II, 44; I
mer les actes de son commandement dans les provinces situées ch.,p. i. au-delà de l’Adriatique; confirmation qui trouvoit de fortes op- Fa“^ersdta positions, et qu’il croyoit ne pouvoir obtenir sans le crédit de pi.xviietxvm César. Celui-ci, en paroissant subordonner sa gloire à celle de Pompée, augmentoit la sienne, ainsi que sa propre puissance, et excitoit de plus en plus l’envie contre ce redoutable rival.
Crassus enfin, n’ayant pu atteindre au pouvoir suprême par le crédit de Pompée seul, espéroit le devoir à l’appui de César.
Fort de cette union , le consul se conduisit avec l’audace d’un tribun du peuple, et manifesta la volonté déclarée de capter la bienveillance de la multitude par tous les moyens. Il proposa des lois agraires et des colonies à fonder. En vain le sénat voulut-il s’y opposer, les triumvirs insistèrent; et Pompée, oubliant cette retenue qui lui avoit jusqu’alors concilié les grands, les menaça de ses armes. Il épousa ensuite Julia, fdle de César; et celui-ci, en se mariant à Calpurnia, fdle de Pison, fit déclarer son beau-pere consul pour l’année suivante. Ces alliances intéressées excitèrent l’indignation de Caton, qui seul, au milieu de la corruption générale, osoit encore parler de la république et des lois anciennes. César voulut le faire conduire en prison, espérant qu’il invoqueroit le secours des tribuns; mais le silence des grands, du peuple, constant admirateur du courage de Caton, et celui du vertueux accusé lui-même, effraya le consul, au point qu’il engagea secrètement un tribun à s’opposer à cette violence. Cicéron éprouva aussi les effets du ressentiment de César. Devenu tout-puissant, le consul, n’osant ouvertement se venger de celui qui avoit découvert et puni justement (d’une maniéré illégale peut-être) les complices de Catilina, protégea ce Clodius violateur des choses sacrées, amant reconnu de sa propre femme, mais ennemi déclaré de Cicéron. Il le fit nom-
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chap. i mer tribun ; et, en même temps il obligea l’orateur à s’exiler lui-
Familledes m(ime PQrs t]C l’Ttalie.
Césars.
pi. xvii et xviii. Tous les usurpateurs du pouvoir suprême , depuis l’Atliénien
Pisistrate, avoient créé de prétendues conjurations pour obtenir des gardes, ou du moins pour se rendre plus chers à la multitude ; César, qui marchoit sur leurs traces, employa les mêmes moyens'. Un homme du peuple, Yetius, s’avança dans une assemblée des comices, montrant un poignard, qu’il disoit lui avoir été remis par un licteur de Bibulus; ajoutant qu’il étoit envoyé par ce consul, par Cicéron, et par Caton, pour assassiner Pompée et César. Quoique le récit partit douteux, celui-ci s’en servit pour échauffer la multitude, et remît au lendemain à le vérifier. Mais Vetius, pendant la nuit, fut tué dans la prison; et César ne ht aucune recherche sur cet assassinat.
L’année de son consulat étant près d’expirer, il se ht donner par le peuple le commandement général de la Gaule Cisalpine et de l’Illyrie, avec trois légions. Le sénat craignant, dit Suétone , qu a son refus le peuple n’ajoutât la Gaule Transalpine, lui en offrit le commandement avec une quatrième légion. Le même historien nous apprend les moyens qu’il employa pour régner encore dans Rome, quoiqu’il en fût éloigné. D’abord il ht nommer consuls, pour l’année 58, Lucius Pison son beaupere, avec Aldus Gabinius, qui n’étoit connu que par son habileté dans l’art de la danse. Ensuite il eut grand soin de s’attacher les magistrats de chaque année, de favoriser pour candidats et de laisser parvenir aux dignités ceux-là seulement qui s’engageoient à prendre ses intérêts pendant son absence : il exigea même de quelques uns un serment; et d’autres, une promesse écrite et signée, syngrapham exigere.
(1) Appian. I. II, p. yiS.
(2) Cap. XXII
Chap. T.
