I. ai
i6'i ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. I.
c.iu. H. à Pompée, osa mcltrc aux voix la proposition de les faire reiiMnnmstietat j^Qjj(>gj. \\^J^ ^.^ Tautrc au commandement. Cette proposition,
et ncgucire sous II '
le gouvernement adoptcc à runanimitc des sufTrafrcs, parut alToibiir la popula-
PI. VU. ^''*^*' *^^ Pompée, qui fut contraint par cette démarche adroite
à employer la force pour se maintenir. Antoine prit le parti de
s'y soustraire; il quitta la ville, et arriva déguisé au camp de
César, qui bientôt passa le Rubicon, et marcha sur Piome.
Aucun des amis de César ne lui rendit des services plus signalés durant la guerre civile que Marc-Antoine , soit à Rome où il reprit les fonctions de tribun du peuple , soit à la tête des armées qu'il transporta heureusement au-delà de la mer Ionienne, soit sur le champ de bataille à Pharsale où il commanda l'aile iiauchc des Césariens, soit de nouveau à Rome où il remplaça le dictateur qui l'avoit nommé maître de la cavalerie, et qui, durant son absence, avoit déposé presque toute son autorité entre les mains d'Antoine.
Ce fut alors que les vices de celui-ci se montrèrent à découvert et dans toute leur étendue: son luxe, ses débauches, ses caprices, furent étalés aux yeux de l'Italie entière avec l'impudence la plus effrénée. César, à son retour de l'Asie, fut obligé de lui montrer quelque froideur; mais son amitié pour Antoine n'étoit point éteinte; elle se ranima lorsque le mariage de celui-ci avec Fui vie, veuve de Clodius et puis de Curion', sembla avoir rendu sa conduite plus régulière. Cette femme ambitieuse et intrigante réveilla dans le cœur de son époux cette ardeur de dominer qui, dans l'ame d'Antoine, trop adonné aux plaisirs, n'avoit été jusqu'à ce moment qu'une passion secondaire; elle l'accoutuma la première, comme Plutarque l'a bien remarqué, à se laisser gouverner par une femme ^
(i) Voyez Cicéron, PZ/i/?/)/?. Il, §. 5. {i)V\\x\dit(^\Q^Marcus Antonius, ^.\o.
HOMMES D'ETAT ET DE GUEPtRE. i63
César et la fortune ne tardèrent pas à ouvrir une vaste car- cuiP. ii. riere à l'ambition d'Antoine: César, en lui rendant ses bonnes «'"""" 'i '^«''
' ' et de guerre sous
ffraces et en le nommant son collègue au consulat l'an 710 de le gouvernement
"-' O ' républicain.
la fondation de Rome, lui donna la première place de la repu- pi vu. blique après celle qu'il occupoit lui-même; et la fortune , en laissant périr le dictateur victime d'une funeste conspiration le 1 5 mars de la même année', remit dans les mains du consul qui restoit sans collègue presque toutes les attributions du pouvoir suprême.
Ce fut alors qu'une prudeuce et une habileté surprenantes décelèrent en lui des talents qu'on ne lui soupçonnoit pas jusqu'à ce jour pour la conduite des affaires. Le projet de remplacer César se présentoit à son esprit ambitieux avec ce charme que la probabilité du succès rend irrésistible : mais le sénat qui espéroit recouvrer sa toute-puissance et qui se déclaroit pour les conspirateurs, etLépide qui étoit avec une armée dans Rome même, opposoient à ses projets des obstacles difficiles à surmonter. Antoine sut flatter adroitement l'ambition de Lépide, homme d'une grande naissance, mais d'un caractère foible, et qui n'avoit que des talents médiocres ; il sut tirer avantage de la bienveillance que le peuple et les soldats avoient montrée pour la mémoire du dictateur; et, mettant enjeu les passions et les intérêts particuliers des sénateurs contre les intérêts du sénat, il parvint à faire confirmer les actes de César, dont il se constitua le dépositaire, et à faire rendre un décret d'amnistie qui
(i) Les conjurés vouloient immoler n'avoit pas révélé à César des discours in-
Marc- Antoine ; Brutiis s'y opposa, dans sensés que quelqu'un des conspirateurs lui
l'intention de faire considérer leur attentat avoit tenus eu d'autres occasions , llatta
comme une action tout-à-fait héroïque et ceux-ci de l'espoir que J\Iarc-Antoine ver-
sans mélange d'aucune Iiaine particulière. roit cet assassinat avec indifférence (Dion,
La noble discrétion de Marc-Antoine, qui I.XLIV, $. igj Gicéron, P/»Y//^/>. II, §. i4)-
i64 ICONOGPtAPIITE ROMAINE. P^rt. I.
