S- 4- VITELLIUS, ET SA FAMILLE
Zonare peint d’un seul trait le régné de l’homme vil que les soldats donnèrent pour successeur à Othon. «Tout le temps du «régné de Vitellius ne fut, dit-il autre chose qu’une ivresse et «un repas continuels.»
Aldus Vitellius naquit l’an de Rome 768 ( i5c de l’ere vulgaire). Je parlerai plus bas de Lucius Vitellius son pere ; mais je dois le rappeler ici, parcequ’il produisit son fils à la cour de Tibere, pour se concilier la faveur de cet empereur’. Ce fut dans l’ile de Caprée que Tibei’e l’eçut A. Vitellius, abusa de sa jeunesse, et le rendit complice de tous les genres de débauches; ce qui lui fit donner le surnom barbare de Spintria, par lequel on désignoit les inventeurs des monstrueuses voluptés qui ont rendu honteusement fameux le nom de ce rocher.
Les changements de régné n’apporterent aucun changement à sa fortune, parcequ’il sut conformer ses goûts et ses opinions à ceux des empereurs qui succédèrent à Tibere. Il se livra avec fureur, sous Caligula , aux jeux du cirque; il conduisit lui-même des chars , et prit un parti actif dans les factions qui divisoient les spectateurs, mais toujours lié à celle qu’avoit adoptée l’empereur. Claude l’eut pour compagnon de jeu, sa passion dominante. On le vit obtenir les bonnes grâces de Néron par les mêmes moyens3; mais sur-tout dans un concours de musiciens qu’il présidpit, et auquel il supplia, au nom du peuple, l’empereur de prendre part, quoique celui-ci eût l’air de s’y refuser, et que les spectateurs n’eussent émis aucun vœu. Le sénat déli-
(1) Lib. I,i6. (2) Suet.y cap. ïii. (3) Ibid. , cap. iv.
Chap. II.
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bcrant sur la peine a infliger a Ahtistius, qui a voit composé des vers contre Néron, le généreux Thrasea proposa la plus légère, et entraîna dans son sentiment le plus grand nombre des sénateurs. « Yitellius , dit Tacite', fut celui des opposants qui se fit «remarquer par la bassesse de ses flatteries, adressant les plus «vifs reproches aux plus estimables personnages, et écoutant «sans répliquer leurs réponses, comme les lâches en usent or- « dinairement. »
Yitellius obtint des trois empereurs, par ses adulations et ses complaisances criminelles, non seulement des honneurs civils et militaires, mais encore les honneurs religieux3. Proconsul en Afrique, il s’y fit estimer par son intégrité. Au contraire, chargé a Rome de la surveillance des lieux publics, il fut accusé d avoir dépouillé les temples, et d’y avoir substitué à l’or et à 1 argent le laiton et l’étain. Ces nominations avoient pu étonner les Romains; la surprise fut extrême, lorsqu’en 821 (68 de l’ere vul gaire ) Galba l’envoya commander l’armée de la Germanie inférieure ’. O11 attribua cette faveur aux sollicitations de Yinius, qui pouvoit tout sur l’esprit de l’empereur; mais celui-ci dit publiquement, «Qu’il n’y avoit rien de moins dangereux cpie les «hommes qui ne pensent qu’à manger, et que Vitellius trou- «veroit chez les Germains à satisfaire son ignoble passion.» Elle 1 avoit déjà ruiné; car il fut obligé, pour se rendre à son commandement, de mettre en gage une boucle d’oreille de sa mere , et d’intimider ses nombreux créanciers en les menaçant de leur intenter des procès fâcheux. Devenu empereur, il les força à lui rendre les titres de leurs créances, en disant qu’ils dévoient se trouver payés largement, puisqu’il leur laissoit la vie 4.
(1) Ann., XIV, 1 19. (2) Suct., cap. vi. (3 ) Iiul., cap. vu. (4) Xiphil., lib. LXV, cap. iv.
