‹ Iconographie romaine (volume 4)Chapitre 27 sur 94 · MARC-ANTOINE · texte numérisé non relu

MARC-ANTOINE

Des qualités et des défauts portés au plus haut degré, des vertus éclatantes et des vices lionteux, se partageoient Tame d'un Romain que les circonstances dan.s lesquelles il se trouva vers la fin de la république mirent à portée d'influer sur les destinées de l'univers presque entier. Si l'on ajoute que ces penchants opposés, tour à tour honorables ou avilissants, dominoient alternativement en lui suivant les variations de sa fortune; que les qualités nobles et honnêtes se montroient presque seules quand il étoit dans le malheur', et qu'elles disparoissoient presque entièrement quand iJ étoit dans la prospérité, à ces traits on pourra reconnoitre Marc-Antoine. Alcibiade et Démétrius Poliorcète offrent dans l'histoire grecque des disparates de caractères à peu près semblables : mais celui du triumvir, qui disposoit de la puissance romaine, a dû frapper davantage ses contemporains, et laisser des traces profondes que les siècles n'ont pu totalement effacer.

Dire que Marc- Antoine, né d'une famille illustre et d'un pcre

(i) VXxAvc^^Q^ Mardis A ntonius,^. ly; Jules César et (V Auguste ; Appien, dans

HvtrTwjcZt ofidiOTUTii nv uyadù : « l'iiis la for- les Guerres ch'ilcs, liv. II à V; Dion, de-

« tune le piessoii, plii*; il devenoit sendila- puis le livre XLl jusqu'au LI de ses his-

:( Lie à un homme véritablenu nt vertueu.v toires; César, Florus, et Cicéron dans ses

(Aniyot) ». Ce bioj;raphe, Volleius Pater- Philippiqucs , sont les sources où j'ai puisé

culus, liv. II j Suétone, dans les fies de les laits dont je parle dans cet article.

i6o ICONOGRAPinE ROMAINE. Part. I.

Cur. Ti. connu par sn prodigalité', orné d'ailleurs de tous les dons du

Ilninmcs d'état ^ ill'-.'il ' ' l».

,, corps et de les|)rit, s abandonna sans reserve a un penchant

ot de guerre sous 1 | 5 1

legouvenirmrnt innnodéré pouT Ics plaisirs; ce seroit lui reprocher une disso-

ié|iublicain. 1 1 ■' 1

p, Yir lution de luœurs qui étoit alors trop générale à Rome. Il est plus juste de lui faire honneur d'un retour de sagesse qui l'arracha hicntôt de ce théâtre d'intrigue et de corruption, et lui fit choisir le séjour de la Grèce, où, tandis que, par la gymnastique, il rétahlissoit et augmentoit la vigueur et la souplesse de ses memhres, l'étude éclairoit son esprit et développoit ses talents pour l'éloquence^. T^e naotif et le hiit de ce vo\age nous donne aussi une idée favorahle du jugement du jeune Antoine. Il s'étoit attaché au parti du tribun Clodius, à cause de la haine commune qu'ils portoient l'un et l'autre à Cicéron. Celui-ci avoit fait mourir, sans ohserver les formes prescrites par les lois, le préteur Lentulus, prévenu de crime d'état, et heau-pere de Marc-Antoine : mais les manœuvres séditieuses du tribun dégoûtèrent hientôt de cette liaison le fils de Julie, et pour la rompre il s'éloigna de son pays.

Sa réputation et l'illustration de ses aïeux furent pour lui une recommandation puissante auprès de Gabinius, autre ennemi de Cicéron. Ce proconsul, qui gouvernoit alors la Syrie, confia le commandement de sa cavalerie à Marc- Antoine qui, à son début dans la carrière des armes, développa tant de sagesse et

(i) On prétend que c'est à lui, c'est-à- main [Marc-Antoine, §. i). dire à Marcus Antonius Creticus, que doit (2) Marc- Antoine devoit être d'autant

se rapporter un passage tiré des fragments plus jaloux d'acquérir quelque gloire dans

de Salluste (1. UI, Hist.) , où Marcus An- la carrière de l'éloquence, que son grand-

tonius est qualifié comme perdendœ pecu- père Marcus Antonius avoit été le plus cé-

niœ genitus, vacuusque curi's nisi instan- lebre des orateurs romains avant Cicéron

tibus. Plutarque, à la vérité, fait l'éloge du et Hortensias, caracîere libéral et bienfaisant de ce Ro-

de courage pendant la guerre que les Romains avoient déclarée chap. u.

. n ^-, -I • • 11'*. 1 " ' 1 ' Hommes d'état

aux i^rinces juifs, que Gabnims n licsita plus a se résoudre a ^jj,g„,„,,„„, l'expédition d'Egypte pour rétablir Ptolémée Aulete sur son '^^^^''^ trône. Cette expédition périlleuse, entreprise avec peu de forces p, v„ et sans l'aveu du sénat , fut conduite presque entièrement par Marc-Antoine qui en avoit appuyé le projet : il franchit l'isthme et surprit Péluse; par des manœuvres savantes et hardies il mit en déroute les forces supérieures de l'ennemi, et reconduisit le monarque exilé dans sa capitale. L'humanité du jeune général mit un frein aux vengeances de ce priuce', et suspendit les effets de sa cruauté envers les rebelles. La franchise d'Antoine, ses manières, la facilité de ses mœurs, sa libéralité, et sa popularité, lui gagnèrent l'estime et l'affection de toute l'armée.

Avec immérité si reconnu, Antoine, en quittant Gabinius, put se présenter avec assurance à César son parent'' qui commandoit alors dans les Gaules. 11 en fut accueilli avec affection, et se perfectionna dans l'art de la guerre sous un si grand maître. César l'employa également comme administrateur et comme soldat, l'honora de son amitié, et l'aida généreusement de ses trésors. Antoine dut aux bons offices de ce général son avancement dans la magistrature, la prêtrise illustre des augures et le tribunat du peiq^le. Dans cette charge importante il fit éclater sa reconnoissance envers son bienfaiteur par l'opposition vigoureuse et bien combinée qu'il fit à la puissance de Pompée , maître alors du sénat. Ce fut lui qui, voyant la majorité de ce corps se déterminer à ôlcr le commandement à César et à le laisser

(i) Marc- Antoine étolt nalurellenient terent plus d'une fois à dos actions inhu-

bon; et Atticus avoit celte idée favorable maines.

do son caractère (voyez la Lettre de BrU' (2) Il otoit le cousin de Julio, niere de

tus, dans les Epht. ad Brut., n° 17): Marc-Antoine, mais l'ambition et la raison d'état le por-

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