‹ Iconographie romaine (volume 3)Chapitre 20 sur 40 · CALIGULA, ET SES SOEURS · texte numérisé non relu

CALIGULA, ET SES SOEURS

PI. XXV

Caïus, surnommé Caligula, succéda à Tibere sous les plus heureux auspices. «Il fut choisi, dit Aurelius Victor’, par le

«vœu général, à cause de ses aïeux et de son pere : car Auguste «étoit son bisaïeul par sa fille; Agrippa et Drusus l’ancien,

«pere de Germanicus, étoient ses aïeux maternels. L’intérêt «que le peuple prenoit à lui étoit fondé sur la considération de «leurs vertus, de leurs morts prématurées (si l’on excepte celle «d’Auguste); sur le souvenir de sa mere , de ses freres , que «Tibere avoit fait mourir.» Mais cette faveur populaire devoit bientôt se changer en une haine implacable.

Caligula fut le dernier fds de Germanicus et d’Agrippine l’ancienne. Il naquit l’an 760 de Rome (11 de l’ere vulgaire). Le lieu de sa naissance a fait naître deux opinions différentes. Les uns pensoient qu’il étoit né jarès de Treves, dans les quartiers d’hiver des légions que commandoit son pere; ils citoient, entre autres preuves, des autels que l’on voyoit au confluent du Rhin et de la Moselle, sur lesquels on lisoit O B AGRIPPINAE PVERPERIVM (ce qui pouvoit se rapporter à la naissance d’une fille comme à celle d’un fils) , et ce distique d’un auteur inconnu :

I11 castris natus, patriis nutritus in armis , Jain designati principis omen erat.

Mais Suétone3 dit expressément qu’il avoit lu dans les actes publics que Caligula étoit né à Antium (Anzio, dans la cam-

(1) J’ai pris pour guides, dans cet ar- sephe , la Légation à Caïus de Pliilon. ticle , Suétone, Tacite, Dion, Aurelius (2) Cœsar, cap. 111.

Victor, les Antiquités judaïques de Jo- (3) Caius, cap. vm.

pagne de Rome ); que de là venoient et sa prédilection pour cette ville, et les séjours fréquents qu’il y faisoit, et l’envie qu’il eut d’y transporter son domicile, avec le siège de l’empire. J’ai donné quelque développement à la derniere opinion , parcequ’on a voulu dernièrement renouveler la première sur les bords du Rhin.

Au reste, s’il n’étoit pas né dans les camps, il s’y trouvoit deux ans après sa naissance, à l’époque de la mort d’Auguste, sur les frontières de la Germanie , où son pere eommandoit les légions , et où sa mere l’avoit amené. Elle lui donnoit une éducation mâle; elle lui faisoit porter les habits et la chaussure, non des centurions ni des tribuns , mais celle des simples soldats (caligay : de là vint que ceux-ci l'appelerent Caligula, diminutif qui exprimoit leur attachement pour lui. Devenu empereur, il punit sévèrement un primipile qui lui avoit donné ce surnom, jadis si cher à l’armée2 ; ce qui nous explique pourquoi on ne le trouve sur aucun monument public. Les anciens historiens se servent ordinairement du seul nom Caïus.

Il suivit en Syrie Germanicus , et revint à Rome avec sa mere , qui rapportoit les cendres de cette noble victime. Lorsque Tibere eut relégué Agrippine dans l’ile Pandataria, il fut recueilli par sa bisaïeule Livie, veuve d’Auguste, et, après la mort de sa mere, par son aïeule Antonia. A peine âgé de dix-neuf ans, Tibere le créa pontife; et, deux ans après, la mort de ses freres Nero et Drusus, et celle de Séjan, lui assurèrent la succession à l’empire. Il fut fait questeur. Tibere l’appela dans sa retraite

(i) Suet. , c. vi; Tacit., Annal., I, 41 • La caliga étoit, selon toutes les apparences, une chaussure avec une semelle de bois garnie de clous. On lit, dans Isidore,

calones, gallicœ militum; Festus appelle calones des chaussures de bois ; et gallicœ est synonyme de caligœ. ( Du Gange, Gloss, lat.) (2) Senec. , de Const. sap., XVIII.

Chav. 1.

Famille des Ce'sars.

Fl. XXV.

i4o ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.

chaf. i. de Caprée, où, dans le même jour, il fut rasé pour la première fois, et prit la toge virile.

