ÉPOUSE DE GERMANICUS
Julie, fille d'Auguste, n'occupe une place dans l'histoire que par l'excès de son libertinage pubHc; mais elle fut la mère de la vertueuse épouse de Germanicus, d'Agrippine. Cette princesse eut pour père Agrippa, l'ami et le gendre d'Auguste, dont elle étoit petite-fille. Elle épousa, fort jeune, Germanicus. On doit penser que sa beauté et la pureté de ses mœurs engagèrent l'empereur à la donner pour épouse à son neveu, qui devint depuis son petit-fils adoptif.
Jusqu'à la mort d'Auguste, elle et son mari souffrirent des persécutions secrètes de la part de Livie, qui ne vouloitpas que ce prince eût quelque affection pour d'autres que pour Tibère'. Cependant elle seconda Germanicus, lorsqu'à la nouvelle de cette mort les légions campées sur le Rhin, près de Cologne, lui offrirent l'empire , et qu'il les refusa,
(i) 'l'acit., Anuul., 1, ^. 3!^.
ClIAK I,
Cusîirs
PI XXIV
128 ICONOGRAPTITE ROMAINE. Part. IT.
ce A<'Ti])j)ine , dit Tacite', conservoit un ressentiment plus
Famiiir .les «profoud qiic son mari des mauvais traitements que leur avoit
«fait éprouver la mcre du nouvel empereur; mais son attaclie-
«ment pour Germanicus et pour son devoir faisoit fléchir el
«concoinjr nubien son indoniptahle courage.» L'année suivante,
i5' de l'erc vulgaire, lui fournit l'occasion de déployer l'énergie
dont la nature l'avoit douée. Germanicus ayant éprouvé une
espèce de défaite dans la Germanie, le bruit se répandit que
l'armée étoit assiégée, que les Germains alloient fondre sur les
Gaules; et quelques fuyards proposèrent de ronqjre le pont
construit sur le Rhin. Mais Agrippine eut le courage de s'y
opposer; et elle réussit, par cet acte de vigueur, à conserver
plusieurs légions qui faisoient retraite.
«On vit, dit le même historien, cette femme, douée d"(jn «esprit mâle, remplir pendant plusieurs jours les fonctions de «général, distribuer aux soldats pauvres et blessés des habits «et des remèdes. Caïus Plinius, auteur d'une histoire des guerres «de Germanie, dit même que, placée à l'entrée du pont, elle «remercia les légions qui revenoient.» Cette conduite irrita le soupçonneux Tibère. Selon lui, «les soins d'Agrippine avoient
«un but secret on ne recherchoit pas ainsi l'amitié du soldat
«seulement contre l'ennemi; il ne restoit rien à faire aux géné- «raux, lorsqu'une femme passoit en revue les cohortes, se pla- «çoit auprès des aigles, osoit faire des largesses aux militaires, «promenoit dans les camps un fils revêtu du costume des soldats, «comme pour marquer peu d'ambition, et permettoit qu'un «César fût appelé Caligula (nom de la chaussure militaire «commune) ; il ajoutoit que , dans le fait, Agrippine avoit sur les «armées un plus grand pouvoir que les lieutenants, que les
(i) Tacit., Annal., I, 69.
«chefs eux-mêmes, puisque cette femme avoit apaisé une sédi- chap. 1 «tion que n'avoit pu éteindre le nom de l'empereur. » Famiiiedes
C'étoit avec de pareilles insinuations que le préfet des gardes pi xxiv*. prétoriennes, Séjan, perdolt chaque jour Germanicus et son épouse dans l'esprit de Tibère. Connoissant son caractère, il ne doutoit pas qu'elles n'eussent un effet d'autant plus assuré qu'elles seroient demeurées long- temps secrètes. La mort violente et prématurée de Germanicus, qu'Agrippine avoit accompagné en Syrie, en Arménie, en Egypte , combla les vœux de Séjan et de Livic. On ne douta pas que Pison, nommé récemment gouverneur de la Syrie par Tibère, n'en fût l'auteur, et que son épouse Plancine n'eût reçu de Livie l'ordre de persécuter Agrippine. Germanicus mourant recommanda à celle-ci , en son nom et au nom de leurs enfants, d'adoucir sa fierté, de conformer ses sentiments à sa triste situation , et sur-tout de ne point alarmer la politique jalouse de l'empereur et de sa cour.
