‹ Iconographie romaine (volume 4)Chapitre 72 sur 94 · TIBERE · texte numérisé non relu

TIBERE

«Tibère, dit Tacite^ eut des mœurs très différentes, selon les « époques diverses de sa vie. Rien de plus louable que sa conduite

(i) Dio, LIX, 3. Tacite, Suétone, Dion, Velleius Pateiru-

(2) Mes guides, dans cet article, ont été lus, Joscphe, Pliilon.

(3) Tacit., Annal., VI, 5i.

çp ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.

ciiAP. I. «cL (le plus pur que sa renommée, tant qu'il lut simple partlcuci;!lrs"" «li<"r , ou placé dans les commandements par Auguste ; dissimulé l'i. XXII. «et adroil à rciiidrc des vertus tant que vécurent Germanicus «et Drusus; assemblage de bien et de mal jusqu'au dernier jour «de sa mère; cruel à l'excès, mais se couvrant d'un voile dans «ses débauches, pendant qu'il aluia on qu'il redouta Séjan; il «se plongea enfin dans le crime et la bassesse, lorsqu'il se laissa «aller à tous ses penchants, sans pudeur et sans crainte. 55

Quand Auguste contraignit Tiberius Nero à répudier sa femme Livie, elle étoit enceinte de Drusus et mère de Tibère, dont Suétone place la naissance dans l'année de Rome 712' (42*^ avant l'ère vulgaire), d'après les recherches qu'il a voit faites dans les actes publics , quoique cette époque fût avancée d'une année selon quelques uns, et reculée aussi d'une année par d'autres écrivains. Dion est du même sentiment; car il fixe l'an 790 pour celui oii mourut Tibère, âgé de soixante-dix-huit ans.

Son enfance fut exposée à de grands périls. Son père et sa mère l'emmenèrent, deux ans après sa naissance, en Sicile, auprès du fds de Pompée, ensuite dans l'armée de Marc-Antoine. La paix étant faite entre celui-ci et Octave, le père de Tibère obtint son pardon, revint à Rome avec sa famille; et céda en 716 Livie à Auguste. Tibère avoit fait, à l'âge de neuf ans, tant de progrès dans l'éloquence, qu'il prononça en public l'oraison funèbre de son père. On le vit, en 7^5, suivre, avec Marcellus, le char triomphal d'Auguste, après la hataille d'Actium. Il commanda les jeunes patriciens dans les jeux troyens. Auguste et Livie lui donnèrent des sommes considérables pour les combats de gladiateurs qui suivirent la mort de son père, et celle de Drusus son aïeul. Il épousa, fort jeune, Vipsania Agrippina , fille

(i) Siiet., Tiber., c. v.

FAMILLE DES CESARS. gS

d' Agrippa, pctitc-fille de Pomponiiis Atlicus, la seule des enfants cmap r d'Agrippa qui mourut de mort naturelle. Elle l'avoit rendu père ^'q-^^^J' de Drusus le jeune, et elle étoit enceinte lorsque Auguste obli- pi. xxii gea Tibère à la répudier pour épouser sa fille Julie, veuve du jeune Marcellus et d'Agrippa. Ce prince, qui, dans le cours de sa longue vie, ne parut s'attacher sincèrement à personne, tém.oigna les plus grands regrets en s'éloignant de sa première épouse. Peut-être connoissoit-il ou soupçonnoit-il déjà les débauches et la dépravation de Julie. Cependant il vécut d'abord avec elle en bonne intelligence; il en eut même un fils qui mourut en bas âge : mais il s'en sépara bientôt pour toujours; et il ne choisit plus d'autre épouse.

Tibère avoit à peine atteint sa vingt-deuxième année, que l'empereur l'envoya , avec une armée, pour mettre Tigrane sur le trône d'Arménie. A son arrivée il n'eut aucun ennemi à combattre, parceque les Arméniens venoient de reconnoître Tigrane pour roi". Cependant, dit un historien, il se donnoit la gloire d'avoir terminé courageusement cette expédition; il fut aidé dans cette prétention par les sacrifices d'actions de grâce que le sénat décréta ; et il porta dès-lors ses regards vers la souveraine puissance'. Déjà, l'an 780, Auguste avoit ordonné que Tibère postuleroit les charges cinq ans plus tôt que les lois le permettoient; et il l'avoit nommé questeur. En 735, il lui accorda les honneurs de la préture, dignité qu'il obtint deux ans après; il l'emiuena avec lui dans les Caules, et l'envoya, en 739, terminer, contre les habitants des Alpes rhélienncs (les Grisons), une guerre que Drusus avoit commencée. Enfin il le fit nommer consul l'an 741- Pour ra})procher du trône, sa mère Livie engagea Auguste à lui donner, en 743, pour seconde épouse,

(1) Dio, LIV, 9. (2) Ibid., 38.

94 ICONOGRAPHIE ROMAINS Part. II.

Cap. r sa fiUc Julie, veuve d'Agrippa. Il l'envoya aussitôt soumettre Famille de> j^g Daliiiatcs révoltés, et les Daces.

Césars.

