OBSERVATIONS GÉNÉRALES
Empereurs. Le mot empereur ne rend rator, ni du mot il désigne seu-
point entièrement le sens du mot impe- lement un prince qui régné avec un pou-
(i) Plutarque, Dion, et Appien, ont été mes guides dans cet article. Plutarque, de l'édition de Brian; Dion, de Reimar, et Appien, de 1670.
Chap. I.
Famille des Césars.
PI. XVII et XVIII.
7 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. IL
légitimes de ce trône, et alliés des Romains, gagna par ses largesses le consul Calpurnius Bestia, plusieurs sénateurs, et dissipa l’armée romaine. Il se rendit ensuite à Rome; et dit, en sortant de cette ville, où il a voit prodigué l’or, « quelle étoit a « vendre, et qu elle périroit bientôt s’il se trouvoit quelqu’un « qui pût l’acheter» : JJrbern venaient et maturè perituram, si
voir absolu. Mais le mot latin et le mot grec avoient, dans l’empire romain, trois significations distinctes , que l’historien Dion (lib. XLIII , §. 44) a parfaitement exposées. Après la défaite de Pompée, « le « sénat, dit-il , donna au vainqueur, César, « le surnom d 'imperator, non point dans «l’ancienne acception, et tels que d’au- «tres, que lui-même, Iavoient souvent <■ reçu après des guerres heureuses ; non « point tel que le portoient ceux à qui l’on « confioit l’administration en chef de quel- « que objet, ou quelque pouvoir extraordi- « naire ; mais tel que le portent encore aujourd'hui ceux qui jouissent du pouvoir « suprême. (L’historien vivoitsous Alexan- « dre Sévere. ) On l’accorda pour la pre- « miere fois à César, pour le porter comme « un nom propre, et pour le placer avant « ses autres noms. » D’après ce texte de Dion, il fout conserver le surnom imperator, ou le traduire par ces mots , commandant en chef , lorsqu’il appartient à un général, et pour celui sous les auspices duquel Je général vainqueur avoit combattu. Mais le mot empereur désignera très bien les souverains de Rome. Aussi, quoique César n’ait pu être appelé Auguste , comme l'ont été tous ses successeurs depuis son fils adoptif, je n'hésite point cependant à le placer â leur tête, pareequ il reçut du sénat et du peuple le surnom d'imperator dans toute sa plénitude.
César. On a coutume de désigner par le surnom de César , i° quelques princes de la famille de César, ou qui furent adoptés par des princes de cette famille, quoiqu’ils n’aient jamais régné ni joui de quelque portion du pouvoir impérial; tels les fils d’Agrippa , Germanicus , etc. : 2° des princes que les empereurs choisirent poui leurs collègues, et qui partagèrent réellement la puissance impériale ; tels Constance Chlore, Galere Maximin: 3° enfin, et le plus souvent, le prince qui devoit succéder à l'empereur; mais auquel ce titre ne donnoit aucun pouvoir. Ælius Verus, choisi par Had rien pour être son successeur, porta le premier le nom de César ainsi restreint. ( Spartian, c. I; et Aurclius Victor, c. xm.)
Tyrans. Les antiquaires ont adopté le nom de T yrans pour désigner tous ceux qui dans l’empire romain usurpèrent la puissance souveraine. Les mots qui lui correspondent dans les langues grecque et latine ont une acception moins restreinte. Trebellius Pollion, l’un des écrivains de l’histoire d’Auguste , l’a employé pour désigner les usurpateurs, au nombre de vingt-neuf à trente, qui se firent déclarer empereurs en divers lieux, pendant les régnés honteux de Yalérien et de Gallien. Nous suivrons son exemple.
Familles. Par le mot familles des empereurs, on désigne ici et leurs familles propres et les personnes qu’ils av oient
emptorem inveneril' . Dix ans après naquit celui qui devoit ac- ch«. i. complir la prédiction de Jugurtha ; ce fut Caïus Julius César. 11 r'1 2“‘“ersdea vit le jour l’an 654 de la fondation de Rome, un siecle avant le pi.xvuetxvm commencement de l’ere vulgaire, le xa juillet’. Il y a quelque variation sur l’année 654 ou 653; mais il n’en existe pas sur le mois, ni sur le jour, le premier ayant reçu le nom de Julius , à
adoptées. Notre langue a des expressions pour caractériser ceux qui sont adoptés, les fis adoptifs ; mais elle n’en a point qui fasse connoître la personne ou la famille qui adopte. En trouveroit-on la cause dans le silence des lois françoises antérieures à ce siecle, qui n’accordoient pas la faculté d’adopter?
