‹ Iconographie romaine (volume 4)Chapitre 10 sur 94 · I. LUCIUS JUNIUS BRUTUS · texte numérisé non relu

I. LUCIUS JUNIUS BRUTUS

PI. II

Î^ERVius TuLLius n'aimoit pas les Tarquin, quoiqu'il fût lié CniP. 11.

. , ^ Hommes d'état

avec eux par les nœuds de plusieurs alliances. Soit que la ja- et de guerre sous

1 ••1 •] .«.' l'r" T C "11 • • le "ouvernement

lousie du pouvoir le portât a se délier d une tamille qui avoit républicain. plus de droit que lui à la royauté , soit que le caractère ambitieux et l'esprit ardent de celui qui en étoit le chef lui inspirassent de la crainte et de l'aversion, il avoit formé le projet de n'avoir point de successeur au trône, en préparant à l'état une constitution aristocratique, suivant laquelle deux magistrats annuels dévoient en être les chefs'.

Lucius Tarquin, qu'on distingua depuis par le surnom odieux de Superbe, ne donna pas à son beau-pere le temps d'accomplir ses desseins : il se débarrassa de lui par un meurtre, et s'em-

(i) Tite-Livc (1. I, c. i.x ) dit expressément que le gouvernement consulaire fut établi l'an de Rome '^45 (5o;) ans avant l'ère vulgaire), conformément au projet que Servius Tuliius en avoit laissé par écrit : Duo consules coniidis cenlnriatis ex

commentants Servit Tullii creati sunt.

Cet historien , avec Denis d'Halicarnasse (1. IV et V), et Phitarque dans la Fie dei Puhlicola, m'ont lourni la plupart des faits énoncés ilans cet article.

20 ICONOGPiAPHIE ROMAINE. Part. I.

(:h»p. II. para du trône. Les projets répul)llcalns de Servais Tulllus avoient jimnmes d'état pçj^j^, p|^,j^ difficile DOur Tarcfuiii rexercice de la royauté. Les

et (le gucrresous 111 ^

legouv.incnunt ol)stacles ffu il eut à vaincre, et quelfuics défauts qui tenoient

républicain. *- ' l. i

pi.ii peut-être à son caractère, donnèrent à sa conduite une teinte de tyrannie qui le fit haïr. L'inquiétude le rendit soupçonneux au point de prêter l'oreille à la voix des calomniateurs, et sou règne, d'ailleurs glorieux, fut terni par des actes de cruauté qui s'étendirent même jusque sur ses plus proches parents. Junius son beau-frcre, et Junius fils son neveu, furent sacrifiés à l'intérêt iinaginaire de son repos : et si Lucius , frère cadet de ce dernier, conserva sa vie et obtint quelques einplois honorables, il le dut à l'espèce d'imbécillité qu'il sut feindre, et qui lui valut à la cour de son oncle le surnom de Brutus, et le fit dépouiller de la plus grande partie de sa fortune paternelle, qui fut usurpée par le roi. Il souffrit cette injustice sans murmurer : mais le désir et l'espoir de la vengeance s'accroissoient tous les jours dans ce cœur ulcéré, et ses pensées secrètes n'avoient d'autre objet que la ruine de son oppresseur.

Un événement imprévu lui en offrit tout-à-coup les moyens, et lui permit de donner un libre essor à son ressentiment. L'insulte que Sextus, fils de Tarquin, fit à Lucrèce, femme romaine des plus distinguées, et qui étoit sa parente, le désespoir qu'elle en montra en ne voulant pas survivre à sou déshonneur, disposèrent le peuple à la sédition. L'absence du roi et de l'armée, occupés au siège d'Ardéa ; l'influence de Brutus , qui commandoit la cavalerie et les gardes du roi; celle du père de Lucrèce, qui gouvernoit la ville en l'absence de Tarquin , donnèrent au tumulte un caractère de révolte ; et le changement inopiné qui parut s'être opéré dans l'esprit de Brutus, et que la suj^erstition regarda comme un prodige, rendit le peuple docile à toutes

