PUBLIUS SCIPION AFRICAIN UANCIEN
Il naît par intervalles des hommes qu'on ne peut se dispenser de regarder comme les principaux auteurs de la grandeur et de la puissance d'un pays et quelquefois d'une nation.
(i) Morellius, Thes.faniil., Kumonia; Pellerin , Mélanges , t. I, p. 192; Eckhel , D. N., t. V, p. 2(53. lu a long, dans le surnom de Vaala, est marqué par une double voyelle : au contraire on n'a pas doublé la liquide /, comme l'étymologie l'exigcoit ; ces archaïsmes semblent prouver que Numonius Vala a vécu à luie époque antérieure au Vil" siècle de Rome.
(a) Havercanip a cru que le camp attaqué étoit celui des Romains : cette opinion m'a paru peu probable. Sur une médaille
frappée en l'honneur de Vala, on ne le verroit pas combattre, accompagné, contre un seul ennemi; ajoutez que la figure qiii attaque est plus grande que les deux autres, et semble la figure principale.
(3) Velleius Paterculus, 1. Il, ^. 119. Ce Numonius Vala , qu'on prétend avoir été un autre que celui à ipii Horace avoit adressé ime de ses épîtres, étoit un des lieutenants de Varus: il contribua par sa fuite .i la défaite et à la destruction de l'armée, sans toutefois avoir réussi à sauver sa vie.
42 TCONOGllAPiïIE ROMAINE. Part. I.
Chip. ]i. tout t'iilieie. Ilomc , foiidce par Piomuliis, lut uuc ville giicr- HomM.cs délai j.Jcj>(3. et la consùlution au'elle se donna (luelques siècles après,
ft (le guerre sous ' 1 j i j.
iegouvcrnom.nl plutôt paT liRsard ct cnlraînoc par une suite d'événements ,,, m (pie par nu plan conçu avec maturité, ne lui laissa d autres moyens de se conserver que la guerre'. Parvenue à dominer sur presque toute l'Italie et sur les îles adjacentes, ses destinées pouvoient changer encore. Dans l'Europe et dans l'Asie les dynasties macédoniennes, dans rACrique Cartilage, avoient des princes ou des chefs guerriers, de grands capitaines, des armées nombreuses et disciplinées, en un mot des forces capables de balancer la puissance romaine et de la contenir, peut-être pour toujours, dans des limites que les circonstances et ses révolutions intérieures ne lui auroient jamais permis de franchir. Mais, à l'époque de la deuxième guerre Punique et à l'instant même où la république romaine étoit dans le plus grand danger, il parut un homme, qui par son courage et jDar l'ensemble des (lualités extraordinaires qu'il réunissoit, réussit à la sauver, et l'éleva, dans le cours d'une seule génération, à un degré de jîiiissance et de grandeur qui lui donna une prépondérance décidée dans le monde ancien, et lui rendit facile pour l'avenir la conquête de toutes les nations qu'elle n'avoit pas encore subjuguées ^ Cet homme est Publius Cornélius Scipion, fils de Publius, né vers l'an ^35 avant l'ère chrétienne^ Ee cours entier de sa vie offre une suite d'événements merveilleux, et pour ainsi dire de prodiges, qu'on ne pourroit retracer avec quelques détails sans répéter une des plus belles et des plus nobles parties
(i) Montesquieu, Grandeur et déca- (1. XVII, v. fiSa ) :
dence des Romains, c. i. Sahe, invicteparens, non concessure Quinno.
(2) C'est à quoi fait allusion Sllius Itali- (3) 11 n'avoit que dix-sept à dix -huit
eus , dans cette apostrophe à Scipion l'Afri- ans lorsqu'il sauva son père, consul, en li 1 8
<,iin, par laquelle il termine son poëme avant Jésus-Christ.
nimes d'état e guerre sous
HOMMES D'ETAT ET DE GUERPiE. 43
de riiistoire romaine. Pour l'objet de mon ouvrage, il suffit de (;„^p y les indiquer sommairement, et je dois me borner à quelques "" considérations sur le caractère et la vie de ce grand homme'. le gouvernement
^ 11 » 1 républicain.
Dès 1 âge de dix-sept ans, il se fit un nom dans 1 armée et dans ^^^
sa patrie par le courage avec lequel il sauva son père, qui, dans la déroute du Tésin, étoit enveloppé par un peloton de cavaliers ennemis, xi vingt-deux ans il sauva Rome, lorsqu'après la bataille de Cannes il menaça de la mort l'élite des officiers romains, qui, désespérant du salut de leur patrie, avoient formé à Canusium le projet de se retirer en d'autres contrées. A vingt-quatre ans, on le vit briguer l'honneur de commander en Espagne, où sou père et son oncle avoient péri, pour y venger leur mort, et y rétablir la domination romaine. Ses succès surpassèrent toutes les espérances ; la province fut reconquise ; le siège de la puissance punique , la nouvelle Carthage fut emportée : les alliés rentrèrent sous la protection de Rome; et les peuples qui auparavant étoient soumis aux Carthaginois lui furent assujétis. La jalousie des compatriotes de Scipion put bien le priver du triomphe; mais leur intérêt, bien entendu, en l'élevant au consulat, ne put lui refuser le commandement dans la guerre contre Carthage. Il en transporta le théâtre en Afrique : Anniljal y fut rappelé, et y fut bient(k vaincu. Le consul victorieux dicta à Carthage consternée ces conditions humiliantes qui détruisirent toute sa force politique, qui firent donner au vainqueur le sur-
(i) Tite-Li-ve, dans plusieurs livres de la Maxime, en plusieurs livres; Silius Itulicus,
m*' et de la IV décade, en commençant en commençant par le livre XIII de son
par le XXI*, c. xlvi, jusqu'à la fin du livre poëme; Dion, dans plusieurs fragments des
XXXVIII, et au chapitre lu duXXXIX'^; XXXIV premiers livres; Sénequc, dans les
Polybe, dans les fragments des livres X, épîtres; Pline et Plutarque, en divers en-
XIV, et ailleurs; Appien, in Hispanicis, droits, sont les principaux garants des faits
Annibalkisj, Punicis et Sjriacis; Valerc que j'ai résumés dans cet article.