CiMP II. inctlolt en sûreté les conspirateurs, mais qui semLloit par cela eurèuerresou! mvme contlamner leur attentat. Alors il n'y eut plus d'ol^stacle le gouvernement ^^ [^ cclébratioii clcs funéraillcs de César, et réionuence qu'An- PL VII. toine déploya dans l'oraison funèbre, la vue du corps sanglant du dictateur Cfu'il prc'senta à la midtitudc allendrie, la lecture de son testament, excitèrent une émotion si générale, que ses assassins s'empressèrent de chercher leur salut dans la fuite. On peut Toir dans Appien' comment le consul agissant tantôt dans les vues du parti de César, tantôt prenant des mesures en apparence républicaines, avoiL su assujéiir le sénat, et annuler les effets des décrets rendus en faveur de Brutus et de Cassius. Antoine s'étoit emparé des registres de César et même de ses trésors; les uns et les autres servirent à ses desseins; il donnoit les places; il accordoit des grâces à qui il vouloit; il alloit même jusqu'à vendre les nominations et les faveurs du dictateur qui n'étoit plus : il s'étoit environné d'une garde que le sénat lui avoit accordée, et il marchoit à grands pas et presque sans ob- ' stades vers l'autorité absolue , lorsque le fils adoptif de César quitta l'Epire et se rendit à Pvome.
Si Octave , dès l'âge de dix-sept ans , n'eût pas été déjà un homme extraordinaire, les projets de Marc -Antoine auroient été réalisés : mais l'opposition de ce jeune homme devint bientôt redoutable; il avoit su s'assurer de la plupart des soldats de son grand- oncle; ses libéralités lui gagnèrent le peuple : le testament de César lui en fournissoit le prétexte. Pour payer cette dette sacrée, il osa demander compte au consul des trésors du dictateur. Marc - Antoine , qui croyoit opprimer sans éclat ce rival inattendu, se vit obligé de se rapprocher de lui, de le mé-
(0 Ciyil.,].!!, §.8.
HOMMES D'ETAT ET DE GUERRE. i65
nager, et de satisfaire en partie à ses demandes; ils se brouil- chap. ii. lerent de nouveau : les forces du parti de César se partao^erent H"™™"^*''^'
1 i o et de guerre sous
entre riiéritier de son nom et le compacrnon de ses exploits; on 'c gouvernement
^ ^ républicain.
courut aux armes; et le sénat, qui voyoit avec joie les Césariens pi. vir. s'affoiblir en se divisant, travailla à gagner Octave, qui profita de ces dispositions pour écraser Marc-Antoine. Pour lors la vengeance du dictateur parut oubliée , et la guerre civile se ralluma.
Le gouvernement de la Gaule Cisalpine qu'Antoine, en sortant du consulat, réclamoit comme lui appartenant de droit, le peuple le lui ayant accordé, et que Decimus Brutus , l'un des meurtriers de César, tenoit de César lui-même, fut l'occasion de la guerre. Antoine s'étoit fait une armée : toutes les forces de la république, et celles qu'Octave avoit levées en son nom, sembloient servir le parti de Decimus; mais les deux consuls Hirtius etVibius Pansa qui les commandoient, ainsi qu'Octave, Lépide, et Plancus, étoient tous, dans le cœur, du parti de César; et autant par la reconnoissance qu'ils lui dévoient que pour leurs intérêts, ils étoient plus ou moins animés du désir de le venger. Tels étoient les défenseurs de Decimus et les soutiens de la république. Antoine battit l'un des consuls, et fut battu par l'autre; mais ces deux magistrats, blessés tous les deux à mort , ne survécurent pas à leurs succès différents , et Octave se trouva seul à la tête de trois armées. Antoine, vaincu sous Modene, passa les Apennins , et se réfugia dans le camp de Lépide qui arrivoit des Gaules. Les soldats qui avoient servi sous César reconnurent Marc-Antoine pour leur général, et Lépide lui céda le commandement. Octave avoit refusé de se réunir à l'assassin de son perc. Decimus, abandonné de tout le monde, fut poursuivi et bientôt sacrilié au juste ressentiment de ses
t'tfic guerre sous
Icgouverneinen
lépublicaiii.
