‹ Iconographie romaine (volume 3)Chapitre 23 sur 40 · CLAUDE · texte numérisé non relu

CLAUDE

Antonia , mcre de Claude, appeloit son fils un monstre informe , une ébauche de la nature 2 ; et , quand elle vouloit peindre la sottise de quelqu’un, elle disoit qu il étoit plus hébété que Claude. Sa grand’mere Livie lui témoignoit toujours le plus grand mépris, lui parloit très rarement, 11e lui adressoit même des reproches que dans quelques lettres courtes, ameres, ou par des intermédiaires. Suétone a extrait plusieurs passages des lettres d’Auguste .à Livie , dans lesquelles on voit de quel œil de mépris ce prince regardoit sou petit-neveu. Enfin sa sœur Liville, ayant entendu dire qu’il régneroit un jour, s’écria publiquement qu’elle plaignoit le sort funeste qui menaçoit Rome. C’est pourtant cette espece d’idiot que les soldats prétoriens choisirent, l’an de Rome 794 (41 de l’ere vulgaire), pour succéder à Caïus Caligula.

Claude étoit né à Lyon, dans les Gaules, l’an de Piome 744 (10e avant l’ere vulgaire), de Drusus l’ancien et d’Antonia, et il fut appelé Tiberius Claudius Nero. Il étoit frere de Germanicus; mais la mauvaise éducation qu’il reçut étouffa chez lui les germes des talents et des vertus qui illustrèrent ses parents. La foiblesse de sa santé fut cause qu’il passa son enfance auprès des femmes de Livie et d’Antonia, soumis à des affranchis vils

(1) Mes principaux guides, dans cet article , ont été Dion, Tacite, Suétone et Eutrope.

(2) Suet. , cap. 111 et iv

et cruels, dont les mauvais traitements augmentèrent sa timidité naturelle. C’est ainsi que se forma dans la retraite et le mépris ce caractère bizarre, foible, craintif, et cruel, qui fit gémir l’empire romain pendant près de quatorze ans.

Eutrope a peint Claude d’un seul trait : «Il gouverna d’une «maniéré incertaine : il montra dans plusieurs occasions de la «douceur, de la modération, et dans quelques unes de la «cruauté et de la folie'.» Ces deux contrastes partagèrent toute sa vie. 11 avoit peu de capacité, l’esprit pesant , et cependant il avoit étudié ; il possédoit une connoissauce très étendue des lettres grecques et romaines : il employoit avant d’être monté sur le trône une partie de ses journées à lire, à écrire, et à composer dans les deux langues des harangues qu’il déclamoit en public avec quelque élégance. Auguste, cpii reconnoissoit en lui le talent de rhéteur, le trouvoit d’ailleurs si inepte, qu’il ne lui confia ni commandement ni dignités , excepté l’augurat. A la mort de ce prince, Claude fut nommé un de ses prêtres; mais Tibere ne lui donna pas d’autres marques de considération , et il rejeta toutes les demandes qu’il lui adressa1. Découragé par ces refus continuels, il s’abandonna à l’oisiveté, aux excès de la table, et fit sa société ordinaire des hommes les plus avilis.

Sous le régné de Caligula son neveu , il eut un instant l’espoir de prendre le rang que lui assignoit sa naissance. Ce prince, ayant commencé son régné par les honneurs qu’il rendit aux membres de sa famille morts et vivants, n’oublia pas Claude. Il le nomma consul l’an 790 , le désigna encore pour collègue dans son quatrième consulat l’an 7g3 , et enfin le choisit pour le sacerdoce de son culte sous le nom de Jupiter du Latium 3.

(1) Eutr.; Brévia?' . , lib. VU, c. xm. (2) Tacit., Annal., I , c. Liv. (3) Suet. , c. XVIC

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Cependant Caligula ne le méprisa pas moins; il le traita Famille des comnic un infortuné dépourvu de sens. Claude dut la vie à cette

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ri xxvii opinion; car ce farouche empereur, ayant fait périr tous les membres de sa famille du sexe masculin, n’épargna celui-ci que pour en faire un objet de dérision. Il disoil quelquefois, mais sans pouvoir le persuader a personne, qu’il avoit affecté cette stupidité pour sauver sa tête.