44 ICONOGRAPHIE IIOMAINE. Part. I.
Cap. II. nom glorieux <X Africain, et laissèrent Rome désormais sans
J'P'""''''" rivale.
et <lc guerre sous
legmu.rnenunt Ouclfiues annt'cs après , une coalition formidable, composée p, jjj d'une partie des peu])les de la Grèce et de l'Orient, menaça la répulilicpie : des nations puissantes et éclairées prenoient les armes contre elle, et Annibal, exilé de Cartilage, avoit été choisi pour les commander. Tous les yeux étoient tournés vers Scipion : il ne voulut être que le lieutenant et le conseil de Lucius son frère qui étoit alors consul. Antiochus fut vaincu en moins de temps qu'on n'auroit pu l'espérer, et Annibal alla chercher une retraite en Arménie. La Grèce et l'Asie mineure fléchirent le genou devant la puissance romaine; et le surnom i}^ Asiatique décora le frère de Scipion l'Africain.
Tant de succès et tant de gloire excitèrent à Rome deux sentiments contraires. Les uns auroient voulu remettre les destinées de la patrie entre les mains d'un homme qui leur sembloit avoir quelque chose de divin ; mais trop d'intérêts s'y opposoient, et ne tardèrent pas à réveiller la jalousie démocratique dans les chefs du peuple , et la jalousie oligarchique parmi les personnages les plus distingués du sénat. Scipion avoit encore contre lui l'inimitié de Fabius ; il devint l'objet de celle de Caton le censeur. En vain de nouvelles dignités étoient accumulées sur sa tète : on lui chercha querelle sur l'administration et sur l'emploi des trésors qu'il avoit acquis à la république, jusque-là qu'il y eut des tribuns qui osèrent lui intenter une accusation formelle devant le peuple. Scipion dédaigna de se justifier : à la première assemblée , il fit lui-même son éloge , et reprocha aux . Romains leur ingratitude; à la seconde, après leur avoir rappelé que ce jour même qu'ils avoient choisi pour le juger étoit l'anniversaire de sa victoue sur Annibal : « Venez plutôt avec
Hommes d'état
erre sous
le ffouvernement
HOMMES D'ETAT ET DE GUERPtE. 45
çt moi, ajouta-t-il, aux temples des dieux pour les remercier de ch^p. ii. « m'avoir inspiré les conseils qui m'ont fait vaincre, et rendre ^^°^^^ « dans cette occasion, ainsi cfue dans beaucoup d'autres, des '"^s""" .
'1 '- repuhlicain.
« services éclatants à ma patrie ; et prier ces dieux qu'ils vous pi i„ « accordent toujours des chefs qui me ressemblent' ». Tout le peuple le suivit, et les tribuns furent abandonnés même par leurs huissiers. A l'époque du troisième ajournement, Scipion avoit quitté Rome, et s'étoit retiré à sa campagne de Liternum; la faction contraire renonça à l'y poursuivre , d'après les remontrances du tribun Gracchus , qui détourna le peuple de cette démarche en lui représentant combien elle seroit honteuse au nom romain chez les étrangers et chez la postérité. Scipion passa ses derniers jours tranquille à Liternum: il y mourut; et, gardant jusqu'à sa mort le ressentiment de tant d'ingratitude, il défendit à ses héritiers de rapporter ses restes dans les murs qui l'avoient vu naître*.
Il règne une grande obscurité sur cette partie de la vie de Scij)ion : les histoires romaines de cette époque présentoient, même aux anciens qui les étudioient , des lacunes, des difficultés, des doutes, et des contradictions sans nombre'. On voit dans ce qui nous est parvenu les traces de quelques tentatives faites par un parti pour déférer à Scipion une autorité extraordinaire et suprême •*. On parle d'un consulat sans limites de
( 1 ) Ite mecuiTij Quirites, et orale Deos ut mei siiniles principes habeatis : Tite- Live, 1. XXXVni, c. n et lui; Pline, 1. XVI et LXXXV.
(a) Valeie Maxime, 1. V, c. m, n° 2.
(3) Tite-Live , 1. XXX VIII , c. lvi : Mul la alla in Sclpionis exit.u maxime vilœ tUc(iuc. dicta, morte, J'unerc, sepiilcro, in diversum trahuntj ut oui J'aniœ , t/uibus
scriptis adsentiar, non hnheam, etc.
(4) Tite-Live, loco citaio : Castigatum (juondam ah eo (Scipione) popiduni ait (Gracchus) (yuof/ cum perpetuiim consnlein et dictatorem vellct J'acere : prohi~ baisse statuas sibi in comilio, in lostris, in ciiria, in Capitolio, in ceila Jouis poni: pro/iibuisse ne deccrneretiir ut imaç^o sua triump/udi ornatu e cella Jovis Optiini
PI. m.