Extraits des vies des Empereurs. Conformément au plan tracé par M. Visconti, je me suis efforcé de réduire à une juste proportion les notices qui accompagnent la description des portraits de chaque empereur. Cette proportion étant fort resserrée, je me suis attaché à retracer de préférence leurs mœurs et leurs maniérés de gouverner. Les guerres et les combats ont exercé la plume de tant d’historiens , que , pour donner un intérêt particulier à ces notices , j’ai borné mon travail aux traits principaux du caractère de chaque empereur; et j’ai rappelé les exploits belliqueux dans le cas seulement où ils étoient nécessaires pour achever le tableau.
Médailles. Cet ouvrage n’est point un traité de numismatique; on ne doit donc point y trouver les médailles impériales les plus précieuses par leur rareté. C’est un recueil de portraits des empereurs; et l’on
a choisi dans les médailles celles qui représentent le mieux les principaux traits de leurs physionomies, comme on l’a fait dans X Iconographie grecque , et dans la première partie de l’ Iconographie romaine.
« En commençant, dit M. Visconti, par « les médailles de bronze frappées en l’hon- « neur d’Auguste, sous le régné de Tibere, « les monnoies de bronze de coin romain « offrent , jusqu’à l’empire de Caracalla , « des portraits si finis, si ressemblants , et « d’un art si parfait, que les plus beaux ca- « mées en approchent à peine. Les por- « traits connus par ces médailles doivent « être les mieux constatés de toute l’icono- « graphie ancienne.
« Les médailles qui offrent des portraits « d’Auguste et de quelques uns de ses suc- « cesseurs, ont été souvent frappées après « leur mort, et sous les régnés d'autres Cé- « sars qui n’étoient pas leurs successeurs « immédiats. Ces médailles , appelées res- « lituées par les antiquaires , quoiqu’elles « soient d’un beau travail, ne rendent les « portraits que d’une maniéré infidèle. La « cause de cet écart fut une espece singuu lière d’adulation qui vouloit mêler les « traits de l’empereur régnant avec ceux du « prince dont on renouveloit la mémoire. »
(1) Sallust., Bell. Jugurth . , n° 35.
(2) IY Idus quinctiles ; comme on lit dans un ancien calendrier publié par Lambeciu$y
Pl.XVIIetXVIII,
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cause de cette époque ; et le secoud étant devenu une fête publique ^ d’après un décret proposé par Antoine.
Le vulgaire se plaît toujours à orner de récits fabuleux la naissance des grands hommes. C’est ainsi que plusieurs écrivains du Bas-Empire assurent que César ne vit le jour que par l’opération césarienne; cependant sa mere, Aurélia, vivoit encore lorsqu’il brigua le pontificat, et mourut seulement pendant la guerre des Gaules. Servius ' n’avoit proposé cette opinion que comme un doute ; et Zonare l’a combattue victorieusement. Le même goût pour le merveilleux attribua son nom, Cæsar, au courage de son aïeul5, qui, disoit-on, avoit tué en Afrique, de sa propre main , un éléphant appelé ainsi par les Carthaginois. Mais ce nom, dès la seconde guerre punique, formoit la distinction d’une des branches de la famille Julia1 2 3, à laquelle César, dont le nom propre étoit Caïus , appartenoit par son pere : cette famille prétendoit descendre de Vénus par le fils d’Anchise ; comme la famille Marcia , à laquelle sa grand mere appartenoit, comptoit le roi Ancus Marcius pour le premier de ses aïeux. César, faisant l’éloge funebre de son épouse Cornélia, et de sa tante Julia, rappela avec adresse ces origines illustres, qui produisent tant d’effet sur l’esprit du peuple4.