pi. xxv. Après la mort de sa mere, il laissa apercevoir, malgré son extrême jeunesse, son penchant pour la cruauté, pour la débauche , pour la raillerie, et pour la colere, lorsqu’il étoit 1 objet des plaisanteries les plus légères. Accueillant les calomniateurs; dans les dangers , d’une timidité extraordinaire qui le rendoit cruel, lorsqu’il pouvoit l’être sans péril. Aussi ceux qui lavoient pénétré disoient-ils «qu’il n’y avoit jamais eu de plus «méchant maître ni de meilleur valet Les derniers mots faisoient allusion a 1 adresse avec laquelle il avoit réprimé son humeur colere devant Tibere, et appris de lui l’art de la dissimulation. Il se plia constamment aux caprices de ce prince et de ses favoris. La mort de sa mere et de ses freres ne lui arracha aucune plainte, quoiqu’on eût aposté auprès de lui des personnes qui affectoient de s’appitoyer sur le sort de ses parents1. Il se contenoit aussi plutôt par abjection que par prudence, lorsqu’on lui faisoit éprouver à lui-même quelque mauvais traitement. Tibere, en le nommant questeur, et promettant de lui conférer les magistratures cinq ans plus tôt que les lois le permettoient , prioit cependant le sénat de ne pas lui prodiguer les honneurs avant le temps3. Il lui fit épouser Junia Claudia, fille de Silanus. L’empereur avoit un petit-fils qui portoit son nom ; mais il lui préféroit Caligula , son petit-neveu, pareequ’on lui avoit prédit que celui-ci survivroit à l’autre, et même qu’il lui citeroit la vie.

Cette injuste prédilection n’eut pas les suites qu’il devoit se promettre. On sait que Caligula hâta , ou du moins souffrit qu’on hâtât la mort de Tibere4. Il raconta souvent avec complaisance (i) Annal., VI, c. xx. (2) Suet. , c. X. (3) Dio, LVIII, 23. (4) Suet., XII.

FAMILLE DES CESARS. î4i

qu’il avoit eu plusieurs fois le dessein d’exécuter lui-même ce parricide. Cet événement arriva l’an 790 de Rome, ‘i'j de l’ere vulgaire , la i5e année depuis la naissance de Caligula. Si l’hérédité par la primogéniture eût été établie pour la famille impériale, on eût vu Tiberius Gemellus succéder sans difficulté à son grand-pere Tibere. Celui-ci s’étoit contenté de le désigner, par son testament , pour collègue de Caligula , qui n’étoit que son petit-neveu. Mais les heureuses espérances que le peuple avoit conçues du fils de Germanicus donnèrent à celui-ci de grandes facilités pour faire annuler par le sénat les dei'nieres volontés de Tibere, sous prétexte que l’empereur , en choisissant pour partager l’empire un prince âgé seulement de dix-huit ans (qui par cela seul ne pouvoit pas même encore entrer dans le sénat), avoit donné une preuve de l’affoiblissement de son esprit ’. Aussi avons-nous vu plus haut Aurelius Victor dire que Caligula avoit été élu empereur, deligitur. Cette élection fut si généralement approuvée que , « dans l’espace de moins de trois «mois, dit Suétone, on assuroit qu’on avoit immolé plus de «cent soixante mille victimes’», pour rendre grâces aux dieux.

Caligula employa d’abord tous les genres de séduction pour gagner la faveur populaire3. Il prononça avec une grande effusion de larmes 1 éloge de Tibere , et lui fit de superbes funérailles ; il se transporta dans les îles Pandatarie et Pouce (Ponza , à l’entrée du golfe de Gaëte); il plaça lui-même dans des urnes les restes de sa mere et de son frere , et les déposa solennellement dans le mausolée d’Auguste. Son aïeule Antonia, Claude son oncle , Tiberius, devenu son frere par l’adoption de Tibere, et ses sœurs particulièrement , furent l’objet de ses soins les

Chap. 1.

Famille des Césars.

PI. XXV

(1) Dio, LIX, 1.

(2) Suet., XIV.

(3) Incendebat et ipse (dit Suétone, c. xv) studia hominwn omni cjenere popularitatis.

Chap. I.

Famille des Césars.

142 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.

plus empressés. 11 ouvrit les prisons, rétablit dans leurs droits tous ceux ([ne son prédécesseur avoit fait condamner on exiler. Pour plaire à la multitude, il abolit en Italie l’impôt du centième, établi sur toutes les ventes, cpie, l’an 17, Tibere«avoit diminué de moitié, mais qu’il avoit rétabli en son entier après la mort de Séjan. 11 rendit publics les comptes de l’empire, comme l’avoient pratiqué Auguste et Tibere lui-même jusqu’à son séjour dans l'ile de Caprée. Dès la première année de son régné, Tibere avoit ôté au peuple et conféré au sénat l’élection des magistrats; Caligula la rendit au peuple : mais, quoiqu’on n’usât de ce droit que d’après son impulsion, il le lui enleva un an après. Caligula paya les legs faits par Tibere , et même ceux de Livie1, dont Tibere avoit supprimé le testament; il y ajouta des largesses sans bornes pour le peuple et pour toutes les armées ; il prodigua les jeux et les spectacles; «enfin il dissipa, «en peu de temps, des trésors immenses; de maniéré que., loin «d’admirer sa générosité, on ne vit que légèreté d’esprit et in- «< considération; car, avant la fin de la première année de son «regue, il eut dépensé plus de a3,ooo sesterces (plus de 460 mil- «lions de francs ) , qu’il avoit trouvés dans le trésor public 2. » Huit mois s’étoient à peine écoulés, qu’un changement total s’opéra dans sa conduite politirpie et dans ses mœurs. Comme ce changement avoit été précédé par une maladie très grave, que l’on sut depuis avoir pour cause l’intempérance et les débauches, on l’attribua à cette crise physique. Au reste il demeura sujet à des insomnies habituelles , et à l’épilepsie , dont il avoit eu plusieurs attaques dans son enfance. Suetone1 peint d’un seul mot les résultats de ce changement, qui consistoit uniquement à laisser apercevoir toute la noirceur de son amc. «Jusque-là, (1) Dio, LIX, 11, 5. (2) Phil., Leg., p. gg4- (3) Cap. xxn.