PI. VU
i66 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. I.
(;.i.vp. II. enncml.s. Oclave ne garda plus alors aucun ménagement avec le Hommes déiat génal; jl prit le consulat avec Pedius son parent et sou ami : il ' fit condamner tous les meurtriers de son père : il fit casser les décrets qui avoient déclaré Antoine et Lépide ennemis de la république. Il marcha vers eux , non pour les combattre , mais pour travailler, disoit-on, de concert avec eux à donner la paix au peuple romain.
L'entrevue de ces trois chefs eut lieu dans une lie du petit Rhin, rivière de la Gaule Cisalpine, qui coule aux environs de Bologne. Trois jours se passèrent en pourparlers dont le résultat fut de se revêtir tous les trois, pour cinq années, d'une espèce de dictature à laquelle ils donnèrent le titre modeste de commission de trois, ou triumvirat, et dont le but apparent étoit le rétablissement de la république. Les magistrats ordinaires dévoient continuer leurs fonctions et être remplacés chacun à leur tour à la nomination des triumvirs qui dévoient gouverner en commun l'Italie proprement dite, et se jjartager les provinces qui n'étoient point occupées par Cassius et Brutus. Antoine eut la Gaule Cisalpine et les Gaules conquises, excepté la Narbonnoise; celle-ci et l'Espagne furent le partage de Lépide; l'Afrique, la Sicile, la Sardaigne, et la Corse, furent soumises à l'autorité d'Octave.
La consternation que ce traité jeta dans le sénat et dans le peuple fut à son comble lorsqu'on apprit que les sanglantes mesures de Sylla alloient se renouveler, et que le triumvirat publioit ses tables de proscription. Près de trois cents sénateurs et de deux mille chevaliers s'y virent compris. On y lut avec étonnement le nom de l'oncle de Marc-Antoine , parent de César, celui du tuteur d'Octave , celui du frère de Lépide. On ne dut point être surpris d'y lire le nom de Cicéron et de ses
parents ; jamais la liaine n'avoit été poussée à autant cVexcès caxT.ii. qu'elle l'étoit entre l'orateur romain et Marc- Antoine. Le pre- "°"""<i'é'«
T. A et de guerre sous
mier, qui avoit diffamé le triumvir par ses Pliilippiques, n'avoit le gouvernement
•*■ 1 i -l républicain.
jamais cessé d'insinuer au sénat le désir de répandre le sang des p, ^jj chefs du parti contraire; il avoit même sollicité à plusieurs reprises la mort de Caïus, frère de Marc -Antoine, alors prisonnier de Brutus, et de qui Cicéron n'avoit point à se plaindre; mais Brutus jusqu'alors ne l'avoit point écouté'. Ainsi, quoique la mort de cet illustre orateur ait été le sujet des déclamations perpétuelles des historiens et des rhéteurs des siècles suivants, qui se livrèrent aux invectives les plus violentes contre celui qui l'avoit ordonnée; quiconque examinera de sang-froid lii suite de l'histoire concevra difficilement comment le triumvir tout-puissant auroit pu épargner Cicéron.
Assurés de la tranquillité de la capitale, et pourvus de sommes immenses par ce terrible moyen , toutes les démarclies des triumvirs se dirigèrent contre Cassius et Brutus. Lépide demeura à la garde de l'Italie ; les deux autres passèrent la mer avec leur armée. La conduite de cette guerre et la victoire qui la couronna dans les plaines de Philippes présentent le trait le plus brillant de l'histoire de Marc-Antoine; carie succès fut dû presque entièrement à lui seul , Octave étant alors malade et n'ayant pas assez d'expérience pour commander des armées. L'humanité de Marc-Antoine qui, à l'exemple de César, se fit gloire d'épargner ses concitoyens, se signala d'une maiiiere mé-
(1) Voyez, dans la Correspondance de hclla ci^'ilia. l'.lle nous dcmontre que Ci-
Cicéron et de Marcus Brunis les lettre ii, céron avoit poiu- principe de ne point user
m, IV et XV, et la vii*^ Epist. ad Marcum ■ de clémence envers les chefs du parti con-
Brutum denuo rc/xrlaniin. Dans la u« on traire. Nous le vovons mettre en avant te
lit celle maxime très remarquable : 5/ c/e- principe dans plusieurs passages de ses
mentes esse yolumus, nunf/uain decrunt i'/iil/ppiques.
i68 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. I.