La nouvelle de l’assassinat de Caligula s’étant répandue dans Rome, le sénat et les consuls se rassemblèrent pour délibérer. Ou proposa de rétablir la république, d’abolir la mémoire des Césars, et de détruire tous leurs monuments; mais les prétoriens annoncèrent hautement qu’ils vouloient un empereur1. Pendant cette hésitation des premiers de Pvome, le hasard le plus extraordinaire lit choisir Claude pour occuper le trône. Il s’étoit trouvé auprès de Caligula quelques instants avant sa mort; l’ayant apprise, il se cacha dans un endroit obscur, derrière des tapisseries qui recouvroient une porte. La, il entendit le tumulte qui se faisoit dans le palais, et il vit porter en triomphe les têtes de ceux qu avoient tués les soldats germains dans le premier accès de fureur, les confondant avec les assassins de Caligula. Ces sons lugubres et celte vue terrible le glacèrent de frayeur. Cependant on ne l’avoit point découvert. Enfin, le lendemain de l’assassinat, un des soldats qui parcouroient le palais pour le piller, ayant aperçu des pieds au-dessous de la tapisserie, arracha avec force de sa retraite Claude , saisi d effroi, qui se jeta à ses genoux pour demander la vie. Celui-ci le reconnut, le salua empereur, et le conduisit à ses compagnons, qui lui rendirent les mêmes honneurs.

La mémoire de Germanicus, frere de Claude, concilia les

(i) Dio, LX, i ; Suet. . Claud., cap. X; Joseph., Antiq., lib. XIX, cap. n.

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esprits de tous les militaires en faveur de celui-ci. Ils le placèrent, d». i. encore tremblant de frayeur, dans une litiere, et le portèrent au camp des prétoriens. Le peuple , qui le voyoit passer, croyoit P1 XXvn. qu’on le conduisoit au supplice, et plaignoit un innocent. Les démonstrations de joie des militaires ne purent dissiper ses craintes; il passa la nuit partagé entre la peur et l’espérance, disposé à se conformer au vœu du sénat, et à refuser l’empire.

Mais Agrippa I", roi des Juifs, après avoir fait inhumer les restes de Caligula, se transporta auprès de Claude, l’exhorta à se rassurer, et à ne pas refuser une couronne qui se présentoit à lui.

Celui-ci se rendit alors aux vœux des soldats, qui a voient été disposés en sa faveur par la noblesse de son extraction, par ses talents littéraires, et par la douceur de ses mœurs. Dès le lendemain , 21 janvier 794 (41 de l’ere vulgaire) , ils prêtèrent serment de fidélité à Claude, qui l’accepta, et leur distribua des sommes d’argent; exemple funeste qu’il donna le premier, et qui fut suivi par Néron, par les autres empereurs; qui rendit les soldats jaloux du droit usurpé de choisir l’empereur sans le consentement du sénat, sans l’aveu du peuple, et qui fit publier à l’ enchère l’empire romain, comme le champ héréditaire d’un particulier.

Les citoyens romains furent d’abord séduits par le mot de liberté, qui retentissoit dans le sénat; mais la nouvelle de l’élection de Claude leur causa une plus grande joie. Ils se rappeloient les guerres civiles excitées par les factions, qui av oient tant de fois divisé le sénat; et ils aimèrent mieux un seul souverain que plusieurs tyrans.

Claude avoit alors cinquante-un ans. L’expérience que lui donnoit l’âge mûr, et les événements si variés des trois régnés dout il avoit été témoin , servent à expliquer comment, n’ayant

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exerce aucun emploi, n’ayant été revêtu d’aucune dignité, excepté le consulat (réduit sous les empereurs à une vaine représentation ) , il commença son régné par quelques réformes utiles et quelques actes de bonté. Il accepta tous les honneurs et tous les titres qu’on avoit accordés à ses prédécesseurs , excepté celui de pere de la patrie, qu’il prit cependant quelque temps après. Suétone fait observer que jamais il ne plaça le titre d 'imperator avant ses autres noms comme un nom propre 1 ; ce qui est prouvé d’ailleurs par les inscriptions et les médailles (une médaille de colonie exceptée, celle de Patræ, dans lAchaïe): il le faisoit suivre comme un surnom de dignité. Il défendit qu’on lui rendit les honneurs divins, ainsi que l’exigeoit Caligula ; qu’on donnât le titre d’Auguste a Britannicus son fils, et à son épouse Messaline : néanmoins celle-ci le reçut plus tard sur les médailles \

