‹ Iconographie romaine (volume 3)Chapitre 33 sur 40 · XXXI · texte numérisé non relu

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fit une cour assidue , espérant rpie ce prince l’adopteroit '. Dans cet espoir, il gagnoil les soldats par ses largesses. Niais il vit Galba choisir Pison pour son (ils et pour son successeur; «car, «dit Plutarque, il avoit assuré qu’il préfereroit toujours le bien «de l’état à ses affections particulières ; qu'il n’adopteroit pas «le citoyen qui lui seroit le plus cher, mais celui qui devroit «être le plus utile au peuple romain.» Celte adoption déplut aussi aux militaires, pareeque Pison avoit des mœurs et des principes dignes des anciens Romains; tandis que le régné d’un prodigue, d’Othon, flattoit leur cupidité. D’après ces considérations, on ne sera pas surpris de la facilité que le dernier trouva à les soulever contre Galba.

11 poussa la dissimulation jusqu’à se rendre, le i5 janvier 6g, au palais de l’empereur, a le saluer, à recevoir de lui le baiser accoutumé, et a assister seul des sénateurs au sacrifice qu’il ol- Iroit. Dans cct instant, on lui annonça qu’un architecte l’attendoit pour examiner une maison qu’il venoit d’acheter. Cette annonce étoit un signal convenu. Othon sortit donc, et alla rejoindre les conjurés, qui n’etoient encore que vingt-trois. Ils avoient été rassemblés par les deux soldats qu’Othon avoit gagnés par ses largesses, «qui, dit Tacite2, entreprirent de donner «l’empire romain, et qui le donnèrent.» Ces vingt-trois conjurés proclamèrent Othon empereur, le conduisirent au camp des prétoriens, qu’il enflamma par ses invectives contre Galba, contre Pison, et qu’il attira à son parti par de grandes promesses. Tes prétoriens le suivirent, en contraignant tous ceux qu’ils rencontroient à saluer le nouvel empereur. Nous avons vu dans la vie de Galba le meurtre de ce prince et celui de Pison, qui, après avoir été toujours malheureux et persécuté, (i) Suet. j cap. iv. (2) Tacit I, 25»

ne reçut le nom Je César que pour se voir assassiner six jours ciur. rr.

N Successeurs de

apres.

Ues tètes de ces infortunés furent présentées à Othon. Celle pi.jxxxj. de Pison fixa principalement ses regards; elle mit fin à ses inquiétudes, et il se livra à la joie'. 11 obtenoit enfin cette couronne qu’il avoit tant desirée , mais qu’il ne devoit porter que pendant trois mois. Il avoit alors trente-sept ans, l’an 822 (69 de l’ere vulgaire). Le sénat et le peuple se rendirent au camp des prétoriens, leur adressèrent des remerciements. Othon promit aux centurions de leur payer avec l’argent du fisc les congés et les dispenses que les soldats achetoient d’eux à grands prix; et cet exemple dangereux fut suivi par ses successeurs. Arrivé au sénat, le nouvel empereur le harangua comme s’il eût été forcé d’accepter l’empire. En vain affecta-t-il de flatter tout le monde, et la populace même, en se laissant appeler Néron ; de paroitre souvent dans les théâtres, de prodiguer les droits du citoyen romain ; on ne le vit pas sans inquiétude appeler auprès de lui Sporus et les autres débauchés de la cour de Néron. «Mais ce «qui le rendit le plus digne de haine fut, selon Xiphiliiv, d’a- «voir mis à prix l’empire romain, d’avoir livré la capitale à «l’audace des hommes les plus corrompus ,. de ne tenir aucun «compte des vœux du peuple et du sénat, enfin d’avoir persuadé «aux soldats qu’en eux résidoit le pouvoir de créer et de faire «mourir les empereurs. »

Cependant la nuit qui suivit le meurtre de Galba et l’élévation d’Othon rendit celui-ci à ses réflexions. Peu exercé à commander les armées, il avoit entendu dire que les légions de Germanie avoient proclamé Yitellius empereur; ennemi du travail et de la contrainte, il se voyoit chargé d’un immense far- (i) Tacit., Hist., I, 44- (2) Xipbil., lib. LXIV, cap. vin.

ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.

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Successeurs cl

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de a u ; enfin, ennemi de toute sorte de violence (c’étoit peut- L' être sa seule bonne qualité), il avoit participé au meurtre de Galba. Son sommeil fut très inquiet; il tomba de son lit comme s'il eût été poursuivi par cette ombre auguste; il offrit des sacrifices pour l’apaiser; il témoigna meme des regrets d’avoir accepté l’empire; mais c’étoit trop tard, la force des choses l’entrai noit rapidement. Les armées de Vitellius et celles des autres généraux qui avoieut embrassé son parti, étoient parvenues sans obstacle jusqu’aux plaines de la Gaule Cisalpine.