Cinp. Ti. morable. Excepte les assassins du dictateur, presque tous les Hommes d'état ^qy^j-ps obtùireut Icur pardou. Alors rimmense étendue des pays
et de guerre sous i i ./
le gouvernement couffuis ]y,\v Ics amics romaincs ne reconnut que deux maîtres.
léj)ul)lieain.
Tout ce (|ui cloit à Torient de l'Adriatique , depuis les confins
PI. vu.
de rillyrie jusqu'à ceux de la Cyrénaïque, fut soumis à l'autorité de Marc- Antoine, le plus considéré des triumvirs. Tout le reste à l'occident fut le partage du fils adoptif de César, excepté Rome et l'Italie qui restèrent sous le gouvernement des trois , et l'Afrique qui fut laissée , par une sorte de bienséance , sous l'administration de Lépide. Antoine passa dans l'Asie mineure pour y régler les affaires , distribuer les peines et les récompenses aux peuples et aux rois, selon qu'ils s'étoient montrés favorables ou contraires à la cause des parricides. Parmi les princes qui furent appelés à son tribunal pour rendre compte de leur conduite, la mauvaise destinée de Marc-Antoine amena Cléopâtre en sa présence. Nous avons vu ailleurs avec quelles séductions elle s'offrit à ses regards, et comment le triumvir lui fut asservi pour sa vie'.
Le partage d'Octave étoit bien loin d'être aussi brillant et aussi tranquille. Sextus Pompeïus s'étoit rendu maître de la Sicile; et la femme et le frère de Marc- Antoine, Fulvie et Lucius , profitant du mécontentement des propriétaires des villes italiques, qu'on avoit dépouillés de leurs biens pour les donner en récompense aux vétérans , excitèrent des troubles qui rallumèrent une nouvelle guerre. Fulvie se prêtoit à ces manœuvres, croyant faire diversion aux amours de son mari et de la reine d'Egypte : mais lindolence de ce triumvir, qui laissa long-temps dans l'indécision les cliefs qui lui étoieut dévoués pendant
(i) Iconographie grecque, II" partie, c. xviii , §. 19.
qu'Octave fortifioit son parti, fit entrevoir aux amis d'Antoine ch^p. 11.
n ' -i T • 1» • '„,„„ Hommes d'état
combien ils dévoient peu compter désormais sur sa prévoyance ^tj^g^erresous et son énergie. Cependant il ne put s'empêcher, en l'an 714, '//^^]^'"i.r'"' de se rendre à Rome, où il se réconcilia avec Octave par l'en- pi. vn. tremise de leurs amis communs; et bientôt la mort de Fulvie le mit à portée de consolider cette réconciliation par une alliance; il épousa Octavie , sœur de son collègue ; sauva la vie à son beau-frere dans une émeute du peuple affamé par les pirateries de Sextus; arrangea entre ce dernier et Octave une entrevue dans laquelle il intervint, et fit signer un traité de paix entre les triumvirs et le fils de Pompée. Bientôt après, il repasse les mers avec Octavie, dont la beauté, la jeunesse et les grâces ne peuvent détruire le charme qui l'attache à Cléopâlre. Cej)endant les frontières d'Orient sont attaquées par les Parthes et par d'autres peuples barbares. Marc-Antoine est heureux lorsqu'il fait la guerre par ses lieutenants; il est battu quand il veut la porter lui-même chez les ennemis , parcequ'il n'est occupé que de Cléopâtre, et qu'il sacrifie tout au désir de se rapprocher d'elle. Pendant que ces événements se passent en Orient, Sextus est vaincu par Octave, et Lépide est forcé de se démettre du triumvirat: la jalousie d'Antoine se réveille un moment; mais Octavie le calme encore. Une nouvelle expédition dans l'Orient a plus de succès, sans être plus glorieuse pour lui; il s'est emparé par la ruse des étals et de la personne d'Artavasde, roi d'Arménie. A son retour, Octavie veut aller à sa rencontre, il l'en empêche, et bientôt après il la répudie. Son amour pour Cléopâtre et son aveuglement sont à leur comble. Il ose célébrer loin du Capitolc, à Alexandrie, son triomphe sur les Arméniens, pour donner à Cléopâtre, sur les bords du Nil, un spectacle réservé jusqu'alors aux yeux seuls des Romains. Il distribue