« dit-il ' , j’ai tracé le portrait d’un prince ; c’est actuellement celui «d’un monstre que je dois exposer.»

Pendant sa maladie, Caligula ne craignit pas d’avouer publiquement la passion coupable dont il brûloit pour Drusille sa sœur ainée (passion qu’il avoit, disoit-on, satisfaite avant de parvenir au trône), en l’instituant héritière de tous ses biens, et même de l’empire. 11 avoit d’abord refusé les titres qu’avoient pris ses prédécesseurs; mais il se les appropria depuis tous en un seul jour, celui de pere de la patrie excepté, quoique Auguste ne les eût acceptés que successivement, et que Tibere eût affecté d’en refuser toujours quelques uns. Il y en ajouta même de nouveaux , le pieux (pins) , l’éleve des camps , le pere des armées, l’excellent et le très grand César (optimus, maximus). La vanité et la folie engendrerent bientôt la cruauté. Caïus adopta pour son fils le jeune César Tiberius, et lui donna le titre de chef des jeunes gens (princeps juventutis). Mais ces faveurs couvroient un dessein perfide, selon Philon2, cette adoption ôtant au jeune prince le droit que Tibere lui avoit laissé , celui de partager l’empire , et donnant à Caligula , selon les lois romaines, le droit de vie et de mort sur son fils adoptif. Ces soupçons furent réalisés; car il le força bientôt à trancher le fil de ses jours, et à le délivrer du seul prince que l’on auroit pu lui opposer. Les mauvais traitements qu’il fit souffrir à son aïeule Antonia, qui avoit essayé de lui faire des représentations, la contraignirent aussi à s’ôter la vie. Il ne rendit aucun honneur à sa mémoire, et eut même la barbarie de contempler le convoi de cette princesse, aussi recommandable par la pureté de ses mœurs que par l’excellente éducation qu’avoit reçue d’elle son fils Germa ni eu s.

Chap. I.

Famille des Césars.

PI. XXV

(i) Cap. L. (2) Phil. , Leg pag. 994.

Cha?. I.

Famille des Césars.

PI. XXV

144 ICONOGRAPHIE ROMAINE, Part. II.

Les deux dernières années de ce régné , qui n’en eut que trois entières, ne présentent plus qu’une succession de crimes atroces et d’extravagances. L’historien se refuseroit à les retracer, s’il ne pensoit que le hideux tableau des excès auxquels peut se porter le pouvoir absolu, quand il est confié à la démence et à la férocité , offre une leçon utile à la postérité. La fureur pour les spectacles transportoit Caligulaàun tel point, qu’il y faisoit périr des armées de gladiateurs, même des chevaliers'. Un jour qu’il ne se trouvoit point de criminels pour être exposés aux bêtes et pour combattre contre elles, il fit saisir les premiers des spectateurs qui occupoient les gradins, il ordonna qu’on arrachât la langue à ces infortunés pour étouffer leurs plaintes , et qu’on les précipitât dans l’arene , où une mort cruelle les donna en spectacle au tyran et au peuple effrayé.

Quoique Macron et son épouse eussent obtenu par leurs sollicitations répétées que Tibere conservât la vie et transmit l’empire à Caligula, il en fit cependant ses premières victimes; tel fut le prix des conseils salutaires qu’ils lui donnoient. Un pareil zele coûta la vie à son beau-pere Silanus, citoyen illustre et très estimé même de Tibere. Caligula avoit voulu le faire accuser par Græcinus , mais celui-ci refusa l’odieux emploi de délateur , n’ignorant pas que sa mort suivroit ce généreux refus. Ce Græcinus étoit pere d’Agricola , dont Tacite (gendre du même Agricola) s’est plu à écrire la vie irréprochable.

Les extravagances qu’il fit à la mort de Drusille, sa sœur ainée, rappeloient la vie licencieuse qu’il avoit menée avec elle et avec ses deux autres sœurs Julie et Agrippine. Mais la première seule fixa quelque temps son inconstance; et il bannit les deux autres, pour lesquelles sa passion fut de courte durée, (i) Dio, LIX, 10; Suet., cap. xxvi.