Hommes d'état guerre sous

les mesures que ce chef, qui allioit la promptitude de l'exécu- chap. 11 tion à la prudence des projets , proposa pour changer la con- ^"^""^ stitution de l'état. Le plan de Servius Tullius fut en fijrande i-^ gouvernement

A '-' républicain.

partie adopté; et le peuple s'engagea, par serment, à ne plus p, „ reconnoilre de rois. Aussitôt que Tarquin en fut informé, il accourut vers la ville révoltée, qui lui ferma ses portes; et les émissaires de Brutus ayant profité de l'absence du roi pour soulever l'armée, ce prince fut contraint d'aller chercher son salut hors du territoire de Rome. Brutus et Collatin, mari de Lucrèce, sans perdre de ternps, s'emparèrent, sous le titre de consuls, de l'autorité royale, dont l'exercice fut limité à l'espace d'une seule année.

Le fondateur de la république romaine et du consulat, dans l'ivresse de ses succès , ne prévoyoit pas sans doute quel prix devoit lui coûter une si mémorable vengeance. Le système de gouvernement que Rome avoit choisi ne pouvoit , ainsi qu'il arrive presque toujours dans les grands changements, convenir ni à toutes les classes des citoyens , ni à tous les intérêts de la société. Les jeunes patriciens ne purent s'accoutumer ni à l'absence de la cour, ni à ce ton d'égalité que, dans la première illusion de la liberté , la populace ne jîouvoit s'empêcher de prendre , et affectoit même vis-à-vis de la noblesse. Plusieurs d'entre eux conspirèrent pour le rétablissement du roi : un esclave découvrit le complot, les conjurés furent arrêtés; et Brutus eut la douleur de trouver parmi les coupables ses deux fils , qui donnoient la plus grande espérance , et dévoient être le soutien de sa famille: plusieurs de leurs parents, et à peu près du même âge qu'eux , étoient pareillement entrés dans la conspiration. Brutus, dans cette affreuse situation, ne dt'mcntit pas son caractère; il sacrifia, sans balancer, ses enfants à

ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. L

Chip 11. l'intérôt clc 1,1 rf''puhlif{ue ' et à sa haine contre les Tarquin'; et Hommes d'état ^^ criiel arpèt lut exécuté sous ses yeux. Le récit de ce funeste

•■t de guerre sous ■'

iegoi,v.ri.(mtnt ('vèneuient contriste encore aujourd'hui le lecteur dans Tite-

républicain. 11 t 1* t-> • 1

Live, et le déchire dans Denis dHahcarnasse. Rrutus, qui na-

pi. u.

voit point épargné ses deux fils, ne put souffrir que son collejTjue, ])lus humain, tâchât de sauver ses neveux. Collatin fut obligé d'abdiquer le consulat; etValerius, qui le remplaça, fut, à Rome, le premier exemple d'un véritable magistrat républicain , ardent pour le bien public , et ne cédant à l'impulsion d'aucune passion haineuse, ni d'aucun intérêt personnel.

Le malheureux père, dans l'état horrible où ces événements l'avoient plongé, ne put trouver quelque soulagement que dans le tumulte des armes et dans les fureurs de la guerre. Les Tarquin a voient rassemblé une armée dans l'Etrurie, et marchoient vers Rome ; les consuls se portèrent à leur rencontre avec toutes les forces de la république. Valerius commandoit l'infanterie , et Brutus la cavalerie : mais, comme celui-ci s'aperçut que Aruns, un des fils de Tarquin, étoit à la tête de la cavalerie ennemie.

(i) Virgile, ^n.,\. VI, v. 822:

Infelix'. ulcumquc/erertl eafacta minores; Vincet amor patriœ , laudumque iminensa cupido.