L’éloquence est, dans les républiques, un moyen sûr de parvenir aux dignités; c’est pourquoi Aurélia, mere de César, femme instruite et remarquable par l’élégance de sa conversation, cultiva soigneusement les dispositions précoces de son fils. On chercha aussi à fortifier sa constitution par les exercices journaliers. Il fut témoin, pendant son enfance, des guerres
(1) Ad Æn. , I, v. 286.
(2) Servius, ibidem.
(3) Sextus Julius César étoit préteur sous
le consulat de Marcus Marcellus, et de Quintius Grispinus.
(4) Suet., Yl.
civiles de Sylla et de Marius. Celui-ci avoit épousé sa tante ma- ohap. r. ternelle , ce qui établit entre eux une liaison particulière ; mais FamUla des il s’en fallut peu quelle ne devint funeste à César. A peine eut-il n.xviietxvni revêtu la prétexte, qu’il épousa, à l’âge de seize ans, Cossutia, et la répudia peu de temps après. Il choisit ensuite Cornélia, fdle de Cinna, l’ami de Marins. La haine que Sylla conçut contre César, à cause de cette nouvelle alliance avec son ennemi, lui fit lancer un décret de proscription, auquel le jeune homme n’échappa que par les supplications des vestales, et par la considération dont jouissoient la famille Julia et celle de sa mere.
Mais le dictateur, en accordant sa grâce, dit à ceux qui la sollicitoient: «Vous avez peu de discernement, si vous ne recon- « noissez pas que dans cet adolescent il y a plusieurs Marius. »
Il avoit formé cette opinion d’après les refus réitérés que César lui avoit fait de répudier la fille de Cinna.
Au reste ce nouveau Marius ne négligea aucun moyen d’échapper aux ressentiments de Sylla. Il se cacha dans les montagnes de la Sabine. Mais, ayant été forcé par une maladie à changer de retraite, il fut rencontré par les soldats du dictateur, envoyés pour découvrir ceux qui se cachoient; et il n’obtint sa liberté qu a prix d argent. Il s’embarqua sur-le-champ , passa en Asie, et se retira chez Nicomede, roi de Bithynie. C est peutêtre la frayeur qu’il conçut de la haine et des menaces de Sylla qui fit naître la maladie de nerfs (l’épilepsie, selon quelques auteurs ) dont on le vit éprouver en Espagne les premières attaques'.
Quoique César n’ait fait qu’un séjour peu long à la cour de Nicomede, ce séjour a été cependant pour lui une source de chagrins. Ses ennemis hu reprochèrent d’avoir eu pour ce roi
(i) Plutarcb., p. 1 1 8.
ClUP. I.
Famille des Césars.
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des complaisances criminelles , qui lui firent donner l’odieux surnom de reine de Bitliynie. Sa jeunesse, le régularité de ses traits, que les fatigues n’avoient point encore altérés, et le désordre qui régna souvent depuis dans sa conduite, semblent avoir prêté quelque fondement à cette accusation.
César fit ses premières armes contre Mitliridate dans cette contrée, et il mérita une couronne civique à la prise de Mitylene. Ce fut alors , dit-on , que des pirates de Cilicie s’emparèrent, auprès de l’ile de Pharmacusa, du navire qui le portoit, et lui demandèrent pour sa rançon 20 talents ( environ 120 mille francs) : il leur dit qu’ils ne connoissoient pas l’importance de leur capture, et qu’il leur en donnerait 5o. Il envoya quelques uns de ses compagnons pour se procurer cette somme, et resta avec un seul ami et deux esclaves au milieu de ces brigands pendant plus d’un mois; non pas comme un prisonnier, mais comme un chef entouré de sa garde. La somme promise ayant été apportée de Milet, César s’embarqua pour cette ville, et envoya des navires à la recherche des pirates. Ceux-ci furent pris, et mis en croix. J’ai abrégé ce récit extraordinaire , qui ne se lit que dans Plutarque et Suétone , mais dont la vérité m’est suspecte, du moins quant aux détails merveilleux.
