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jeunes Césars , juscju’à ce que Gordien III le joignît à celui d’Auguste ; ce que les empereurs cessèrent de faire après le règne de Constantin'. Il sembloit que ce titre désignoit seulement le clief tles jeunes chevaliers dans les jeux troyens; mais la politique de l’empereur lui donna une influence réelle.
Auguste, toujours dissimulé, affectoit de se refuser aux empressements des Romains, et de ne pas élever ses fils au consulat, quoiqu’il le désirât ardemment '. Leur conduite l’en éloignoit encore; car «les deux Césars, dit l’historien Dion1, élevés dans «la grandeur, n’imitoient pas les mœurs de leur pere ; non «seulement ils s’adonnoient déjà à la déhanche, mais encore ils «avoient l’abord rude et difficile. Lucius s’étant présenté dans «un spectacle sans l’ordre de son pere, et ayant été accueilli par «des applaudissements dictés en partie par l’affection, en partie «par l’adulation, il devint enflé d’orgueil; il demanda, entre «autres choses, que l’on accordât le consulat à son frere Caïus, «qui n’étoit pas encore adolescent. Auguste indigné dit, Qu’il «souhaitoit que la force des temps ne contraignit jamais de re- «vêtir de cette dignité un citoyen âgé de moins de vingt ans, «comme il étoit arrivé à lui-même. » Ses fils insistant, il répondit qu’il attendroit , pour le faire , à être forcé par la volonté du peuple.
Cependant on 11e peut douter que cette résistance ne fût un acte de dissimulation, quoiqu’il dise dans son testament (appelé le Monument cl' slncjre) , «Le sénat et le peuple romain clési- «gnerent consuls, par considération pour moi, mes fils Caïus «et Lucius ( en 7.48) , âgés au plus de quinze ans , à condition qu’ls «n’en feroient les fonctions que dans cinq ans. Le sénat décréta
(1) Doctr. num., VIII, 379. (3) Dio, LV, 9.
(2) Tacit. ,1,3.
«encore qu’ils assisteroient à ses assemblées publiques, dès qu’ils «auroient été présentés dans le forum (pour être inscrits sur le c; tableau militaire)'.»
Il créa Caïus pontile , Lucius chef des augures; il les chargea de consacrer un temple en qualité de consuls; et les lit présider, avec leur frere Agrippa Posthume, aux jeux troyensf
En même temps Auguste, toujours inégal dans sa marche politique, et craignant d’exalter l’orgueil de ses petits-fils, accorda à son beau-fils Tibere la puissance tribunitienne pour cinq ans, et le commandement de l’armée envoyée contre les Arméniens révoltés. Mais cette conduite de l’empereur choqua tout à la fois les jeunes princes, qui se crurent méprisés, et Tibere, qui, craignant d’éprouver leur ressentiment, se retira subitement à Rhodes, comme s’il eût eu le dessein de s’y livrer à l’étude sans distraction.
Gains fit, dans la Germanie , ses premières armes sous Tibere. Mais la gloire attachée à son nom est fondée sur l’expédition en Asie contre les Partîtes, commencée en 753, dont Auguste lui confia le commandement, avec le titre de proconsul, quoiqu’il ne fût âgé que de dix-neuf ans. Je voudrois rapporter les vers harmonieux que ce départ inspira à Ovide1 2 3; mais au moins je dois les indiquer aux amateurs de la belle poésie.
Je suivrai ici Velleius Patereulus4, qui avoit commencé sa carrière militaire dans cette campagne; mais dont l’exactitude avoit été soupçonnée, avant que les fragments de Dion , découverts à la fin du siecle dernier à Venise par M. l’abbé Morelli, eussent confirmé son récit. Caïus , envoyé pour commander en
Ch Av. ï.
Césars.
PI. XX
(1) Dio, LV, 9.
(2) Dio , Frcigm. publiés par Morelli en
(3) De Arle amandi, I, 177.
(4) Lib. II, cap. ci, en.
ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.
Cil AP. I.
i amille des
S) rie, visita plusieurs provinces, reçut Tibere, qui étoit venu au-devant de lui à Chio, avec beaucoup de respect, si l’on en croit \ elleius , qui éerivoit sous Tibere; ou plutôt avec froideur et dédain , selon Dion et Suétone ’. Auguste lui sut grc de n’avoir point adoré Dieu dans le temple de Jérusalem en traversant la .1 udée.