170 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. E
civr. II. aux enfants de Clëopâtre les conquêtes faites par la république Hommes .iv.nt ^,^ Qrient. Le jeune Césarlon, né crdle et de César, est déclaré
Cl clc guerre sous J ' *
if gouvernement colJc£fue dc sa mcrc sur les trônes de l'Efryple, de Chypre, et de
PI. VU. ^'* Cyrénaïque : l'Arménie et le royaume des Parthes, que l'on
doit conquérir, sont l'apanage d'Alexandre, l'aine des enûints de
Cléopàtre et d'Antoine. La Phénicie avec le reste de la Syrie et
la Cilicie sont destinés à Ptolémée leur fils puîné. Il réserve
pour ceux qu'il a eus de Fulvie les diiijnités romaines ; et la
reine d'Egypte porte déjà ses vues ambitieuses vers le Tibre.
Mais Octave veille ; il se prépare sans relâche; et l'instant qui
va décider des destinées du monde est déjà imminent. Cepen-
• dant les préparatifs d'Antoine sont formidables, ses troupes sont
nombreuses; mais il n'est plus le même homme qui a vaincu à Philippes. Le temps qu'il devroit donner aux affaires est absorbé tout entier par les soins de l'amour : il est sans cesse distrait par la pompe et les intrigues d'une cour efféminée et bruyante, ou plongé dans l'ivresse de la volupté. Sa conduite l'a dégradé dans l'esprit des Romains , et Octave n'a aucune peine à le faire déclarer ennemi de Rome. La présomption et la sécurité d'Antoine croissent en raison de ses imprudences. Pour plaire à Cléopàtre , dont le caprice étoit de coinmander des vaisseaux ', il va décider sa querelle par un combat naval , lorsque l'attachement de ses vétérans, l'expérience et l'habileté de ses officiers, et le souvenir même de sa gloire, lui promettoient des avantages presque certains sur terre. La flotte d'Octave, partie de Tarente et de Brindes , vole à la rencontre de
(i) Cette particularité nous a été con- pour s'opposer aux flottes des meurtriers de
servée par Appien ( Civil., 1. V, §. 8). César. Une maladie qui la surprit la fit re-
Cléopàtre avoit commandé elle-même une tourner à Alexandrie, où elle reçut la nou-
flotteqni s'étoit dirigée vers la mer Ionienne velle de la bataille de Philippes.
celle d'Alexandrie , qui s'avance dans la nier Ionienne , et se chap. 11.
Hommes d'i et de guerre sous
trouve déjà à la hauteur du golfe d'Ambracie. C'est près d'Ac- ^f^^"""' '^'^'''
tium, à l'embouchure de ce irolfe, que les flottes se raniment en le gouvernement
<^ 1. O républicain.
bataille : les troupes de terre campent sur les deux rivages op- p, ^.^^ posés. La guerre qu'Octave avoit faite en Sicile avoit fourni à son armée navale de bons marins et des soldats accoutumés à combattre sur mer : ses vaisseaux, moins grands que ceux des Egyptiens , étoient d'une construction légère et faciles à manœuvrer. Il en étoit tout autrement de la flotte des ennemis, leurs vaisseaux, énormes et doublés de cuivre, étoient lourds et difficiles à mouvoir, d'autant plus que les équipages étoient insuffisants, et qu'il n'y avoit qu'un très petit nombre de marins expérimentés. Mais Cléopâtre s'obstine à combattre sur mer, aspirant sans doute à la gloire d'une nouvelle Artémise. Ce caprice l'emporte, dans l'esprit d'Antoine, sur toutes les remontrances des chefs qui lui restoient attachés.