FAMILLE DES CESARS. i4$

les accusant injustement d’avoir pris part à une conspiration contre sa personne. Quelques jours après la mort deDrusille, il épousa Lollia Paulina, qu'il fit venir en grande hâte de la Macédoine, parcequ’on avoit parlé devant lui de la beauté extraordinaire de sa grand’mere. Il obligea Memmius , son époux, de s’en reconnoitre le pere , et de la lui donner en mariage en vertu de ce titre supposé; comme Auguste en avoit agi lorsqu’il prit Livie pour épouse. Cette nouvelle passion s’éteignit aussi vite quelle s’étoit allumée; il répudia Paulina, en lui prescrivant un veuvage perpétuel. Mais Césonie parut lui inspirer un attachement plus durable. Cette femme n’étoit cependant ni belle ni jeune, et elle etoit mere de trois filles. Caligula seuler ment reconnut en elle un penchant désordonné pour les débauches les plus extraordinaires ; il la conduisoit avec lui aux armées,- en costume militaire, et montant un coursier. Il la donnoit même en spectacle à ses amis, dépouillée de tout vêtement. Le jour qu elle accoucha d’une fille, il se déclara tout à la fois son époux et le pere de cet enfant, qu il recounoissoit pour être de son sang, par cela seul qu’elle déployoit déjà un caractère féroce , qu elle arrachoit les yeux et déchiroit le visage des enfants qui jouoient avec elle.

Jusque-là l’adulation des Romains n’ avoit déifié les empereurs qu’après leur mort; Caligula le fut de son vivant, et par luimême. Il voulut d’abord prendre le diademe royal (illauroit céint, si l’on en croyoit l’abrégé de Victor’) : mais ceux qui craignoient l’indignation du peuple l’en dissuadèrent adroitement, en lui disant qu’il étoit au-dessus des rois3. Alors il parut en public sous les costumes d’Hercule, de Bacchus; tantôt portant les ailes aux pieds et le caducée de Mercure ; tantôt

(i) Cap. ni. (2) Phil., Leg. , 1002; Suet., cap. xxii.

Chav. I.

Famille des Césars.

El. XXV.

*46 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.

saris barbe, avec un arc et des fléchés, comme Apollon, les Grâces marchant à ses côtés; souvent il avoit la barbe dorée et le foudre de Jupiter'; enfin il se déguisa même en déesse, et prit les attributs de Vénus. Pour être conséquent, il se fît bâtir un temple , élever une statue d’or, offrir en sacrifice les oiseaux les plus rares , créer un college de prêtres dont Claude son oncle, Cæsonia son épouse, et son cheval même, firent partie. Dans tout l’empire, on plaça ses statues dans les temples , auprès de celles des dieux: les Juifs seuls, auxquels leur religion interdisoit le culte des images, s’y refusèrent; ce qui leur attira la haine cki fougueux empereur.

La seconde année (3g de l’ere vulgaire ) du régné de Calmula

lut marquée par 1 explosion des sentiments de mépris et de haine que les Piomains eprouvoient pour ce tyran cruel , qui s irritoit de les voir moins assidus à ses spectacles , et ne pas accueillir les cochers ou les gladiateurs qu’il favorisoit , et l’appeler le jeune Auguste. Ils nepouvoient s’exprimer que par des cris et des gestes insultants; mais l’empereur se vengeoit en faisant massacrer un grand nombre de personnes au milieu ou à la sortie des spectacles. C’est alors qu’on l’entendit s’écrier : «Je «voudrons que le peuple romain n’eût qu’une tète», afin, dit Séneque, de consommer en un jour, et d’un seul coup, les meurtres qu il commettoit si souvent et dans tant de lieux différents 3.

Une extravagance moins atroce fixa de nouveau l’attention ♦ publique. Son cheval Incitatas devint l’objet de ses plus cheres affections; ilbinvitoit à ses repas, où on lui présçnloit de l’orge dorée, et du vin dans des coupes d’or. L’écuiie étoit de marbre, le râtelier d ivoire, les housses de pourpre, la bride ornée de

(i) Suet., cap. lit. (2) Dio, LIX, i3; Siiet., cap. xxx; Senec., Ira, cap. xix.

Cfiap. I.

Famille des Césars.

PI XXV

perles. Il lui avait donné un palais , des serviteurs , des meubles, pour recevoir avec magnificence ceux que l’on invitoit en son nom à manger en sa compagnie. L’empereur juroit par la vie de ce cheval, par sa fortune; ü l’avoit admis dans le college de ses pontifes ; il assuroit qu’il le nommeroit consul ; et on croyoit qu’il auroit tenu sa promesse, si la mort n’y eût mis obstacle. Pour retracer de semblables folies, je suis obligé de me dire, comme le jeune Victor' : «Je ne sais s’il eût fallu en «conserver le souvenir, à moins qu’il ne soit utile de connoître «toutes les actions blâmables des grands, afin que les princes «s’en abstienncntpar la crainte de la renommée.»

