chapitre. même oii Cassius et Brutus furent vaincus
(2) Moreliius, Tlies. J'amil., Domitia, à IMulijipes, l'an 4^ avant Tere vulgaire n° 7. ( Appien , jtlexand. de bello civili, 1. IV,
(3) Voyez Eckhel , D. N., t. V, p. 202. ^. 1 1 5 et suiv. ).
(4) Ce coniliat eut lieu sur la nier lo-
3o ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. I.
Cap. II. but qu'ils se proposoient, par des largesses répandues au milieu Hommes d'état (j'^j^e multitudc plus avide aiie reconnoissante, sans s'être mis
et de guerre sous 1 l
le gouvernement auparavaut ù lu tète d'une armée, ou s'être du moins assurés
répulilicain. . .
p, jj de l'un des partis.^ Tel fut Cassius Yiscellmus, patricien et consul, qui s'étoit flatté d'acquérir une grande popularité en proposant le premier la loi agraire, et qui, au sortir de sa magistrature, fut mis en jugement, et condamné à mort par ce peuple même sur la faveur duquel il avoit fondé ses plus belles espérances. Tel liit aussi Spurius Melius, plébéien, qui servoit parmi les cavaliers : celui-ci, en accaparant du blé dans un temps de famine et en le distribuant gratuitement au peuple, croyoit s'être fait un parti assez puissant pour renverser le gouvernement'; il avoit compté dans sa folle présomption que, pour s'emparer du pouvoir suprême, il ne lui falloit plus que des armes: il en rassembloit secrètement dans sa maison, lorsque le sénat, informé de ces tentatives, fit nommer par les consuls un dictateur. Cette magistrature absolue et indéjiendante que les Romains avoient empruntée des peuples voisins étoit, dans l'imperfection de la société civile et dans le désordre de ces gouvernements mixtes, la sauve-garde de l'état. Elle substituoit tout d'un coup une autorité forte et illimitée à l'anarchie dans laquelle des constitutions mal affermies, et changeant au gré de la multitude et des démagogues, étoient toujours près de tomber.
Le dictateur nommé à cette occasion fut ce même Cincinnatus qu'on avoit vu passer plusieurs fois de la charrue au timon de l'état, de sa chaumière à la chaise curule, et que tant d'honneurs n'avoient jamais dégoûté ni de sa pauvreté, ni de sa modestie.
(i) L'an de Rome 3i5, 439 avant l'ei'e vulgaire.
HOMMES D'ETAT ET DE GUERRE. 3i
Le dictateur octogénaire nomma G. Servilius Ahala pour son chap. il général de cavalerie, et lui ordonna d'amener Melius devant lui. ""'""■** '^'^'='*
o ^ et cie guerre sous
Le conspirateur déconcerté, et cherchant à se soustraire au ju- i»- gouvernement
républicain.
gement et à ameuter le peuple en sa faveur, se cachait dans la p, jj foule, et imploroit le secours de ses partisans. Servilius, pour étouffer la sédition dans son berceau , plongea son épée dans le sein de l'accusé, et se présenta au dictateur le fer tout ensanglanté à la main. Gincinnatus approuva l'action hardie de Servihus , le reconnut pour le sauveur de la république, et fit raser la maison de Melius , devenue abominable depuis que des projets contre l'état y avoient été enfantés. Les tribuns et quelques esprits inquiets de la populace menacèrent Servilius de le mettre en jugement au sortir de sa charge; mais le peuple, plus équitable , persuadé des desseins criminels de Melius, refusa de punir le citoyen courageux qui avoit immolé le coupable à la sûreté et à la tranquillité de la patrie. Servilius obtint dans la suite les plus hautes magistratures de la république'.