Rhodes possédoit alors une école d’éloquence très célébré , que Cicéron avoit fréquentée, et qu’ avoit ouverte Apollonius M0I011. César y prit des leçons sur l’éloquence et sur les exercices du barreau, carrière dans laquelle il se serait fait un nom, si la guerre n’eût occupé tous ses instants. Ses Commentaires prouvent qu’il avoit également cultivé, et qu’il possédoit au même degré, l’art d’écrire et l’art de parler.
« J’y ai remarqué aussi cela, dit Montaigne', qu’il faict grand
(1) Vol. III, c. xxxiv, sur les moyens de faire la guerre de Jules César.
« cas de ses exhortations aux soldats avant le combat; car, où « il veult montrer avoir été surprins ou pressé, il allégué tou- « jours cela, qu’il n’eut pas seulement loisir de haranguer son «armée. De vrai sa langue lui a faict, en plusieurs lieux, de «bien notables services; et estoit, de son temps mesure, son « éloquence militaire, en telle recommandation, que plusieurs « en son armée recueilloient ses harangues; et, par ce moyen il « en fut assemblé des volumes qui ont duré long-temps après « lui. »
Enfin la mort de Sylla ouvrant de nouveau la lice aux ambitieux , que son exemple encourageoit , délivra César d’un grand ennemi. Aussi celui-ci se rendit à Rome sur-le-champ, et commença, en 78, la carrière d’intrigues et de corruption qui devoit un jour le porter au faite du pouvoir. Voyant Pompée gouverner le sénat, et, sous le nom de celui-ci, toute la république, il parut s’attacher à cet homme puissant. On le vit seconder de tous ses efforts Cicéron, qui, par la loi Manilia, fit accorder ouvertement à Pompée les pouvoirs extraordinaires, qu’il n’avoit exercés jusqu’alors que par sa grande influence. Ce ne fut pas pour plaire à Pompée que César en agit ainsi, comme le remarque Dion’; mais ce fut pour se rendre agréable au peuple , dont la puissance s’élevoit alors au-dessus de celle du sénat, et pour rendre Pompée l’objet de l’envie et de la jalousie populaire. Il obtint dès cette année, malgré sa jeunesse, un témoignage éclatant de la faveur du peuple, qui le nomma tribun militaire, et qui accueillit avec enthousiasme les honneurs qu’il rendit, après leur mort, à sa tante Julia, veuve de Marius, et à son épouse Cornélia. Il prononça en public leur oraison funebre , et fit paroitre au convoi de la première les (0 Dio, ]. XXXVI, §. 26.
Cil A P. J.
"Famille des Césars.
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Cn a p. T.
Famille îles Césars.
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portraits de Marius, qui furent un objet de scandale pour quelques anciens partisans de Sylla , mais que le peuple salua de plusieurs acclamations , comme s’il eût vu reparoitre son défenseur.
Nommé questeur de l’armée d’Espagne, il parcourut cette vaste péninsule jusqu’à Gades ( Cadix), où il vit, dans le temple d’Hercule, un portrait d’Alexandre. Il gémit, à cette vue, de n’avoir point encore occupé la renommée à un âge où le roi de Macédoine avoit déjà conquis l’Asie. Agité par ces pensées ambitieuses, il quitta l’armée avant la fin de la campagne, et accourut à Rome, théâtre de toutes les intrigues.
Suétone' parle d’une conspiration qu’auroit formée César à son retour d’Espagne, pour mettre à mort une partie des sénateurs, faire déclarer dictateur Marcus Crassus, et régner sous le nom de son maître de cavalerie. Il parle encore d’un autre complot qu’il auroit tramé pour le même objet avec Cneius Pison : mais la vérité de ces deux conjurations n’est point assez constatée pour en charger sa mémoire. Les soins de l’édilité semblèrent l’occuper tout entier en 65; il fit réparer le lieu où se tenoient les comices, le forum, et construire des portiques au Capitole, pour donner des repas au peuple. Il célébra des jeux solennels avec son collègue Marcus Bibulus, et quelques uns en son propre nom ; et , à la mort de son pere , il fit combattre trois cent vingt couples de gladiateurs. Les dépenses furent communes; mais César en recueillit tout le fruit: de sorte que Bibulus disoit qu’il lui étoit arrivé la même chose qu’à Pollux ; on avoit érigé dans le forum , en l’honneur des deux frcres, un temple qui portoit seulement le nom de Castor.
