‹ Iconographie romaine (volume 4)Chapitre 6 sur 94 · C. XII · texte numérisé non relu

C. XII

(2J Festus , V. Curis. Proculus, qui assuroit avoir vu Romulus devenu immortel, ajoutoit qu'il éfoit armé d'une pique : c'est de là qu'ëtoit dérivée la dénomination quirites , fyx^"'/^''f"i guerriers habiles à manier la lance, braues, qu'on donnoit aux Romains. La ressemblance de ce nom avec celui de Curetés a donné lieu à M. Clavier de taire descendre les Sabins Curetés, ou les Quirites qui habitoient la ville de Cures, des habitants de la Crète, connus aussi sous le nom de Curetés dans l'histoire et dans la mythologie {Histoire des premiers temps de la Grèce, t. Il, p. a^ti ): cette ressemblance seule me semble un motif trop l'oible pour appuyer une conjecture qui n'est pas fondée sur d'autres faits, d'autant plus que les anciens reconnoissent les Sabins comme des peuples venus, non de la Crète, mais

delà Laconie (Plutarque, Romulus, §. 16), et que l'identité prétendue du nom de Curetés n'est qu'apparente. La première voyelle est brève dans le nom des Curetés Sabins ( Properce, 1. IV, él. iv, v. 8) ; elle est longue dans le nom des Curetés Cretois. L'étymologie que j'ai indiquée la première , fondée sur l'autorité , me paroît plus vraisemblable : ces peuples, comme les Quirites Romains , portoient le nom de lanciers, hastati , tiré de leurs armes; leur ville s'appeloit Curis, la ville de la lance: il n'est pas impossible que le mot même de curis ait été emprunté des langues orientales, où ^^^'^^r> (corah) signifie une poutre. Les poètes latins ont souvent désigné les grandes piques par le mot de trabes; et il est indubitable que plusieurs mots de la langue latine sont tirés de racines hébraïques ou syriaques.

ClIAI'. I

6 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. I.

Les Romains prétendoicnt avoir le portrait de R.omulus; mais iiornm,siiUH. p]^isioij.c j^ l'a^f j^g Jeur étoit pas assez familière pour qu'ils

irc'S (Ir's cpoqups •« ^ ^

les plus ancien- pusscut recounoître si les images de ce prince avoient été exé- Pi j culées de son temps, ou supposées dans des temps postérieurs. Les monuments de ce genre, qu'on citoit comme contemporains du fondateur de Rome', ne pouvant plus être soumis à la critique % nous nous bornerons à remarquer que, de l'aveu des savants et des connoisseurs les plus instruits du temps des premiers Césars, on regardoit les sept statues des rois de Rome, consacrées dans le Capitole, comme des ouvrages exécutés sous leur regne\ A la vérité, l'opinion la plus probable est que, parmi ces statues, les plus anciennes ne datoient pas d'une époque antérieure au premier des Tarquin, prince puissant et magnifique dont la famille , originaire de la Grèce , avoit renouvelé dans l'Etrurie le germe, si l'on peut s'exprimer ainsi, du goût pour les arts". Il ne seroit cependant point absurde de penser

(i) Pline fait mention de quelques ouvrages de peinture, antérieurs à la fondation de Rome (1. XXXY,§. 6). Mamurrius, artiste en bronze, étoit censé contemporain de Numa (Properce, 1. IV, él. xi, v. Sp). Plusieurs ouvrages qu'on appeloit Tuscaniques, soit qu'ils eussent été exécutés en bronze par les Etrusques , soit qu'on les dût aux habitants des colonies grecques de l'Italie, étoient regardés comme des monuments de la plus haute antiquité (Pline, 1. XXXIV, §. i6).

(a) Plutarque [Romulus, §. 17 et 24) semble croire que plusieurs statues de Romulus, existantes encore de son temps, datoient du règne de ce prince.

(3) Meges sibi ipsos posuisse statuas verisimile est ( Pline, 1. XXXIV, §. i3).

Ailleurs ce même auteur cite le costume de ces figures pour prouver quelques particularités dans les usages de ces temps anciens; il parle de quelques statues qui avoient des bagues aux doigts ; et il observe que la figure deRomulus n'en avoit pas, que même il étoit sans tunique ; c'est-à-dire que sa toge ou manteau étoit placé sur le corps nu. Les peintures des vases qui portent vulgairement le nom d'étrusques nous offrent souvent ce même costume (Pline, 1. XXXIII, §. 45 et 1. XXXIV, §. II). Ces figures de bronze étoient placées devant la façade du temple ( Appien, Civil, 1. I, §■ i5 et i6)j ainsi elles avoient pu échapper aux différents incendies du Capitole.