Famille des
Quoique César eût rapporté de la Lusitanie des sommes assez considérables pour satisfaire ses nombreux créanciers, il avoit cependant contracté de nouvelles dettes, soit à sa nomination P1 xvnetXVI,r au consulat , soit en satisfaisant sou penchant pour la débauche \
Curion , le pere , l’appel oit le mari de toutes les femmes ; de même que ses liaisons trop étroites avec Nicomede, roi de Bithynie, l’avoient fait surnommer la femme de tous les maris. Peut-être sa politique l’engageoit-elle aussi à mettre par ce moyen les femmes des grandes maisons dans ses intérêts; du moins le vit-on se déclarer ouvertement l’amant d’une sœur de Caton. Les Gaules étoient regardées à Rome comme un pays fort riche; on v recueilloit l’or dans le limon des fleuves ; et les proconsuls romains n’y avoient point encore exercé cet esprit de rapine dont le reste du monde connu se plaignoit déjà si amerement. A la vérité les Gaulois étoient courageux et vaillants; mais la tactique romaine devoit triompher d’une bravoure qui dédaignoit toute discipline. Les peuples qui habitoient les Gaules formoient une confédération, obéissoient à divers chefs, étoient trouvernés par des lois différentes; l’on pouvoit donc espérer de les diviser à force d intrigues } et de les vaincre en les armant les uns contre les autres. Tel fut le plan que suivit César pendant les neuf années employées à conquérir les Gaules, et à porter les aigles romaines dans la Grande-Bretagne et sur la rive droite du Rhin , contrées où elles étoient inconnues.
Plutarque2 fait observer judicieusement qu’ici César commença une vie nouvelle qui le plaça au-dessus des plus habiles capitaines de l’antiquité, des Fabius, des Scipion, des Metellus: de ses contemporains, Sylla, Marins; des deux Lucullus, et même de Pompée, honoré du nom de Grand; si l’on considéré
P) Suet->LÎL (2) Page 11 5.
Chat». ï.
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l’âpreté des lieux où il fit la guerre, l’étendue des contrées théâtre de ses victoires, la multitude et la vaillance des peuples qu’il vainquit, la barbarie de ceux qu’il civilisa; enfin la clémence qu’il exerça à l’égard des vaincus , et les immenses largesses qu’il répandit sur ses soldats. Le même historien ajoute que non seulement il a surpassé chacun d’eux par quelques uns des traits que présente sa carrière militaire, mais qu’il les surpassa tous par le nombre étonnant des combats qu’il livra , et des ennemis qu’il fit périr; car il prit d’assaut, dans la guerre des Gaules, plus de huit cents lieux fortifiés; il subjugua trois cents peuples; il combattit à différentes époques contre trois millions d’hommes, dont un million resta sur le champ de bataille, et le reste fut fait prisonnier.
César dut ses succès à son courage, à la sagesse de ses plans, à l’or qu’il prodiguoit à ses soldats , et sur-tout à la vitesse avec laquelle il se transport oit en tous lieux, Parti de la capitale pour se rendre dans les Gaules., il arriva en huit jours sur les bords du Rhône, à deux cent vingt lieues de Rome ’. Il dormoit le plus souvent dans la litiere ou dans le char qui le portoit , ayant seulement à ses côtés un secrétaire qui écrivoit sous sa dictée, et derrière lui un soldat ceint d’une épée. Dès 1 enfance, il s étoit exercé habituellement a l’équitation; il croisoit quelquefois ses mains derrière le dos, et abandonnoit le cheval à toute son impétuosité; voyageant a cheval, il essaya de dicter des lettres a deux secrétaires à la fois; Oppius dit même à plusieurs. C’est ainsi que, né avec un tempérament foible, il le fortifia par l’exercice, et parvint à supporter la fatigue et la faim. Ce n’étoit pas assez pour lui de surprendre ses ennemis par une promptitude extraordinaire, il les accahloit par sa persévérance à les
(i) Plutavch., p. 1 1 8.
poursuivre jusqu’à leur entière dispersion. Aussi disoit-il toujours : «Il n’y a rien de fait tant qu’il reste quelque cliose à faire.»
Pendant que César combattoit dans les Gaules, Pompée rappela Cicéron de l’exil. Crassus et César ne s’y opposèrent point, pareequ’ils regardèrent ce retour comme un événement qu’ils ne pourroient empêcher; et celui-ci témoigna même quelque hienvaillance à l’orateur; mais Cicéron, pénétrant leur politique, ne leur en sut aucun gré, et reporta toute sa reconnoissance sur Pompée
Celui-ci se rendit à Lucques, où César étoit venu pour conférer avec lui et Crassus sur les moyens de conserver le pouvoir. Les magistrats arrivèrent en si grand nombre, que l’on y compta cent vingt licteurs, et plus de deux cents sénateurs2. On y arrêta que Pompée et Crassus seroient nommés consuls, et que l’on continueroit encore à César, pour cinq ans, le commandement des Gaules et des légions. C’étoit ainsi que chaque hiver il laissoit les armées sous la conduite de ses lieutenants, et se rapprochoit de Rome pour diriger les amis qui y travailloient pour ses intérêts.