Les profusions de César étonnoient ceux qui ignoroient que
r) Cap. ix.
ses dettes s’élevoient déjà à 3oo talents (près de a millions de chap. r. francs); mais elles lui avoient tellement gagné la faveur du Césars. peuple, que chacun cherclioit de nouvelles magistratures, de pi.xviietxvm. nouveaux honneurs, pour l’en revêtir'.
Dès-lors il se traça le plan qu’il ne cessa de suivre, celui d’abaisser le sénat, et de régner par le moyen de la multitude.
Pour la flatter, il fit placer pendant la nuit dans le Capitole les images et les trophées de Marins. Le sénat irrité se rassembla sur-le-champ; l’un de ses plus illustres membres accusa César de tyrannie; et dit ce mot, qui passa en proverbe: «Ce n’est « plus par des mines et des souterrains qu’il sape la république;
« mais c’est avec la tortue et le belier. »
Pompée revint, en 63, triomphant de toute l’Asie, et même de tout l’univers, comme l’annonçoit une inscription de ses trophées2. Il eut la pudeur de ne jouir qu’une fois des honneurs nouveaux et extraordinaires que le sénat lui avoit décernés dans son absence, malgré l’opposition du sévere Caton, mais d’après les sollicitations de César. Celui-ci suivoit-il en cela le plan qu’il s’étoit formé de rendre Pompée l’objet de l’envie, ou vouloit-il préparer le sénat, en caressant son idole, à lui rendre un jour les mêmes honneurs? Cependant la conjuration de Catilina fit pressentir son penchant pour les troubles civils. Sans prendre la défense des conspirateurs, que la plupart des sénateurs vouloient punir à l’instant du supplice capital, il proposa de les retenir en prison jusqu’à la défaite entière de leur chef, qui s’étoit enfui. «Cet avis, dit Appien3, le rendit suspect de « complicité dans leurs projets, ou du moins fit penser qu’il en «avoit connoissance. Cependant le consul (Cicéron) 11e l’ avoit
(1) Plutarch., p. io5. (3) Bell, civil. , 1. II, p. 71 3.
M Dio, 1. XXXVII, c. xxi.
xo ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. IL Chai, t « pas nommé avec les auteurs de la conspiration , parcequ’il «usais. “ n avoit pas ose tormer une accusation contre 1 homme le plus w. xvn et xvm. «cher au peuple.» Mais Caton, en concluant à la mort des conjurés , n’usa d’aucun ménagement envers César, sur lequel il exprima ses soupçons.
Metellus Pins, qui étoit souverain pontife , laissa vacante, en mourant , une dignité que la religion rendoit très recommandable, et que les ambitieux desiroient vivement, parceque la personne de celui qui en étoit revêtu devenoit inviolable et sacrée. Sylla, toujours occupé à réduire la puissance du peuple, lui avoit ôté le choix du chef des pontifes; mais Labienus, soutenu par César, le lui avoit fait rendre1. La mort de Metellus découvrit les vues de César. Quoiqu’il fut <à peine âgé de trentesept ans, et qu’il n’eût point encore exercé les fonctions de préteur, il sollicita ouvertement les suffrages, s’abaissa aux plus humbles supplications devant les derniers des citoyens, et répandit l’or à pleines mains1. Enfin, calculant 1 énormité de ses dettes, le jour de l’élection, il dit à sa mere, en sortant de sa maison, qu’il n’y rentrerait que pontife, ou qu’il s’exileroit de Rome; il réussit au gré de ses désirs. «Ce succès, dit Plutarque, jeta l’é- « pouvante dans l’esprit, des sénateurs et des premiers citoyens.
« Ils prévirent qu’il porterait le peuple aux actes d’autorité les « plus extrêmes. »
Sa nomination à la préture, en 62, ne fit qu’augmenter leurs craintes. Dès-lors s’établit une lutte continuelle, tantôt sourde et déguisée, tantôt déclarée et violente, dans laquelle figurèrent dune part le sénat, Cicéron, les pompéiens, qui soutenoient les droits des patriciens; et de l’autre, César, les tribuns, les factieux de toute sorte, et les plébéiens : lutte qui ne finit qu’a-
(1) Dio, 1. XXXVII, c. xxxvii.
