I. ROMULUS
Vingt-six siècles se sont à peu près écoulés depuis qu'un Cuir i.
1 'l'i !• i»'.'i . 1 f* . \ C Hommes illus»
homme eieve dans la simplicité des mœurs pastorales se ht chei t,e, d,.s^,,oques d'une colonie , et fonda une ville sur les bords du Tibre , non '" p'"^ ancien-
' ' nés.
loin de la mer Tyrrhénienne, dans un emplacement que des vol- pi. i cans, éteints depuis long-temps, avoient couronné de collines'.
(\)\oyez\es Obseri'ationslithologùfues et lilhologùjiies de la Campante; Paris,
sur la ville de Rome, par M. Breislak, im- 1801 , cliez Dentu, t. II , p. 28 1, Yulcain ,
primées à la fin de ses Voyages physiques dieu des feux souterrains , étoit honoré du
PI. I
1 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. L
CiiAr. 1. L'aménité du site et le voisinage (\\\n fleuve navigable avoient, Hommes iiius- q,n.]f„ics sicclcs auparavant, invité des étranfijers à fixer leur
très des époques 11 1 ' "^
1rs plus amie..- clemeui'e dans ces mêmes lieux, et à y construire des villages.
lies. / ./ <-'
Le pelil nombre d'iiabilants qui s'y trouvoient encore à l'époque où la nouvelle colonie vint s'y établir, se réunirent, sous des auspices ])bis beureux , au jeiuie cbef qui la commandoit. Ce cbef éloil issu, par sa mère, d'imc famille qui régnoit depuis plusieurs siècles sur le pays des Latins, et que l'opinion commune faisoit descendre du sang d'Enée'. On ignoroit quel étoit son père; et la superstition, les convenances, et même la flatterie, qui jusque dans les mœurs pastorales peut trouver accès auprès des bommcs puissants, attribuèrent sa naissance à un dieu : aux yeux de la postérité et dans l'opinion des nations conquises par les armes romaines , il dut sembler naturel que la ville la plus belliqueuse qui eut jamais existé, fût fondée par un fils de Mars. Ce fondateur, qu'à l'exemple de quelques uns de ses ancêtres, on nomma Romulus% avoit un frère jumeau : on débita des contes qui tiennent du merveilleux sur l'exposition de ces deux enfants; sur la manière dont ils furent sauvés par le
temps de Romnlus comme une des divinités tutélairesde la nouvelle ville (Pline,!. XVI, §. 86 ). Ce que je dis de son fondateur est lire principalement du premier livre des histoires de Tive-Live; des deux premiers des antiquités de Denis d'Halicarnasse; et de la Vie de liomulus par Plutarque.
(i) L'antiquité croyoit trouver dans une foule de traditions particulières , ainsi que dans les rites religieux des Romains, des traces certaines de leur origine troyenne.
(a) Le douzième roi d'Albe s'appeloit Romulus (Tite-Live, 1. 1 , §. 3) : une ville des Samnites poitoit le noni de Romulea,
probablement d'après celui de son fondateur inconnu (Tite-Live, 1. X, Ç. 17). On a fait dériver ce nom du mot grec appellaùffàfi» {^rhôinê) ^ force, vigueur ; d'AnUiiS l'ont tiré des mots runia, rumis, rutnen, qui, dans l'ancien latin, signifioient inamelte: les noms de Romulus et de Reinus auroient été imposés aux deux jumeaux de Rliéa , A cause dos mamelles de la louve qui les allaita; et c'est du nom du premier que la ville fut appelée Rome. Suivant quelques auteurs anciens, elle auroitété appelée Remuria, si Remus eût été plus heureux que son frère.
hasard, et nourris par une louve ' ; sur leur éducation , plus soi- chvp. i. «•née que celle de simples berg^ers, cfuoiqu'ils eussent été élevés """""^^ iiiu-
O I 1 D ' X L très des époques
par les soins d'une bergère; sur les exploits qui signalèrent bien- '" p'"^ *°<:'^°tôt leur jeune courage. Ces contes, qui ont été crus de toute p, j l'antiquité, ne peuvent plus l'être; et l'histoire des fondateurs de Rome doit commencer par des faits qui , malgré leur ancienneté, ne puissent pas être désavoués par une critique raisonnable ".
