‹ Iconographie romaine (volume 3)Chapitre 24 sur 40 · CES A1\S · texte numérisé non relu

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proposa la conquête de la Grande-Bretagne comme une con- CiIA1, , quête facile'. Les légions campées dans la Germanie inférieure r™medes s’y transportèrent sous les ordres de Plautius , mais à leur grand Pl. XXVII regret;- car c’étoit, disoient-elles, un autre monde. L’affranchi Narcisse, envoyé par Claude, osa monter sur le tribunal du «m-

neral pour les haranguer. Les soldats, indignés de l’audace d’un homme qui avoit été esclave, en firent l’objet de leurs plaisanteries. L’empereur s’embarqua à Ostiepour se rendre à Marseille, traversa les Gaules, rejoignit son armée sur les bords de la Tamise, passa cette riviere, et défit les ennemis, selon Dion;

Suétone dit qu’il ne donna aucun combat. Il désarma les contrées soumises, retourna promptement à Piome, d’où il n’avoit été absent que pendant six mois2. Il n’avoit passé que seize jours dans la Grande-Bretagne. Les Romains portèrent ensuite leurs armes jusqu’aux Orcades, au nord de l’Ecosse, selon Eutrope et S. Jérôme1. Aussi Mêla parle-t-il de ces îles dans son ouvrage, composé l’année même de cette expédition. C’est donc par distraction que Tacite en rapporte la connoissance au temps de Vespasien '. Le triomphe de Claude fut magnifique. C’est à cette époque qu il donna le nom de Britannicus à son fils. Depuis il se rendit méprisable en accompagnant au Capitole Plautius, qui triomphoit aussi des Bretons, et en se plaçant toujours à sa gauche \ Il prit même, dans le courant de l’année 45, cinq fois le titre d imperator , dont il s étoit déjà paré six fois auparavant.

Il le preuoit sans doute pour chaque défaite des Bretons, quelque peu considérable quelle pût être.

Claude célébra cette année , 47e de l’ere vulgaire , 800 de la

(1) Suet., cap. XVII ; Dion, LX, 18. (3) Eutrop., Breviar., lib. Vit , c. xnr;

(2) Tacit. , Ayr. , cap. iv. Hieron , Chronicon.

(4) Tacit., Jgr. , cap. x. (5) Eutrop. , ibid.

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fondation de Rome, qui eommençoit le 21 avril, les jeux séculaires, quoiqu’il 11e se fût écoulé que soixante-quatre ans depuis qu’ Auguste les eût fait célébrer. Aussi trouva-t-on absurde la proclamation d’usage, cpii iuvitoit les citoyens à y assister, en leur rappelant que personne ne les avoit vus, et que personne ne les reverroit ; car il existoit encore plusieurs de ceux qui en avoient été spectateurs ; et même des acteurs , entre autres Stéphanion, que Pline dit avoir paru dans les premiers, y jouèrent encore. 4 îtellius 11e rougit pas de dire a Claude '. «Je souliaite «que vous célébriez plusieurs fois les jeux séculaires.» Britannicus, fils de l’empereur, et Néron son cousin , appelé alors Lucius Domitius, y parurent avec éclat; mais les spectateurs témoignèrent. plus d’intérêt au dernier, soit à cause de Germanicus, dont il restoit le seul petit-fils, soit à cause de sa mere Agrippine jeune, qui étoit en butte a la haine et aux cruautés de Messaline.

Cette impératrice, aidée des affranchis Narcisse et Huilas , faisoit périr, sous de vains prétextes , et souvent sans cause apparente, les plus illustres citoyens, soit pour se venger de leurs refus, soit pour s’emparer de leurs richesses. Valerius Asiaticus entre autres possédoit les célébrés jardins de Lucullus, objet des désirs de Messaline : on produisit contre lui des faux témoins, qu’il protestoit n’avoir jamais connus; alors on en fit entrer un que l’on disoit s’être trouvé avec lui : mais, comme ce témoin savoit seulement qu’ Asiaticus étoit chauve, lorsqu 011 lui demanda de le reconnoïtre, il désigna un autre personnage dépourvu de cheveux , qui étoit présent.

Lasse d’assouvir ses passions dans le secret et dans 1 ombre , Messaline chercha, l’an 48, un nouvel aiguillon dans la publi-

(1) Tarit. , Annal. , XI, 1 1 ; Suet. , cap. xxi; Plin., lib. VII, cap. lus.