L'infortunée Agrippine ne suivit point d'aussi sages conseils. Quoique malade et fatiguée d'une si grande perte, elle ne put supporter le moindre retard à sa vengeance , et s'embarqua pour l'Italie avec ses enfants et les cendres de Germanicus, malgré la rigueur de la saison (l'automne de l'an 19). Elle ne s'arrêta que dans l'ile de Corcyre (Corfou), pour rasseoir ses esprits et comprimer la violence de ses regrets. Lorsque la nouvelle de son arrivée fut répandue dans Rome , on vit accourir à Rrindes , port où elle devoit aborder , les plus chers des amis de Germanicus , le j)lus grand nombre des militaires qui avoient combattu sous ses ordres , et les principaux habitants des villes voisines. Mais ({uaud elle descendit du vaisseau , accompagnée de ses deux enfants , portant l'urne fatale , les cris et les gémissements se firent entendre de toute part, et l'accompagnèrent jusqu'à 2. 17
CUAF. I
amille di
Ctîsars.
i3o ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. IT.
Rome. Tibère, Livie, et Anlonla , seuls, ne sortirent point de Famille des jg^jp palais Dour rccevoir des restes si précieux. Les marciues de PI. XXIV. tristesse et de douleur que donna toute la ville de Rome le jour qu'ils furent déposés dans le mausolée d'Auguste excitèrent la jalousie de Tibère; mais rien ne l'irrita comme d'entendre appeler Agrippine «riionncur de la pairie, l'unique reste du sang cf d'Auguste, et le seul modèle de l'antique vertu.... de voir les «citoyens, les yeux fixés au ciel ou sur les statues des dieux, «faire des vœux pour le salut de ses enfants, et pour les voir «survivre aux méchants. 3>
Les amis de Germanicus poursuivirent son assassin devant Tibère, qui les renvoya au sénat. Quoiqu'il leur fût difficile de prouver l'empoisonnement, cependant Pison voyant que Tibère l'abandonnoit, que sou épouse Plancine n'avoit sollicité et ol> tenu par le crédit de Livie que sa grâce personnelle, et que tous les Romains étoient persuadés de son crime , se tua lui-même ; ou plutôt Tibère lui fit ôter la vie, de peur qu'il ne rendit public l'ordre fatal qu'il lui avoit donné par écrit '. L'empereur traita toujours depuis Agrippine avec une grande dureté. 11 ne cessa de faire répandre dans le public , par Séjan et par ses créatures, les calomnies les plus invraisemblables sur sa conduite particulière. Cet infâme ministre et l'astucieuse Livie lui redisoient sans cesse que «l'ambitieuse Agrippine, fiere de ses nombreux «enfants, aspiroit à régner par la faveur jiopulaire.»
"Voulant, en apparence, donner quelque consolation au peuple, qui pleuroit encore Germanicus deux ans après sa mort, Tibère maria Julie, fille de Drusus (sa petite-fille), à Nero, fils aîné de ce prince"; mais on vit que c'étoit pour rendre moins odieuse l'alliance qu'il forma en même temps entre la fille de
fi) Suet. , Tiber., ca-p. Lii et un. (2) ïacit. , .innal., Hl, 29.
FAMILLE DES CESARS. i3i
Séjan et un autre Drusus, neveu de Germanicus. Agrippine cuap. i. n'eu fut pas moins persécutée par Séjan. Celui-ci fit attaquer en Famuiedcs justice, par Domitius Afer, Claudia Pulclira, cousine et amie n xxiv , intime de cette princesse, l'accusant d'adultère, et de projet d'empoisonnement contre l'empereur. La veuve de Germanicus, persuadée, avec raison, qu'on vouloit faire rejaillir sur elle la honte des crimes imputés à sa parente, se rendit auprès de Tibère, qu'elle trouva offrant un sacrifice à son père. Elle en prit occasion de lui dire avec emportement : «Ce n'est point au «même homme à sacrifier au Dieu Auguste, et à persécuter sa «postérité: cet esprit divin ne réside pas seulement dans les «statues ; son véritable portrait , issu de son noble sang, porte «actuellement les habits de deuil. La cause de la fm. déplorable «de Pulchra n'est point le crime dont on l'accuse, mais le dé- « vouement pour moi dont elle fait profession. 5>
Ces reproches arrachèrent une réponse à ce prince dissimulé; ce fut un vers grec dont voici le sens: «Ma fille, si vous ne «régnez pas, vous vous croyez outragée'.»