46 ICONOGRAPITTE PtOMAlNE. Faut. I.
omp. ir. temps, et d'une dictature perpétuelle; de statues à ériger en son Hommes dv.nt Jionncur (laus tous les lieux publics, et même dans le temple de
et de guerre sous ^ t
legouverncmtnt Jupitci' au Capitolc: on ajoute que Scipion eut assez de modé-
rcjHibliraiii. . ,
ration pour se refuser à cette autorite et à ces honneurs excessifs. Mais nous ne pouvons plus juger maintenant jusques à quel point ces refus étoient sincères. Nous le voyons chercher à accréditer lui-même ses communications avec les dieux; et nous savons qu'on ne le croyoit pas entraîné par un fanatisme visionnaire'. Nous sommes certains d'ailleurs que sa conduite en plusieurs occasions ne fut nullement républicaine : on l'a vu ci-dessus se refuser au jugement du peuple. Appelé par le sénat à rendre compte de l'argent pris sur l'ennemi , il apporta les livres de son administration en pleine assemblée, mais pour les y déchirer avant qu'on en eût pu faire l'examen : il est indigne, ajouta-t-il d'un ton irrité , qu'on demande compte d'un million à un homme qui eu a apporté plus de cinquante au trésor de la
Maximi exiret. Valere Maxime répète les mêmes faits, 1. IV, c. i, 11° 6.
(i) On débitoit sur son compte des histoires merveilleuses : il étoit né , comme Alexandre-le-Grand , du commerce de sa mère avec Jupiter transformé en serpent. Tiré du flanc de Pomponia par une opération césarienne, sa naissance avoit quelque chose de semblable à celle de Bacchus ( Pline, 1. VII, §. 7; Silius Italiens, 1. XIII, V. 61 5 et suiv. ,Tite-Live,l. XXVI, c. xix, etc., et plusieurs autres). Scipion, dès sa première jeunesse, prenoit tous les jours les conseils de Jupiter, en restant seul dans le temple du Capitole ; quelquefois ses visites au temple étoient nocturnes, et les chiens placés la nuit à la garde de ce temple le laissoient approcher sans obstacle et même sans aboyer : on divulguoit que ses
avis étoient inspirés par les dieux ; il le fai- . soit croire; et, interrogé sur sa naissance prétendue divine, il ne l'affirnioit ni ne la démentoit : en un mot, dit Tite-Live , il étoit admirable par des vertus sincères; il l'étoit encore par l'habitude qu'il avoit contractée dès sa jeunesse d'affecter des qualités propres à imposer au vidgaire : Fuit enim Scipio non ver is tantum virtutibus mirabilis j sed arte quadam ab juventa in
ostentationeni canun compositus his
miraculis nuriçua/n ab ipso elusa Jides est; (juin potius aucta arle quadam nec abnuendi taie quidquam , nec palani ajjinnandi ( loco citato). Valere Maxime a eu donc raison de ranger la piété de Scipion parmi les exemples d'une religion simulée : De simiilata religione ( 1. 1, c. 11 ).
république.'. Lorsqu'il vit que les tribuns du peuple, par une cmp. n. suite de ce même procès, faisoient traîner en prison son ^ ère Hommes d'éut
■l ' A et de guerre sous
l'Asiatique, il employa la force pour le délivrer, et fit violence legouvememeui
républicain.
aux officiers des tribuns. Il se montra dans cette occasion , dit pj jjj Tite-Live, meilleur frère que citoyen". Il est possible que Scipion , qui s'étoit lui-même donné une éducation grecque , qui avoit étudié et adopté les mœurs et le luxe de cette nation^, et qui en connoissoit l'histoire , eût été flatté qu'on lui déférât dans la république une autorité extraordinaire sous des formes populaires et modestes, à peu près comme celle qu'avoit exercée sur les Athéniens Périclès , dont il se plaisoit à imiter la munificence''. Son excellent esprit le détermina à repousser des honneurs et des magistratures dont il ne pouvoit douter que ses concitoyens ne fussent blessés. Ce jugement et cette modération , qui en d'autres circonstances avoient fait citer Scipion comme un prodige de continence , malgré son penchant pour les femmes et pour les plaisirs^, firent que dans ses projets am-
(i) Tite-Live, 1. XXXVIII, c. i.v. La valeur intrinsèque du denarius étoit à peu près celle d'un franc.
(2) Tite - Live , I. XXXVIII , c. lvi : Muftis pie quam cwiliter.
(3) Tite-Live, 1. XXIX, c. xix. Fabius objectoit à Scipion qu'il se condiiisoit envers les troupes comme les rois étrangers : Exlenio et rogio more. On lui reprochoit dans le sénat que ses habillements , ses <'.\orcices , et même ses lectures , étoient <lans les mœurs grecques : Cum pitllio crepidisque i/iainbulare in gjmnasio, libellis, palœstris(/uc operain dure. Il fut, suivant Pline (1. XXXVII, §. a3), le premier des Romains qui porta dans sa bajjiie une sardoine, gravée sans doute. Voyez aussi
Pliitarque, Cato junior, §. 3.
(4) Il avoit l'ait construire, à l'exemple des propylées dont Périclès avoit décoré l'acropole d'Athènes, un arc d'entrée magnifique au haut de la colline du Capitolc. Cet édifice étoit orné de plusieurs statues de bronze doré ; il l'avoit probablement lait élever lorsqu'il étoit censeur (^Tite-Live, 1. XXXVlI,c. m).