Croiroit-on, si l’histoire 11e l’altestoit pas, et si l’on ne connoissoit pas la dissolution dans laquelle vivoient les armées romaines depuis quelles disposoient de l’empire , qu’un homme perdu de dettes, et qui cousumoit à table la plus grande partie de ses journées, fut accueilli avec transport par les légions de la Germanie inférieure? «Les vices et la lâcheté de Vitellius lui «concilièrent, dit Tacite1, l’affection des soldats avec une faci- «lité qu’obtinrent rarement les talents et les vertus. » Ce furent même ses vices , selon Xiphilin , qui le firent chérir des légions \ Elles espéroient s’enrichir par ses prodigalités, qu’elles opposoient à la parcimonie de Galba, voir se relâcher pour elles la discipline militaire, et bannir des camps la frugalité, sous un chef occupé sans cesse des plaisirs de la table. Vitellius d’ailleurs se montra à l’armée tel qu’on l’avoit vu pendant le voyage, doux, affable, prévenant, même avec les simples soldats. Entré dans le camp., il accueillit toutes les demandes , remit toutes les peines , et niême lit grâce à ceux qui étoient condamnés à quelque supplice.
Cette conduite adroite , et la noblesse de son origine, le firent reconnoitre empereur par ses légions un mois après son arrivée, et dans les premiers jours de l’annee 822 3 (69e de l’ere vulgaire). Il accepta avec transport le surnom de Germanicus , qu’elles lui donnèrent; différa de prendre celui d’ Auguste ; et refusa obstinément celui de César. Tous les peuples de la partie occidentale de l’empire suivirent l’exemple des légions de Germanie. A la nouvelle du meurtre de Galba, Yitellius fit marcher en grande hâte une partie de ses troupes contre Othon, et les suivit avec le reste de son armée. Il refusa toutes les propositions que lui fit Othon pour renoncer à l’empire, et il s’en remit au
(1) Ilist., III, 86. (2) Xiph. , LXIV, IV. (3) Suet. , cap. vm.
Chat». II.
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cuir. ii. sort des armes, qui lui fut favorable. Ses généraux défirent près NéroT ' ^e Crémone ceux de son rival, et Rome reconnut son pouvoir. pi. xxxi Autant que les troupes de Yitellius avoient montré d’ardeur pour aller combattre les soldats d’Othon, autant leur chef parut indigne de cette émulation'. Il traversoit les cités en triomphateur ; il naviguoit mollement sur les fleuves, dans des bâtiments très ornés, couronné de fleurs, absorbant dans des repas continuels des sommes considérables, abandonnant à l’avidité de ses troupes les contrées qu’il parcouroit. Arrivé sur le champ de bataille, près de Crémone, quarante jours après le combat, et voyant quelques personnes se plaindre de l’odeur des cadavres qui restoient sans sépulture, il leur dit: «L’ennemi mort sent «toujours bon, et mieux encore lorsque c’est un citoyen ’» Ce mot horrible, qui est devenu proverbe, peint Vitellius. On auroit pu le croire seulement lâche et gourmand ; mais lâ il fit voir qu’il avoit une- ame atroce. Il parcouroit le champ de bataille, se repaissoit de la vue des morts, comme il auroit fait à l’instant même de la victoire. Il n’ordonna point de les ensevelir; et assista ensuite à un spectacle de gladiateurs, comme s’il n’y avoit pas eu assez de sang de répandu.
Après avoir fait des séjours dans tous les lieux de plaisance qui se trouvoient sur la route, il entra dans Rome, revêtu de la toge bordée de pourpre, selon Tacite3, précédé du sénat et du peuple, comme il fût entré dans une ville prise d’assaut. Suétone dit qu’il portoit le manteau militaire des empereurs, le paludamentum; cette discordance peut facilement s’expliquer, en supposant qu’il étoit arrivé au pont Milvius , â deux milles de Piome (aujourd’hui Ponte Molle ), en costume militaire, résolu d’entrer ainsi dans la ville, et que ses amis lui conseillèrent de revê- (i) Suet.,cap. x. (2) Ibid.} Xiphil., lib. LXV, 1. (3) Histor., II, 89.
tir, comme ses prédécesseurs, le costume civil; soixante mille soldats le suivoient, et jeterent l’alarme dans la capitale.
Vitellius se conduisit d’abord avec modération , ne confisqua pas les biens de quelques uns des partisans d’Othon qu’il fit mourir; confirma les donations faites par Néron, par ses deux prédécesseurs ; laissa un libre cours à leurs monnoies Il ne cassa point les testaments de ceux qui étoient morts les armes à la main contre lui ; il remit au peuple les contributions arriérées. Enfin il défendit aux sénateurs et aux chevaliers de combattre dans l’arene et de monter sur les théâtres.