Il XXII. Revoiiii à Borne, Tibère fut bientôt renvoyé en Germanie,

Tan 745, auprès de Drusus, quisemouroit. Suétone' assure qu'il avoit donné eonnoissance à Auguste d'une lettre dans laquelle ee j)rince lui jiroposoit d'engager l'empereur à rétablir la répu- ])Ji(|ue, et même de l'y contraindre. Quelle qu'ait été la cause de la mort de Drusus , Tibère fit inie diligence extraordinaire, reçut les derniers soupirs de son frère, ramena ses restes à Rome, suivit à pied le convoi , et prononça dans \ejbrum l'oraison funèbre. Il retourna ensuite combattre les Germains. Les ayant vaincus, il fut proclamé iinperator en 746. L'an 747 le vit nommer consul pour la seconde fois, et triompher des peuples de la Germanie. Il ne manquoit jjIus à Tibère , pour paroitre associé à l'empire, que d'être revêtu de la puissance tribunitienne ; il le fut en 748. César et Auguste attachèrent une grande importance à ne confier qu'à eux seuls la dignité de tribun, qui rendoit inviolable et sacré celui qui en étoit revêtu. Aussi Auguste ne l'accorda-t-il à Tibère que pour cinq ans , et dans le dessein de rabaisser l'orgueil des Césars Caïus et Lucius, ses petit-fils ".

«Cette conduite de l'empereur, dit l'historien Dion, ne servit «qu'à aliéner les esprits et des jeunes Césars, qui se crurent «méprisés, et de Tibère, qui redouta leur animosité. C'est pour- «quoi celui-ci se retira à Rhodes, sous le prétexte de s'y Uvrer «à l'étude.... Arrivé dans cette lie, il n'y fit rien qui fût digne «d'un prince; il n'y tint point le langage qui eût pu rappeler sa «dignité. Telle fut la véritable cause de sa retraite. Plusieurs « cependant en assignent une autre , le dégoût et le mépris pour «Julie, son épouse : il est du moins certain qu'il la laissa à Rome.

(i) Suet., L. (2) Dio, LV, 9.

« Quelques uns pensent encore qu'il avoit conçu un violent cha- chap. r. «grin de ne se pas voir nommer César. On assure enfin qu Au- ^c^'^^^rs''^ «guste lui avoit ordonné de s'éloigner, parcequ'il tendoit des ri xxn «embûches à ses fils. Ni l'amour de l'étude, ni le chagrin de «l'adoption de Caïus et de Lucius, ne le portèrent à cette re- « traite^ si l'on en juge soit d'après sa conduite postérieure , soit «d'après l'ouverture de son testament, c^u'il lut à Auguste et à «Livie au moment de son départ. Chacun assigna différentes «causes, selon son opinion particulière.» Tacite dit que Julie fut la véritable '. Suétone s'explique de même'; mais il indique une autre cause; et la dissimulation artificieuse , qui fut le caractère dominant de Tibère, me jiorte à l'adopter. «Craignant que «l'habitude de le voir ne diminuât la considération dont il jouis- «soit, il voulut fortifier cette considération , l'augmenter même «par l'absence, dans le cas où l'empire auroit besoin de ses ser- « vices.» Suétone ajoute que, par la suite, il allégua pour excuse l'élévation subite des fils d'Auguste.

Velleius Paterculus, qui écrivoit sous Tibère, et qui lui prodigue ses flatteries, parle aussi des honneurs rendus aux deux Césars^; mais il dit «qu'il craignit que l'éclat dont il brilloit «ne fût un obstacle à l'agrandissement des jeunes princes.»

Quoi qu'il en soit, il résista aux instances de Livie, de l'empereur; et il s'embarqua à Ostie, sans avoir proféré une seule parole.

Tibère étoit âgé de trente-six ans, lorsqu'il se détermina à cette retraite, qui a occupé tous les historiens, et que j'ai dû, à cause de cela, rapporter avec quelques détails. Elle fixa pour un temps tous les regards sur lui, objet qu'il s'étolt proposé, comme je l'ai dit plus haut. Si l'on ajoutoitfoi a ladulateur déjà

(1) Tacit., ^/nnal., I, 53. (a) Suet., X. (3) Pacerciil., 11, i)i).

;,(i ICONOORvVlMflE ROMAINE. Part. II.

c.iAP I. rite (Paterciilus), tous les proconsuls et les lieutenants qui se c""i'r.''^ rendoiciil .ui-dclà de l'Adriatique, et qui s'empressoient de visiv\.\\\i. ter Tihcre , d'abaisser les faisceaux devant lui, disoient d'une commune voix « que sou repos étoit plus honorable ({uc ne «l'avoient été ses commandements, j» 11 menoit au contraire une vie retirée, dans le milieu de l'ile, loin des ports et des villes, vêtu connne les Grecs, portant leur manteau et leur chaussure légère, fréquentant seidement les écoles des sophistes. Il n'usa qu'une fois de la puissance tribunitienne, dont il étoit revêtu; et ce fut pour punir un d'eux, qui, dans une dispute d'école dans laquelle ce prince avoit pris une part active , l'avoit injurié '. A l'expiration des cinq années de cette puissance, en ySS, il sollicita la permission de revenir à Rome , jieut-étre pour en obtenir le renouvellement; et il ne put l'obtenir d'Auguste, qui ne lui pardonnoit pas d'avoir quitté l'Italie sans son approbation'. Ce désir redoubla lorsque, dans l'entrevue qu'il eut à Samos avec le César Caïus, ce prince ne lui témoigna aucun intérêt.

