Trebonianus Gallus.

Chap. XI.

Trajan Dece el ses successeurs jusqu’à Valérien.

PI. LVI

(1) Doctr. Num. Vet.y VII, 35 1. (2) Lib. 1,25.

ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.

Chav. XI.

Trajan Dece et ses successeurs jusqu’à Valérien.

PI. LVH.

§. 4. TREBONI ANUS GALLUS,

EMPEREUR

Le nom de Caius Vibius Trebonianus Gallus (appelé communément Gallus) fait époque dans les fastes dePiome, par l'espece d’encouragement que donnèrent aux barbares ses traités odieux. Il permit aux Goths de retourner dans les contrées qu’ils a voient habitées jusqu’à cette époque, avec le butin et les prisonniers qu’ils avoient enlevés sur les terres de l’empire; et il promit encore de leur payer en or un tribut annuel.

Un texte équivoque du jeune Victor1 feroit croire que Gallus étoit né dans l’ilc Méninge, sur les côtes d’Afrique ( aujourd’hui Gerbi ou Zerbi). Mais il régné une profonde obscurité sur son origine; on voit seulement qu’il avoit été consul, et qu’il commandoit l’armée romaine dans l’expédition contre les Goths, sous les ordres de Dece et de sou fils. Gallus trahit cet empereur; et, malgré ses ordres, il laissa libre le passage du Danube, afin que les barbares pussent échapper aux aigles victorieuses3. Ensuite, de concert avec les Goths, il l’engagea à traverser pour les attaquer un marais dans lequel ce malheureux prince fut englouti, après avoir vu tomber sous le fer ennemi son fils, qu’il venoit de s’associer pour collègue.

Pour cacher son crime, Gallus donna publiquement des regrets à Dece; mais on n’en put douter quand on le vit recevoir le diadème des mains des soldats l’an ^5i ( 1004 de Rome.) Il se bâta de choisir pour collègue celui des deux fils de Dece qui lui

(1) Epit. XXXI. (2) Zosim.,1, i3.

avoit survécu, Hostilien; et il ne donna à son fils Yolusien que le titre de César.

Ce fut alors qu’il conclut avec les Goths le honteux traité dont j’ai parlé plus haut, par lequel il leur permettoit d’emmener prisonniers des personnages illustres, et s’engageoit à leur payer tous les ans un tribut considérable. Ue plus méprisable des empereurs, Domitien, lui en avoit donné l'exemple; mais Trajan avoit aboli bientôt après cette odieuse servitude. Gallus fit dans Rome une entrée triomphante en mémoire de cette paix , si chèrement et si honteusement obtenue1. Ensuite il ôta la vie au fils de Trajan Dece, de ce prince dont le nom révéré lui portoit ombrage; et il donna le titre d’Auguste à son fils Yolusien.

A peine le fléau de la guerre avoit-il cessé, qu’un autre fléau plus redoutable ravagea Rome, l’Italie, et tout l’univers; c’étoit une maladie contagieuse et mortelle. Elle avoit commencé dans l’Orient vers la fin de l’année i5i , et elle duroit encore l’an 270, où l’empereur Claude II (le Gothique) en fut la victime. Ues deux empereurs cherchèrent à se concilier l’affection du peuple en veillant eux-mêmes à ce qu’on donnât la sépulture aux citoyens les plus pauvres2. On croit que les Romains, attribuant ce terrible fléau à l’établissement du christianisme, contraignirent les empereurs à persécuter les chrétiens, ainsi que l’avoit fait Dece, leur prédécesseur. La dépopulation causée par cette maladie contagieuse amena les suites ordinaires, la famine par défaut de culture, la sécheresse par défaut d’entretien des canaux, et la guerre par l’abandon des frontières.

Tel étoit l’état déplorable de l’empire, lorsque, l’an a53, Emilien fut proclamé empereur par l’armée de la Mœsie. Gallus se

(1) Zosim..I.25. (2). Vict., Cœs. , XXX.

Chat*. XU Trajan Dece et ses successeurs jusqu’à Valérien.

PI. LVII

25o ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.

xi. contenta d’envoyer pour le combattre Yalérien (ce général fut Frajan Dece depuis empereur), qui rassembla les troupes des Gaules et de la

et ses successeurs * ■*- < ..

jusiju à Vaierien. GeriüRiiie. Mais Eimlien le prévint, et marcliasur 1 Italie. Alors pi lvii. Oallii s se mit à la tète de l’armée qu’il vouloit opposer à l’usur-

pateur, et qui, désespérant du succès, le fit mourir avec son fils Y olusien, près d’Interamna (Terni dans l’Ombrie), l’an a54. Il étoit âgé de quarante-sept ans, et en avoit régné un et demi.

On a cru long-temps que Cornelia Supera, dont on a des médailles grecques et romaines, et dont l’histoire n a point fait mention , étoit son épouse ; mais les antiquaires la reconnoissent aujourd’hui d’un commun accord pour l’épouse d’Emilien.

: 3. La médaille de bronze du n° 3, planche LVII, présente la

tète de Gallus, couronnée de laurier, avec la légende . 3 S

TREb ONIANV S GALLYS AV G ustus. Revers, la Félicité debout, tenant un long caducée et une corne d’abondance; légende, FELICITAS PVBLICA; S. C. dans le champ.

v l 'i. Cette médaille, et un grand nombre d’autres mieux conservées,

prouvent la ressemblance du buste de bronze gravé ici de face et de profil, sous lesiY î et a, et conservé dans le musée du Vatican. Il faisoit jadis partie de la collection du palais Mattéi '. On y remarque l’usage des princes de cette époque de porter les cheveux presque rasés, et la barbe rasée seulement sur les pommettes.

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