Je suis porté à croire que ce dernier hémistiche , laudumque immensa cupido, n'est ici qu'une cheville ajoutée par quelque grammairien à la clausula « vincet amor patriœ n, par laquelle le grand poète avoit fermé la période, sans se soucier de terminer l'hexamètre, ainsi qu'il en use souvent dans les endroits les plus passionnés de son poëme (voyez mes remarques à ce sujet, Iconographie grecque, P. I, c. vir, §. 4). Les idées que fournit cette dernière phrase s'entrevoient déjà dans les mots qui

précèdent, utcumque ferent eafacta minores ; et la phrase même est prise , ou plutôt parodiée , d'un autre vers de l'Enéide ( 1. V, V. i38) : Laudumque arrecta cupido.

(a) J'ai ajouté aux motifs de Brutus le principal peut-être, sa haine contre les Tarquins : Plutarque ne l'a pas oubliée dans ce passage où il peint le caractère de Lucius Brutus ( M. Brutus, §. i ) : « Celui-là ayant « les mœurs austères de nature, et non adot doulcies par la raison , ressemblant aux « épées de trop aigre trempe , se laissa « transporter au courroux et à la haine « qu'il avoit contre les tyrans, jusques à ea a occire ses propres enfants a (Amyot).

HOMMES D'ÉTAT ET DE GUERRE. i^

il s'élança sur lui comme un lion sur sa proie. Aruns , qui ne chap. ii. lui cédoit pas en bravoure et qui avoit sur lui l'avantage de la /d™rresous ieunesse, ne refusa pas le combat: il fut terrible; les deux enne- le gouvernement

J ' .1 ' républicain.

mis se percèrent Tun l'autre de mille coups, et périrent d'une p, „ mort honorable sur le champ de bataille. Les Romains , qui eurent quelques succès dans cette sanglante journée, rapportèrent à la ville le corps du consul avec une pompe extraordinaire; et les femmes romaines, pour témoigner leur douleur et honorer la mémoire du vengeur de Lucrèce et de leur honneur, portèrent publiquement le deuil de Brutus comme elles avoient coutume de le porter à la mort de leurs pères.

Les Romains des temps postérieurs connoissoient des statues de Brutus : il y en avoit une de bronze dans le Capitole , qui étoit placée auprès des statues des sept rois. Le consul, qui les avoit bannis de Rome, avoit à sa main un poignard hors du fourreau'. Pline cite ce monument comme un ouvrage très ancien. Dans l'histoire de César, il est fait mention du poignard que tenoit la statue comme d'une des circonstances qui excitèrent Marcus Brutus à assassiner le dictateur. Ce fut alors que Ton orrava la tête de Lucius Brutus sur la monnoie romaine , comme si l'exemple et le souvenir de l'ennemi des Tarquin eussent pu justifier l'attentat d'un autre Brutus et de ses coniplices. J'ai fait graver sous le n° 3 de la planche II la médaille n» 3. d'argent qui présente d'un côté la tête de Lucius Brutus, iiidi-

(i) Plutarque, dans la Fie de Marcus tlans la 11^ Pltilippiquc de Cicéron , $. 2 :

Brutus, loco citato; Dion , 1. XLIII, §. 4'J ; mais, dans cet ciulroit, l'orateur romain

Pline, 1. XXXI1I,§. 4 et j3, où cependant ne fait allusion «jii'aiix images de Brutus,

il remarque que la statue de Brutus u'étoit exécutées en cire, et conservées dans les

point si ancienne que celle de Clélie. On a maisons fies Romains qui prétcndoient être

cru qu'il étoit question de la même statue issus de sa race.

24 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. I.

chap. Il, quée par la légende, P.RVTVS '; et de l'autre le portrait de Sern,.mm,sartat ^ilius ALi , (iiii, daos un autre temps, avoit immolé un citoyen

ettle jjui-iip sous ' i ' » ' "

le gouvernement à la causc de la liberté. La tête de Lucius Jîrutus, d'une pliysio-

répuLlicain. . ■ > i i

p, ^^ nomie sévère , a été probablement imitée de la tête de la statue qu'on voyoit au Capitole. Une médaille d'or de Marcus Brulus, N» 4. dont le dessin a été gravé sous le n" 4, présente d'un côté le même portrait, mais plus petit et exécuté avec moins de finesse; la légende, LYCIVS BRYTVS PRIMVS CONSVL, Lucius Drutus, premier des consuls, le fait reconnoitre'': une couronne civique, formée d'une branche de chêne, entoure le type; de l'autre côté est la tête de Marcus Brutus , renfermée dans un ornement semblable.