Cependant le jeune César, fléchi probablement par les instances de Livie , consentit, en y 55 , à ce que Tibère rentrât dans sa patrie, mais à condition qu'il ne prendroit aucune part à l'administration de l'état \ C'est ainsi que finit, après huit ans, son exil volontaire et politique : on est étonné de voir Dion, historien si exact, dire que Tibère ne quitta Rhodes qu'après la mort des Césars Caïus et Lucius^, tandis que Velleius Paterculus, écrivain contemporain , s'exprime sur cette époque comme Suétone \

(i) Suet., XI. (4) Dio, LV, ii.

(2) Suet., XII, XIII. (5) Patercul., II, io3.

(3) Suet., XIV, XV.

L'année 757 (4*" de Fere vulgaire) fut fatale à Auguste , en lui cbap. i. enlevant les deux petits-fils qu'il avoit adoptés, et sur lesquels '^^^f^^^.f^ il fondoit tovites ses espérances ; mais elle fut très favorable à pi. xxu Tibère j qui, jjar les artifices de sa mère, s'assit alors sur les premiers degrés du trône. Le frère des deux Césars, Agrippa Posthume, avoit encouru la disgrâce de l'empereur; et il étoit condamné à un exil dont il ne revint jamais. Auguste l'avoit auparavant adopté avec Tibère; mais, pour s'assurer des successeurs , il força celui-ci à adopter en même temps son neveu Germanicus, quoiqu'il eût lui-même un fils, Drusus le jeune. Auguste combla Tibère d'honneurs; il l'associa aussi de nouveau, en 767 , à la puissance tribunitienne; et il faut ajouter les cinq années précédentes de cette puissance à celle de 757 et aux suivantes, pour expliquer les médailles et les inscriptions de ce prince. L'effet de son adoption par l'empereur fut de le retirer de la famille Claudia, et de le faire entrer dans la famille Julia; de là vint qu'il ne s'appela plus Claudius Nero , mais Claudianus , selon l'usage des personnes adoptées; et ordinairement Tiherius Cœsar.

Auguste ne laissa pas languir dans le repos son fils adoptif. Celui-ci fit, en 758 et 759, la guerre aux Germains; pénétra jusqu'à l'Elbe; y reçut, pour la seconde fois, le surnom àimperator; fut rappelé pour continuer la guerre contre les Pannoniens , les Illyriens ; guerre qui dura trois ans , et que Suétone dit avoir été la plus dangereuse après les guerres puniques'. On lui adjoignit, en 760, son fils adoptif Germanicus; et leurs efforts réunis terminèrent, en 761 , la guerre d'Illyrie. En 762, Tibère vint à Rome recevoir les honneurs brillanls que le sénat lui avoit décernés, et dont le défiant Auguste supprima une

(1) Suet.,XVI.

98 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.

cnu. I. partie. Enfin il triompha, en 765, des III3 riens et des D;ilmates. •ainiiiedis Auffusle alors reeommanda le sénat à Tibère, et Germanicus

Césars. "

l'i. XXII. an sénat. Cette prédilection de Tempereur fnt bien secondée par les consnls de 766, qui proposèrent une loi pour confier l'administration des provinces à Tibère, conjointement avec Auguste; celui-ci, de son côté, lui conféra encore la puissance tribuuitienne.

Elevé au faite des grandeurs, Tibère ne trouvoit qu'un obstacle, Auguste, qui rempêcbât de s'asseoir sur le trône; et Livie vint à bout, par le poison (comme le donnent à entendre plusieurs historiens), de l'en délivrer en 767' (14*^ de l'ère vulgaire). Il commandoit en Illyrie, lorsque sa mère lui apprit que l'empereur étoit gravement incommodé à Nôle en Campanie , et l'invita à hâter son retour. Il le trouva encore vivant à son arrivée, selon Paterculus et Suétone'' : mais Tacite dit que l'on ne pouvoit savoir avec certitude si Auguste n'avoit pas déjà rendu le dernier soupir" ; et Dion assure que le jjIus grand nombre des écrivains et les plus dignes de foi étoient du dernier avis^. C'est ici que se présente une question souvent agitée depuis Suétone et Dion': ces historiens racontent qu'Auguste, effrayé du caractère farouche de Tibère, avoit eu envie d'annuler son adoption; qu'il en fut détourné par les prières de Livie, et qu'inspiré par son ambition, il avoit voulu se faire regretter en se donnant un pareil successeur. Ce trait de politique paroit extraordinaire; peut-être seroit-on disposé à le rejeter, si on ne le lisoit que dans Tacite. Au reste les talents militaires de Tibère justifioient en partie le choix d'Auguste. Livie et Tibère cachèrent d'abord

(i) Tacit., I, 6. (4) Dio,LVI, 3i.

(a) Pateicul-, II, i?.3; Siiet., XXI. (5) Dio, LVI, 43.

(3) Tacit. ,1,5.

la mort de l'empereur. Tibère commença son règne par Tassas- ,.„^p , sinat d' Agrippa Posthume, le seul des petits-fils d'Auguste qui Famiiiedes

Ccsars.

eût échappé aux artifices de Livie, et il en chargea la mémoire pj xxii. de l'empereur. Il fit aussi mourir Julie, son épouse, répudiée, l'objet du mépris général, mais oubliée depuis long-temps.