Toutes les fois que Caligula faisoit des reproches au sénat, ou le menaçoit de sa colere 2 , ce corps avili rcdoubloit ses flatteries; il lui décerna même l’ovation (petit triomphe), quoiqu’il n’eût pas vu l’ennemi depuis son enfance. Cette adulation lui fit naître l’envie d’obtenir les honneurs du grand triomphe : mais, comme il cherclioit en tout à exécuter ce qui paroissoit impossible , il voulut triompher sur la mer. Il fit construire un pont de bateaux depuis Baies jusqu’à Pouzzoles, selon Suétone; Dion dit depuis Baules, qui étoit un de ses palais, situé sur la même côte; Josephe assigne Misene pour le point de départ, environ cinq quarts de lieues moyennes. Il attachoit une grande importance à cette dimension , parcequ’elle surpassoil celle des ponts construits autrefois par Darius et par Xerxès. Caligula, revêtu d’une cuirasse que l’on croyoit avoir appartenu à Alexandre, offrit des sacrifices aux dieux, et en particulier à l’Envie, de crainte, disoit-il , que l’Olympe ne fût jaloux de sa grandeur; ensuite il traversa le pont à cheval, suivi de l’armée, comme s’il eût eu des ennemis à combattre ; il s’arrêta vers le milieu , ([) Cap. 111. (2) Dio, LIX, 17; Suer., cap. xxxvu; Joseph., lib. XIX, cap. i.

Ghap. I Famille de Ce'sars .

PI. XXV

ClIAP. J.

Famille des Césars.

PI XXV

148 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.

monta sur un trône, harangua et récompensa les soldats. Le pont fut rompu sur-le-champ, afin qu’il ne pût servir à aucun autre mortel. Cet acte de folie fut la cause de la famine cpii se fit sentir a Rome cette année (38 de l’ere vulgaire); car cette ville superbe, entourée de parcs et de palais, ne vivoit que des blés apportés d’Egypte, de Sicile, et tous les vaisseaux avoient été employés pour le pont. Séneque dit qu’à la mort de Caligula , au mois de janvier de l’année suivante, il n’y avoit dans la capitale des grains que pour sept ou huit jours'.

Le même écrivain faillit à être la victime des prétentions de Caligula au sceptre de l’éloquence , et de sa jalousie contre ceux qu’il croyoit pouvoir le lui disputer3. Son unique crime étoit d’avoir plaidé avec succès une cause dans le sénat en présence de Gains; et cependant sa mort eût été certaine, si une des concubines de ce prince ne l’eût assuré que Séneque portoit le germe d’une maladie qui devoit bientôt trancher ses jours. Au reste, quelle que fût l’estime des Romains pour les talents de cet écrivain, Caligula disoit que son éloquence manquoit de nerf et de liaison; que c’étoit du sable sans mortier3. Ce fut aussi par une grande présence d’esprit que Domitius, l’accusateur de la parente chérie d’Agrippine, conserva la vie. L’empereur, qui se croyoit supérieur en éloquence à cet orateur, le premier de son siecle, lut dans le sénat contre lui un long mémoire dans lequel il avoit fait tous ses efforts pour paroître plus habile que l’accusé. Celui-ci auroit certainement été condamné à mort, s’il avoit essayé de se défendre. Au contraire, ne cherchant point à s’excuser, il commença par relever l’élégance du discours de l’empereur, par dire qu’il étoit saisi d’admiration. Comme s’il n’en eût pas été l’objet , mais comme (1) Senec., Brev. vit., cap. xvhi. (2) Dio, LIX, 20. (3) Suet. , cap. lui

FAMILLE DES CESARS. i49

auroit pu le faire un simple spectateur, il reproduisit toutes les parties du discours en les louant avec excès; enfin, pressé de répondre aux accusations , il versa des larmes, se jeta aux pieds de l’empereur, lui demandant pardon, non comme a son souverain , mais comme au prince de l’éloquence. 11 obtint sa grâce; et Caligula répondit à son affranchi , qui se permit de lui reprocher une accusation qui n’avoit eu aucune suite : «Devois-je «perdre un si beau discours?»

Caligula voulut joindre les lauriers de Mars à ceux de 1 éloquence. Il partit subitement de Rome, en apparence pour aller faire la guerre aux Germains, mais dans le dessein de lever sur les Gaulois de fortes contributions, l’Italie étant épuisée par ses prodigalités. Il passa le Rhin , s’en éloigna fort peu ; et, saisi d’une terreur panique, il revint sans avoir défait un seul ennemi, sans même en avoir aperçu. Assuré de leur éloignement pour la guerre, il fit cacher dans un bois quelques Germains de sa garde; puis, à la nouvelle de leur apparition, il interrompit subitement son repas, courut jusqu’à cette forêt, et y occupa ses troupes à couper des arbres pour ériger des trophées , leur distribua des couronnes', et leur adressa un vers lie Virgile pour les exhorter à supporter les fatigues de la guerre en attendant des jours plus heureux2. Il se lit proclamer ensuite sept fois imperator. Son séjour dans les Gaules fut marqué par des assassinats continuels , et par des exactions de tout senre. Alors les Germains, certains de sa lâcheté, firent

en-deçà du Rhin des excursions dont la nouvelle jeta Caligula dans une telle inquiétude , qu’il faisoit chercher des navires pour se retirer dans l’Orient, où il espéroit regner encore si les ennemis passoient les Alpes , et se rendoient maîtres

( r) Suet. , cap. xly. (2) Durale et vosmct rébus servate secundis. Æneid. , 1 , 2 1 1 .