Marcus Brutus avoit des liaisons étroites avec la famille Ser- n° 3. villa, dont sa mère étoit issue, et dans laquelle il étoit entré par adoption. Sur les monnoies que lui ou ses partisans firent frapper durant la guerre civile, on plaça la tête de Servilius Ahala au revers de celle de Lucius Brutus, que le meurîrier de Gésar affectolt de compter parmi ses ancêtres. Il pcnsoit sans doute que ces exemples domestiques dévoient excuser son attentat aux yeux des Romains. Ge portrait de Servilius Ahala avoit probablement été tiré, comme plusieurs autres, d'une de ces images que les familles nobles se falsolcnt gloire de conser-
(i) Tite-Live, liv. IV, §, i3 et suiv. ; Pighius, Annal. Magistratuum an. 3i4-
32 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. L
CiAr.n. ver : la k'i^crulc, AHALA, désigne le personnage représenté sur Hommes déut ^g ^^^^^. jç j^ médaille'.
•'t up guerre sous )e gouvernement réj)ul)lic,iin.
ri. II.
SERVIUS SULPÏCIUS.
Ce Romain, issu de la plus ancienne noldesse, n'a pas autant de titres à la célébrité que les personnages dont nous venons de parler : il étoit au nombre des tribuns militaires revêtus de l'autorité des consuls, l'an de Pvome SyS, Sjô ans avant Tere
vulgaire
Lorsque la ville de Tusculum, surprise par les Latins qui, à cette époque, cliercboient à se soustraire à la puissance romaine, implora le secours de Rome , les Tusculans avoient conservé la citadelle ; et il ne fut pas difficile aux tribuns militaires Sulpicius et Quinctius de courir au secours de leurs voisins qui, depuis peu, s'étoient donnés à la république. Les Latins, attaqués de deux côtés à la fois par leurs ennemis, furent tous taillés en pièces : voilà la seule action d'éclat de Servius Sulpicius qui nous soit connue ; cependant son nom ne doit jamais être oublié dans l'histoire des révolutions romaines. Sa femme étoit ime des filles de Fabius Ambustus , qui en avoit donné une autre en mariage à Licinius Stolon, plébéien. La jalousie
(i) Cicéron a remarqué que ce surnom à^Ahala avoit été formé, par la suppression «le \'x et par la rapidité de la prononciation , du mot axilla, aisselle; sobriquet qu'on avoit donné à l'un des ancêtres de Servilius , d'après quelques particularités relatives à cette partie de ses membres. Les Fastes capitoliits nous présentent des Servilius tantôt avec le surnom d'Aliala , tantôt avec celui d' Axilla , que Pighius s'est efforcé
de distinguer l'un de l'autre, contre l'opinion de Cicéron , qui , parlant avec Marcus Brutus de ce même Servilius, lui donne indifféremment les deux surnoms [Orator. , §. 45; et Philippica, II , §. 1 1 ). Les Fastes capitolins prouvent que ces surnoms existoient dans la famille des Servilius avant l'époque de ce général de la cavalerie (Grutier, p. cccLxxxiv et cccxc).
(2) TiteLive, 1. VI, c. xxxiii.
de ces deux sœurs, dout la dernière ne pouvoit supporter la Chap. ii. supériorité que la magistrature de Sulpicius donnoit à son ainée, "f-"™" <!'«'»»
■•■ X O J. ' et de guerre sous
fut la cause des lonpjues dissensions entre les patriciens et le le gouvernement
'-' ^ républicain.