C’est là tout ce que les historiens ont pu recueillir de louable dans le régné de Vitellius ; c’est là tout ce qu’il fit; et ces actions ne l’occuperent que peu d’instants. Mais son occupation principale , la seule qui remplît les huit mois de son régné, fut de faire succéder plusieurs fois par jour , et la nuit même , de grands et somptueux repas; de rejeter dans chaque intervalle la nourriture dont il avoit chargé son estomac, pour s’en gorger de nouveau ; comme si, dit Xiphilin, il 11e se fut nourri que par le simple passage des aliments3. Il s’invitoit chez ses amis, et ces festins leur coûtoient des sommes énormes, au moins 400,000 sesterces (70,000 francs). On conserva le souvenir du repas que lui donna son frere, où l’on vit paroître deux mille poissons très recherchés, et sept mille oiseaux. Mais il montra encore une prodigalité plus extraordinaire , lorsqu’il fit la dédicace d’un plat d’argent, qu’il appela le bouclier de Minerve (parcequ’il étoit de la même grandeur que le bouclier de la Minerve
(1) Xiphilin (lib. LXV, c. vi) et Zonare (pag. 192) rapportent ce fait comme une chose extraordinaire; ce qui feroit conjecturer que chaque nouvel empereur proscrivoit les monnoies de ceux de ses prédé¬
cesseurs dont le sénat et le peuple avoient aboli la mémoire.
(2) Suet., cap. xiii ; Xiphil., lib. LXV, cap. ni.
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Successeurs cl Néron.
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chav. ii de Phidias ), si grand, qu’il fallut, dit Pline, construire pour le incre-iseurs de f011(jrc un fourneau hors de la ville, et qui coûta 1,000,000 de
Néron. 1 ' '
n xxxi sesterces (environ 200,000 francs). Les mets que l’on servit sur cet énorme plat étoient des foies de scares (poissons), des cervelles de faisans et de paons, des langues de llamants (oiseaux), et des laites de lamproies apportées des mers éloignées. Pour peindre d’un seul mot la gloutonnerie de Yitellius, je dirai que dans les sacrifices même il mangeoit la chair des victimes et les gâteaux sacrés avant qu’ils fussent entièrement cuits ; qu’en voyage il dévoroit les mets qui se trouvoient préparés dans les plus mauvaises hôtelleries. Tacite porte à 900 millions de sesterces (environ 180 millions de francs) la dépense de sa tahle. Aussi Josephe ' dit-il que, s’il eût vécu plus long-temps, l’empire entier n’eùt pu suffire pour assouvir sa gloutonnerie.
Elle sembloit ne lui laisser quelques intervalles de repos que pour faire éclater sa cruauté. On l’accusoit d’avoir fait mourir son fils aine, Petronianus', sous prétexte que ce jeune homme auroit voulu l’empoisonner3; mais pour hériter des biens que son épouse avoit légués à cet enfant ; et sa mère , parcequ’on avoit prédit que son régné seroit de longue durée s’il lui survivoit. Cette vertueuse femme devoit d’ailleurs lui paroitre insupportable, parcequ’elle avoit versé des pleurs lors de son exaltation a l’empire, et parcequ’elle prévoyoit sa fin ignominieuse. Enfin il ne donnoit des louanges qu’à Néron; il n’estimoit que ses actions , et ii 1 imitoit en toutes choses.
L’armée d Orient, jalouse du droit que s’étoient arrogé celles d’Oceident en élisant trois empereurs, voulut en nommer un • et son choix tomba, en juillet de l’an 6g, sur Yespasien, son chef, guerrier habile, doué de grandes qualités, et ayant peu (1) B. J., IV, 42. (a) Suet., VI, i<j.
de défauts. Tout l’Orient reconnut Vespasien, et les légions c>«.n. d’Illyrie marchèrent sur Rome. Un combat violent fut livré Successeurs de près de Crémone ; les Vitelliens y furent vaincus près de Bedria- n. xxxi. cum, où ils avoient défait les Othoniens. Vitellius refusa d’abord de croire ces fâcheuses nouvelles; ensuite il parut sortir de son apathie, et se présenta à son armée près de Pérouse.