Othon écrivit à Vitellius, lui offrit des richesses, des honneurs, s’il vouloit reeonuoitre son empire; il lui offrit même de le partager avec lui, et d’épouser sa fille. Celui-ci, loin d’accepter ses propositions, lui en fit de semblables. Ils essayèrent, dit-on, de se faire assassiner d’un et l’autre, mais sans succès. Ollion vit alors que la guerre civile étoit inévitable; les citoyens de Rome, cpii n’en avoient point éprouvé les fureurs depuis Auguste et Antoine, en frémirent. L’empereur marcha à la rencontre des "\ itelliens. Après quelques attaques peu décisives, il y eut à Bedriacum, entre Crémone et Mantoue (aujourd’hui Cividale) un combat entre les deux armées, où ne se trouvoient pas les deux rivaux, et les Olhoniens furent vaincus. Ollion eu attendoit l’issue à Brixillum ( Bersello , ou la Linza se jette dans le Po).

La nouvelle de cette défaite fut apportée à l’empereur par un soldat de son armée, qui, voyant que l’on doutoit de sa véracité, et qu’on le regardoit comme un fugitif, se perça tic son épée, et tomba mort aux pieds d’Olhon. Le pere de l’historien Suétone, qui étoit alors tribun de la seizième légion, lui avoit raconté ce fait, et avoit ajouté que le prince, ému par ce spectacle, s’écria: «Je 11e veux plus exposer aux dangers des servi-

«teurs si dévoués1.» ]1 prit dès-lors la résolution de s’ôter la vie. Ce n’est, pas qu’il n’eût encore une armée de réserve qui lui étoit dévouée, qu’il n’eût appris que trois légions de la Mésie étoient arrivées à Aquilée; mais il détestoit les guerres civiles; et se trouvant, étant encore simple citoyen, dans un repas où quelqu’un des convives racontoit la mort de Cassius et de Rrutus , il avoit frémi d’horreur à ce récit. Suétone avoit encore appris ce fait de son père; et je le répété à dessein, n’ayant que ce seul bien à dire d’Othon. On lui attribua d’autres motifs, la connoissance du peu de talent qu’il avoit pour l’art militaire, la crainte d’irriter par une trop longue résistance Vitellius contre sa famille, et l’envie d’acquérir de la gloire par une action généreuse.

Quoi qu’il en soit des motifs, il persista dans son dessein , malgré les représentations de ses amis. Il employa le reste de la journée oû il apprit cette fatale nouvelle à récompenser ses serviteurs, ses amis; à brûleries lettres dans lesquelles Vitellius étoit maltraité, afin qu’il ne pût en punir les auteurs; à donner des ordres pour assurer la retraite de ceux qui étoient près de lui; à écrire à Messaline, veuve de Néron, qu’il avoit résolu d’épouser, pour lui recommander sa sépulture et sa mémoire; enfin à consoler son neveu, en l’exhortant à 11e pas oublier qu’il avoit eu un oncle empereur, et à ne pas trop s’en souvenir. U passa une nuit tranquille; et le malin il s’enfonça un poignard dans le sein, après trois mois de régné. U eut plusieurs imitateurs; quelques uns de ses gardes, quelques soldats de ses armées, s’ôtèrent aussi une vie que la mort généreuse d’Othon leur rendoit insupportable.

S’il ne falloit qu’un trépas généreux , que le sacrifice delà vie, (1) Suet., cap. x.

Chap. II.

Successeurs de Néron.

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ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. I!.

ClIA|1 || afin d’éviter l’effusion du sang, pour couvrir la honte de cette ut-rpsseurs <ie même vie passée entièrement dans la débauche, la mémoire n. wv d'Olhon ne seroit point odieuse; mais la postérité ne regarde pas un seid instant de courage comme la compensation de plus de vingt-quatre années d’intempérance et de dissolution. Les méchants conserveraient toujours l’espoir de se réhabiliter à leur derniere heure dans la mémoire de leurs concitoyens.

Il semhloit qu’un esprit capable d’un aussi grand effort n’avoit pu se trouver dans un corps aussi mal fait que celui d'Olhon, dit Suétone Il étoit petit , et avoit les pieds mal tournés. Les traits de son visage étoient réguliers.

La brièveté du régné d’Olhon a rendu ses monuments fort K" 5 et 6. rares. On voit au Musée Royal, sous le n° 33o, et sous le nom de Demetrius Poliorcète, la tète dont la face et le profil sont gravés ici sous les n" 5 et 6. La ressemblance de ce marbre avec les médailles d’Olhon est incontestable. La partie de la chevelure placée sur le front est antique, et présente le galericulus , la perruque sous laquelle ce prince efféminée cachoit un front dépourvu de cheveux. La lace est antique, et le nez seul a été légèrement restauré. Le baron de Toit , qui avoit apporté de Grcce ce précieux fragment , l’avoit cédé a feu Pajou, sculpteur, qui à son tour le céda au Musée Royal.

ré 5. Pour mettre le lecteur à même de juger la ressemblance de cette tète, on a placé ici la médaille d’or du n° y. D’un côte on voit la tète d’Ofhon, coiffée avec une perruque, et la légende IMPerafor OTHO CAESAR AVGustus TR ibunitia P otestale. Revers: femme debout, tenant une couronne et une haste; légende, SECVRITAS Populi Romani.

(i) Cap. xii ; Tacit. , Annal., XIII, 12.

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