‹ Iconographie romaine (volume 4)Chapitre 12 sur 94 · MARCUS ATILIUS REGULUS · texte numérisé non relu

MARCUS ATILIUS REGULUS

Hommes d'état et de guerre sous le gouTernement républicain.

Souvent dans les mémoires généalogiques des familles ro- p, ^^ maines on méloit des contes romanesques aux récits historiques ' ; mais il n'y a peut-être eu aucun de ces mémoires où la vérité des faits ait été altérée d'une manière aussi sensible que dans la vie de Marcus Atilius Regulus. Sa vertu, exagérée jusqu'à un degré à peine croyable , a fait pendant plusieurs siècles l'étonnement des lecteurs de l'histoire romaine , et a fourni aux poètes % aux orateurs", aux philosophes'*, un modèle idéal de la constance la plus sublime.

Ce consul ayant passé en Afrique l'an a56 avant l'ère chrétienne, avec son collègue Manlius, pendant la première guerre Punique, y demeura l'année suivante seul à la tête de l'armée avec le titre de proconsul. Ses succès furent brillants ; et les Carthaginois , forcés à demander la paix , ne se décidèrent à continuer la guerre que parcequ'ils furent rebutés par les conditions insupportables que le proconsul prétendoit leur imposer, et par les manières hautaines dont il accompagnoit la dureté de ces conditions^. Un aventurier lacédémonien, habile général,

(i) Pliitarque , in Numa , §. i et 21. Les oraisons funèbres des hommes illustres faisoient partie de ces mémoires. Ces discours étoient souvent l'ouvrage de leurs descendants ou des clients de leur famille: composés dans des temps postérieurs, et dictés plus par la flatterie que par la vérilé ; on y lisoit, dit Cicéron , des faits controuvés, des triomphes qui n'ont jamais eu lieu, des consulats supposés, de fausses généalogies: Milita scripta surit in iisquœfacta tion sunt;falsi triumphi; plures coiisula-

tus ; gênera etiam falsa , etc. (Ciceron , de Claris Oratoribus , §. 62 ).

(2) Horace, Carmen, I, od. xii; III, od. v; Silius Italiens, liv. VI, v. SSg.

(3) Cicéron , Orat. in Pisonem., c. xix.

(4) Cicéron , de (y fie. , li v. lll , c. xxvi : Séneque, de Providcntia, c. m ; de Tran- (juil. Aniuii, c. xv; de Benejiciis , 1. V, c. III ; Epist. Lxvii et xcviii : Valere Maxime, 1. I, CI, n° i4 : Helveiius, de VEsprit, dise. IIF, c. xxii.

(5) Pour les faits de l'histoire , on a suivi

ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. I.

CiiAP. II. que les Carthaginois venoient de prendre à leur solde, lenr fil Homme» détat ^^-j. ^^^ Icurs revcrs étoient non l'effet de la supériorité des

et tu; guerre sous A ^

le gouvernement taleuls OU de Kl valeur de l'ennemi, mais de leurs fautes et de

r<!|)uI)lic,Mn.

p, n leur inexpérience. Xanlhippe", c'étoit le nom de cet étranger, obtint la confiance des Carthaginois ; la guerre, dirigée désormais par ses ordres, \cur devint moins funeste : bientôt les troupes romaines furent battues, prises, ou détruites; et Torgueilleux proconsul se trouva lui-même au nombre des prisonniers. Il mourut dans sa captivité; et sa femme et ses enfants, auxquels les magistrats romaijis avoient cru devoir confier la garde de deux prisonniers illustres, Bostar et Ilamilcar, généraux carthaginois, soupçonnant que la mort de Rcgulus avoit été la suite du peu de soins qu'on avoit pris de lui dans les prisons de Cartilage, se livrèrent à de si cruelles représailles, que Bostar en mourut, et qu'on eut beaucoup de peine à rendre à la vie Hamilcar, délivré de la maison des Atilius par l'indignation des Romains et par les ordres du sénat. Ce ne fut qu'en considération des vertus et des services du proconsul qui venoit de mourir à Carthage qu'à Rome on pardonna tant d'inhumanité à ses enfants et à sa veuve.