Enfin l’année 49 (7o5 de la fondation de Rome) vit éclater une rupture ouverte entre César et Pompée. La mort de Julia, fille du second, épouse du premier, rompit le dernier lien qui les unissoit en apparence; et la mort de Crassus dans l’expédition contre les Parthes délivrant les deux rivaux d’un concurrent, ou leur enlevant un médiateur, les détermina à chercher ouvertement à se supplanter l’un l’autre. Leurs partisans excitoient sans cesse des troubles dans Rome ; les comices 11e s’ass.emhl oient jamais qu’il n’y eût du sang répandu : on n’obtenoit les magistratures que par des largesses distribuées publique-
1) Dio, 1, XXXIX, c. ix. (2) Plutarch, pag. 123.
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ment, ou par des combats à coups de pierre et d’épée. Piome fut huit mois sans consuls; l’anarchie y étoit à son comble; on y disoit ouvertement que le seul remede à de si grands maux étoit de remettre le pouvoir absolu à un homme puissant, qui fût en même temps un bon citoyen. La plupart des gens de bien désignoient pour cela Pompée, et parloient de la dictature, mais César, qui fomeutoit ces troubles, s’attaclioit la multitude par des repas splendides, des combats nombreux de gladiateurs ; tous ceux qui l’entouroient, et même une grande partie du sénat, par des prêts à intérêts ou gratuits; les citoyens de tous les ordres, qu’il appeloit, ou qui se rendoient auprès de lui, par des distributions auxquelles il faisoit participer les affranchis, les esclaves même, lorsqu’ils avoient quelque crédit sur leurs maîtres et leurs patrons'. De sorte qu’il devint le refuge assuré des hommes accablés de dettes, des jeunes dissipateurs , à moins qu’ils ne fussent coupables de trop grands crimes, ou entièrement perdus de débauches; et il disoit alors ouvertement à ceux-ci qu’une guerre civile étoit nécessaire.
César, résolu de repousser par la force les attaques de Pompée, passe le Rubicon, aujourd’hui le Luso, près de Rimini. Ce fleuve séparoit la Gaule Cisalpine du reste de l’Italie; et d’après un sénatus-eonsulte, que l’on voit encore gravé sur le chemin de Rimini à Césene, c’étoit mériter les noms de sacrilege et de parricide que de le traverser à la tête d’une armée sans le consentement du sénat. Cicéron2 dit que César répétoit souvent deux vers d’Euripide dont voici le sens: « S’il faut violer les lois, «que ce soit pour obtenir le pouvoir suprême; en toute autre «chose, on doit s’y conformer. » Ce fut, dans cette journée, la réglé de celui qui, ne voulant point d’égal, alloit combattre
(i) Suet., cap. xx vu.
(2) De ofjicus , 1. III, c. xxi.
Pompée ; cet homme , qui de son côté , selon l'expression de Lucain, ne vouloit point de supérieur. Il fuit cependant de Rome à l’approche de César; il est suivi par tous les magistrats; de sorte qu’il paroit emporter avec lui le destin de la république. Sa marche est incertaine. Il se retire d’abord à Capoue, ensuite à Brindes, où il est assiégé par César, qui n’est point entré à Rome de peur de perdre des instants précieux, comme l’espéroit son rival. Le port même de Brindes alloit être fermé, lorsque Pompée s’en échappe, et fuit vers l’Illyrie. Maître de l’Italie entière, César se rend à Rome, y entre seul, est reçu par la multitude avec l’ivresse de la joie, n’exerce aucun acte de vengeance, ni même de violence; si ce n’est contre un tribun qui vouloit l’empêcher d’enlever le trésor public, déposé dans le temple de Saturne.