(2) Suet. , c. xiii.
FAMILLE DES CESARS. n
vec la vie de Pompée. L’année de la préture de César fut remar- c 1. quable par l’attentat de Clodius. Epris des charmes de Pompéia , Fa^c,,sde' troisième épouse de César, et ne pouvant tromper la vigilance pi.xviietxvm. d’Aurélia sa belle-mere, qui l’accompagnoit en tous lieux, il se déguisa en femme pour pénétrer dans la maison du préteur, où se célébroient la nuit, et par les femmes seules, les mystères de la Bonne-Déesse. Clodius découvert fut traduit en jugement.
César, cité comme témoin, dit qu’il n’avoit rien vu qui pût faire condamner l’accusé, auquel il savoit que le peuple accordoit une protection ouverte ; mais il répudia Pompéia. C’est alors qu’il dit ce mot, devenu proverbe : «Il ne faut pas que la « femme de César soit même soupçonnée. »
Cependant César, voulant égaler Pompée en puissance, pensa qu il devoit couvrir de l’éclat de la gloire militaire les intrigues auxquelles il s’étoit livré jusqu’à ce jour. Il sollicita et obtint un commandement en Espagne et dans la Lusitanie; mais il lui étoit plus facile de gagner les suffrages de la multitude que d apaiser la foule de ses créanciers, qui s’opposoient à son départ. Ce fut alors que commencèrent ses liaisons avec le riche Crassus , qui se rendit garant de ses dettes , pour favoriser un rival de Pompée.
C est a cette expédition que Plutarque1 rapporte un mot de lui si connu. Traversant les Alpes pour se rendre en Espagne par terre, il trouva un village habité par un peti L nombre d’hommes à demi sauvages; ses amis lui demandèrent s’il croyoit qu’il y eut dans ce lieu retiré de l’ambition et des brigues pour obtenir le commandement. «Pour moi, leur répon- « dit-il, j aimerois mieux être ici le premier que le second dans « Rome. »
(i) Page i 1 1.
Chai*. I.
Famille des Césars.
PI. XVII et X VIN.
la ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.
Il pénétra avec promptitude jusqu’aux rivages de l’Océan, soumit les révoltés, leur imposa d’énormes tributs, qu’il s’appropria, et revint à Rome, en 5g, avant la fin de la campagne. Des projets de la plus haute importance l’y rappeloient. Il vouloit briguer le consulat, et séduire par l’éclat d’un triomphe la multitude, qui devoit accorder cette éminente dignité. Mais, arrivé au moment où les comices s’assembloient pour l’élection, et où les candidats sollicitoient en personne les suffrages, tandis que les lois retenoient hors de la capitale, jusqu’au jour du triomphe, celui à qui le sénat accordoit cette récompense, il trompa l’attente des sénateurs, qui travailloient à faire nommer un autre consul, renonça au triomphe, et obtint le consulat parle crédit de Crassus et de Pompée, réconciliés par ses soins. Ses envieux parvinrent seulement à lui faire donner pour collègue ce Marcus Bibulus qui avoit déjà partagé l’édilité avec lui, et qu’ils excitoient à le contrarier dans toutes ses démarches. Cet homme foible ne put résister au génie et à l’ascendant de son collègue : de là vint que l'on dit assez plaisamment , « Tel acte a été passé sous le consulat de Julius et de César», au lieu de dire sous le consulat de César et de Bibulus.
Alors en 5g (Gg5 de Rome) se forma le premier triumvirat; celui de Pompée, de Crassus, et de César. Quoique ce triumvirat 11e fût institué par aucune loi, il eut cependant des résultats aussi funestes pour la république; parceque ces trois Romains jurèrent de ne rien entreprendre qui pût contrarier les vues de l’un d’eux. Velleius Paterculus1 désigne avec précision ces résultats, qui, dit-il, devinrent funestes à Rome, à l’univers, et aux triumvirs eux-mêmes.
Pompée fut porté à cette réunion par le désir de faire confir-