‹ Iconographie romaine (volume 4)Chapitre 15 sur 94 · II. TITUS QUINCTIUS FLAMININUS · texte numérisé non relu

II. TITUS QUINCTIUS FLAMININUS

PI. IV

Ce jeune guerrier donna des preuves si éclatantes de sa valeur et de sa prudence en plusieurs occasions , et particulièrement dans la surprise où Marcellus perdit la vie, qu'il osa se présenter comme candidat pour le consulat, avant d'avoir passé, suivant l'usage, par l'édilité et la préture'. Il fut nommé consul par la faveur du sénat, l'an 198 avant l'ère chrétienne; et bientôt la guerre de Philippe l'appela au-delà des mers. Les six années qu'il passa dans la Grèce furent également remarquables par ses victoires sur le prince macédonien*, et par la politique humaine et populaire au moyen de laquelle, en brisant les chaînes de la nation, il sut lui en donner d'autres, et les lui faire porter sans qu'elle s'en aperçût. Persuadé que de petites républiques indépendantes les unes des autres sont naturellement soumises à l'influence de l'état qui a été assez puissant pour les délivrer de tout joug étranger, il fit proclamer dans les jeux sacrés de la Grèce la liberté entière de la nation , et ne crut pas devoir même se réserver la garde de Corinthc et de Chalcis, que Philippe

(i) Les tribuns du peuple, qui s'opposoient à l'élection de Titus , se fondoient sur l'ordre usité , qui ne perinettoit pas qu'on passât immédiatement de la questure au consulat; et, quoique Tiius n'eût pas encore trente ans, ils ne lui ohjcctoient point son âge : les lois annales , à cette époque, étoient bien plus indtilgenles que dans les temps postérieurs (Gicéron , Phif

lippica V, §. 17). Voyez aussi Tite-Live, 1. XXXII , c. VII ; et Plutarque, dans la rie de Flaminirius, §. a. Ces deux historiens m'ont fourni la plupart des faits que j'indique dans cet article.

(a) La bataille des Cynocéphales, gagnée par Flamininus l'an 197 avant l'ère chrétienne, obligea Thilippe à une paix, humiliante, et délivra la Grèce de son influence.

6o ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. I.

ciAi.. n. ap|)clolt les entraves de la Grèce. S'il permit à Nabis de régner Hommes d'état gur Lacëdcmonc , ce furent les circonstances, et plus encore la

€t (le guerre SOU9 ' 'A

iego,.virnoin<..t jnslc prévovancc deElamininus, qui lui firent cpar£(ner ce prince

roijublicain. J l J '1^ ....'

p, jy perfide et cruel. La guerre contre Antiochus étoit inévitable; il voulut par là lui ôter un allié d'autant plus redoutable qu'il eût été au désespoir, et empêcher d'ailleurs Sparte d'entrer dans la ligue Achéenne, la seule réunion politique qui pût conserver encore à la nation une ombre d'indépendance.

Il est beau de voir dans Plutarque comment le vainqueur de Philippe, devenu le protecteur des Grecs, s'efforçoit d'adoucir envers plusieurs d'entre eux la sévérité et les ressentiments , peut-être justes, des commissaires romains, et du général qui lui succédoit ; et il est presque impossible de concilier cette conduite, qui annonce un caractère doux et humain, avec celle qu'il tint, en se chargeant, dit-on, volontairement, d'aller demander la tête d'Annibal, déjà plus que sexagénaire, à son hôte le roi de Bithynie. Faudra-t-il attribuer à l'obéissance qu'il devoit aux décrets du sénat une démarche si odieuse? ou bien l'inexactitude des historiens du temps a-t-elle confondu Titus riamiuinus avec son frère Lucius, homme qui ne manquoit pas de valeur, mais qui étoit bien au-dessous de Titus par la noblesse des sentiments et par la dignité de la conduite? cette dernière opinion me paroît la plus probable, malgré les autorités contraires, et j'en expose les motifs dans la note suivante'.