Loin de s’endormir dans le repos, César va combattre les Pompéiens en Espagne, et laisse à Antoine le commandement de Rome et de l’Italie. Il revient bientôt vainqueur, les assiégé, et les défait encore dans Marseille. Le préteur Lépide, qui depuis fut triumvir, le fait nommer dictateur pendant son absence, qui fut de courte durée. Le nouveau dictateur accourt à Rome, enleve du Capitole et des autres lieux sacrés toutes les offrandes ', vole à Brindes , débarque avec cinq légions dans la Chaonie; mais la flotte ennemie ayant enlevé les subsistances de sa petite armée, il se rembarque seul pour accélérer la marche d’Antoine et du reste de ses troupes. Une tempête s’élève; le pilote, qui ne le connoit pas, veut regagner le port, César se découvre, et lui dit: «Courage, ne crains rien; tu conduis Cé- « sar et sa fortune \ »
Le rival de Pompée, revenu en Illyrie, éprouve quelque re-
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(i) Dio , XLI , XXXIX.
(2) Piutarch. , p. 1 4 1.
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vers qu’il surmonte avec habileté, joint son ennemi à Pharsale en 48 (706 de Rome), et le défait entièrement. Celui-ci abanpi.xvij«xviji. donne son armée, ses partisans, et fuit en Egypte, où il est assassiné. On présente la tète de Pompée au vainqueur, qui verse des pleurs en la voyant’. Mais que penser de cet attendrissement, lorsqu on se rappelle l'ardeur avec laquelle il avoit poursuivi sans relâche le malheureux Pompée? Il versa aussi des pleurs en apprenant la fin de Caton, qui aima mieux se donner la mort que d’implorer sa clémence. César pleura-til la perte d’une occasion où il auroit pu accorder un pardon éclatant? du moins eut-il l’adresse d’en agir toujours ainsi ; et l’on ne peut lui reprocher que quelques vengeances obscures : telle fut la destitution des tribuns, qui s’opposèrent depuis aux efforts concertés cl’Àntoine, lorsqu’il voulut, dans un spectacle, placer le diadème royal sur le front du dictateur perpétuel Ce furent encore deux actes de clémence fastueuse qu’il exerça, après la bataille de Pharsale et en Afrique, en brûlant, sans les lire, les lettres des Pompéiens, qui se trouvèrent dans les porte-feuilles de Pompée, et d un Scipion leur chef, eL en pardonnant à ce Marcus Brutus qui depuis fut son assassin. Mais il ht mourir comme captifs, et sans les juger, Afranius et Faustus, fils de Sylla son ancien ennemi1. 11 feignit à la vérité de vouloir entendre en justice Lucius César sou parent, qui avoit toujours été Pompéien, et qui le supplioit de lui faire grâce; mais, n’osant le condamner lui-même, il suspendit le jugement, et lui ht ôter la vie en secret.
Son penchant pour les femmes faillit à lui être funeste en Egypte , ou les charmes de Cléopâtre, qu’il rendit mere, le retinrent oisif pendant plusieurs mois (en 47 ), après la mort de
(1) Dio, XLII, vin. (a) Ibid. , XLIV, x. (3) Ibid. , XLIII, xn
Pompée. Il se réveilla cependant en apprenant que le fils du re- Chap. 1. doutable Mithridate, Pharnace, roi de Pont, ravageoit l’Asie; F™'‘^sdes il arriva avec la vitesse de l’éclair, mit en fuite son armée; et écri- P],xviieixvi vit à Rome ces trois mots célébrés : «Je suis venu , j’ai vu, j’ai «vaincu.* Il paroit ensuite dans la capitale pour se faire nommer encore dictateur, contre l’usage constant qui n’admettoit que des dictateurs annuels ; et il choisit pour son maître de cavalerie ce Marc-Antoine dont il avoit éprouvé le dévouement.
Enfin il vole en Afrique pour y achever la destruction des fils de Pompée, de leurs partisans, et sur-tout celle du vertueux Caton ; avide de tout genre de gloire, il ne quitte pas cette contrée sans relever les murs de Carthage, comme il avoit déjà fait pour Corinthe.
César, rentrant dans Rome, signala son retour par des fêtes splendides et par quatre triomphes. Il arrivoit chargé des dépouilles de l’Asie et de l’Afrique, d’un nombre prodigieux de couronnes d’or ; il avoit même enlevé toutes les richesses du temple d’Hercule à Tyr, pour punir, disoit-il, les habitants de cette ville de ce qu’ils avoient recueilli dans leur fuite l’épouse et le fils de Pompée '.
Mais à peine ces fêtes étoient-elles terminées, qu’il fut obligé d aller en Espagne combattre les fds de Pompée et les derniers Pompéiens. Il parvint en 45 (709 de Rome) à détruire cette armée, la derniere espérance des amis de la république; et il courut dans cette campagne le plus grand danger à la bataille de Munda, près de Malaga : «Ailleurs, dit-il, j’ai combattu pour la «victoire; mais ici, c’étoit pour ma vie.»