Dion nous a conservé Foraison funèbre d'Auguste, prononcée par Tibère; elle confirme l'opinion que les historiens nous ont donnée des études qu'il avoit faites dans sa retraite. Il créa un culte pour son prédécesseur, et choisit pour prêtres des membres de sa famille. Il voulut être contraint par le sénat à prendre les rênes du gouvernement; il affecta une grande modération^ tant qu'il craignit que Germanicus n'acceptât l'empire , offert par les légions révoltées. Mais il secoua bientôt après une partie de cette contrainte '. Il ôta au peuple le peu d'influence sur la nomination des magistrats, qui lui avoit été laissé par Auguste, et il la remit au sénat, en lui recommandant toujours quatre candidats auxquels on n'osoit pas refuser les suffrages. Ainsi désignés, ceux-ci se présentoient avec leurs parents et leurs amis, au peuple, comme si l'on eût voulu lui conserver le simulacre du droit d'élection dont il jouissoit autrefois. Cette organisation, établie par le despote Tibère , subsistoit encore deux siècles après , lorsque Dion écrivoit son histoire \

Quant à l'élection des consuls, il se l'attribua tout entière; il les nommoit quelquefois pour toute l'année, quelquefois pour une partie seulement, et il leur en subrogeoit d'autres pour le reste. Il ne se croyoit pas même lié par les premiers actes; il diminuoit ou jîrolongeoit le temps qu'il leur avoit assigné; et, selon son caprice bizarre, il changeoit même l'ordre de leur élection. Ainsi périt la liberté romaine: César l'avoit beaucoup

(i) Tacit. I, i5. (2) Dio, LVIII, 20.

loo ICOPsOGRAPHIE ROMAINE. PvnT. II.

p , restreinte; Aufrnstc l'nvoit réduite à n'être ])liis qu'une oml)re Famiiie.ies yainc ; et ïibere, dissipant même cette ombre, créa le despo-

Césars

PI. XXII tisme le plus absolu.

En vain refusa-l-il le surnom de père de la patrie, et rpielques autres dont s'étoient parés ses deux prédécesseurs; il ne put faire croire à personne , comme le remarque Tacite , que son caractère fût porté à la modération '. En efi'et, il permit d'accuser de leseniajesté les personnages les plus illustres; non pour des conspirations, comme les lois le prescrivoicnt, mais pour de simj)Ies paroles ou pour des actions peu importantes. Quoique Ton renvoyât absous les premiers accusés, cependant ce décret inique fit naître une foule de délateurs, et il fit perdre la vie aux meilleurs citoyens, sous le règne des empereurs foiblcs ou sanguinaires. Tibère souilloit, par la cruauté et la vengeance, les actions les plus justes. En distribuant une somme d'argent léguée au peuple par Auguste, il fit mourir un bouffon, qui, voyant transporter un mort, lui avoit dit à l'oreille d'apprendre à Auguste que son legs n'étoit point encore payé; l'empereur ajouta, en le condamnant, qu'il pourroit se plaindre lui-même à ce prince.

L'an 16 de l'ère vulgaire, Germanicus défit le Germain Arminius, reprit l'aigle et les enseignes enlevées à Varus. On ne doutoit pas que ce prince ne parvînt à établir une paix solide dans la Germanie, lorsque Tibère, jaloux de son fds adoptif, le rappela en Italie, «pour le faire jouir , disoit-il, de la gloire qu'il «avoit acquise. » Il lui permit en effet d'entrer en triomphe dans Rome. Mais il trouva dans les troubles de l'Orient un prétexte pour l'éloigner de nouveau , en lui donnant le commandement de l'Asie. Voulant élever son fils Drusus au-dessus de Geimaui-

(1) Tacit., I, 72.

Cil A p. 1.

■iinil Césars.

FAMILLE DES CESARS. loi

eus, que son courage et ses vertus rendoient plus cher aux Romains, il fit, à ce crue Ton crut créuéralement , empoisonner F^miUedes celui-ci en Syrie, Tau 19 (77^2 de Rome), par le ministère de pi. xxn Pison et de Plancine. La jalousie et la haine que Livie avoit conçues contre la vertueuse et fiere Agrippine, épouse de Germanicus, la rendirent complice de ce lâche assassinat'.

Deux ans auparavant, un tremblement de terre renversa en Asie plusieurs villes situées sur la mer Egée, ou près de ses rivages, entre lesquelles on comptoit Ephese et Sardes'. Tibère répara ce malheur par de grandes largesses ; et la reconnoissance des Asiatiques lui éleva, dans \e Jbrum de Rome, une statue colossale, entourée de celles de toutes les villes qui avoient eu part à ses bienfaits. Le temps a détruit ce monument; mais il a respecté la base de la statue qui avoit été élevée à Pouzzoles [Piiteolî). Les quatorze faces de ce piédestal sont ornées de basreliefs qui représentent les figures symboliques de ces villes, désignées chacune par sou nom.