Dans les mémoires particuliers de cette famille, le soupçon

plus particulièrement Polybe, 1. I, c. xxxi à XXXV ; et Diodore de Sicile, Excerpta , 1. XXIII et XXIV ; dans V Edition de Wesseli/ig, p. 563 à 566.

(i) M. Lévesque, cpii accuse sans cesse d'exagération les historiens romains , ne veut pas reconnoître xm Spartiate dans le vainqueur de Regulus : il trouve indigne d'un élevé de Lycurgue de prendre du service chez des barbares ; il voudroit faire de Xanthippe un Hilote ( Histoire critique de

la République romaine, t. I, p. 4^6), Cependant l'autorité de Polybe, qui fait mention de l'éducation lacédémonienne que ce guerrier avoit reçue, auroit di'i arrêter M. Lévesque dans ses conjectures. Les Spartiates , postérieurs à Alexandre-le- Grand, et plus particulièrement les contemporains d'Aréus II et de Cléombrote, avoient bien dégénéré de leurs ancêtres : ils n'étoient plus les Spartiates des Thermopyles, ni ceux deLysandreoud'Agésilas.

qui avoit fait commettre de si grands excès se convertit en chap. n. certitude, et peu à peu le défaut de soins imputé aux Cartlia- M°"™«détai

' r -T X et de guerre sous

fijinois fut métamorphosé en mauvais traitements, qui ne furent le gouvernement

'^ i- i républicain.

bientôt, dans ces récits, rien moins que les supplices les plus p, jj cruels. Le roman devint encore plus intéressant par l'épisode d'une mission dont on disoit que Régulas avoit été chargé par ses vainqueurs pour aller traiter à Rome de la paix , ou du moins de l'échange des prisonniers. Ce fut alors que l'illustre captif, qui s'étoit engagé par serment à reprendre ses fers dans le cas où il ne réussiroit point, s'éleva par sa sagesse, par son amour de la patrie, et par sa fidélité à la parole qu'il avoit donnée, au-dessus des exemples les plus héroïques de l'histoire de tous les âges. Il exposa lui-même au sénat le désavantage qu'il y auroit pour Rome à consentir à la paix ou à l'échange, dans les circonstances où se trouvoit Carthage; il se refusa, ajoutet-on , aux caresses et aux instances de sa famille , et se rendit en Afrique, où il mourut dans les tourments les plus affreux et les plus recherchés.

Rendons honneur à la mémoire de ce respectable Romain; si nous ne pouvons l'excuser entièrement sur les manières dures dont les historiens l'accusent, admirons au moins sa valeur, son amour pour la patrie, et, si l'on veut, sa confiance dans les destinées des Romains : admirons encore plus ses mœurs simples et frugales, et son amour jiour la pauvreté, dans l'exercice de la plus haute magistrature'; mais cessons de l'envisager comme le martyr de sa religion pour le serment, et comme la victime la plus courageuse et la plus ferme qui se soit jamais dévouée à son attachement pour ses principes'.

(i) Valere Maxime, 1. lY, c. iv, n° 6. Exercitationcs in auctores grœcos,\>. i5i,

(2) Paulmier de Gieiitemesnil, dans ses ad jippiani Libyen^ a le premier attaqué

38 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. I.