Mais celte courte apparition ne servit qu’à faire mieux connoître sa stupidité et son ignorance dans l’art militaire. C’est alors que tout l’empire abandonna Vitellius. Le 18 décembre, ayant appris la défection de son armée, il sortit du palais, vêtu de noir, avec son fils encore enfant; il déclara au peuple, en pleurant, qu’il offroit d’abdiquer l’empire. On refusa son offre, et il rentra dans son palais. Cependant les principaux personnages de Rome, sur le bruit de cette abdication, s’assemblèrent chez Sabinus, frere de Vespasien , où se trouvoit aussi Domitien son second fds '. Ne s’y croyant pas en sûreté, ils se réfugièrent dans le Capitole, auquel les soldats mirent le feu. Domitien échappa à leur furie; et Sabinus, chargé de chaînes , amené au palais, fut massacré sous les yeux de Vitellius.
Pendant ce temps, l’armée qui combattait pour Vespasien entra dans Rome, combattit dans les rues ceux des prétoriens qui défendoient Vitellius. Quant à lui, après s’être gorgé de boisson et de nourriture, il sortit du palais par une porte sécrété , accompagné seulement des domestiques qui préparoient ordinairement ses repas, pour se cacher chez son épouse, jusqu’à ce que la nuit favorisât son évasion de Rnme.
Mais il rentra bientôt au palais, et le trouva désert. Alors il remplit d’or sa ceinture, se couvrit d’un vieux manteau, et se cacha dans la chambre où se tenoit le portier du palais avec ses
(i) Titus étoit auprès de son pere à l’armée d’Orient.
'jri*;: a
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chai. 11. chiens'. Il y fut bientôt découvert, entraîné au travers de la Successeurs ,ie mulLtude irritée , les mains liées derrière le dos, la tunique dé-
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chirée, la chevelure relevée, et un poignard fixé sous le menton, afin qu’il ne pût cacher sa honte et son repentir. «J’ai ce- «pendant été votre empereur!» leur disoit-il. On le couvrit de houe; et enfin, après l’avoir percé de mille coups, ou lui ôta la vie aux Gémonies, d’où son corps fut traîné dans le Tibre. Il étoit âgé de cinquante -quatre ans, avoit régné près d’un an depuis son élévation à l’empire, et huit mois depuis la mort d’Othon.
Son caractère bas et vil sembloit se peindre dans toute sa personne: il avoit un embonpoint énorme; son visage étoit enflammé, son ventre très gros, et il boitoit légèrement.
O11 pourra être étonné de ne point voir ici de portrait de Vitellius , taudis que l’on a ceux des onze autres Césars , et que les collections d’antiques, même celle du Musée Royal (n° 54), renferment des bustes auxquels on donne son nom. Voici la réponse de M. A isconti , trouvée dans ses papiers : «Les médailles «de coin romain font connoitre parfaitement le portrait de Vitel- «lius. Les antiquaires le reconnoissent dans plusieurs tètes en «marbre ; mais j’ai remarqué que ces prétendus bustes de Vitel- «lius,loin d’être constatés par la comparaison des médailles, «offrent au contraire un portrait de convention , que les artistes «du XVe siecle ont voulu attribuer à cet empereur, plutôt d’a- «près son caractère crapuleux, connu par l’histoire , que d’après «ses images. D’ailleurs tous ses bustes se ressemblent parfaite- «ment entre eux, autant qu’ils s’éloignent de la physionomie de «Vitellius tracée sur les médailles.» Quant au buste du Musée Royal, voici comment le même savant s’exprimoit, en 1810,
(1) Suet.,XVI, 17; Xiphil. , lib. LXV, cap. xix; Tacit. , Histor., III, 85,
clans la Notice de ce Musée : «Une simple tunique sans manches cn.tr. ir. «est attachée par deux boutons sur les épaules de cet empe- ' nXIT
«reur . Cet étrange habillement, comme le marbre de ce n. xxxi
«buste, qui est un grec veiné du mont Hy mette , peu propre à la «sculpture, peuvent bien appuyer les doutes de ces antiquaires,
«qui ne reconnoissent pour authentique aucun des portraits en «marbre que nous connoissons de Vitellius. Il étoit à la salle «des antiques au Rouvre.»