La condamnation de Pulchra exalta son ressentiment au dernier degré, et elle n'en cacha point l'objet. Ayant rencontré l'accusateur Domitius, qui s'éloignoit de son passage, et croyant qu'il agissoit ainsi par honte, elle l'appela, lui fit ra])plicatiou de ce vers d'Homère': «Tu n'es pas la cause de ma douleur, «c'est Agamemnon. n
Agrippine voyoit chaque jour le chagrin détruire sa santé : Tibère étîmt venu la visiter dans sa maladie , elle lui dit en pleurant, et après un long silence : «Faites cesser rabaudou qui «m'accable, et donnez-moi un époux; il n'est pour une femme «vertueuse de consolation que dans le mariage. Il y a des. ci-
(i) Dio.UX, 19. (2) ///«(/., Xlll, HZ.
CllAP. I.
Famille des Cusars.
PI. XXIV
«toyens claus Rome qui jirendroient volontiers soin de réponse ccel des fils de Germanicus '.« ïibere, sachant de quelle importance il étoit pour l'empire de ne pas lui donner un second chef dans un époux de la petite-fille d'Aup-uste, mais ne voulant té-' moiî^iicr ni mécontentement ni crainte, sortit sans lui répondre, malgré ses vives instances. Séjan saisit cette occasion d'achever la perte d'Agrippine ; il lui envoya des personnes qui , sous prétexte d'amitié, l'avertirent que le poison étoit préparé, et qu'elle eût à éviter de manger avec Tibère. Incapable de dissimuler, cette infortunée princesse, se trouvant bientôt après placée dans un repas auprès de l'empereur, ne sut adoucir ni ses traits ni ses paroles, et ne toucha à aucun mets , jusqu'à ce que celui-ci s'en apercevant, ou ayant été prévenu, et dans le dessein de faire éclater sa défiance, lui présenta des fruits dont il louoit la bonté. Cet empressement augmenta les soupçons d'Agrippine, qui les remit aux serviteurs sans même les porter à sa bouche. L'empereur ne lui adressa aucun reproche ; mais il dit à sa mère : «On ne sera pas étonné de me voir prendre des mesures rigou- «rcuses contre une femme qui m'accuse d'empoisonnement.» Le bruit se répandit aussitôt que sa mort étoit assurée ; qu'à la vérité Tibère n'oseroit publiquement attenter à sa vie, mais qu'il le feroit secrètement.
Enfin, l'an 3o, se réalisèrent ces funestes soupçons". Après la mort de Livie, Tibère et Séjan ne connurent plus de frein. Des lettres de l'empereur furent lues dans le sénat; elles étoient dirigées contre Agrippine et contre Nero; on'crut qu'elles étoient écrites depuis long-temps , mais que Livie les avoit arrêtées.
Il u'accusoitla veuve de Germanicus d'aucun crime; il lui reprochoit seulement avec beaucoup d'aigreur son air altier et son
(i) Tacit.,--^/mn/., IV, 53. (2) Tacit., .^«/w/., V, 3.
Cbap. l.
'amille d<
Césars.
FAMILLE DES CESARS. i33
esprit inflexible. Le sénat effrayé se taisoit après cette lecture;
mais ceux ciui placent leurs espérances dans les troubles et dans Famiiiedes
^ ^ ^ Césars.
les crimes vouloient opiner à l'instant. Cependant on se rangea p, xxiv. à l'avis de Junius Kusticus, que Ton croyoit instruit des volontés de Tibère , et qui proposa de suspendre la délibération , pour donner au prince le temps d'user de clémence. Celui-ci, outré d'un pareil retard, s'en plaignit au sénat, en se réservant le jugement des accusés. Une lacuue dans les écrits de Tacite nous laisse ignorer les détails de cette persécution. On sait seulement que la vertueuse Agrippine, accusée, niais injustement, d'avoir voulu embrasser, pour conserver ses jours, les statues d'Auguste, ou se réfugier dans les camps, fut reléguée dans File Pandataria' (aujourd'livA Palnieria ,i^rès deTerracine), devenue célèbre par l'exil de Julie, sa mère, qui y avoit été confinée à cause de son impudicité publique. Elle adressa des reprocbes amers à Tibère, qui , pour se venger, la fit frapper au visage avec tant de violence, qu'on lui arracba un œil.