(5) Scipion, suivant Polybe, aimoit les femmes. Cet écrivain, l'ami intime du second Scipion, donne au premier lepithete de (paoyt/mç, philogyrii's (1. X, c. xix ). Ses mœurs étoient généralement regardées comme peu sé\ ères : voyez Spartien , dans la / ic de Pcsccnnius j\ if^cr, c. xii.
/\H ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. T.
c...r. II. l)i lieux il se maintint toujours dans les bornes que ne devolt Hommes d .tat p^j^jj- fi-ancliir uu cltoven qui avoit mieux mérité de sa patrie
«■t de guerre sous A J X a
legouverneniont qu'aucuu dc SCS contcniporains , et qui étoit bien clo'iŒné de
républicain. ^ , . . ,
PI m vouloir la livrer aux horreurs des guerres intestines. Cependant il prévo} oit sans doute que ses conquêtes ne laisseroient pas subsister long-temps la république dans la même forme, et qu'elle éprouveroit prochainement quelque grande révolution; il auroit peut-être désiré qu'une autorité perpétuelle et légitime, remise en ses mains , eut épargné à Rome les convulsions et les calamités dont elle étoit menacée; mais il sentoit aussi que les tentatives qu'il pourroit faire seroient prématurées , d'autant plus qu'une suite de troubles et de malheurs n'avoient encore pu faire perdre de vue au peuple ces maximes d'indépendance que l'ambition de ses chefs lui avoient inspirées. Il céda donc à l'orage; et, en se proposant peut-être de prendre conseil du temps et d'agir suivant les circonstances, il parut oublier toute sa grandeur, et être content de vivre dans une retraite obscure et paisible'.
Scipion Africain le jeune, dans le récit qu'il fait de son songe, dit qu'il reconnut l'ombre de son aïeul d'adoption plus par les portraits qu'il en avoit vus que par le souvenir qu'il en avoit pu garder depuis ses premières années ^
(i) Ces sentiments généreu.x. de Scipion 1. VI, ep. i). Tite-Live, 1. XXXVIII, §. 76,
ont été développés par Séneque, dans son parle de plusieurs autres images de Sci-
épître LXXXVI. pion, en sculpture, qui étoient placées à
(a) Cicéron, de Somnio Sc![nonis, §. i. Rome et à Liternum. On en avoit déposé
Ce même auteur fait voir qu'il connoissoit une au Capitole, dans le temple de Jupiter;
bien les portraits de Scipion , puisqu'il ob- c'est de là 'qu'on la tiroit pour en décorer
serve que, par erreur, on avoit donné sa les funérailles des personnages issus de la
pbysionomie à des statues qui dévoient re- famille Cornelia (Valere Ma.xime, 1. VIII,
présenter Scipion Sérapion ( ad Atlicum , c xv, n" i ).
Les images de Scipion rancien étoient donc connues; en effet, ch.p. il
, , -, , . t> 1 ' 1 1 Hommes d'état
des statues qui le lepiesentoient furent placées dans les monu- ^t de guerre sou. ments qu'on lui érigea après sa mort : son buste fut consacré lesouvemement
1 Ï5 r républicain.
dans le temple même du Capitole, honneur que nous avons vu p^m. lui avoir été décerné de son vivant, et avoir été refusé par lui. Lorsque la munificence d'Auguste décora le nouveau/orw/» qu'il fit construire, des statues des grands hommes célébrés dans l'histoire romaine", on ne peut douter que la statue de Scipion ny fût placée une des premières , et qu'on n'en trouvât des copies dans les places publiques des colonies et des municipes , qui s'empressèrent d'imiter l'exemple de la capitale. 11 étoit naturel que les portraits d'un homme si extraordinaire fussent multipliés chez les Romains , d'autant plus que , dans le cours du II? siècle de l'ère chrétienne, les Gordiens, dont le dernier régna paisiblement à Rome durant plusieurs années, se faisoient honneur de compter Scipion parmi leurs ancêtres. En effet, plusieurs portraits de ce grand homme , sculptés en marbre et en bronze, et gravés en j)ierres fines, nous sont parvenus, et nous avons des renseignements suffisants pour les reconnoitre. Un buste d'un travail médiocre , mais d'une parfaite conservation , fut placé, au XYP siècle , dans un des palais du Capitole. Il présente sur son piédouche une inscription qui porte les noms de P • COR • SCIPIO AER-, Puhlius Cornélius Scipion Africain. On pourroit élever quelques doutes sur le Scipion représenté par ce buste, puisque le destructeur de Carthage, petit-fils par adoption de Scipion l'ancien, et plusieurs de ses descendants, auroient pu être désignés par les mêmes noms : mais d'autres
(i) Voyez ce qu'a observé sur cette insti- num, 1. 1, p. I, au coniineucement du clia-
tution d'Auguste M. l'abhé Morcolli, dans pitre v; et Pline, 1. xxxiv, <j. y.
son excellent ouvrage, de Si) lo Inscriptio-
5o ICONOGRAPHIE ROMAIJNE. Part. I.
Chap.ii considérations font disparoitre les incertitudes. Ce même poriiommos d'état ij,^^^ ^^ trouvc rt'pétc sur un m-and nombre de monuments de
«•tue guerre sous 1 o
le gouvernement Jiffércnts ffcnrcs i il cst douc Ic portrait d'un homme célèbre.
rf-publicain. r> ' A
i>i. III. Sciplon Africain le jeune Tétoit, à la vérité, autant que Tancien ; mais les observations suivantes me portent à reconnoître ce dernier dans le monument que nous examinons.