La mort de Germanicus ne fut point vengée; à peine même Tibère feignit-il d'en rechercher Vauteur : ce qui ne laissa douter à personne qu'il ne l'eût ordonnée. On peut aussi le conjecturer d'après le changement qui s'opéra dans sa conduite. «Voyant, «dit l'historien Dion ', que personne ne pouvoit plus lui disputer «l'empire, et ayant fait jusqu'alors quelques actions louables, il «adopta une manière de vivre et de gouverner absolument con- « traire.» On attribua d'abord ce changement aux insinuations de Séjan, de ce fjivori sans mérite, couvert de crimes, dont l'élévation extraordinaire n'étonna pas moins que la chute écla-

(.) Snct., LU; Tacit., II, ^'i, (J;,; Dio, (a) Tadt., I, 4;; Dio, LVll. i-; I'|,|..j;,

LVII, i8. iMir.,c. XIII.

(.3) Dio, LVII, i<).

ciiAP I taule. Car Til^erc, trouvant dans lui une conformité de mœurs Famille <i« qi (\q principes avec les siens, le nomma préfet des prétoriens f'i xxn. (di^niic (|iii u'avoit jamais été conférée qu'à des hommes distingués par le mérite ou par la naissance), en fit son conseiller intime, et le ministre de toutes ses volontés.

En Tannée 774 (^i*^^ de Tere vulgaire), Tibère se donna pour adjoint dans le consulat son fds Drusus; «ce qui, dit l'historien «cité plus haut' , fit augurer la mort de ce jeune prince ; car, de «tous ceux qui ont partagé cet honneur avec l'empereur, il n'en «est aucun qui n'ait péri de mort violente.» Cependant un poëte voyant Drusus malade, et croyant qu'il succomberoit à sa maladie, composa un poëme sur sa mort. Ce fut un sujet d'accusation contre cet imprudent; le sénat le condamna à perdre la vie ; son arrêt fut exécuté, et il n'y eut qu'une seule réclamation: tant étoient frraudes les craintes et la bassesse des sénateurs ! Le véritable crime de ce poëte, aux yeux de Tibère, fut d'avoir fait des vers sur la mort de Germanicus; travail auquel l'empereur u'avoit pas osé refuser une récompense. Mais il profita de cette démarche du sénat pour l'abaisser encore, sous l'apparence de servir l'humanité; et il ordonna que les arrêts de mort ne seroient mis à exécution que dix jours après qu'ils auroient été prononcés. Théodose-le-Grand fixa ce temps à trente jours.

L'empereur s'étant déchargé du fardeau de l'empire sur Séjan, faisoit de fréquents et de longs séjours dans la Campanie, sirenommée par la beauté des sites; mais il eu fut rappelé, l'an 22, par la maladie de sa mère Livie. Jaloux de la confiance que Tibère marc[uoit quelquefois à Drusus, son fils unique, qu'il avoit décoré l'année précédente de la puissance tribunitienne , et de l'intérêt que ce jeune prince portoit à ses neveux, enfants

(i) Dio,LVII,2o.

FAMILLE DES CESARS. io3

de Germanicus, Séjan résolut sa perte. 11 le fit empoisonner; chap. i. et Liville, épouse de Drusus, avec laquelle il vivoit dans une Familières intimité scandaleuse, fut complice de ce crime. pi xxii

Tibère, ou plutôt Séjan sous son nom, commettoit chaque jour de nouveaux assassinats, qui paroissoient juridiques à cause de la lâcheté du sénat, qui les ordonnoit. «Aucun jour, dit «Suétone, quelque saint qu'il pût être, ne s'écouloit sans éclai- «rer quelque supplice '.jj Plusieurs personnages distingués se donnèrent la mort, pour échapper soit aux longueurs d'une procédure dont fissue étoit toujours prévue, soit à la honte d'être privés de la sépulture et traînés dans le Tibre, avec la confiscation de tous les biens. Tibère leur laissoit quelquefois la liberté de sortir ainsi delà vie; satisfait de les voir mourir, sans que la cruauté d'un supplice odieux rejaillit sur sa personne. On accordoit des honneurs, même les ornements des triomphateurs, aux accusateurs. On prenoit aussi, sur les biens des condamnés, de grandes sommes (le quart ordinairement, lorsque Tibère ne s'en rendoit pas possesseur), pour récompenser ces lâches accusateurs , et quelquefois pour les témoins '. On proposa cependant de les en priver, quand les accusés s'ôtoient euxmêmes la vie , ou lorsqu'ils mouroient avant leur condamnation ; car alors les biens passoicnt entre les mains de leurs héritiers naturels. M;ùs Tibère, blessé dans la seule passion qui égalât sa cruauté, dans son avarice, oublia sa dissinuilation accoutumée, et s'y opposa avec colère. «Il s'écria, dit Tacite, (pi'on vouloil «détruire la republicpic, ôtcr au\ lois toute leur force; qu'il étoit «moins dangereux d'abolir ces lois que de repousser leurs sou- «tiens. C'est ainsi que les délateurs , espèce d'hommes créée pour «la destruction du genre humain, et que l'on n'avoit jamais

(f)ïacit., ./«/(., IV, ...S; ^ucl.,LXl. (?) Suct., LXI; Dio, l.VIII . .,',: lac.,////»., IV,3o.

ClIAl'. I.

Cesais l'I. XXII

jo4 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. fl.