Ces deux monnoies ont été frappées par les meurtriers de César, ou plutôt par les chefs de leurs armées et de leur parti , dans le court espace de temps qui s'écoula depuis le commencement de la guerre civile qu'ils allumèrent, jusqu'à la bataille de Philippes où César fut vengé.

N* I et a. Nous retrouvcrious la physionomie du fondateur de la république bien mieux développée dans la tête antique de bronze dont on a o^ravé deux dessins sous les n° i et -2 de la même planche , si elle appartenoit à Lucius Brutus avec autant de certitude que la tête gravée sur les médailles que je viens de décrire. Cependant, comme on a cru y reconnoitre le même personnage, et que cette opinion a été presque généralement adoptée, je n'ai pas dû exclure de ce recueil un portrait que, malgré les doutes d'une sage critique, on peut attribuer à Lucius Brutus, du moins comme un portrait de convention. Le profil , à la

î'i) Morellius, Thesaur.Jamil.jJvNik, preinte d'une médaille d'or qui se trouve

j)l. I, n° I ; Eckliel, D.N., t. VI, p. 20. dans le cabinet de l'empereur d'Autriche

''■2) Ce dessin a été exécuté d'après l'eni- ( Ëckhel , loco citato ).

HOMMES D'ETAT ET DE GUERRE. sS

vérité, présente beaucoup de ressemblance avec le profil tracé CHAr. u.

I'i'ii \ 1 r t ' • 11 *«^4- Hommes d'état

a médaille, a la lorme du nez près, qui, sur celle-ci, est ^j^e guerre sous

droit, tandis que sur le buste il est aquilin. Ce monument est le gouvernement

'1 i républicain.

placé à Rome, dans le palais du magistrat de la ville, sur le p, „ Capitole \

AULUS POSTUMIUS REGILLENSIS.

L'abolition de la monarcliie avoit fait déchoir R^ome de cette supériorité que ses armes et la force de son gouvernement lui avoient assurée sur les peuples environnants.

La guerre qu'elle eut à soutenir contre les Toscans , commandés par Porsenna, ne put, h la vérité, ni fassujétir, ni replacer Tarquin sur le trône; mais elle humilia la nouvelle république, et anéantit presque toute son influence sur les nations voisines. Les Latins , qui avoient formé du temps des rois une espèce d'union fédéra tive avec les Romains, union dont ceux-ci avoient retiré presque seuls tout l'avantage, se séparèrent de la république : ils firent plus, ils tâchèrent de la détruire et de rétablir

(i) C'est un don que le cardinal Rodolphe Pio da Carpi avoit fait à la ville de Rome, dans le XVP siècle ( Fabri, Imagines ex bibliotheca Fulvii Ursini, p. 5o). Jean Lefebvre a pensé que cette têie pouvoit avoir appartenu à la slatue de lîrutus, dont on a l'ail mention ci-dessus [loco citnlo). Quoiqu'à présent l'on convienne que le buste en toge, sur lequel cette têle est rapportée, n'est pas du niênie siècle que la tête, le travail de celle-ci n'annonce pas une antiquité .Tussi reculée que celle que Pline semble supposer à la statue qui étoit placée dans le Capitole. U seroit plus vrai-

semblable de dire que cette tête a été imitée, par un ancien artiste, d'après la statue de Lucius Brutus , encore plus ancienne; et que la différetice qu'on remarque entre le nez de cette tète et celui des tètes qui sont gravées sur les médailles peut être attribuée à ce que ces médailles, suivant toute probabililé , ont été frappées dans la Grèce ou dans l'Orient, où connuandoient les meurtriers de César, et où l'artiste auroil tracé l'image de Lucius Brutus sans en avoirsous lesyeu\im dessin bien arrêté.