1° L'inscription Publias Cornélius Scipio Af rie anus , sans autre nom, me paroit ne pouvoir convenir qu'à l'ancien Scipion. Pour faire reconnoître Scipion Emilien, on auroit ajouté ce surnom ou celui de Numandnus qui le distinguoient, ou enfin une qualification quelconque, comme celle àe junioj\ posterior, ou une autre semblable : c'est ainsi que les écrivains anciens le désignent. La critique exige dans ce cas que lorsqu'un nom peut appartenir à plusieurs personnages, et qu'il n'est accompagné d'aucune désignation particulière, on le rapporte toujours au premier ou au plus célèbre de ces homonymes.
1° On remarque dans ce portrait des particularités qui , toute autre considération mise à part, nous déterminent à y reconnoître le premier des deux Scipion. Une tête semblable fut trouvée, vers le même temps, près de Liternum, lieu devenu fameux par la retraite de Scipion l'ancien. Sur cette tête, ainsi que dans tous ses portraits ', on aperçoit la cicatrice de la blessure qu'il avoit reçue , et dont il est parlé dans l'histoire , tandis qu'elle se tait sur les blessures dont Scipion Emilien put être atteint; enfin, dans Vleonograpliie grecque'^, j'ai présenté un portrait semblable sur un fragment de peinture antique repré-
(i) Fabri, Imagines illustriuni , n" 49- postérieurement dans le palais des princes
Cette tête, sculptée sur une pierre égyp- Rospigliosi, où on l'avoit entée sur un buste
tienne, qui est le basalte des anciens, étoit, de bronze doré.
au tempsdeFulvius Ursinus, dans le palais (2) Iconographie grecque , pi. lvi.
du cardinal Cesi , à Rome : elle étoit passée
Hommes d'état erre sous
HOMMES D'ETAT ET DE GUERRE. 5i
sentant les noces de Massinissa et de Soplionisbe; or le jeune chvp. ii Scipion ne put être témoin d'un événement dont il ne fut pas ^^j^J^" contemporain. L'examen de différents portraits, que j'ai fait l,'/";^^"^^"'"' graver sur la planche III, me fournira les moyens de répondre p, ^^ aux autres objections qu'on pourroit faire contre la certitude de cette désignation, et d'en confirmer la vérité.
Sous les n° i , 2, 3, et 4 de cette planche, on a représenté le N" i, î,3,4. buste dont nous venons de parler. Les n" i et 2 l'offrent sous deux aspects , de face et de profil. Le n° 3 présente l'inscription latine gravée sur la tessera ou cartel qui tient au buste au-dessus du piédouche, et qui donne les noms de P • COR • SCIPIO • AFR-, Piihlius Cornélius Sci'pi'o Africanus.
Le simple trait, sous le n° 4? est celui du profil du buste pris du côté gauche : on y reconnoit au-dessus de la tempe la cicatrice d'une double blessure en forme d'x.
Winckelmann est le premier qui ait aperçu cette marque caractéristique qui distinguoit les portraits de Scipion. Il en tire un argument en faveur de ceux qui regardent ces portraits comme appartenants à Scipion l'ancien, que Thistoire nous apprend avoir été blessé à la bataille du Tésin; et, pour certifier ce fait, il cite Polybe'. Comme cet historien ne dit pas ce que Winckelmann lui fait dire, sa conjecture demeureroit presque sans fondement, et les monuments, dans ce cas, nous donncroient seuls la certitude d'un fait dont Thistoire ne nous offriroit que de fortes probabilités fondées sur hi bravoure et l'intrépidité dont Scipion l'ancien donna des preuves dans plusieurs
(1) Histoire de l'Art chez les anciens, lui-même hcsitoit cependant à déterminer
1. XI, c. I, §. 2, t. II, p. 807, 3o8 de l'éd. de lequel des tieux Scipion étoit représenté
Ilonie, soignée par M. Fea. ^^ inckelniann dans ces sculptures.
ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. I.
Cap. If. Lataillcs' : mais, plus heureux que Winckelmann dans mes reiiommcsdétat cherclies , i'ai trouvé crue des historiens romains, actuellement
f t ele guerre- sous ' J 1
iegouv<rn<.,u..t pcrdus, avoieut fait mention des blessures que Scipion avoit re-
PI. III. Çwes en sauvant son père; ils en comptoicnt jusqu'à vingt-sept.
Scrvius, rancicn commentateur de Virgile, nous a conservé la
mémoire de ce fait"; aussi cette cicatrice honorahle n'a-t-elle
jamais été omise par les artistes, soit statuaires, soit graveurs
en pierres fines, qui nous ont transmis le portrait de Scipion^.
Nous retrouvons dans le buste de Scipion, en le considérant
sous différents aspects, cette forme carrée et anguleuse du front,
ce léger prolongement du menton terminé en pointe, caractères
que les anciens physiognomonistes reconnoissent comme les
marques de talents extraordinaires et d'une grande énergie "*.
\* 5 fi 6 Le buste de bronze trouvé à Herculanum offre la même cicatrice que les autres portxaits de Scipion; les formes y sont exprimées avec plus d'art et de savoir^. Ce monument le représente dans un âge déjà avancé, et tel qu'il devoit être à Liternum dans les dernières années de sa vie. On aperçoit , en regardant ce portrait dessiné sous les n" 5 et 6, cette grâce et cette amabi-
(j) Polybe, 1. X, c. m; Appicn , Punica, c. slv. Scipion attaqua Annibal corps à corps à la bataille de Zama , ou plutôt de Cilla.
(a) Servius , ad yEn. , 1. X , v. 800 :
Dum genitor nati partna protectus ahiret.