11 avoit eu le dessein de porter la guerre en Arabie, contrée presque inconnue alors aux Romains , avant de la faire aux Parthes; on a même dit qu’il l’avoit exécuté. Mais du moins il est certain qu’il avoit pénétré avec une armée jusqu’à Charax , sur le golfe d’Arabie. Pline dit en effet1 2 : «Aelius Gallus seid a «porté les aigles dans cette contrée, que le fils d’Auguste, le «César Caïus, n’avoit fait que reconnoitre. »
Il se conduisit dans cette guerre contre Pbratacès , jeune roi des Parthes , fils du vieux Pliraate, avec courage et fermeté.
Tous les philologues blâmoient Velleius d’avoir appelé ce roi partlie un jeune homme; mais les fragments de Dion, découverts par M. Morelli , le justifient pleinement en nommant Pliratacès3.
Celui-ci se bâta de conclure la paix avec Caïus, et renonça à l’Arménie, que son pere avoit secourue dans sa révolte contre les Romains. «Dans ce temps , on dit cpie le roi partlie découvrit «à Caïus les desseins perfides et cachés deLollius, qu’ Auguste lui «avoit donné pour guider sa jeunesse. » Velleius ne fait point conuoître ces trames sécrétés ; Suétone ne leur donne pour objet que d’animer Caïus contre Tibere; n’auroient-elles pas été plutôt relatives aux désirs de Livie, qui vouloit sacrifier les deux
(1) Dio , LV , ii : Snet. , Tib. , 12, Ang. , 94.
(2) Lib. VI, cap. xxviii : Nam C. Cæ-
sa/' a lufjusti filins prospexit tantum Àrabiatn .
(3) Page 8.
L* AJ.YLi.LLi h U IL o LJibAnt). 77
Césars à l’avancement de Tibere? On lit en effet dans Zonare ' (copiste de Dion, décoloré, mais exact), que la santé de Caius étoit déjà très affoiblie.
Caius fut nommé consul en 754, pendant cette première guerre; mais il ne survécut pas long-temps à cet honneur. Les Arméniens ayant repris les armes, il rentra dans l’Arménie, en conquit une grande partie. C’est là qu’il se laissa surprendre dans une conférence, à laquelle il se rendit imprudemment près de la ville d’Artagere. Il y fut grièvement blessé par le gouverneur Addon , qui l’avoit proposée. Caius ne guérit jamais entièrement de cette blessure; son esprit s’affoiblit, et il résolut de vivre en simple particulier dans la Syrie, disant, selon Velleius, qu’il aimoit mieux vieillir dans l’endroit le plus reculé de l’univers que de rentrer dans Rome.
Auguste, très affligé, fit part au sénat de ce dessein, et exhorta seulement son fils <à choisir l’Italie pour sa retraite. Celui-ci abandonna sur-le-champ toute administration, s’embarqua pour la Lycie, où il termina sa vie, l’an 757, âgé de vingt-trois ans. C’étoitun prince qui, malgré quelques défauts, auroit gouverné l’empire avec dignité. Sa douceur l’avoit fait chérir dans l’Orient, et il étoit fort aimé des Romains.
Son corps fut transporte a Rome avec celui de son frere Lucius, qui étoit mort à Marseille deux ans auparavant, lorsqu’il alloit commander les troupes romaines en Espagne.
Ces deux morts si promptes, qui ouvroient à Tibere la succession au trône, et que suivit de près le retour de ce prince à Rome, «firent soupçonner Livie d’en être l'auteur», dit l’historien Dion 2 ; « la vie de Caius fut abrégée par la rigueur du destin , «dit Tacite3, ou par la méchanceté de sa belle-mere Livie.»
(î) Page 539- (a) Fragm. VIII. (3) Tacit., t, 3.
Chap. r.
Famille d Césars.
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Cuap. T.
Famille des Césars.
Pline ‘ s’explique avec plus de réserve : « On reprocha à Auguste «de conserver dans son palais les auteurs de la mort de ses fils;
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«et la tristesse qui accompagna leurs funérailles 11’eut pas seule- «meut pour cause la perte de ces princes.»