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cité de ses crimes. Elle en conçut un inouï jusqu’alors; elle résolut d’épouser du vivant de son mari, avec toutes les formes prescrites par la religjpn et les lois, Caïus Silius, jeune homme d’une naissance illustre1. On traça l’acte de mariage, dans lequel se trouvoit la clause que cette union avoit pour but d’avoir des fds; on assurait même qu’on l’avoit fait signer à Claude, en lui disant que c’étoit une cérémonie particulière ayant pour but de prévenir les dangers dont les prodiges le menaçoient. Enfin ce mariage sacrilège fut célébré à la vue du sénat, des chevaliers, des soldats, et de tout le peuple. Cependant il aurait été ignoré de Claude, qui étoit à Ostie, sans la mésintelligence qui régnoit alors entre les affranchis Calliste, Pallas, Narcisse, et l’impératrice, parcequ’elle avoit fait mourir Polybe, un des plus puissants d’entre eux. Ils se réunirent d’abord pour instruire Claude ; mais, craignant l’ascendant de Messaline sur son esprit, ils changèrent de résolution. Narcisse persévéra seul , et engagea deux femmes, qu’il appuya de son témoignage, à dire à l’empereur que Messaline avoit épousé Silius. Claude, furieux, revint sur-le-champ à Rome, se rendit dans le camp des prétoriens; Narcisse empêcha que l’empereur n’écoutât la coupable , et commanda à un tribun de lui donner la mort. On vint dire à Claude que son épouse n’étoit plus. Il étoit à table; il ne demanda point si elle avoit elle-même terminé sa vie; mais il continua à s’enivrer, comme s’il n’eût rien appris. Il ne donna depuis aucune marque de joie ni de tristesse, d’amour ni de haine, quoiqu’il fût témoin de la douleur de scs enfants et de l’alé'gressc des accusateurs de leur mere. Suétone raconte même qu’allant un jour prendre son repas, il demanda pourquoi l'impératrice étoit absente3.

(i) Tacit., XI, 27; Suet. , cap. xxix. (2) Suet. . cap. xxxix.

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L’état, d’imbécillité qu’annonce cette demande la lui fit souvent répéter pour d’autres personnes dont il avoit ordonné la mort; car sa cruauté égaloit sa stupidité. Le lendemain même de leur trépas, il les faisoit inviter à sa table, à son jeu; et, comme s ils eussent tardé à s’y rendre, il leur envoyoit un second message pour leur reprocher leur négligence. Ail instrument des vengeances , de la cupidité de ses femmes , de ses affranchis, il prodiguoit sur leurs demandes les honneurs, le commandement des armées, l'impunité des crimes, et les supplices, sans en avoir connoissance le plus souvent. Il fit périr Cneius Pompeius , mari d’Antonia l’ancienne , et Lucius Silanus, époux d’Antonia la jeune. Silanus, heau-pere de Messaline, fut contraint de se tuer le jour même où Claude épousa Agrippine. Trente-cinq sénateurs, plus de trois cents chevaliers, périrent par des ordres qu’on lui surprenoit; de maniéré qu’un centurion, entre autres, chargé de faire mourir une personne consulaire , vint lui apprendre que son ordre avoit été exécuté : «Je n’ai rien ordonné, dit-il; mais je ne t’approuve pas moins.» Ses affranchis présents l’assurerent cpie ces soldats faisoient leur devoir, en se hâtant de venger leur empereur. Son ardeur pour voir répandre le sang étoit extrême ; il ne cessoit de faire combattre les gladiateurs; il se rendoit à ce hideux spectacle dès le point du jour; il examinoit avec avidité les traits des mourants'. Il livra aux hètes un entrepreneur de spectacle, parcequ’une machine s’étoit brisée. Enfin on le vit au lac Fucin, lorsque les condamnés à mort refusoient de se battre pour imiter un combat naval , s’élancer du siège impérial , courir sur les bords du lac en chancelant d’une maniéré ridicule , les excitant tantôt par des menaces, tantôt par des exhortations.

(i) Dio, LX, i3; Suet. , cap. xxï, xxxiv.

Claude avoit dit publiquement que ses mariages ayant été malheureux, il consentoit à perdre la vie s’il en contractent un nouveau; et cependant trois mois s’étoient à peine écoidés, qu’il avoit épousé sa niece Agrippine, mere de Néron, fille de Germanicus et de la vertueuse Agrippine l’ancienne.

Ce mariage avoit été préparé par les ruses et la séduction : il devint une nouvelle époque dans le régné de Claude; c’est-à-dire que Rome eut un nouveau tyran. Les Romains, dans l’origine, n’épousoient pas même leurs cousines-germaines ; et les mariages des oncles avec les nieces étoient interdits. Claude craignoit, en violant cette loi, d’attirer quelque malheur sur l’empire; mais le sénat et le peuple, engagés par l’adroit Vitellius, sollicitèrent l’empereur d’accomplir ses projets, et abrogèrent la défense. Agrippine fit l’essai de son pouvoir en séparant de Silanus sa belle-fille Octavie (fille de Claude); elle la maria, l’an 49, avec son fils Néron, âgé de douze ans, que l’empereur adopta l’année suivante. Ce fut le premier pas pour l’égaler à Britannicus, dont il usurpa bientôt tous les droits. Tacite fait observer qu’au moment où Claude contractoit un mariage incestueux, il offroit des sacrifices pour expier l’inceste prétendu de Silanus et de sa sœur calomnie inventée par Agrippine pour rompre son mariage avec Octavie.

A la femme la plus impudique qui ait existé succéda Agrippine , femme hautaine, impérieuse, cruelle, ambitieuse, avide de richesses, employant les moyens les plus atroces pour les acquérir3; et Claude ne fut encore que l’instrument de ses passions. Elle rappela Séneque le philosophe de l’exil, et le nomma gouverneur de son fils.

Claude croyoit avoir agrandi l’empire par la conquête facile

(1) Tacit., VIII, ai, 2a. (2) Tarât., XII, 7, 8.

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