Le 1 septembre de l'an de Rome ji^, 3i ans avant l'ère vulgaire , le combat s'engage. Par les bonnes dispositions et le sang -froid d'Octave et d' Agrippa son premier amiral, joints aux avantages que nous avons déjà indiqués, l'aile droite de la flotte d'Antoine est bientôt ébranlée. Cléopâtre qui, avec une escadre particulière, étoit en réserve derrière le centre, voit à peine un passage ouvert aux vaisseaux d' Agrippa , que , saisie de terreur, elle s'enfuit précipitamment, et se repose sur son amant du soin de résister à l'ennemi. A cette vue, Antoine, hors de lui-même et éperdu, ne s'embarrasse pas si cet instant va décider de son sort et de celui du monde, il ne voit que Cléopâtre; il ne songe qu'à la suivre; et sans faire aucunes dispositions, sans donner aucuns ordres, il laisse toutes ses forces de terre et de mer sous le commandement de ses lieutenants, ([ui
\-i ICONOGRAPHIR ROMAINE. Part. I.
Chap. 11. aidassent clmcun à son gré faute de s'être concertés. Pour lui, il iiomm.s fiviat ^^ précipitc sur un vaisseau meilleur voilier que le sien pour
et de guerre sous II ^ *
legouverncment rcjoindrc plus promptemcnt la reine, et devient le déserteur de
républicain. J r f 1
PI. VU s**^ propre cause et de son armée. Cette lâcheté irrite Cléopâtre; mais les deux amants se raccommodent à Ténare, d'où ils gagnent l'Egypte , espérant à peine pouvoir s'y maintenir. Ce mélange de grandeur d'ame et de la plus étrange insouciance se retrouve dans la conduite d'Antoine pendant la dernière année de sa vie. Nul plan arrêté pour sa défense , ou pour opérer sa retraite ; aucunes négociations entamées. Les chefs abandonnés l'abandonnent à leur tour. Ceux qui lui sont restés fidèles cèdent enfin à sa mauvaise fortune , et embrassent le parti du vainqueur. Ces défections l'exaspèrent ; il s'éloigne de la cour et des affaires, et fait construire sur le rivage de la mer une maison isolée qu'il appelle Tinioniwn , du nom de ce misanthrope athénien qui, blessé de l'ingratitude des hommes, faisoit profession de les haïr. Tantôt il se rapproche de Cléopâtre , tantôt il la soupçonne de mauvaise foi. A l'arrivée d'Octave, son ardeur guerrière semble se réveiller un moment, et il paroit se ressouvenir de son antique valeur. Mais il n'est plus temps : les troupes d'Alexandrie le trahissent : il se croit trahi par la reine qui, épouvantée de sa fureur, se réfugie dans un tombeau, et fait répandre le bruit de sa mort. Antoine, à la nouvelle de cette perte, ne veut pas lui survivre, et se frappe d'un coup mortel : mais sa blessure lui laisse encore le temps et la force de se rendre auprès de Cléopâtre , qui l'aide elle-même à monter par la fenêtre de l'édifice dont elle n'ose ouvrir les portes. Le triumvir expire dans les bras de sa maîtresse , après avoir jeté un dernier regard sur les grandeurs et la félicité dont il avoit joui si longtemps. Cléopâtre lui rendit elle-même les honneurs funèbres,
et accomplit les tristes cérémonies usitées dans les funérailles chap. u. chez les païens; et bientôt elle réunit ses cendres à celles de son "°"'™<^' "" '=*^*
amant.
et de guerre sous le gouvernement républicain.
PI. VU
Rome et l'Orient offroient de toutes parts des monuments et des statues de Marc-Antoine. Les Grecs avoient poussé l'adulation jusqu'à inscrire son nom sur les colosses élevés autrefois en l'honneur d'Attale et d'Eumene, princes dont la physionomie et l'embonpoint pouvoient donner quelque idée de la figure de Marc-Antoine'; mais dès qu'on eut appris la nouvelle de sa mort, tous ses monuments furent abattus, et les inscriptions en furent effacées. Le sénat porta sa haine contre le rival d'Octave jusqu'à décréter qu'aucun personnage de la famille d'Antoine ne prendroit à l'avenir le prénom de Marcus% Ces mesures furent exécutées avec d'autant plus de rigueur que le fils de Cicéron se trouvoit revêtu du consulat à l'époque luème où la nouvelle de la prise d'Alexandrie fut proclamée à Rome , et qu'il dut avoir du plaisir à se venger de l'ennemi de sa famille et du meurtrier de son père'. Ainsi le portrait d'Antoine ne nous a guère été n» i. transmis que sur les monnoies romaines. De ces monnoies j'en ai choisi quatre: l'une, qui est d'argent et d'an beau travail.