ClIAP. I.

Famille des Césars.

PI. XXV

Cbap. I.

Famille de:

Césars.

PI. XXV

i5o ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.

de Rome. Mais la valeur de Galba les contraignit à repasser le Rhin.

Jules César s’étoit contenté de faire connoitre aux Bretons , séparés de l’empire romain par l’Océan, la supériorité de ses troupes; Auguste borna vis-à-vis d’eux son ambition à recevoir quelques légers tributs, croyant qu’il seroit imprudent de vouloir conquérir leur île ; Tibere pensa aussi sagement. Mais Caligula se proposa d’y transporter son armée ' ; il l’auroit essayé s’il n’eût été aussi prompt à abandonner ses projets qu’à les former. Cependant il vint camper sur les rivages des Gaules opposés à -ceux de la Grande-Bretagne, comme s’il eut voulu exécuter la descente, disposa ses troupes sur la côte, s’avança sur l’Océan avec ses navires, puis il revint subitement; ensuite il monta sur un trône élevé, fit préparer toutes les machines, sonner les trompettes, et donner le signal du combat, sans que personne pût prévoir ses intentions. Tout-à-coup il commanda aux soldats de ramasser des coquilles: «Voilà, leur dit-il, les «dépouilles de l’Océan; elles serviront à décorer le palais, le «Capitole, et à faire l'ornement de notre triomphe. Compa- « gnons, allez vous réjouir ; vous voilà tous enrichis2.» Et il leur donna à chacun, avec un grand appareil, la modique somme de cent deniers (environ 80 francs). Du moins laissa-t-il un monument utile et durable de sa présence sur ces bords; il ht construire un phare que l’on croit être la Tour-d’Ordre , près de Boulogne ( Tunis ardens ), que Charlemagne répara, et sur laquelle il rétablit les feux de nuit3. Cette ridicule expédition fut suivie d’un triomphe plus ridicule encore; on y vit paroitre des Gaulois d’une haute stature, que l’on avoit forcés à laisser croitre, à teindre en blond leurs cheveux, et à apprendre la (i) Tacit., Vitadgr cap. xm. (2) Suet. , cap. xlvi. (3) Àimon, IV, 99.

langue des Germains, pour les faire ressembler à des prisonniers de cette nation.

L’an 41, 794 de Rome, 4e du régné de Caligula, vit mettre un terme à ses cruautés et à ses prodigalités insensées. Cassius Chéréa , tribun d’une cohorte prétorienne , recommandable par sa bravoure et sa probité, lassé des reproches que lui faisoit souvent l’empereur sur son .âge avancé, et outré de l’indécence des mots d’ordre qu’il en recevoit ordinairement , se rendit l’instrument des vengeances publiques et particulières'. Le 24 janvier, à la sortie du théâtre, où il passoit des jours et des nuits entières, Caïus donna un mot d’ordre ridicule à Chéréa; celui-ci répondit par une injure, et, tirant son épée, il l’abattit d’un premier coup; les autres conjurés achevèrent de lui ôter la tie. Ainsi périt ce monstre, âgé de vingt-huit ans quatre mois, et quelques jours, selon Suétone1 2. La nuit suivante on mit à mort Cæsonia son épouse, et sa Lille Julie Drusille, qui n’avoit pas encore un an.

Claude, son oncle, reconnu empereur, empêcha que le sénat 11e le déclarât infâme; mais il fit enlever et briser ses statues pendant la nuit. Le sénat ordonna même de foudre toutes les monnoies de bronze qui présentoient son image3.

Voici le portrait de Caligula, tracé par Suétone4: «Il étoit «dune haute stature, et très pale; il avoit Je corps énorme, la «tête et les cuisses très maigres, les yeux et les tempes creux, «le front large et menaçant; les cheveux en petite quantité, «aucun même sur le sommet de la tête; son corps étoit très

(1) Suet., cap. lvi.

(2) Suet., cap. lix.

(3) Cette observation de Dion (lib. LX,

22), qui 11e fait aucune mention des monnoies d’or et d’argent, confirme l’opinion

reçue par les antiquaires, que le sénat ne faisoit frapper que les monnoies de bronze ; le droit de frapper les autres appartenoit exclusivement aux empereurs

(4) Cap. l.

Chap. I.

Famille des Césars.

PI. XXV

Ch ap. I.

Famille des Césars.

PI. XXV

i52 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Faut. II.

«garni de poils; ce cpii le faisoit condamner .à mort ceux cpiile «regardoient passer d’un lieu élevé , et ceux qui nommoient une «clievre en sa présence. La nature lui avoit donné une pbysio- «nomie funeste, et il s’étudioit encore devant un miroir à la «rendre sombre et effrayante.»