Caïus avoit épousé Livie, ou Liville, comme l’appellent Suétone et Dion, fille de Drusus et d’Antonia, qui ne lui donna point d’héritiers, et qui épousa ensuite Drusus le jeune.
Lucius. On ne sait de lui que ce qu’on vient de lire. Il y faut ajouter seulement que son mariage avec Aemilia Lepida avoit été projeté, mais qu’il ne fut point accompli.
Les Césars Caïus et Lucius sont réunis ici dans un seul article, parcequ’ils le sont sur plusieurs médailles et dans plusieurs inscriptions. La plus célébré de ces inscriptions seroit certainement celle de la frise du beau temple de Nismcs, appelé Maison - Quarrée , si l’inspection des trous dans lesquels avoient été implantés les crampons des lettres de bronze a fourni au savant antiquaire de la même 1 ille , à Seguier , la véritable combinaison de ces lettres.
Agrippa Posthume (Marcus Julius), troisième des fils d’Agrippa et de Julie, naquit quelques mois après la mort de son pere, en 7 (12e avant l’ere vulgaire). Cette circonstance fit ajouter le mot posthumus au nom d’ Agrippa , que lui donna Auguste , pour conserver la mémoire de son illustre pere 2. Caïus, son frere aîné, étant mort l’an yhy, Auguste adopta Agrippa; mais il adopta en meme temps Tiberius Nero , appelé ordinairement Tibcre3. Ce prince dissimulé prétexta pour cette seconde adoption la raison d’état; on y reconnut plutôt l’ascendant de Livie. Il affecta cependant la modestie, lorsqu’un an après il
(1) Plin., VII, 45. (3) Velleius Paterculus, lib. II, cap. civ,
(2) Dio, LÏY, 29. cxn.
donna la toge virile à Agrippa; et il ne lui conféra aucun des honneurs qu’avoient reçus dans une occasion semblable ses freres aînés, Caïus et Lucius'. Peut-être commençoit-il à reconnoître le naturel bizarre et inégal de ce jeune homme. «Agrippa «neprenoit plaisir qu’à des occupations serviles, dit l’historien «Dion2; il ne s’occupoit que de la pêche , et il se donnoit le suret nom de Neptune; il entroit subitement dans des accès de colere; «il prodiguoit les injures à Livie, qu’il appeloit une marâtre ; et, «dans ses plaintes, il ne respectoit pas même Auguste, qu’il «accusoit de retenir les biens de son pere Agrippa. Comme il «ne se corrigeoit pas de ces défauts, Auguste cassa son adoption «l’an 760, fit don de ses biens à la caisse des militaires, l’exila «d’abord à Surrentum ( Sorrento) , dans la Campanie, et ensuite «dans file de Planasia, située près de la Corse.»
Tels sont les vices que cet historien reproche à Agrippa; et Velleius Paterculus3, qui écrivoit sous Tibere, en parle dans le même sens. Mais on voit percer dans ce portrait l’exagération avec laquelle sa marâtre le peignoit auprès d’Auguste, pour favoriser l’élévation de son fils Tibere. Tacite4, en effet, dit simplement de ce malheureux jeune homme : «Il étoit absolument étranger «aux beaux-arts; il se glorifioit follement de la force de son corps; «mais on ne le trouva coupable d’aucun crime» : et il attribue son exil à l’ascendant de Livie sur l’esprit d’Auguste vieilli.
Suétone5, de même, ne lui reproche qu’un naturel bas et farouche; c’est aussi le portrait qu’en faisoient, selon Tacite6, les Romains, lorsque, peu avant la mort d’Auguste, ils considéroient les princes qui devoient lui succéder.
Chap. I.
Famille des Ce'sars.
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(4) Annah ,1,3.
(5) Suet. , Auq., 65..
(6) Annal. , 1,4-
(1) Dio , IjV, 22.
(2) Lib. LV, 32.
(3) Lib. II, n2.
Ghap. r.
Famille des Césars.
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80 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.
Cette more , arrivée en 767, que Tacite et Dion attribuent à Livie, eut pour cause, selon eux, une visite que fit Auguste à l'infortuné Agrippa, dans file où il étoit. relégué.