À la vérité Claude accorda une amnistie pour tout ce qui s’étoit passé pendant les deux jours qui avoient suivi la mort de Caligula ; mais il crut devoir au salut de tous les princes de punir Chéréa, Lupus, et quelques autres assassins de cet empereur. D’ailleurs il conféra des dignités et des honneurs à ceux qui avoient opiné pour la liberté. Il répara les injustices commises par ses deux prédécesseurs, rappela les exilés, punit sévèrement les délateurs et les faux témoins. Il s’occupa constamment de l’approvisionnement de Rome. Au-deliors, on le vit augmenter par reconnoissancc les états d’Agrippa Lr, créer son frere Hérode prince de Chaleide, restituer a Antiochus la Comagene et une partie de la Cilicie, dont Caligula l’avoit dépouillé après les lui avoir données ; rappeler de l’exil et rendre à l’Ibérie Mithridate , roi d’Arménie.

(1) Suet. , cap. xii. (2) Dio, LX, 12.

Claude rendoit la justice eu personne, et il vouloit juger même les affaires qui étoient du ressort de différents magistrats. Dans ces jugements il faisoit quelquefois paroitre de la sagacité; c’est ainsi qu’il condamna à épouser son fils une rnere qui le désavouoit, et qui se vit alors contrainte à le reconnoître'. Mais souvent il donnoit des preuves de la foiblesse de son esprit, qui enhardissoient à lui manquer de respect, jusque-là qu’un client se permit de le retenir par sa toge lorsqu’il vouloit se retirer après l’audience.

La timidité, qui le dominoit impérieusement, le rendit la fable de ses sujets. Il laissa écouler le premier mois de son régné sans oser paroitre dans le sénat, parcequ’il étoit attaqué d’un tremblement des mains et de la tête qui affoiblissoit'sa voix. On fouilloit par son ordre tous ceux qui l’abordoient, pour .s’assurer qu’ils n’avoient point d’armes cachées ; et cette odieuse recherche fut pratiquée pour ses successeurs jusqu’à Vespasien. Dans les festins même il vouloit avoir des gardes à ses côtés, coutume observée depuis par tous les empereurs2. Il se livroit aux excès de la table et à ceux de la débauche, qui, augmentant sa timidité naturelle, donnoient à ses affranchis et à ses épouses un moyen certain de le conduire à leur gré. Cette basse dépendance s’étendoit sur ceux qui l’approchoient, à un tel point que l’on en vit plusieurs, invités le même jour à sa tahle et à celle de quelques uns de ses affranchis, mépriser la première invitation , et se rendre à la seconde.

La première année de son régné, Claude rappela de l’ile Ponce, où Caligula les avoit exilées, ses deux nieces, filles de Germanicus, Agrippine jeune, mere de Néron, et Julie; il leur rendit leurs biens. Mais , peu après , Messaline fit renvoyer Julie en

(ij Suet. , cap. xv. (2) Suet., cap. xxxv; Dio, LX, 3.

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ch4p. i exil, en l’accusant du crime d’adultere. (Messaline adresser un F™saersdc5 semblable reproche!) Une mort cruelle, ordonnée par l’impépi. xxvii. ratrice, termina bientôt cet exil. Séneque le philosophe, compris dans cette accusation, relégué en Corse, puis rappelé par le crédit d Agrippine jeune, a tiré de Claude une vengeance éclatante dans une satire intitulée Apothéose d’une courge' (végétal auquel les Romains comparoient la tête d’un sot), quoiqu’il lui eût prodigué les louanges dans son traité De la Consolation , adressé à Polybius '.

La guerre continuoit cependant en Afrique, dans la Mauritanie; en Europe, dans la Germanie, et avec quelque succès. La dernière des aigles de A arus fut rendue à Gabinius l’an 4 2 de l’ere vulgaire ; Suetonius Paulinus ravagea le pays des Maures jusqu’au mont Atlas3, traversa même, dit Pline, cette chaîne de montagnes ( ce qu’aucun général romain n’avoit fait avant lui), s’avança jusqu’au fleuve appelé Ger, oii il éprouva des chaleurs insupportables, quoique ce fiit la saison de l’hiver4. Là, les Romains virent pour la première fois le citrus , cet arbre immense qui leur fournissoit des tables et des meubles vendus aussi cher que s’ils eussent été d’argent massif. Je crois qu’il faut le chercher dans la famille des juniperus , et que c’est probablement le juniperus thurifera de Linné , Yhispanica de Lamarck, retrouvé sur le mont Taurus par le botaniste françois Olivier5.