Hoc ïgitur de hist.oria est: nam Scipio JiJ'ricanus, cnin esset annorinn vix decem et septeni, patreni suum défendit m bello ; nec cessit nisi uiginti septeni con- J'ossus vulneribus.
(3) Winckelmann , loco citato, et Mo-
numenli inediti, n" 176, a remarqué cette cicatrice sur cinq autres portraits authentiques de Scipion. Le dessin gravé dans les Monumenti ineditiVjL présente sur la tempe droite. Nous avons remarqué ailleurs que les pierres gravées étant faites pour donner des empreintes , les artistes y représentent les objets à la contre-épreuve.
(4) Axistote^Physiognomonicon, cm et VI ; Polémon, c. ivj Adamantius, 1. II,
c. XIX.
(5) Bronzi d'Ercolano, t. I, pi. xxxrx et XL,
lité qui biilloient dans sa physionomie, et lui gagnoient tous cb.p. n
1 , Hommes d'tlat
les cœurs . et de guerre sou^
Cependant ce buste semble, ainsi que nous venons de le dire, ^^ so<^^"^^^^^^
A 'A républicain,
représenter Scipion dans un âge avancé, auquel on croit com- pi m. munément qu'il ne parvint pas ; et il nous l'offre entièrement rasé, tandis que l'histoire nous apprend que sa belle chevelure ajoutoit encore à la majesté naturelle de sa physionomie".
Pour faire disparoître cette seconde objection, il suffit d'observer que l'usage des R^omains dans le siècle de Scipion étoit de se raser lorsqu'ils toiichoient à l'âge de quarante ans^; or ni l'un ni l'autre de ces portraits ne nous représente Scipion dans un âge moins mûr; et quant aux traits, qui annoncent le commencement de la vieillesse, on peut assurer que, dans l'incertitude, le désordre et les contradictions qui obscurcissent les faits relatifs à la dernière période de la vie de ce grand homme, rien n'est plus incertain que l'époque de sa mort*. Suivant la tradition que Tite-Live semble avoir préférée, il avoit plus de quarante-huit ans à l'époque de son exil volontaire à Liternum, et il y mourut dans sa cinquante-deuxième année ^.
(i) Sa figure, observe Suidas (v. 'Zxtuz-i'uv), ëtoit plutôt aimable que sévère : mais cette amabilité, dit Tite-Live, n'étoit pas séparée d'un air majestueux (1. XXVIII, c. xxxv).
(2) Tite-Live, loco citato.
(3) Aulugelle, 1. III, c. iv. Ce qu'il dit delà barbe doit s'entendre aussi de la chevelure. Il send)le que ces anciens Romains craignoient de paroître au peuple trop âgés pour commander les armées ; ainsi ils n'avoicnt garde <le faire montre de leurs cheveux blancs. Aulugelle cite pour [)reuve de cet usage les images des hommes illustres de Rome. J'ajouterai (ju'on trouve dans les collections d'antiques, soit en sculptures,
soit en pierres gravées, plusieurs têtes dont la chevelure est rasée, ainsi que la barbe. Nous en verrons quelque autre exemple dans ce chapitre même; et on peut citer à ce propos plus d'une tète qu'on a trop légèrement attiibuées à Scipion sur cette seide particularité : telle est la tète que M. Fca a publiée pour celle de Scipion dans l'édition romaine de V Histoire de l'u-lrt par Winckelmann , à la page 34^ du second volume.
(4) Tite-Tive, 1. XXXVIII, c. i.vi: Non de accusatore convcnit... non de tcmpore quo dies dicta sit, non de anno quo mortuus sit, etc.
(.^) Liv. XXXIX, c. LU. Cet événement
54 ICONO GRAPHIE ROMAINE. Part. I.
CuAP. II. Nous avons vu dans ['Icono^rapJiie grecque jusques à quel
Hommes dotât «^jj^^ j^, portrait irravé ici sous le n" i ressemble à celui que l'on
et de guerre sous i J r» 1
lo gouvernement trouvc (laus Ic ta])leau représentant les noces de Soplionisbe,
républicain.
PI m. <^t confirme rauthenticilé de l'inscription qui attribue le premier à Scipion'. Voici encore un autre rapprochement qui est ccliappé aux reclicrches des antiquaires , et qui donne un nouvel appui à ce que j'ai avancé sur la certitude de ces portraits. J'ai remarqué que, sur les monnoies romaines frappées par un magistrat de la famille Cornelia des lîlasion, la tête couverte d'un casque, et que l'on prend pour la tête de Mars, n'a point une physionomie idéale, et qu'elle est réellement le portrait d'un guerrier romain'. Cette tête, sur tous les coins qui la représentent, a les mêmes traits et le même caractère de physionomie; et je ne balance pas à la reconnoître pour celle de Scipion Afri- N° 7. cain l'ancien. Tout le monde peut l'y reconnoitre comme moi ^ en comparant le profil de la tête empreinte sur la médaille gravée sous le n° 7 avec celui du buste de Scipion gravé sous le n° 1. L'étoile qu'on voit au-dessus de la tête de Scipion est un symbole de son apothéose, symbole par lequel on l'assimile à Castor, à Pollux, et à d'autres fils de Jupiter. Le revers a pour type les trois divinités du Capitole, Jupiter, Junon, et Minerve. On sent combien ce type convient à Scipion qui avoit une vénération toute particulière pour leur temple, et qui avoit fait bâtir sur la colline du Capitole , au bord de la petite plaine qui en sépare les deux sommets, un arc d'entrée ou un propylée magnifique \ Les mêmes motifs qui ont déterminé à graver ce tjpe
appartient , suivant lui , à l'an de Rome 571, (2) Morellius, Tlies.famit. , Cornelia ,
i83 avant l'ère vulgaire. pi. i , n° i à 11.