26 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. L

Chap. II Tancien gouvernement. Divisés en tin grand nombre de petits tid!"^,ZcsZl *'^''^^ indépendants l'un de l'autre, dont la plupart étoient régis Jo gouvernement pjjr des eliefs plus puïssants qu'il ne l'auroit fallu dans des villes

rejjublicain. '■ ^ A

PI ,1 libres, ils étoient formidables, lorsqu'une autorité supérieure comme celle des rois de Rome donnoit plus d'unité à leurs entreprises, cl j)lus de célérité à leurs mouvements: mais ils étoient foibics dans une coalition dont un conseil étoit l'âme, et où la différence des opinions et des intérêts mettoit dans toutes les démarcbes de la nation une lenteur qui étoit préjudiciable au succès de ses armes. Dans la circonstance dont nous parlons, deux fds de ïarquin , et Mamilius, chef des Tusculans, leur beau-frere , qui s'étoient mis à la tête de tous les peuples latins, rendoient leur union plus redoutable: mais Rome ne manquoit ni de citoyens , ni de soldats ; et les contrariétés qu'elle avoit éprouvées depuis quatorze ans de la part de ses voisins avoient rendu plus opiniâtre la résistance du peuple, et lui avoient inspiré une espèce de fanatisme pour le gouvernement qu'il avoit adopté. Tant de résolution et de courage n'avoieut besoin que d'un chef habile. La république confia l'autorité suprême à Aulus Postumius Albus', le meilleur général que Rome eût peutêtre produit jusqu'à cette époque. Il étoit alors consul, et il est probable que dans cette circonstance il fut élu dictateur. Une seule bataille livrée sous son commandement par l'armée romaine, près du lac Régille% détruisit tous les projets des Latins, et remit ces peuples dans la dépendance. Une charge de cavalerie commandée à propos par le dictateur, qui, pour donner plus d'impétuosité à ce mouvement, avoit ordonné aux cavaliers

(i) L'an de Rome sTjS, .\ij6 avant l'ère lelius Victor, de Vins ilhntribus , c. xvi.

vulgaire: Tite-Live, 1. H, c. xix et suiv.; (2) A présent Lago délia Coloiina, à

Denis d'Halicarnasse, 1. VI, p. 34a; et Au- six ou sept lieues de Rome.

Hommes d'étal guerre sous

HOMMES D'ETAT ET DE GUEPtRE. 27

de laisser tomber les rênes de leurs mains, détermina la victoire. ch.p. n Sextus, l'oppresseur de Lucrèce, fut tué dans le combat, ainsi ^^°^^ que Mamilius, gendre de Tarquin. le gouvernement

A ' o A républicain.

Le surnom de Regillensis ( vainqueur de Régille ) distingua p, ^ depuis cette époque, et de la manière la plus honorable, le général victorieux et sa postérité; la pompe du triomphe mit le comble à sa gloire.

Decimus Junius Brutus, l'un des meurtriers de César, étoit n° 5. entré, par adoption, dans la famille des Postumius'. Lorsque la guerre civile s'alluma, le parti opposé aux triumvirs fit frapper des monnoies dont nous avons indiqué quelques unes dans l'article précédent. Celles qui furent fabriquées sous les ordres de Decimus Brutus nous ont conservé le portrait de Postumius Regillensis : sa tête, avec la légende A • POSTVMIVS COS*, Aulus Postumius, consul , est gravée sur l'un des côtés \ Le type du revers est une couronne formée d'épis de blé , dans laquelle on lit le nom de ALBINVS BRVTI F- , Aïbinus,jils de Brutus, nom que Decimus Brutus avoit pris après son adoption, le surnom d'Albinus ayant remplacé celui d'Albus dans cette branche de la famille Postumia.

Ainsi ce conspirateur rappeloit aux Romains que, par droit d'adoption , il pouvoit compter parmi ses ancêtres l'un des hommes qui avoient le mieux mérité de la république naissante, et dont la valeur avoit été fatale aux Tarquin. La tête

(i) Dion , 1. XLIV, §. \l\. mais il ino semble jjrobable que l'un de (2) Morellius, Thesaur. famil'uir. , Pos- ceux qui avoient conspiré contre la vie du TiiMiA , n" I. Le simple titre de consul, dictateur s'est abstenu, avec intention, de donné à Postumius sur la médaille, paroi- donner à un de ses ancêtres le titre d'une troit démentir les historiens qui ont sup- magistrature que son parti n'avoit pu supposé ce Romain revêtu de la dictature: porter dans la personne de César.