La même année, une famine qui désola Home lit exécuter à Claude un projet digne delà grandeur de l’empire, projet qu’avoit conçu Jules César, celui de construire à Ostie, vers l’em-

(4) Plin. , ]ib. V, cap. I.

(5) Mém. de l'Instit. , classe de Littérat. anc. , t. III.

(1) A p 11 1 . , Metamorph. , lib. I.

(3) Dio, LX, 9.

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bouchure du Tibre, un port qui offrit un refuge assuré aux nombreux vaisseaux chargés des blés étrangers. L’Italie, convertie tout entière en palais , en parcs , en forêts d’agréments , n’en produisoit plus ; et le sort du peuple-roi dépendoit des vents irréguliers qui régnent sur la Méditerranée.

Le lac Fucin, aujourd’hui Celano , dans l’Abruzze citérieure, distant de Pvome de vingt-cinq lieues , fut aussi l’objet de grands travaux. Claude vouloit faire couler ses eaux dans le Tibre, pour restituer à l’agriculture de vastes terrains, et pour rendre le fleuve navigable dans une plus grande étendue; trente mille hommes furent employés à ce dessèchement pendant onze années; l’affranchi Narcisse en eut l’inspection. On perça une montagne et des rochers : mais l’entreprise échoua par la cupidité de Narcisse, qui voulut, eu remplissant trop tôt le canal de décharge, couvrir les épargnes qu’il avoit faites1. Ce canal aussi se trouva trop élevé pour recevoir les eaux du milieu du lac. Claude faillit même à périr par l’inondation , lorsqu’en 5 1 de l’ere vulgaire , on ouvrit la digue qui avoit été réservée, après que dix-neuf mille hommes , condamnés à la peine capitale et montés sur ccut navires, eurent donné le spectacle d’un combat naval.

Entre plusieurs exemples du pouvoir que Messaline et Narcisse exerçoient sur le foible empereur, en lui inspirant de vaines terreurs, je ne citerai que la mort d’Appius Silanus. Il le considéroit comme un de ses plus intimes amis , et il lui avoit fait épouser la mere de Messaline. Celle-ci n’en choisit pas moins Silanus pour l’objet d’une passion criminelle. Mais Silanus ayant rejeté ces vœux impudiques, elle employa un stratagème exécrable. Narcisse , son complice , entra un matin dans la chambre de Claude , s approcha de son lit en affectant un tremblement

(1) Tacit. , Annal., XII, 57.

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180 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. IL cbjp. i. de frayeur, et lui dit qu’il avoit vu en songe Silanus qui perçoit Fa«slrs '* sein de l’empereur. Messaline témoigna le même effroi , et se pi xxvii plaignit d’être tourmentée par le même songe depuis plusieurs nuits'. On annonça aussitôt que Silanus étoit a la porte de la chambre ; car on lui avoit commandé la veille , au nom de l’em-

pereur, de s’y rendre à cette heure. Cette coïncidence persuada le timide Claude du criminel projet de Silanus; l’infortuné fut, en un instant, jugé, condamné, mis à mort. Claude ne rougit pas d’en rendre compte au sénat, et de remercier son affranchi, qui, disoit-il, veiiloit pour sa sûreté même en dormant.

Cet assassinat d’un citoyen recommandable par ses vertus et par sa naissance apprit aux Romains qu’ils avoient autant a craindre sous un prince aussi stupide, qu’ils avoient eu à redouter sous le féroce Caligula. Dès-lors on forma plusieurs fois le projet de se soustraire a la nouvelle tyrannie, en conspirant aussi contre son méprisable auteur. On trouva dans l’armée de Dalmalie des dispositions à la révolte, en lui promettant de rétablir la liberté et l’autorité du peuple. Camillus, qui étoit le chef de la conspiration et de l’armée, comptant sur la timidité naturelle de l’empereur, osa lui adresser une lettre remplie d’injures et de menaces, dans laquelle il lui prescrivoit d’abdiquer l’empire. Claude, en effet, ne fut pas éloigné de prendre ce parti, et il en délibéra avec les principaux sénateurs. Mais la pusillanimité des légions le délivra d’un concurrent redoutable. Quand on eut donné le signal du départ, les aigles qui étoient, selon l’usage, enfoncées dans la terre, ne purent en être arrachées. Les soldats crurent voir les dieux improuver leur parjure ; ils renouvelèrent leurs premiers serments , et massacrèrent les commandants qui les avoient portés à la rébellion.