«assez contenue même par des supplices, fut encouragée par lainiiic .ifs a des récompenses. » Suétone rapporte , sur ces temj^s désastreux , des détails que l'hisloire tlt)il conserver, afin cFcmpccher qu'ils ne se reproduisent, si Thistoire peut l'aire entendre sa foible voix dans le tumulte des passions! «Plusieurs des accusés virent «mourir à leurs côtés leurs femmes et leurs enfants (aussi inno- « cents qu'eux). Il fut défendu à leurs parents de les pleurer — . «On ajoutoit foi à tous les délateurs. Toutes accusations, celles «m^cmequi avoient pour objet de simples paroles, ou seulement «quelques mots sans ordre et sans suite, étoient admises comme «des crimes capitaux. On reprocha à un poète tragique d'avoir «lancé des traits amers contre Agamemnon ; à un historien «(Cremutius Cordus), d'avoir appelé lîrutus et Cassius les der-

«niers Romains Le sénat, dit Tacite", fit brûler ses Annales

«par les mains des édiles; mais on en cacha des exemplaires, « et depuis ils devinrent publics : ce qui rend plus ridicule la «sottise de ceux c[ui croient pouvoir, à l'aide de la puissance «du moment, empêcher l'instruction des siècles à venir. Car «on voit au contraire que les punitions infligées aux ouvrages «de l'esprit les font rechercher avec empressement; et par là les «rois étrangers, ou ceux qui ont exercé comme eux la même «rigueur, n'ont fait que se couvrir de honte, et conduire ces «ouvrages à la gloire." Suétone remarque, à ce sujet, combien la politique d'Auguste étoit plus adroite'. «On sévit contre les «auteurs; ou détruisit des ouvrages qui, peu d'années aupara- «vant, avoient été lus en présence d'Auguste.»

Dix ans s'étoient écoulés depuis que Tibère gouvernoit l'empire romain^; on s'attendoit qu'à l'exemple de son prédécesseur il auroit fait prolonger par le sénat son commandement pour

(i) Tacit., IV, 34, 35. (2) Suét., LXI. (3) Dio, LVII, 24.

FAMILLE DES CESARS. io5

dix autres années. Mais, n'ayant pas reçu expressément le sceptre ceàj. i.

1' * , ' A ,*i .* ^1 1. Famille de

^ ^ imite, comme Auguste, il continua a le porter ^.^^^^^

sans un nouveau recours aux sénateurs. Cependant il fit célébrer pi. xxii les jeux décennaux, qui étoient plus cliers au peuple que ses droits politiques. Les successeurs de Tibère se conduisirent de la même manière.

L'an 779 (26 de l'ère vulgaire) est célèbre dans la vie de Tibère. Il quitta Rome, où il ne rentra jamais, quoiqu'il parlât souvent de son retour; il choisit pour son séjour l'ile de Caprée (aujourd'hui Capri), dans le golfe de Naples. On y jouit d'un printemps continuel ; mais l'abord eu est difficile ; ce qui fut un des motifs de la prédilection de Tibère'. On a donné plusieurs causes à cette retraite. Selon les uns, il avoit voulu s'éloigner de sa mère, qui retenoit une grande portion de l'autorité qu'elle lui avoit fait obtenir'. Le plus grand nombre l'attribuoit à Séjan, qui, par cette absence continuelle de l'empereur, deveuoit le maître absolu de l'empire. Mais cette absence fut prolongée huit ans après la mort de Livie , et six après celle du favori ; il faut donc rejeter les deux premières causes avec Tacite, et penser que Tibère, ayant pris à Rhodes un goût pour la solitude, s'y enfonça de nouveau pour satisfaire avec liberté son penchant à la cruauté et aux débauches les plus outrageantes pour la nature. Je ne souillerai pas ma plume en les décrivant ; mais je dirai qu'il a voulu en éterniser le honteux souvenir par ses médailles appelées spmtriennes , qui présentent pour types les postures les plus lascives. La connoissance de son caractère envieux et dissimulé fait croire aussi qu'il fuyoit Rome pour ne plus entendre les dures vérités que lui adressoient les malheureux condamnés à la mort, et pour cacher aux yeux des Romains les traces de la

(1) Suet., LX. (2) Tacit., IV, 57.

l'amille iIcs Césars.

PI. XXII

106 TCONOGRAPIIIF. ROMAINE. Part. TT.

c.u. r vicillos.sc et les marques de ses déJ)aiiches , qui le défigiiroient. «Car, dit Tacite, il étoit d'une haute stature, maigre et courbé, «chauve sur le sommet de la tête, le visage rongé d'ulcères, et «presque toujours couvert de médicaments.»