Nous ne connoitrions qu’une des sœurs de Caligula , Agrippine, qui fut l’épouse de Claude et la mere de Néron, si ce monstre couronné ne se fût rendu coupable d’un triple inceste. Je parlerai de celle-ci après l’empereur son époux.

Drusille, la seconde des trois filles de Germanicus et d’Agrippine, naquit l’an 16 de l’ere vulgaire, dans les environs de Treves'. Elle n’étoit âgée que de dix-sept ans lorsque Tibere lui donna pour époux Lucius Cassius Longinus, jurisconsulte .célébré, petit-fils de l’assassin de Jules César. C’est ainsi que le disent Tacite et Suétone; mais Dion appelle son mari Marcus Lepidus1 2 3. Cette union fut de peu de durée, parceque Caligula, parvenu à l’empire , lui enleva Drusille , avec laquelle il avoit déjà satisfait sa passion incestueuse, et pour laquelle il brûloit encore des mêmes feux. Il lui donna, ainsi qu’à ses autres sœurs, les privilèges des vestales ;-il ordonna qu’on les nommât avec lui dans les serments solennels , dans les vœux qu’on faisoit à chaque renouvellement d’année, enfin dans tous les actes publics. Dans la maladie dangereuse qu’il éprouva la pre-

(1) Tacit. , Ann. , VI , 1 5 ; Suet. , c. xxiv ; Dio, LIX, t 1.

(2) 11 semblèrent que Dion ait confondu l'adultere' public avec le mariage légitime. Zonare ( Annal. , II, p. 177) présente ce moyen de conciliation: «Caligula, dit-il,

« fit mourir Lepidus, son compagnon de „ débauches, le mari de Drusille, qui, de

•* même que Caligula , avoit obtenu les « faveurs des deu\ autres sœurs, Agrippine « et Livide, à qui l’empereur avoit permis « de demander les magistratures cinq ans «avant l’âge prescrit par les lois, à qui «enfin il avoit promis de‘le nommer son « successeur. »

FAMILLE DES CESARS. i53

miere année de son replie, il institua Drusille héritière de ses biens, héritière même de l’empire.

Cette princesse survécut peu au rétablissement de la santé de Caligula ; elle mourut l’an 38, âgée de vingt-deux ans. Il parut profondément affligée de cette mort, lui fit rendre les honneurs funèbres aux frais de l’état , prononça son éloge , la plaça au rang des dieux, ce qui la fit surnommer Pantliée (déesse universelle); il récompensa un sénateur assez lâche pour jurer qu il 1 avoit vue monter au ciel et converser avec les dieux. Mais la bizarrerie de son caractère fît cpie personne ne trouva grâce à ses yeux pendant ce deuil : on étoit puni si l’on ne pleuroit pas son épouse; on l’étoit aussi si l’on pleuroit une mortelle placée dans l’Olympe.

Julie Liville, la troisième des filles de Germanicus et d’Agrippine, porte, chez les historiens de Rome et chez Tacite en particulier, tantôt le premier nom, tantôt le second'. Elle naquit dans 1 de de Lesbos 1 an 18 de l’ere vulgaire. Tibere lui donna, quinze ans après, pour époux le sénateur Marcus Vinucius, cpii appartenoit a une famille consulaire, et qui avoit été consul lui-même trois ans auparavant. Parvenu à l’empire, son frere Caligula lui accorda, comme je l’ai dit de Drusille et d Agrippine, les honneurs des Vestales; mais avec Julie aussi, comme avec ses autres soeurs, il s abandonna aux débauches les plus honteuses. Il contraignit ses compagnons de libertinage à limiter, et entre autres Aemilius Lepidus. Ce Lepidus , ayant conspiré contre l’empereur l’an 38, fut mis à mort. Caligula saisit cette occasion d’éloigner ses sœurs, avec lesquelles il avoit cessé d’offenser la nature; il les accusa d’adultere et de complicité avec Lepidus ; il rendit publiques les lettres, témoignages

(i) Tacit. , Annal. , II.

ClIAl». 1.

Famille des Césars.

PI. XXV

1 54 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.

cbap. 1 de leurs dérèglements, et les relégua dans l’ile Ponce Il vendit "césars^ ensuite a son profit tous les meubles, leurs esclaves, même

pi xxv leurs affranchis; et il tira de cette vente de fortes sommes,

parcequ il étoit dans l’usage d’assister aux encans pour forcer les enchères par sa présence.