Les deux fils de Rliéa parvinrent à se faire chefs d'un parti qui rétablit Numitor leur aïeul sur le trône d'Albe, dont Amulius son cadet s'étoit emparé. Le prince ayant recouvré son autorité, soit par reconnoissance envers ses petits-fds , soit par la crainte que lui inspiroit leur humeur entreprenante et guerrière , les envoya régner sur un peuple nouveau et sur la ville qu'ils alloient fonder dans les lieux mêmes si chers à leur enfance, et qui, placée sur les limites du Latium et du pays des Etrusques, serviroit au premier de rempart contre une nation d'origine
(i) D'après l'étymologie indiquée dans la note précédente, l'épithete de ruminalis fut donnée au figuier du mont Palatin à l'ombre duquel les deux enfiints avoient été nourris par une louve. Tacite {Annal., 1. XIII, c. liViii) semble croire, contre toute vraisemblance, que ce figuier, regardé avec vénération par les Romains , ne s'étoit desséché qu'après huit siècles, l'an 58 de l'ère chrétienne , sous le règne de Néron. Les partisans du scepticisme sur l'histoire des premiers siècles de Rome n'ont point manqué de tirer parti de ce conte : mais Pline (1. XV, §. 20) avoit dit expressément que les prêtres romains prenoient le soin de renouveler cet arbre toutes les fois qu'il venoit à mourir : Illic
arescit, rursusque^ cura sacerdotum, seritur. On l'avoit même transporté de la colline dans la plaine, à l'endroit appelé proprement Coinitiuin.
La statue de bronze de la louve dont Pline fait mention , et que Denis d'Halicarnasse (1. I , p. 65 ) regarde comme un ouvrage antique, se conserve encore à Rome, dans un des palais du Capitole ( Winckelmann, Storia délie Arti , etc., 1. III, c. m, §. Il ; t. I, p. 201 et 202 de la traduction italienne imprimée à Rome).
(2) Voyez le mémoire de Freret, intitulé, Béflexions sur l'étude des anciennes histoires , et sur le degré de certitude de leurs preuves j tom. III des Mémoires de l'Académie des belles-lett/es, pag. 157.
f\ ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. I.
Chap. I. dilTcrcnlc, nombreuse et policée, que la dynastie des rois d'Albe Hommes iiius- gy^^j ç^^ souvcnt pouF ennemie. L'ambition des jeunes héros
iTfs des époques 1 "
les plus ancien- j^uj- f, i cmbrosscr avcc empressement ce parti, et Rome fut
nns. '■
p, j fond(;c la troisième année de la sixième olympiade, 753 ans avant l'cre chrétienne ',
Les éléments de l'histoire romaine font une partie si essentielle de l'instruction la j)lus ordinaire, qu'il est inutile de répéter ici tous les événements qui caractérisèrent la conduite et le règne de Romulus. Personne n'ignore que Remus arrosa de son sang l'enceinte toute récente de la ville qu'il fondoit avec son frère. Les mœurs féroces des nouveaux colons, que l'asile ouvert sur le Capitole avoit multipliés, ont pu absoudre Romulus de ce crime ". L'enlèvement des Sabincs , violence à laquelle les habitants de la nouvelle ville se portèrent par la rareté des femmes et par le refus que faisoient les peuples voisins de s'allier avec eux par des mariages; les guerres qui en furent la suite ; les triomphes de Romulus et ses revers qui l'obligèrent à recevoir dans Rome les parents des femmes ravies, et à partager l'autorité souveraine avec Tatius, chef d'une peuplade Sabine; les événements qui le délivrèrent de cette association incommode et dangereuse; les institutions et les lois qu'il donna à son peuple; l'ordre qu'il établit dans son nouvel état; le système d'y réunir les peuples voisins , et celui d'envoyer des colonies occuper les terres des ennemis subjugués; enfin le
(i) Je préfère, avec la plupart des chro- la fondation de Rome, célébrées sous Phi-
nologistes, le calcul de Varron ; voyez \el- lippe, Tan 348 de l'ère chrétienne: voyez
leïus Paterculus, 1. 1 , c. viii; Censorinus, Tillemont , Z?wf02'r<? des Empereurs, Phi-
de Die natali , c. xxi. Ce calcul fut le plus lippe, art. 5 ; Eckhel, D. N. , t. VII, p. 3a3.
suivi par les anciens depuis le siècle d'Au- (a) Plutarque, Comparaison de Thésée
guste; et d'après ce système, on régla les et de Romulus j §, 5. solennités de l'année millénaire révolue de
ommes illass des époques
PI. I
mécontentement que sa conduite trop absolue excita parmi les ch^p. r.
citoyens du premier rang, dans un siècle où le commandement ^ "^
des armées et les fonctions de juge étoient regardés comme la '<'' p'"* ^''"^"-
seule prérogative des rois, et presque les seuls droits de la
royauté', sont des points d'histoire universellement connus.
L'opinion générale attribue à ce ressentiment des sénateurs la
disparition subite du prince, et son apothéose à la crainte qu'ils
eurent que le parti populaire ne se portât à venger son roi. Ce
fils de Mars fut vénéré à Pvome, après sa mort, sous le nom de
Quirinus, ou du dieu de la lance % dénomination qui exprimoit
à merveille l'idée de cette valeur indomtable que ses amis et ses
ennemis avoient admirée durant le cours de sa vie. Sa mort
arriva l'an Sy de la fondation de Rome, 717 ans avant l'ère
chrétienne.
(i) Montesquieu, Esprit des lois, 1. XI,