Enfin il dit, dans la Description du Musée Royal de 1817:
«Il est encore douteux si ce buste, exécuté d’ailleurs dans une «grande et belle maniéré, n’est pas dû à quelque excellent ci- «seau du XVI' siecle. » J’ajouterai à un témoignage d’aussi grand poids mes propres observations. Ua comparaison de ce buste avec les plus belles médailles de Vitellius m’a fait reconnoître des différences frappantes, particulièrement dans les formes du nez.
Les médailles de Vitellius , gravées ici sous les n° 8 et 9 , présentent le portrait de cet empereur. Celle du n° 9 est d’or : on y n- 9. voit la tête de Vitellius, avec la légende Aulus VITELLIUS GERMANécwj IM Perafor TR ibunitia Votestate. Revers : les têtes ■ affrontées des enfants de Vitellius, d’un fils et d’une fille, avec la légende LIBERI IMP eratoris GÈRMAN/cû Quelques antiquaires, croyant voir les tètes de deux fils, reconnoissoient Petronianus, et cet enfant que sa mere, api’ès la mort d’Othon, apporta dans les Gaules à Vitellius, que celui-ci, selon Zonare, présenta aux soldats, lui faisant donner les surnoms de Gernianieus et d 'imperator , quoiqu’il ne fût âgé que de six ans. Mais Petronianus avoit été tué par son pere avant l’an 822 , celui de l’exaltation de Vitellius. Il faut donc reconnoître sur le revers de la médaille du n° g, i° le fils, surnommé Germanicus , que Mu-
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cianus fit mourir l’année qui suivit la mort de Yitellius 2° une fille que Yitellius donna en mariage à Yalerius Asiaticus, lieutenant de la Belgique, et que depuis Vespasien maria et dota richement \
Lucius Yitellius, pere de l’empereur. Ou voit sa tète au revers de celle de son fils sur la médaille d’or du n" 8, monument de la piété filiale, avec la légende Lucius V1TELLIVS COS. [consul. ) III CENSOR. 11 étoit fils d’un chevalier, régisseur des finances d’Auguste; il fut consul trois fois, et censeur. Ces dignités le rendirent très recommandable, et contribuèrent presque uniquement à faire élire son fils empereur. Sous le premier consulat de Lucius Yitellius, l’an 787 , parut en Egypte , selon Tacite , le phénix, oiseau très rare, dit-il, que l’on n’avoit pas vu depuis plusieurs siècles. Tibere régnoit alors; Claude nomma consul avec lui, pour la seconde fois, Lucius Yitellius, l’an 796; pour la troisième fois encore, l’an 800; et censeur, pareillement avec lui, l’an 801. L. Vitellius amena, sur la fin du régné de Tibere, Artaban, roi des Parthes, non seulement à entrer en conférence avec lui pendant qu’il commandoit en Syrie, mais encore à rendre aux enseignes des légions un culte, comme en usoient les Romains. Enfin il eut le gouvernement de Rome, en 796, pendant l’expédition de Claude contre la Grande-Bretagne. On lui reproche avec raison les basses flatteries avec lesquelles il se maintint à la cour; d’abord avec Tibere, en lui prostituant son fils, celui qui devint empereur; ensuite avec Caligula, qu’il adora le premier comme une divinité, 11e l’abordant que la tète voilée , et se prosternant à ses pieds; puis avec Claude, en plaçant dans sou laraire les statues d’or de ses favoris Narcisse et Pallas , en couvrant de baisers en public un soulier de Messaline (1) Tacit., Histor . , J, 69; IV, 80. (2) Suet., V, 14.
SUCCESSEURS DE NERON. a83
qu’il portoit toujours avec lui, et en disant à Claude, lorsqu’il célébroit les jeux séculaires : «Puissiez-vous les célébrer plusieurs «fois!» Il mourut enfin, l’an 48, sous ce dernier empereur, après avoir vu ses deux fils consuls à-la-fois de cette même année. Le sénat lui décerna des funérailles somptueuses aux dépens du trésor public ', et une statue placée dans les rostres avec cette inscription: Pour récompenser sa fidélité inviolable envers le prince. C’est ainsi que l’on donuoit un nom honorable à la plus lâche adulation !
(1) Suet-, V, 3.
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Famille fie Vespasien.
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