Suétone % qui nous a transmis ces tristes détails dans la vie de Tibère, donne à entendre, dans celle de Caligula, que Livic vivoit encore; mais Tacite, iiistorien plus exact, assure le contraire. La mort de Séjan, arrivée un an après, fit espérer la fin des malheurs d'Agrippine, Tibère pouvant en charger la niémoire de son favori. Leur continuité apprit à Pvome qu'ils étoient le résultat de l'aversion que l'empereur avoit pour elle. Désespérant de voir le terme de ses infortunes, elle refusa de prendre aucune nourriture ; mais Tibère , ayant appris celte violente résolution , lui fit ouvrir la bouche de force pour l'y contraindre. Enfin, accablée de mauvais traitements, abattue par la faim, elle Çnit sa triste vie, l'an 33 , dans le mois d'octobre, le même
(i) Suet., 'filer., cap. lui. (a) G;ip. .\.
Famille des Césars.
VI XXIV
i34 ICONOGRAPHIE IlOMAINE. P^nx. IT.
Cv*P. 1. jour qui avoit vu mourir Séjan, son cruel ennemi, deux ans auparavant.
Tibère , qu'on soupçonna d'avoir Aiit croire qu'elle étoit morte de faim, tandis qu'il lui avoit refuse tous les aliments, poursuivit encore sa mémoire; il l'accusa d'avoir eu une foiblesse coupable pour Asinius Gallus. Mais il ne persuada personne: «Car, dit Tacite, cette femme altiere, avide de doœi- « nation, avoit toutes les affections du sexe viril, et s'étoil «dépouillée de toutes les foiblesses du sien.» Il voulut qu'on admirât sa clémence , parcequ il ne l'avoit pas fait étrangler et précipiter dans les gémonies comme une vile criminelle ; il souffirit même que le sénat lui adressât des remerciements à ce sujet, et fit des offrandes aux dieux". Caïus Caligula, parvenu à l'empire, rapporta à Rome, et plaça solennellement dans le mausolée d'Auguste les cendres d'Agrippine. Germanicus l'avoit rendue mère de neuf enfants; trois morts en bas âge; trois fils, dont un seul , Caligula , survécut à Agrippine , ainsi que ses trois cœurs.
Le portrait d'Agrippine l'ancienne est connu par ses médailles frappées après sa mort, §ous les règnes de son fils Caligula et 4^ soa beau-frere Claude. Elles lui ont fait attribuer avec raison une bell^e statue assise, conservée dans le Musée du Capitole'. iN' 1 e.2 Oa ei?i! voit ici la face et le profil gravés sous les n" i et i.
N'^ Le n° 4 est un camçe précieux que l'on a vu dans le cabinet
du Roi,, çt qui représente Agrippine.
Le$ médailles des n° 6 et 7 sont tirées du même cabinet.
N^ 7. La preniiere, celle du n° 7 , est d'or. On lit, d'im côté,
AGRIPPINA MATer CAESaris AYGusti GEKManici; Jgripfine , mère de Caligula, avec la tête de cette princesse. Au
(0 Suet. , Tiier., cap. un. (2) Mus. Capit., III, 53.
Césàt-s.
PI. XXIV
PI XXI V
FAMILLE DES CESARS. i35
revers, la tête de cet empereur, Couronnée clé laurier, avec ^r^^p j la légende Caiiis CAESAR kYGustiis GY^VCSlanicus Vontifex ^^^^}l^^' Maximiis TKibimitia VOTestate. Cette médaillé est un monument de piété filiale.
Celle du n° 6, qui est de bronze, atteste le respect de Titus pour la mémoire d'Agrippluc. On lit, autour de sa tété, cette légende: AGRIPPINA Mat ci {Agrippœ) Yilia GERMANICl CAESARIS [uxor). Au revers : S. C. ^YSiTitiiit, avec la légeilde IMPerator Titus CAES«r DIVX y^SVasiani Yiliiis AYGustus Vontifex Maxijîius TKibunitia Votestate Vatet^ Vatricé COS [consul) YIIL L'aigle incrusté derrière la tète montre que cette médaille a fait partie de la collection des Gonzagiies , ducs de Manloùe.