(i) Plutarque, Marcus Antonius., §. 60.
Si l'on jette un coup d'œil sur les médailles d'Attale II et d'Eumene II, rois de Per- }^ame, gravés aux n" i3 et i4 de la planche xliii de V Iconographie grecque, ou saisira facilement un certain rapport de leiiis pliysionomies avec celle de Marc- Antoine.
(2) Plutarque, Marcus Antonius, §.87, et, Cicero, ^. 4y- Un Alexandrin nommé Archibius paya mille talents (à peu près six millions de francs ) poiu' faire épaijjuer
les statues de Cléopàtre. Cette reine voluptueuse avoit donc un ami désintéressé!
(3) C'est par erreur qu'Appien a placé le consulat du fils de Cicéron à l'époque de la bataille d'Actium (Ciuil., 1. IV, c. i.i). Il ne fut consul supplémentaire que l'année suivante, époque de la prise (TAlexandrie et de la mort de IMarcAntoine, comme il est prouvé par un fragment des fastes consulaires, trouvé jadis .à Capoue, et publié dans le Tri'sor de Grutcr. p. 'mjq, n° 2.
P!. xn.
174 ICONOGRAIMIIE ROMAINE. Part. I.
cu»r. II. présente d'uu côté sa télc , et au revers celle de son collègue Hoir^mes d'état Qctave ' i le premier est désigné par la léfçende , M • ANTON-
et de guerre .sous '1 o x u ■^
)p gouvernement j]y[p . ^VG ' III * VIR " R * P " C' , Marciis Ajitoiiius iinperator
l'épublicaiii. . 7 ?• • 7
augur, ttiumvir reipuhlicœ constiliiendœ ; «Marc-Antoine, im- « perator, augure, l'un des triumvirs chargés de l'arrangement « de Ja rc'publique «. On lit autour de la tête de l'autre, CAES- IMP • PONT • III • VIR • R • P • G-, Cœsar iinperator pontifex, triumvir reipuhlicœ consLitiiendœ ; «Gésar, imperator, pontife, « Tun des triumvirs chargés de l'arrangement de la républifpiejî. Le nom de M • RAPvRA • Q • P- , «Marcus Barbatius, questeur « de province ( quœstor provincialis ) » , désigne le magistrat ciui a fait frapper la médaille. Une autre présente la tête d'Antoine avec un peu de barbe , pour témoigner le chagrin que N" 2. lui causoit la mort de César, qui n'étoit pas encore vengée\ On n'y lit point le nom de Marc-Antoine; sa physionomie cependant s'y reconnoit; et la figure de la Goncorde, qui est le type du revers , fait allusion à l'union et à l'harmonie qui régnoient entre les triumvirs. La figure de la Victoire, placée dans la main de la déesse, indique cjue l'espérance du succès est fondée sur cet accord de volontés et de vues : la corne d'abondance est un des emblèmes caractéristiques de la Goncorde : la légende ne présente que le nom de G • VIBIVS • VARVS . , Càius Fihius Varus'^ Ge magistrat, préposé à la fabrication de la monnoie, sous l'autorité des triumvirs , fit frapper celle-ci vers la fin de l'an de Rome 711 , ou pendant le commencement de l'an 712, avant la victoire de Philippes , époque après laquelle les images
'i) Morellius, Thes.J'amil., Antonia, que dans quelques unes des têtes de Marc-
p) jj (] Antoine, empreintes sur la monnoie ro-
(u) Eckhel a éclairci avec son érudition maine {D. N., t. VI , p. 36).
et sa rritique accoutumées tout ce qui a (3) Morellius, Tliesaur. famil , Vibia,
rapport à cette particularité qu'on reniar- pi. i, n° i.