Deux ans après, Claude, leur oncle, les rappela de l’exil, les lit rentrer dans leurs biens , et leur permit de rendre les derniers honneurs à Caligula, qui avoit été secrètement enseveli dans un jardin , de peur que le peuple ne déchirât et ne dispersât ses restes. Julie ne jouit pas long-temps du séjour de Rome. L épouse de Claude, Messaline, jalouse de sa beauté, de la confiance que l’empereur lui témoignoit, des entretiens particuliers qu il lui accordoit, et furieuse de voir cette princesse chercher à lui plaire par des flatteries, la fit exiler de nouveau , sous prétexte d’adultere avec Séneque. de quelques autres crimes, et sans entendre ses défenses. Enfin, l’an 4 1 , Liville périt, âgée de vingt-quatre ans, sous le fer d’un centurion que Messaline chargea de cet assassinat. En 1777, on déterra, près du mausolée d’Auguste, une urne d’albâtre avec son socle de pierre, sur lequel on lisoit LIVILLA GE R MAN ICI C æsaris filia H ic HTa est !, et qui prouvoit qu’elle avoit été enterrée à Rome, mais non dans le mausolée d’Auguste, comme les autres princesses de sa famille, probablement à cause de la haine de Messaline. Son mari, Vinucius, périt ( l’an 45 ) par le poison , victime de la vengeance de cette impératrice, dont il avoit refusé d’être l’amant.

s- 5 Nous avons vu plus haut que le sénat avoit fait fondre les

médailles de bronze de Caligula en haine de sa mémoire. Cependant on en possédé encore un grand nombre. Celle de

(1) Suet. , cap. xxxi x. (2) Foggini , Fasti Verrii, i32.

FAMILLE DES CESARS. i55

grand bronze, gravée ici sous le n° 5, présente sa tète couronnée de laurier, avec la légende C aius CAESAR DIVI AYG usti PRON<?/?o.? AVG ustus Vont if ex M aximus TR ibunitia Votestate 1III Vater Vatrice. Revers: l’empereur, en habit civil, debout sur une estrade, étendant le bras et la main droite, harangue cinq militaires , dont quatre portent des enseignes ; pour légende, ADLOCYT/o COH ortium.

C’est la première fois que paroît ce type, si commun depuis sur les médailles impériales. Eckhel ' pense avec raison qu’il rappelle la harangue que Caligula prononça devant les cohortes prétoriennes à son avènement à l’empire. L’absence des signes S. C. prouveroit-elle que Caïus se seroit déjà mis au-dessus des lois, en faisant frapper lui-même des médailles de bronze pour les distribuer à sa garde P

Les médailles des n° 7 et 9 sont relatives aux sœurs de Caligula. La première, de grand bronze, présente la tète de l’empereur, couronnée de laurier, avec la légende Gains CAESAR AYG ustus GERMANICUS PON tifex M aximus TRlèwmtia POT estate. Revers : trois femmes debout, tenant des cornes d’abondance; l’une s’appuie sur un cippe; celle du milieu tient une patere ; et la troisième, un gouvernail : légende, AGRIPPA DRVSILLA IVLlA S. C. Cette médaille a été frappée la première année du régné de Caligula, au moment où il fit rendre les plus grands honneurs à ses sœurs, qui sont représentées ici sous les trois emblèmes de la Sécurité, de la Piété, et de la Fortune. La seconde médaille, qui est d’or, présente la tète nue de Caligula , avec celle d’une femme que tout porte à reconnoitre pour Drusille 'sa sœur la plus tendrement chérie ; légende Gains , CAESAR. AYG ustus TRI bunitia P O Te s -

( i ) Doctr. num. , VI , 221 .

Chap. 1 Césars.

Fl. XXV

H" 7 cl 9.

tP

ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.

Ch a r. i. ta le. Revers: deux têtes de femmes en regard; légende,

Fa, ,,, lie des AGRIPPINA IYLIA.

Césars.

Pi. xxv. Ces médailles ont fait attribuer à Caligula et à Drusille le ca-

K" 8 mée du n" 8, un des jilus beaux de la collection royale; la jeune tête du camée de Tibere (pl. XXII ), de la même collection ; et le précieux camée de la collection du feu duc d’Orléans, qui appartient depuis trente ans à l’empereur de Russie. Le gra-

N° 6 veur de cette pierre a profité habilement des six lits, alternativement bruns (sardoine) et blancs (calcédoine), qui la composent, pour représenter les trois sœurs de Caligula'. Le premier lit brun forme le voile ou la draperie qui couvre la tète de la première; le premier lit blanc forme son visage ; et ainsi de suite. N" 1 « 3 On retrouve la physionomie funeste de Caligula dans le précieux buste de bronze du Musée Royal, dont on voit ici la face et le profil sous les n° i et i. La coupe des cheveux sur le front est la même que celle des princes de la famille d’Auguste. Cette tête présente tous les détails donnés par Suétone sur le portrait de Caligula, et que j’ai rapportés plus haut. n» 3 et 4. Les n° 3 et 4 présentent la face et le profil d’une statue placée au Musée Royal ( n" 29), qui fut découverte en 1792, dans les ruines de Gabies, par les soins du prince Marc-Antoine Borgbese. Cette statue n’avoit point de tète lorsqu’on la déterra; 011 y en adapta une de Caligula, qui est antique et qui a beaucoup de traits de ressemblance avec les portraits de Germanicus, de Claude son oncle, et de Tibere son prédécesseur, trouvés tous les trois dans les mêmes fouilles de Gabies.

(i) Pierres gravées d Orléans , t. If , pl. xxvm.

§. i3. CAMÉE DU CABINET DU ROI,

Page 1