Le sénat lui prodigua à son retour les honneurs, même ceux d un nouveau triomphe; ce qui aliéna plusieurs de ses partisans,
(1) Dio, XLII, 4g.
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parceque c’étoient des Romains qu’il avoit vaincus, et qu’un pareil triomphe étoit sans exemple. Après avoir été nommé seul consul, comme l’avoit été Pompée, il le fut encore pour dix ans : de même que Sylla , on le créa dictateur perpétuel ; ce qui le rendoit égal en puissance à un roi, mais sans lui donner ce nom odieux aux Romains. Celui d’empereur, à'imperator, lui fut donné dans toute sa plénitude, pour lui et pour sa postérité; il fut appelé pere de la patrie , titre qu’avoit reçu Cicéron après qu’il eut découvert la conjuration de Catilina. A l’autorité sans bornes le sénat joignit les honneurs de la royauté, et même ceux qui étoient réservés aux dieux. Sous le nom de tribun y>erpétuel, sa personne devint inviolable et sacrée. Il lui fut permis d’assister aux spectacles sur un siégé doré, avec une couronne d’or, et d’en porter habituellement une de laurier. Ses partisans, Antoine entre autres, essayeront plusieurs fois en public de lui ceindre le diadème; mais l’indignation générale y forma toujours obstacle. Le mois de sa naissance fut appelé jalius.
A tout cela Dion1 ajoute un trait si extraordinaire, que je dois rapporter ses propres paroles. Enfin il s’en trouva qui «osèrent proposer de lui accorder le pouvoir d’épouser tel nom- «bre de femmes qu’il voudroit; car, quoique âgé déplus de cin- «quante ans, il avoit encore plusieurs maîtresses.» On lit la même chose dans Suétone2. Au reste l’historien fait remarquer qu’une grande partie des sénateurs cherclioit par ces flatteries excessives à exciter la haine et l’envie pour bâter sa perte , et qu’ils y réussirent, tandis que leur feint dévouement l’aveugloit lui-même au point de renvoyer ses gardes anciens, de refuser les sénateurs et les chevaliers cpû offraient de lui en servir, parcequ’il eroyoit n’en avoir plus besoin. «J’aime mieux, disoit-il
(i) Lib. XLIV, c. \ ii.
(2) Cap. lit.
«(comme l’a dit depuis notre grand Henri), périr une fois que «de craindre toujours.»
César ambitionnoit la gloire qu’obtiennent les sages législateurs, et il sut rajouter à la gloire militaire. En qualité de souverain pontife, il cto it chargé du réglement des fêtes, de la fixation de l’année civile: celle-ci, qui avoit Numa pour auteur, étoit de près de onze jours plus courte que l’année solaire; et les intercalations qu elle exigeoit avoient été faites si arbitrairement, qu’à l’époque où César régnoit elle n’avoit plus aucun rapport avec les saisons; le commencement avoit été dérangé de soixante-sept jours. Pour remédier à ce désordre César fit venir d’Egypte un fameux mathématicien, Sosigene; d’après son conseil, il établit en 46 (708 de Rome) une année de trois cent soixante-cinq jours, portée à trois cent soixante-six dans les bissextiles. Quoiqu’elle fût trop longue d’environ onze minutes, toutes les nations chrétiennes l’employerent jusqu’au milieu du XVIe siecle. Il établit, ou plutôt il conserva une forme de gouvernement qui annonçoit toujours une république , mais avec un chef absolu: incohérence dont il fut la victime. Le sénat, qu’il auroit pu détruire, fut conservé avec toutes ses prérogatives; mais il fut traité par César avec tant de hauteur, que, «par-là même, dit Montesquieu, sa clémence fut insultante; ou «dit qu’il ne pardonnoit pas, mais qu’il dédaignoit de punir. » Il encouragea les bonnes études en donnant le droit de cité aux médecins et aux professeurs des arts libéraux, qui habiteroient Rome '. Pour empêcher que les criminels riches n échappassent a la justice en s exilant eux-memes pour conserver leurs patrimoines , il fit confisquer la moitié de leurs biens ; celui des parricides tout entier. Il vouloit extraire du grand nombre de lois (>) Suet., c.xui.
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Famille des Ce'sars.