CiAi. ir. Je pense, d'accord avec plii.sicurs autres antiquaires, qu'une

et (le guerre- su

H<,n.nus .ivtat ^^^^. lomainc , j^ravée sur des monnoics qui ont été frappées par

iegouveiiinnent y q Ijvincïus TiCiTidus, prétcur, est le portrait de Marcus Atilius

républicain. O 1

PI II Rcgiilus '. Ce dernier nom étoit probablement passé des Atilius

aux Livineïus^ par une adoption; et lorsqu'un Livineïus a été

N» 0. préposé à la i"al)rication de la monnoie, ou sous César, ou sous

Auguste, puisque c'est à cette époque que les personnages de

la vérité de ce récit. Ses arguments sont tirés du silence de Polyhe, de cet historien si véridique, qui avoit puisé ses irilormations sur les événements des ijuerres Piuiiques, dans la maison nièuic tle Scipion, à laquelle il avoit été attaché : son silence est d'autant plus remarquable sur ces faits , que ce grave historien ne laisse pas de faire des réflexions sur le caractère moral de Regulus , et sur sa captivité. Ils sont tirés aussi des détails qu'a donnés Diodore de Sicile sur ce trait d'iiistoire; détails entièrement opposés à la tradition générale, et qu'il n'auroit pu accréditer, si l'opinion vulgaire, et particulièrement la mission de Regulus à Rome, eussent été fondées sur la moindre autorité. Tite-Live ( I. XVIIl) , à la vérité, suivoit lui-même aussi cette opinion ; mais , comme il ne nous reste de cette partie de son ouvrage que le sommaire écrit par Florus, nous ne pouvons savoir aujourd'hui jusqu'à quel point il ajoutoit foi à la tradition qui étoit en vogue de son temps. Je serois tenté de croire qu'il ne l'avoit adoptée qu'avec quelque réserve, comme il en use très souvent dans son histoire, puisqu'il ne fait aucune mention de l'opposition de Regulus à l'échange des prisonniers, dans le discours qu'il fait tenir à Manlius Torquatus , lorsque ce sénateur .«'oppose au rachat de huit mille prisonniers faits par Annibal à la bataille de Cannes.

Cependant il paroît que dans cette occasion Manlius n'auroit pu se dispenser de rappeler le souvenir d'un exemple si fameux , et qui auroit si bien appuyé ses conclusions ( liv. XXII , c. LIX à LXI ).

J'observerai aussi que l'échange des prisonniers à répo(jue de Regulus auroit été favorable aux Romains et contiaire aux intérêts des Carthaginois, les troupes de ceux-ci étant en grande partie composées de mercenaires, et au contraire les soliiats romains étant tous des citoyens ou des Italiens alliés. Si Annibal, dans la seconde guerre Punique, proposa aux Romains le rachat de leurs captifs , c'étoit pour se procurer de l'argent dont il manquoit, et que sa patrie négligeoit de lui faire passer : ces motifs mêmes déterminèrent le refus des Romains.

(i) Voyez Jean Lefebvre, Imagines viroruin illustriuni, ex Bibliotheca Fulvii Ursini, n" 38.

(2) C'est ainsi que les surnoms de Cépion et à'^lbinus désignèrent Marcus Brutus et Decimus Brutus, qui, par adoption, avoient passé de la famille Junia dans celle des Servilius Cépion et des Postumius Albinus. Les surnoms, au contraire, de Scipion etd'^tticus furent conservés par deux Romains de la famille Cornelia et de la famille Pomponia, lorsqu'ils passèrent par adoption dans la famille CœciUa.

cette famille paroissent dans Tliistoire', il s'est empressé, confor- Chap. ii. mément à l'usaire établi, de consacrer sur ces médailles l'imaoe ""mmes deut

D ' O et de guerre sous

du plus illustre de ses ancêtres. Aucune inscription n'accom- le gouvernement

républicain.

pagne cette tête; nouveau motif de conjecturer que c'est le por- ^^ ^^ trait d'un homme célèbre : mais le revers , qui représente la chaise curule et six faisceaux sans haches, marques de la dignité prétorienne, offre dans la légende les noms de L. LI\ INEIVS REGVLVS, Liicius Lwinéius Régulas . Sur d'autres médailles, la sigle, PR, annonce cette même dignité*.

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