(i) L'un des frères s'appeloit Titus Quin- Flamininus donne à une branche de la fa-

ctius Flamininus; l'autre, Lucius Quinctius mille Quinctia ; ces historiens, dis-je, ne

Flamininus. Quelques historiens qui attri- doivent pas être comptés parmi ceux qui

buent vaguement cette action à un Flami- impriment cette tache au caractère de Ti-

ninus ou à un Flaminius , car ils eonfon- tus.

dent très souvent ce nom qui appartenoit Les textes de Tite-Live donnent cepen-

ù une autre famille, avec le surnom de dant le prénom de T. (T/ft/.t) au Flamini-

HOMMES D'ETAT ET DE GUERRE. 6i

Flamininus vécut honoré au milieu de ses concitoyens; et, chap. n

, »^1^^ ■•!' "5 i- Hommes t-'état

lorsqu une mort prématurée 1 enleva a sa patrie, 1 an 17J avant ^,d,g„„,,,o„s Tere chrétienne, la pompe de ses funérailles et les jeux des gla- ';/;;j;;';:"^" diateurs, célébrés autour de son bûcher, signalèrent la piété de p, rv. son fils envers lui '. La reconnoissance des Grecs lui décerna Tapothéose; et, trois siècles après sa mort, des prêtres lui offroient encore des sacrifices à Chalcis ; il y partageolt un temple

^ avec Apollon Delphinius, et on chantoit des hymnes à sa louange

-dans les fêtes établies en son honneur\

Une statue de bronze de Flamininus exlstoit, du temps de

nus qui demandoit la tête d' Annibal ; et Plutarque s'accorde avec Tite-Live. Ces autorités ne laisseroient aucun moyen de nier le fait, si un auteur plus ancien que l'un et l'autre, Cornélius Nepos, qui écrivoit un siècle à peine après la mort de Titus Flamininus, n'attribuoit cette action à son frère Lucius (n° XXIII, c. 12). Il se contente d'en désigner l'auteur par ce prénom et par la qualité d'homme consulaire^ qualité qui étoit commune aux deux frères, et ne fait mention ni de la censure, ni du triomphe de Titus, ni de ses exploits, par lesquels il n'auroit pas manqué de le caractériser. Il me semble pouvoir conjecturer d'après cela que le T a été mis au lieu de IL dans les textes de Tite-Live par les copistes, qui étoient accoutumés à placer ce prénom plus souvent que l'autre avant le nom et le surnom de Quinctius et de Flainininus. Cette faute, plus ancienne, aura été la cause de celles des écrivains postérieurs, et particulièrement de Plutarque. Les mémoires du temps étoient d'aillfurs très embrouillés et inexacts sur ce trait d'histoire. Plusieurs

de ces mémoires supposoient un ordre du sénat , d'autres le nioient ; quelques uns donnoient pour cette mission un collègue à Flamininus, et ce collègue étoit Lucius Scipion l'Asiatique, circonstance qui ne s'accorderoit pas avec la chronologie reçue. 11 me paroît probable que Lucius Flamininus a voulu par cette action d'éclat faire oublier la conduite qui l'avoit fait exclure du sénat , où il ne fut replacé que par la popularité de son frère. Quant à la méprise des écrivains qui ont donné le nom de Flaminius, au lieu de celui de flamininus, au Romain chargé de cette mission en Bithynie, elle a été la cause de celle oit est tombé le grand Corneille dans sa tragédie de Nicomede. Il suppose dans l'ambassadeur romain un ressentimeut personnel contre Annibal, qui avoit fait périr son père à la bataille du Trasimcne. Cette faute, excusable dans un poète , ne l'est pas dans l'auteur des notes sur l'édition de Tite- Live ad usiim Dclphini.

(i) Tite-Live, I. XLI, c. xxxiii.