Enfin Livie, l'an 789., combla par sa mort les vœux de ce fils ingrat, <[ui ne se contraignit plus; il permit avec peine qu'on lui rendit les honneurs funèbres dus à une impératrice. De concert avec Séjan, il abjura toute retenue. Celui-ci voyoit dans les fils de Germanicus un obstacle au dessein secret qu'il avoit formé de se placer sur le trône. La mort du fils de Tibère, de Drusus, lui en avoit déjà aplani le chemin; et, comme elle ne fut pas vengée, il s'enhardit à détruire tout ce qui pouvoit retarder ses projets ambitieux. Agrippine, ses fils Nero et Drusus, périrent par ses artifices. Mais Antonia, veuve de Drusus l'ancien, frère de Tibère, vivoit encore. Cette vertueuse princesse avertit son beau-frere des trames qu'ourdissoieut contre lui Séjan et Liville, dont il lui avoit inutilement demandé la main'; du projet qu'il avoit formé de lui enlever le sceptre, et de l'empoisonnement de Drusus son fils, auquel Liville avoit coopéré. Dès-lors Tibère chercha à diminuer Timmense pouvoir de son favori. Mais , craignant qu'il ne se hâtât de prendre la seule chose qui lui manquoit, le titre d'empereur , s'il le croyoit instruit, il le nomma consul avec lui l'an 3i , et lui fie rendre par-tout les mêmes honneurs qu'à lui-même. D'un autre côté , dominé par son caractère dissimulé, il l'abreuvoit de dégoûts, lui refusolt la permission de se rendre en Campanie auprès de lui; enfin il l'accusa ouvertement devant le sénat (784, 3i de l'ère vulgaire), et sollicita son jugement. Sa lettre étoit écrite avec une adresse et une lâcheté inouies. Il la terminoit eu demandant qu'un des consuls

(i) Joseph., Antiff., liv. XVHI, c, yin.

vînt le prendre et le conduire à Rome sans danger. Tibère rcvé- chap. i.

1* • ■ . •! *. 1 ' ^ AT Famille d*

oit ainsi ses craintes secrètes : car il avoit ordonne a iVlacron , ^.^^^

chef des prétoriens, de délivrer, s'il arrivoit quelque trouble, pi xxii Drusus, fils de Germanicus, qu'il retenoit prisonnier dans le palais, de le présenter au sénat et au peuple, et niéme de le déclarer empereur. Il se placoit sur un roc élevé pour apercevoir les signaux qui dévoient l'instruire des suites de la chute de Séjan. I>es vaisseaux étoient préparés pour le transporter auprès de quelqu'une des armées. C'est ainsi que l'habitude du crime et de la débauche avoit rendu lâche et timide ce prince, qui avoit montré autrefois tant de courage et d'intrépidité en combattant les Germains et les Illyriens.

Le sénat et le peuple firent alors ce qu'ils avoient fait dans toutes les vicissitudes des grandes fortunes". Ils auroient proclamé Séjan empereur, si son ambition eût été couronnée du succès ; et ils épuisèrent sur lui et sur ses amis toute leur férocité, lorsqu'ils le virent précipité du faite des grandeurs. Le sénat redoubla ensuite de bassesse vis-à-vis de Tibère. Ceux des Romains qui desiroient voir un terme à tant de cruautés et de confiscations , espéroient que l'empereur se conduiroit de manière à en faire rejeter tout l'odieux sur Séjan ; mais leur attente fut trompée , la cruauté de l'empereur redoubla , et le sang coula dans tout l'empire avec encore plus d'abondance. Il fit mourir de faim Asinius Gallus % époux de Vipsania, qu'il avoit répudiée, et pour cette seule raison; la veuve de Germanicus, Agrippine; Néro et Drusus , fils de cette vertueuse princesse.

C'est en 786 de Rome, 33' de l'ère vulgaire, 20' du règne de Tibère, que mourut à Jérusalem le divin fondateur du christianisme , dont l'empereur Constantin plaça, trois siècles après, les

(i) Juvea., X, 73. (2) Tacit., Annal., \l, 23.

io8 IC0:N0GIIAPIIIE romaine. Part. II.

Ci.Ar I. imoires sur les ensoi<i:nes romaines rt sur les déliris des autels

r„.„.ii. .le. Je Jupiter.

l'i XXII Cepeu(la;il la retraile de Tibère étoit souvent troublée par

des libelles sanglanls qu'on y savoit introduire". Un des pbis alïlioeants pour lui fut une lettre que lui adressa, en 36, Artabane, roi des l^irlbes, ennemi le plus dangereux des Romains. Il lui reproebolt «l'assassinat de toute sa Himille, celui d'ini si cco-rand nombre de personnai^es illustres, ses débauclies exécraccblos, sa làelieté, sa dissimulation, et il l'exliortoit à satisfaire ccpromptement par une mort volontaire la liaine implacable, «mais très juste, que les citoyens nourrissoient contre lui.5>

On aime à penser que ces attaques sourdes et répétées contribuèrent, plus que les années, à la maladie qui termina sa vie l'an 37 , 790*^ de Rome , 23' de son règne , 78" de son âge. C'étoit la seule qui! a volt éprouvée depuis qu'il avoit succédé à Auguste': les commencements furent peu sensibles; il caclioit ses souffrances, se livroit toujours à la débauche et à l'intempérance. Cependant il pensoit quelquefois au choix d'un successeur. Il n'avoit plus d'enfants; il ne lui restoit qu'un petit-fils, né de Drusus le jeune, appelé Tiberius Nero, et surnommé Gemellus, âgé seulement de dix-sept ans, trop jeune pour gouverner l'empire, mais l'objet de son affection. Caïus (Caligula), sozi neveu et son fds adoptlf, le seul des fils de Germanicus qu'il eût laissé vivre, âgé de vingt-cinq ans, étoit aimé du peuple, qui espéroit voir revivre en lui les vertus de son père naturel ; pour cela seul Tibère le haïssoit. Il l'auroit même fait mourir, si le chef des Prétoriens, Macron, dont la femme s'étoit abandonnée à Caïus, ne l'eût représenté à l'empereur comme l'ami de son petits-fils , et le soutien de ses institutions \

(0 Suei., LXVI. (2) Joseph., ^nf/^., XVIII, viii. (3) Phil., Le^., p. 997.