(4) C'étoit la conjecture de Pline ( liv. XXXIV, §. i3 ) j toutefois il étoit porté s

que quelque portrait du fondateur de Rome s'étoit conservé chap.i. jusqu'au re<rne de Tarauin. Quant à la statue placée dans le ^°""""'""s-

J 1 O T. ^- 1 très des époques

Capitole, elle a dû servir de prototype aux tètes de Roumlus '« pius andenqu'on a gravées sur des monnoies romaines. p, j

Vers le siècle d'Auguste, lui C. Memmius qui, par les droits de la magistrature dont il étoit revêtu, surveilloit la fabrication de la monnoie de Rome, fit graver la tête de Romuliis sur le n" i. coin d'un denarius'^ (n° i); et, j^our que le public jiùt la reconnoitre, elle fut désignée dans la légende par le nom de QYI- RINVS% Le fondateur de Rome est couronné de laurier, sa

croire quelques unes de ces statues plus anciennes, parcequ' elles représentoient des rois antérieurs à Tarquin : P rimas pulareni fstatuasj positas œlate Tarquinii prisci , nisi regitin anteqedentiuni essent in Capitolio. Cependant rien n'empêche de conjecturer que Tarquin 1"', en plaçant sa statue dans un temple, avoit voulu honorer par des monuments semblables son bienfaiteur Ancus, et les trois autres rois ses prédécesseurs. J'oserai même proposer une conjecture plus hardie , savoir, que Tarquin n'avoit élevé des statues qu'.î ceux de ses prédécesseurs qui avoient bien mérité île l'état ; et qu'ainsi, parmi plusieurs rois dont les noms ont péri , il avoit choisi Romulus, le fondateur de Rome; IVuma , qui en avoit élé le législateur; et Hostilius, qui avoit soumis les Albains. Cette hypothèse feroit disparoître toute l'invraisemblauce qu'offre une suite de sept rois qui ont occupé le trône (huant l'espace de deux cent qu.irante-quatre ans, quoique plusieurs d'entre eux aient fini par une mort violente, et que le dernier ait survécu bien des aimées à son expulsion (^IlisLoire criliipic </ ■ Ui Rcpiiblitjue roinaine, par M. Lévcsquc , t. I ,

p. 76). Les sept statues des rois de Rome qui existoient encore au Capitole au III* siècle de l'ère vulgaire (Dion, l. XLIII , ^. 45), auroient fourni la principale autorité pour constater dans les fastes cette suite de rois, d après laquelle des princes, dont le règne n'auroit été ni Ions ni brillant , auroient disparu de la chronologie et de l'histoire.

(1) Le detiarius étoit une monnoie d'argent de la valeur de dix as. Cette valeur le rapprochoit beaucoup de la drachma des Grecs. L'une et l'autre de ces monnoies avoient à peu près le poids de notre franc actuel.

(2) Morellius, Thésaurus familiarum y familia Memmia, n° i. Cette médaille,

ainsi que toutes celles qu'on cite sans désigner la collection dont elles font partie, appartiennent au cabinet de la bibliothèque du roi ; la légende du cùié de la tête est la suivante: gVIllINVS CMEiMMl C-F-, Qtiirinus. Caïus AIeinruiiis,Jïls de Caïus (a fait frapper cette monnoie). Du coté du revers on lit: MKMlMIVS AED-CERIA- LIA IMlEllMVS FECIT-, lédilc Memmiusj'ut Iv premier à faire (célébrer) /c*

8 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. I.

Cii*p. I. barhc qui tombe en lioucles parallèles, el sa longue chevelure,

Hommes illus-

aioulejit à la maiesté de sa i)l)Asionomie. Plutarque avoit vu sans

trt'S tli'S C'puqurs •' J 1 J i

les plu» ancien- doute dcs oortraits de Roniulus semblables à celui-ci, lorsqu'il

lies.

nous décrit ce prince, au retour de sa première campagne, «mettant, suivant la traduction d'Amyot, un chapeau de laurier sur sa longue perruque ' ».

La même tète a été répétée , probablement vers la même époque , sur une monnoie de bronze (n" u), frappée par l'autorité du sénat romain , S • C*, senatus considlo. La louve qu'on voit au revers, allaitant Pvomulus, a rapport aux circonstances qui ont rendu merveilleuse l'histoire de son enfance.

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