(i) Iconographie, grecque, part. 11, (3) Nous avons déjà parlé de ce monu-
c.six,§.5, p. 627 de l'édition in-fol., et mentdanscemèniearticle,àlareniarque(4)
t. III , p. 289 et suiv. de l'édition in [f. de la page 47.
PI. m.
au rev^ers de la tête de Scipion avoient, comme nous l'avons cuap. u. vu, porté le peuple romain, dans un moment d'enthousiasme, ^o^^^deut
' 1 r 1 7 ' et de guerre SOUS
à lui ériger une statue dans le temple même de Jupiter Capi- le gouvernement
" 1 i ± républicain.
tolin '.
Ainsi l'un des Cornélius Blasion a consacré, dans le type des nionnoies romaines qu'il a fait frapper par le droit de sa magistrature , l'image d'un héros dont les grandes actions et le noble caractère répandoient une splendeur égale sur sa patrie et sur sa famille".
(i) La figure de Junon avec son sceptre, et celle de Minerve armée d'une pique et d'un casque , dans l'action de couronner Jupiter , sont aisées à reconnoître. On a cependant méconnu celle de Jupiter, malgré sa draperie , disposée de la maniera particulière qui a été appropriée à ses images: c'est que ce dieu est ici sans barbe, et qu'il a dans sa main gauche trois flèches qui tiennent lieu de foudre. Toutefois ces particularités ne servent qu'à donner plus de poids à l'explication que je viens de proposer. Jupiter, lorsqu'il étoit adoré sous le nom de fejo^is, tenoitdes flèches à la place du foudre, et il n'avoit point de barbe: or Jupiter étoit adoré sous ce nom à l'entrée du Capitule , et précisément à l'endroit où Scipion avoit élevé l'arc et les statues dont il est fait mention dans Titc-Live. Voyez Aulugelle, l.V, c.xxii; Ovide, Fast., 1. III, V. 429, scqq.; Nardini, lîoniti Tel us, l.V, c. XIII. 11 me paroît probable que trois des sept statues de bronze doré dont Scipion avoit décoré ce monument représentoient les trois déités du (^apitoie; et que Jupiter étoit, dans lecaraclere de Vejuvis, comme divinité propre de cet emplacement. Ces trois ligures, placées au revers
d'une médaille de Scipion , offrent une foule d'allusions à sa vie et à son caractère. (2) Nous avons vu que le souvenir de l'Africain faisoit la gloire non seulement de la famille des Scipion, mais de toutes les branches de la famille Cornelia , et qu'on portoit dans les convois funèbres de tous les Cornéliens patriciens le portrait de ce grand homme. Ainsi nous ne devons pas être étonnés de voir sa tète empreinte sur une monnoie qui a été frappée par ordre d'un magistrat non de la famille des Cornélius Scipion, mais de celle des Cornélius Blasion ; j'ajouterai que, d'après cette médaille , il me paroît probable que les Blasion regardoient les Scipion comme issus de leur branche. En effet , on ignore de quelle branche de cette famille étoit issu ce Cornélius qui , par sa piété filiale, fut désigné le premier par le surnom de Scipion, comme s'il eût été le bâton de la vieillesse de son père. 11 transmit ce surnom ù sa postérité; mais le surnom des Blasion étant plus ancien encore, rien n'empêche que ce premier Cornélius Scipion n'ait appartenu à la branche des Blasion ; et la médaille que nous examinons me semble servir d'appui à cette conjecture.
56 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Paut. I.
.î:::!?:; s. lo. marcus claudius marcellus.
le gouvernemeut
républicain. •ir-'l' n r • 1 c '
Ce Romain étoit contemporain de Fabius Maximus et de Sci-
Pl. IV.
pion; mais il étoit plus âgé que celui-ci. Il fut un des généraux qui se distinguèrent le plus pendant la seconde guerre Punique', et il jouissoit déjà d'une assez grande réputation à Tépoque de l'invasion d'Annlbal. Sa valeur et son courage s'étoient fait remarquer dans des combats singuliers^. Ces mêmes qualités, clans son premier consulat, le firent triompher de Virdomarus, chef gaulois, qui, à la tête d'une armée de sa nation, étoit venu secourir ses compatriotes établis depuis quelques siècles dans le nord de l'Italie , et alors en guerre avec les Romains. Virdomarus, qui s'avançoit vers Clastidium avec des troupes nombreuses, tomba sous les coups du consul, qui s'étoit élancé hors des rangs pour le combattre. Ces dépouilles obtenues par le chef d'une armée sur le chef de l'armée ennemie prenoient , chez les Romains, l'épithete fastueuse de dépouilles opùnes; on les consacroit , sur le Capitole, à Jupiter Feretrius. Marcellus est le troisième et le dernier qui y ait suspendu de pareils trophées ^. Dans la guerre Punique, Marcellus, souvent consul ou proconsul, fit la conquête de Syracuse, et on peut dire de la Sicile; l'histoire a conservé le souvenir de la résistance inattendue que le génie d'un seul homme, d'Archimede, ojiposa aux assiégeants
(i) Plutarque, clans la T'ie de Marcel- combat, et qu'il fut le premier de sa famille
lus; Tite-Live, dans plusieurs livres de la à le porter, comme im diminutif du nom
seconde décade , sont les auteurs que j'ai du dieu Mars. Cependant les Fastes capi-
suivis dans cet article. tolins attribuent le même surnom aux an-
(2) Plutarque, loco citato, §. 1 , prétend , cètres de Marcellus. sur l'autorité de Posidonius, que ce surnom (3) Virgile, 1. VI, v. 855, sqq. j Pio-
fiit donné à Marcellus à roccasion de ce perce, 1. IV, él. x, v. 89, sqq.