Cflir. I.

Famille des

Césars.

PI. XXII

Mais celui-ci étoit d'intelligence avec le jeune prince; il saisit le moment d'un évanouissement pour étouffer l'empereur sous le poids d'un grand nombre de couvertures, et pour défendre qu'on lui donnât aucune nourriture. Ainsi mourut de faim celui qui avoit anéanti sa famille par le même genre de supplice.

«Tibère, dit Suétone' , étoit grand et robuste; sa taille s'éle- «voit au-dessus de la taille commune: il avoit les épaules et la «poitrine larges; tous les membres bien proportionnés. Il étoit «blanc ; la tête très garnie de cbeveux par-derriere , et même sur «le col; ce que l'on observoit dans les membres de la famille «Claudia. Son visage étoit régulier; mais on y voyoit souvent «des tumeurs passagères. Ses yeux fort grands; il voyoit dans «l'obscurité pendant quelques instants. Il portoit la tête immo- «bile et pencbée; il avoit le visage ridé." Ce portrait est celui de Tibère jeune ; nous avons vu plus haut celui que Tacite a fait de sa vieillesse.

Les médailles de Tibère sont nombreuses; elles ont fait reconnoitre plusieurs de ses portraits. On en voit ici deux qui établissent cette ressemblance. Elles sont tirées de la collection rovale.

Celle du n° 5 a été frappée, l'an 776, par ordre du sénat , S. C. , n» 5. avec la légende TRIBYNifzV?' POTEST^te XXIIII POXTIFe.r MAXIMwj. De l'autre côté, la tête nue de Tibère, avec la légende Tlberius CAESAR DIVI WGusti ¥i7ùis A.\G\STiis nnWator VIII.

La médaille de bronze du n° 6 a été frappée à Lyon , qui avoit i^>« g au confluent de ses deux rivières un temple et un autel célèbres , élevés en l'bonneur d'Auguste par toutes les Gaules réunies'. On voit cet autel placé entre deux Victoires, avec la légende ROMtc

(1) Suet., LXVIII. (2) Strab., IV, p. m. 292.

iio ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.

c.iAP. r ET AVG wjto , au revers de la tête nue de Tlbcre , entourée de la Fa„.iiiedes \^„ç^^^]^. Tl/jefius CAESAR AYGVST/ Fi/ius IMPERATOR.

Césars. o

PI. XXII. Tibère, avec les principaux membres de la famille d'Auguste,

avoit été nommé prêtre de cet empereur di'ifié. Les bal)itants de Lyon firent probablement frapper une médaille pour conserver le souvenir de ce cboix.

N» 3 et t. On voit , sous le n" 3 , une statue de Ti])ere, et le profil de la

tête sous le n" I. L'empereur est représenté assis, le torse nu, comme on avoit coutume de peindre Jupiter. La tête, qui n'a jamais été séparée du buste, est nue; une draperie couvre légèrement la partie inférieure du corps, et remontant sur le dos, est rabaissée sur l'épaule, le côté et le bras gauches.

Cette statue est plus grande que nature; elle est de marbre pentélique. Le travail est très beau. On la découvrit, en 1795, à Piperuo (l'antique colonie de Pivemwn) , dans la campagne de Rome, à quelques milles de Terracine. D'après la pose des deux bras , il est facile de conjecturer qu'elle tenoit le foudre dans la main droite , et un sceptre de la gauche ; comme les empereurs représentés en Jupiter sur les camées et les médailles.

Ma conjecture est confirmée par une précieuse cornaline du prince Stanislas Poniatouski, qu'avoit vue M. Visconti, et qu'il a décrite dans le Musée Pio Clementino '.

Quoiqu'elle ne soit que d'une moyenne grandeur, on distingue parfaitement les traits de Tibère. Il est représenté en Jupiter Aegiochus (armé de l'égide), debout, le foudre dans la main droite, le sceptre dans la gauche, l'aigle à ses pieds, et l'égide sur les épaules.

j^, ^ Le n° 2 présente une tête de Tibère ; conservée dans le Musée

royal, sous le n" 332. Elle fut trouvée, en 1792, dans les fouilles

(i) Tom. V, p. Si, {a).

FAMILLE DES CESARS. m

ortloiinées par le prince Borghese. Cette tête, plus grande que chapi. nature, est de marl)re de Paros, et d'un travail admirable; il f^"'"«<i'

' ' ' Césars.

existe peu de portraits d'empereurs qui puissent lui être com- pi ^xn parés. Elle porte une couronne de chêne liée avec de larges bandelettes, qui, descendant sur les épaules et la poitrine, représentent un diadème : c'étoit la couronne civique; et la flatterie Ta donnée à ce prince sanguinaire.

Le beau camée du n° 4 réunit la victime et l'assassin, Tibère n°4. et Caligula, qu'il avoit nommé son successeur. Il fait partie de la collection du Roi.

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