(i) Suet., cap. xxxvii ; Tarit., XI, 37.

Le courage d’Arrie, épouse de Cœcina Pætus, homme consulaire , un des conspirateurs , a seul fait consacrer quelques lignes de l’histoire à cette révolte, qu’un empereur moins foible que Claude auroit bientôt apaisée, ou facilement prévenue.

Arrêté en Jllyrie , Pætus fut embarqué pour être conduit à Rome. Arrie sollicita la permission de monter sur le même navire , au moins pour servir cet illustre prisonnier ; mais , ne l’ayant point obtenue, elle se plaça dans une barque, et suivit le vaisseau'. Messaline avoit de la considération pour elle; de sorte qu’en flattant l’impératrice , la rigueur de son sort auroit pu être adoucie : mais Arrie ne vouloit pas survivre à son époux; elle reprocha même devant Claude à la veuve de Camillus, chef de la conspiration , de vivre encore après avoir vu tuer son mari entre ses bras. Sa famille , connoissant par là son funeste dessein, la surveilla pour y mettre obstacle; mais l’infortunée se heurta la tête contre une muraille avec tant de force, qu’elle faillit à en perdre la vie. Voyant enfin que la condamnation de Pætus étoit certaine , et qu’il hésitoit à la prévenir par une mort volontaire, Arrie se frappa avec un poignard, le retira de la plaie, et dit à son mari en le lui présentant : « Cela ne fait pas cc de mal.» Pline le jeune loue le courage qu’elle montra dans cette circonstance- mais il ne place ce trait à jamais célébré qu’au second rang, après celui qu’il raconte ensuite. Arrie perdit un fils pendant que Pætus étoit dangereusement malade; elle eut la force d’esprit de lui cacher la maladie, la mort et les funérailles de ce fils, et d’étouffer ses soupirs devant lui jusqu’à sa convalescence. «Dans cette occasion, dit Pline, elle ne pen- «soit pas à immortaliser son nom, comme dans l’autre; elle «n’avoit point la gloire devant les yeux. » La fille d’Arrie , épouse

(1) Plin. , ep. lit , 16.

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de Pætus Thrasea, voyant son mari condamné à mort par Néron, voulut imiter son illustre mere; mais Pætus l’obligea de lui survivre '.

Claude travailla, l’an 43, à relever le droit de cité, que ses prédécesseurs avoient avili en le prodiguant sans mesure, et en l’accordant à des hommes obscurs ou infâmes. Il en priva un député des Lyciens, parcequ’il ne connoissoit pas la langue latine, un grand nombre d’autres qui étoient indignes de le porter; et, toujours extrême, il punit de mort ceux qui P avoient usurpé. En même temps, il l’accordoit à un grand nombre de personnes qui l’acbetoient de Messaline ou des affranchis5. Ceuxci exigeoient d’abord de fortes sommes ; mais ensuite il devint si commun, qu’on l’obtenoit, disoient les railleurs, pour un morceau de verre brisé. ( O11 donnoit alors en échange ces débris pour des allumettes , à cause du prix élevé de ce produit d’un art récemment inventé.) Aussi Séneque dit-il que', si Claude eût vécu davantage, il eût créé citoyens romains tous les Grecs, les Gaulois, et les Espagnols : ce qui arriva cependant plus tard.

La jalouse Messaline obtint du foible empereur, ou donna à son insu, mais sous son nom, l’ordre de faire mourir Julie, fille de Liville (sœur de Claude) et de Drusus le jeune, qui, en rapportant à Livic les discours et les actions de son mari Nero, fils de Germanicus, avoit contribué à sa perte. Elle fut condamnée sans être entendue, de même que l’ avoit été Julie, fille de Germanicus 3.

Claude brùloit d’envie d’obtenir un triomphe : une guerre contre les Bretons le fit jouir de cet honneur. Un transfuge lui

(1) Dio, LX, 16; Tacit. , XVI, 11 , 35.

(2) Suet., cap. xxv; Dio, LX, 17.

(3) Suet., cap. xxix.

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