HOMMES D'ETAT ET DE GUERRE. Sy
par ses inventions étonnantes, et les regrets du général romain chip. n.
e n avoir pu sauver, a la prise de la place, la vie du prince des p,j ^^^^^^^^^ fijéometres. MarcelJus, qui aimoit les lettres et les arts des Grecs, ''^gouvernement
^ i républicain.
enleva aux Syracusains vaincus un grand nombre des monu- pj jy. ments les plus précieux de ces arts pour en orner sa patrie. Cette action du proconsul, imitée par les conquérants romains qui le suivirent, a rendu Rome, pendant le cours de vingt siècles, la capitale des arts".
Fabius Maximus avoit fait voir aux Romains qu'on pouvoit résister à Annibal; Marcellus leur prouva qu'on pouvoit l'attaquer et le battre : il le battit en effet près de IXola , dans une sortie pleine d'audace; et après la conquête de la Sicile, il le provoqua plusieurs fois avec des succès différents : mais sa hardiesse, trop peu mesurée, le fit s'exposer, près de Venusia, dans une découverte que la sagacité d'Anuibal avoit prévue; il tomba dans les embûches des Carthaginois, et il périt en se défendant avec la plus grande vaillance. Le vainqueur lui fit rendre honorablement les devoirs funèbres.
On ne peut douter qu'il n'existât des images de Marcellus ailleurs que dans les maisons de ses descendants. Outre les statues c|ue probablement on lui éleva du temps d'Auguste, prince qui se plaisoit à déférer cet honneur aux hommes célèbres dans l'histoire romaine, et qui avoit dû plus particulièrement le décerner à un aïeul de son beau-frere', il paroît que le vainqueur
(i) Polybe {Fragm., 1. IX, c. x, édit. voyoit à regret enlever tant de monuments
de Gronovius) déclame contre ce déplace- célèbres.
ment des «hets-d'œuvre des arts : mais la (■«) On sait qu'un Marcellus fut le pre-
foiblesse des motifs qu'il allègue prouve mier mari d'Oclavie, sœur d'.\uguste qui
qu'il étoit excité moins par une conviction avoit désigné pour son successeur le jeune
intime que par l'amour de son pays dont il Marcellus, fruit unique de cette union.
58 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. I.
Chm'. II. de Syracuse avoit été jaloux lui-même de transmettre son image
Hommes d'état >1 i ' ' ^ ' t\1 . '1'''
et cl. guerre sous '^ '^* postcritc. Pliitarque nous a conserve 1 epigramme grecque le gouvernement qj,} étoit ffravéc sur la basc d'une statue de Marcellus, que ce
républicain. 1 o 1
PI. IV. proconsul avoit consacrée lui-même dans le temple de Minerve, à Lindos, comme pour rendre grâce à la déesse de l'avoir assisté dans la prise de Syracuse'.
Un magistrat issu de la famille de Marcellus, et adopté dans une autre , a renouvelé dans le type de la monnoie romaine dont il dirigeoit la fabrication le souvenir du plus illustre de ses an- N» I. cêtres. La médaille dont le dessin est gravé sous le n° i de la planche IV présente d'un côté la tête en profil de Marcellus \ Il est sans barbe , comme les Piomains de ce temps , quand ils avoient atteint un certain âge. On voit dans le champ de la médaille, derrière la tête, la triquetra, ou les trois jambes réunies par les hanches , symbole de la Sicile , qu'on y a placé pour en désigner le conquérant'. La légende, MARCELLINVS, ISIarcellinus, a rapport au magistrat qui a fait frapper ce denarius^. Le nom de Marcellus se lit au revers, MARCELLVS • COS • QVINQ-, Marcellus consul quinquies; «Marcellus qui a été cinq fois con- « sul ». Le type le représente portant au temple de Jupiter les dépouilles opimes de Virdomarus. Le triomphateur, pour accomplir cette cérémonie religieuse , a couvert sa tête d'un des pans de sa toge, suivant les rites prescrits dans le culte romain. On trouve dans les cabinets d'autres médailles qui ne différent de
(i) Plutarque, i)/«/-ce//M5, §. 3o. Lebio- (2) Morellius, Tlies. famil.., Claudia,
graphe remarque d'après Posidonius, qui pi. i, n" i.
semble avoir recueilli avec soin dans son (3) Eckhel, D.N., t. I, p. i84-
histoire les actions de Marcellus, que cette (4) Un Claudius Marcellus , adopté dans
statue se trouvoit à Lindos avec des statues la famille des Cornélius Lentulus , avoit
et des tableaux pris à Syracuse, et que Mar- pris le surnom de 3/arcellinus, et Ta voit
cellus avoit envoyés lui - même au temple probablement transmis à ses descendants
de Minerve. (Eckhel, Z>. iV., t. V, p. 1 86 et 187).
HOMMES D'ETAT ET DE GUERRE. 5g
celle-ci que par la légende de Trajaii, qui les a renouvelées. Cet caip. n. excellent prince signaloit par de pareilles restitutions son zèle "f' pour la mémoire des grands hommes de la république.
mmes d'état et de guerre sous le gouvernement républicain.