PI. II

cii»r II. de Postumius a dû ôlre copiée d'après son image en cire, que la no.n,nes d'état fj,jnille Postumia conservoit sans doute religieusement dans

et de guerre sous ^

legouvernenuiit Yatrium dc sa maisoii.

réj)ublicaln.

La couronne d'cpis de blé est la marque du sacerdoce des frères Arvalcs , dont Decimus Brutus étoit probablement décoré.

§. 3. LUCIUS DOMITIUS AHENOBARBUS.

La victoire remportée par Postumius, près du lac R('gille, combla les Romains d'une joie d'autant plus vive que le danger avoit paru plus imminent. La nouvelle s'en répandit dans la ville avec une célérité que le peu de distance des lieux pouvoit Lien expliquer, mais que le vulgaire, dans l'ivresse du succès, regarda comme prodigieuse. Deux jeunes soldats avoient rencontré, disoit-on, Lucius Domitius, citoyen distingué qui revenoit de la campagne; ils lui avoient annoncé la nouvelle de la victoire, l'avoient cbargé d'en faire part à ses concitoyens; et, pour se concilier sa confiance par un miracle, ils avoient toucbé ses joues, dont la barbe noire étoit, à l'instant, devenue rousse'. C'est pour cette raison que Domitius fut désigné dans la suite par le surnom di Ahenobarhus , barbe couleur d'airain, barbe rousse ; sobriquet qui distingua durant plusieurs siècles une des familles les plus illustres de la république. Les Domitius montroient sans doute dans le vestibule de leur maison l'image eu cire de cet homme aux yeux duquel Castor et Pollux avoient daigné se montrer, et qu'ils avoient choisi pour porteur d'une si heureuse nouvelle.

(1) Suétone, Nerone^ c. i; Plutarque, Fie de Paul Emile , §. 2 5.

Au temps de la guerre civile contre Cassius et Brutus , un Ch^p h. Cnéus Domitius Alienobarbus avoit embrassé leur parti, et com- H"™"" «l'état

A et cie guerre sous

mandoit une flotte formidable ciui croisoit dans la mer Ionienne i? gouvernement

républicain.

et bloquoit les ports de Tltalie'. Il fit frapper, pour les besoins p, jj de son expédition, des monnoies sur lesquelles il fit empreindre la tête de l'auteur de son nom. Le dessin d'une de ces monnoies a été gravé sous le n" 6 de cette planche'. On y voit d'un côté n» g. la tête de Lucius Domitius Alienobarbus, désignée par son surnom, AHENOBARBYS : elle a un peu de barbe, à peu près comme celle de Postumius^. Le revers présente un trophée élevé sur le pont d'un vaisseau; allusion à la victoire remportée par Cnéus Domitius sur la flotte des triumvirs'* : la légende offre son nom, CN • DOMITIVS IMP-, Cnéus Domitius, empereur (c'est-à-dire commandant en chef),

§. 4. CAÏUS SERYILIUS AHALA, ou ALA.

Tandis c£ue le sénat et les patriciens s'efforçoient de défendre leur puissance contre les tentatives toujours plus hardies du peuple et de ses tribuns , un petit nombre d'ambitieux qui a voient imaginé de profiter de ces troubles pour s'ouvrir un chemin au pouvoir absolu échouèrent dans leurs projets téméraires. Comment pouvoient-ils , en effet, espérer d'atteindre le

(i) Nous donnerons une notice plus uienne, entre le port de Brindes, d'où la

complète sur ce personnage, à l'occision Hotte d'Octave étoit partie, et l'Epire, vers

de son portrait, dans le §. 23 de ce même lequel elle Aiisoit route. Il fut livré le jour

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