(2) Ww^wiuc . Flamininus , §. iC.

ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. I.

Chap. II. Plutarquc, à Rome, vis-à-vis du grand cirque". Nul doute que ommesdetat plusjc^pg yiUcs dc lu Grcce De conservassent des images d'un

et tu* guerre sons -l o

le gouvernement ]iomme qu'clIcs avoicnt placé au ran^ des dieux : mais il étoit

républicain. ^ i D

PI. IV jusqu'à présent fort douteux qu'aucune de ces images fût parvenue jusqu'à nous avec des caractères auxquels on pût la reconnoître. L'authenticité de celle que Fulvius Ursinus regardoit comme un portrait de ce général célèbre est appuyée sur des conjectures trop foibles pour être admise ^

Je puis heureusement donner ici un portrait de Flamininus j^lus propre à satisfaire la curiosité des amateurs éclairés de l'iconographie; c'est une médaille d'or, jusqu'à présent inédite, que j'ai trouvée dans la riche collection de la bibliothèque du roi\ Elle présente d'un côté une tête romaine avec un peu de barbe. Nous avons vu qu'au VF siècle de la fondation de Rome l'usage étoit de la porter ainsi jusqu'à l'âge de quarante ans. Flamininus n'avoit point atteint cet âge, lorsqu'il quitta la Grèce. Le revers présente une Victoire debout, les ailes déployées, une couronne dans la main droite, une palme dans la gauche, telle à peu près qu'on la voit sur les stateres d'or d'Alexandre-le- Grand, et sur ceux de ses successeurs qui ont fait frapper des monnoies à l'imitation des siennes. La légende porte les noms de T • QVINCTI", Titus Quinctius.

(i) Loco citato, §. I.

(2) C'étoit une pierre gravée représentant la tète en profil d'un homme sans barbe, et offrant dans le champ ces trois caractères grecs, t. *. ©. , que Fulvius Ursinus a jugés assez gratuitement être les initiales de ces trois mots,TiT02 <I>AAMINI- NOS ©EOS, Tilus Flamininus, dieu. D'autres antiquaires doutent encore si les trois caractères étoient véritablement ceux que

nous venons d'indiquer, et que Fulvius Ursinus croyoit avoir expliqués (Fabri, Imagines, n° 127; Bosius, ad Cornel. Nep., XXIII, c. XII , dans l'édit. de van Staveren ). (3) M. Cousinery atteste avoir vu à Constantinople une médaille semblable ( Observations sur une médaille où quelques savants ont cru voir le portrait de Cicéron , insérées dans le Magasin Encjclo-^ pédique, an 1808, t. I, p. 23).

Hommes d'éut erre sous

Je ne doute presque pas quuu Titus Quinctius, soit le fils, chap.ii soit le petit-fils du vainqueur de Philippe, qui tous les deux par- ^^^^^l vinrent au consulat, l'un en i5o, l'autre en i -23 avant l'ère chré- lesouvemement

' ' républicain.

tienne , n'ait fait frapper cette médaille sur laquelle est empreinte p, ,v. la tête de Flamininus. Avant d'être élevés à cette haute magistrature, ils avoient dû remplir les fonctions de questeurs ou de préteurs; et je pense que l'un d'eux, et plus probablement le dernier, avoit exercé en Asie une de ces magistratures , soit durant la guerre contre Aristonicus, soit à l'occasion de quelque autre expédition des Romains dans ces contrées où les monnoies d'Alexandre étoient généralement connues et répandues dans le commerce. D'après ces considérations , il me semble naturel de croire qu'ayant été obligé de faire fabriquer de la monnoie pour l'usage de l'armée, le descendant de Flamininus, tout en imitant les monnoies d'Alexandre, a été jaloux d'y faire empreindre la tête de son grand-pere, dont le nom étoit pour lui un titre de popularité parmi les Grecs qui chérissoient et honoroient la mémoire de ce grand homme.

Page 1