L’empereur avoit caelié sou dessein à Livie, s’étoit fait suivre de quelques personnes choisies, et entre autres de Fabius Maximu s. On dit qu’il joignit ses larmes à celles de son fils, qu’il le traita avec tendresse; de sorte qu’on en avoit pu conclure que le jeune prince rentreroit dans la maison de son aïeul. Livie eut bientôt connoissance de cette entrevue par l’épouse deMaximus, à qui son mari l’avoit apprise. Auguste n’ignora pas cette indiscrétion. La mort de Maximus en fut la première suite; et sou imprudente épouse se reprocha hautement à ses funérailles d’en être la cause. Livie, craignant l’effet delà réconciliation de l’aïeul et du petit-fils, empoisonna Auguste bientôt après; et pendant quelle et son fils caclioient celte mort avec soin, un centurion tua Agrippa, après lui avoir montré l’ordre qu’il avoit reçu. «Le premier acte du gouvernement de Tibere, dit Tacite’, fut «un crime, l’assassinat d’ Agrippa , qu’un centurion courageux « eut beaucoup de peine à faire mourir , quoiqu’il fût désarmé et «surpris. Tibere n’en parla point au sénat; il faisoit croire que «son pere avoit ordonné au tribun commis à la garde d’Agrippa «de lui ôter la vie dès que lui-même auroit cessé de vivre. L’em- «pereur avoit à la vérité exprimé de fortes plaintes pour obtenir «le sénatus-consulte qui l’avoit exilé; mais il n’attenta jamais à «la vie d’aucun des siens. Il n’étoit pas croyable qu’il en eût privé «son petit-fils pour la séireté de son beau-fils; il paroissoit au «contraire plus vraisemblable que Tibere, animé par la crainte, «et Livie, poussée par ses haines de marâtre, eussent hâté l’as- «sassinat d’un prince qui leur étoit odieux et suspect. Cependant ' 1 ) Annal. > l 5.
FAMILLE DES CESARS. Si
«lorsque le centurion dit à Tibere, selon l’usage des militaires, cmr.i. « Vos ordres sont accomplis , il répondit que cet ordre n’étoit r^“le dl «point émané de lui, et qu’il en falloit rendre compte au sénat.» P1 xx Mais, dit Suétone, il couvrit ce crime d’un silence profond.
Ainsi finit, l’année même de la mort d’Auguste, sa postérité mâle avec Agrippa , qui mourut âgé de vingt-six ans.
Les médailles de ces trois Césars (quelques unes de Caïus exceptées) ont été frappées hors de Rome; c’est pourquoi leurs traits sout exprimés grossièrement. On peut donc révoquer en doute l’authenticité des bustes qu’on leur attribue.
La médaille de bronze du n° 6 de la planche XX présente d’un n° s. côté la tête d’Auguste, couronnée de laurier, avec la légende CAES AR ; de l’autre , celle de Caïus , avec la légende Caïus CAES^r AY GustiCilius PONT//è,r COS. (consul). Ou voit dans le champ un petit aigle incrusté ; il annonce que la médaille a fait partie de la collection des Gonzagues, ducs de Mantoue.
La tète de Lucius paroit sur une médaille de bronze frappée n- 7. à Césarée de Bithynie , avec la légende AEYKI02 KAI2AP , Lucius César, et le bâton augurai ( lituus ), symbole de sa dignité; on ' oit au revers une corne d’abondance, et le capricorne, signe du zodiaque sous lequel Auguste avoit été conçu, et qu’il avoit piis pour symbole, avec la legende KAISAPEflN (monnoie des habitants de) Césarée.
Sur des médailles de bronze de Corinthe on voit la tête d’Agrippa Posthume , avec la légende AGRIPPA Ccesar CORINTHE On lit au revers, dans une couronne d’ache ( apium ), récompense des vainqueurs dans les jeux isthmiques, la légende C aio HEIO POLLIONE ITERmrc C aio MYSSIDTO PRIS CO IlVlRis,
Caïus Heius Pol/io (et) Caïus Mussidius Priscus (étant) duumvu s; Pollio , pour la seconde fois. Les duumvirs exerçoient,
CflAP. I.
PI. XXI
82 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.
dans les colonies romaines , à peu près les mêmes fonctions que les consuls à Rome. Corinthe étoit célébré par la célébration des jeux isthmiques.