peuple, qui finirent par l'admission des plébéiens au consulat'. p, jj
La médaille dont le dessin est gravé sous le n" 8 a été frappée n» 7 et s. par un magistrat de la famille Sulpicia : les noms, hucius SER- VIVS RVFVS, en sont la preuve; mais la tète qui y est empreinte n'est point celle de ce magistrat ; la barbe courte qui la distingue fait qu'elle ressemble, par le costume, aux têtes de Postumius et d'Alienobarbus". Au contraire les diverses médailles frappées sous l'autorité de Lucius Servius Rufus, par le caractère de leur fabrique , ne peuvent appartenir qu'aux dernières époques de la république romaine. Cette monnoie a été restituée ou renouvelée par ordre de Trajan (n'y), ainsi qu'il est prouvé par la légende du revers, IMPe? ator CAESar TRAIANm^ A\Gustus GERîncmicus DACicus Vater Patrice KESTituà; «L'empereur César Trajan Auguste, vainqueur des « Germains et des Daces, père de la patrie, a renouvelé (cette
(i) Tite-Live, 1. VI, c. xxxix; Aurelius Victor, de J^iris illustr., c. xx. Ce dernier donne à Servius Sulpicius le prénom ôHAulus. Quoique les Romains fussent généralement dans l'usage de ne prendre qu'un seul prénom, il est cependant possible que le tribun ait joint au prénom de Seruius l'autre prénom A^ ^ulus : le premier prénom, ainsi que celui t^Cuippius dans la famille Claudia , étant commun à presque tous les personnages de la famille Sulpicia, ceux-ci prenoient un autre prénom pour se distinguer l'un de l'autre. Cette médaille même nous offre l'exemple d'un autre Servius
Sulpicius qui prenoit Lucius pour son premier prénom (Spanheira, DeH etV, Nitm., t. III, p. 27 a 3o; M. Marini, yJttideFratelli Arvali, 1. 1 , p. 284 et 235).
(2) Morellius, Thes.famil., Sclpicia, pi. I , n° 4 et B. Eckhel a donné à ce sujet un exemple frappant de son peu d'attention aux portraits qui sont gravés sur les médailles, défaut que nous avons eu plusieurs fois occasion de remarquer dans ce savant célèbre. 11 hésite à décider si la tète dont il s'agit ne soroit pas une tète d'Auguste {D.N.^ t. V, p. 319).
34 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Pvi^r. I.
Chap. II. « monnoie) ». La Ir^^cnde est gravée autour de deux figures de-
Hommes d'état et de guerre sous
bout (|iic, par leurs bonnets surmontés d'une étoile, on recon-
irs„u"v.,ncm,nt ^qJ^ p^^jj. Castor c t Pollux . Cette légeude fait la seule différence
entre la médaille plus ancienne, n° 8, et la médaille restituée.
Comme d'autres médailles frappées par ce même magistrat ont pour type du revers la ville de Tusculum ', el (pie les deux divinités représentées sur le type que nous examinons étoient les dieux tutélaires de cette ville latine, la conjecture des antiquaires, qui ont regardé la tête gravée sur ces denarius comme celle de Servius Sulpicius, tribun militaire et libérateur de Tusculum, semble extrêmement probable". Lucius Servius Rufus, à l'exemple d'autres magistrats ses contemporains, qui placoient les têtes de leurs ancêtres sur les types de la monnoie de l'état, aura fait graver, sur celle qu'il étoit cbargé de faire fabriquer, la tête d'un homme qui, plusieurs siècles auparavant, avoit illustré sa famille \
L'empereur Traj an en faisant renouveler sous son règne, ou, suivant la phrase usitée par les Romains, restituer cette médaille, avoit voulu sans doute honorer à la fois la mémoire de cet ancien républicain , et donner un témoignage de bienveillance aux personnages vivants de cette noble famille.
(i) Morellius, Thés, famil., Stjlpicia, pi. 1, n° 5; Eckhel, D. N., loc. cit.
(2) On peut même conjecturer, d'après la légende de cette médaille, que le tribun militaire de l'an de Rome 3^8 appartenoit à cette branche de la famille Sulpicia qui prenoit le surnom de Rufus. Tite-Live ne le nomme que Sen'ius Sulpicius.
(3) Nous n'avons aucune certitude que le magistrat qui a fait frapper cette mé-
daille soit ce même Servius Rufus qui mourut dans sa mission politique auprès de Marc- Antoine, l'an 44 '''^■^'^' Vere vulgaire, et à qui Cicéron fit décerner unestalue par le sénat, proposition qui fait le sujet de sa IX* Pliilinpitjue. Cette opinion a cependant quelque probabilité; Servius Sulpicius Rufus avoit dri exercer plusieurs magistratures dont quelques unes pouvoient l'avoir autorisé à faire frapper la monnoie.
Chap. U.