La médaille de bronze du n° 5 de la planche XXIV né présente pas la tète de Caligula; mais elle n'en est pas mioirts un témoignage du respect de cet empereur pour sa mère. Il alla chercher ses cendres dans Tile de Pandataria, où elle étoit morte exilée, pour les rapporter à Rome, et les déposer dans le mausolée d'Auguste. Dion' dit qu'il établit en sa mémoire des fêtes annuelles, et qu'il ordonna que, dans la pompe qui précédôit les jeux du cirque, olj conduiroit un carpentum (char très orné), dans lequel seroit jilacée son image. Ce char forme le type delà médaille, avec la légende MEMORIAE AGRIPPJNAE, au somenir d'Agrippine , et les srgles Senatas Vopulus Que Ywmanus. De l'autre coté paroit la tète d'.Agripptnc , avec la légende AGRIPPINA Marci (^gn'/fpœ) li/ia Mater Cai CAE- SARIS AVGVSTI.
Le bol onyx du n" 3, après avoir long-temps appartenu à une église où on le counoissoit sous la dénomination du tr/'om-
(i) Lib. lilX, cap. m.
Ciivr. I
'umille (
Cusai'S
1^6 ICONOGRAPHIE llOxMAlNE. Part. II.
plie du palrîarchc Joseph en Egypte , fut déposé dans le cal)inet rumiiiedes ^q Lquis XJV. Agripplnc l'ancienne, el un prince gui a quelque PI. XXIV '. ressemblance avec Germanicus son époux, y sont représentés montés sur un char traîné par des serpents ailés. Oudinet présenta, en 1707, le dessin et l'explication de ce camée à l'académie des inscriptions et belles-lettres dont il éloit membre '. Il } reconnut, avec raison, Agrippine sous l'emblème de Gérés, tenant des pavots, symbole de l'abondance, à cause de la quantité innombrable de leurs graines. Les serpents ailés, attelés au char qui la porte avec son époux, rappellent celui que Gérés donna à Triptoléme, pour aller enseigner le labourage aux mortels. Diodore de Sicile', Justin% etc. , disent qu'il commença par les plaines d'Eleusis, près d'Athènes. Je crois pouvoir conjecturer, d'après ces emblèmes, que le camée est un monument de l'attachement des Athéniens pour Germanicus, qui (l'an 18) étoit venu visiter leur contrée, et avoit paru, «précédé d'un «seul licteur, dit Tacite % dans cette ville antique et alliée des «Romains (Antoine, son aïeul, en avoit usé de même). Les ec Grecs lui rendirent les honneurs les plus recherchés, rapf)e- «lant les nobles dits et faits de leurs ancêtres, pour lui rendre «un hommage qui pût lui plaire. « On sait que Finfame Pison, son assassin, fit, auprès de Tibère, un crime aux Athéniens de ces transports d'admiration. Montfaucon a publié de nouveau ce camée \ Un léger défaut de l'onyx rend équivoque la ressemblance de Germanicus.
V 5. On voit sur l'onyx du n° 5 une seconde apothéose de Germa-
nicus, mais de Germanicus seul, et un autre monument précieux
(1) Acaâétnie des Belles-Lettres , tom. I, (3) Lib. II, cap. vi. p. 278. (4) ^nnai, II, 53.
(2) Lib. I, cap. xvui. (5) Supplém., t. III, pi. vu.
FAMILLE DES CESARS. iSy
de rantlqiiité, conservé par la pieuse ignorance de nos pères. chap. i.
Ct f * -• • T 1^ ' f^^ , 1 ' '1 Faraille des
etoit, selon eux, saint Jean 1 evangeliste, enlevé au ciel par ^^^^^^
un aigle, et couronné par un ange. Le cardinal Hunibert avoit pi xxia'. rapporté ce camée de Constantinople, où il alla, dans le XL siècle, sous le pontificat de Léon IX. Il le donna aux bénédictins de Toul, qui l'offrirent à Louis XIV en 1684, époque du transport des pierres gravées du Pvoi à Versailles. Oudinet eu transmit (en 1707) le dessin et l'explication à l'académie des inscriptions, dont il étoit membre". Quelques académiciens crurent y reconnoitre Auguste; mais ils revinrent à l'avis du pins grand nombre; ils reconnurent Germanicus h sa jeunesse et à la beauté de ses traits, qui, ainsi que sa valeur et ses exploits, le firent comparer à Alexandre. Ce prince, nommé augure après son adoption par Tibère, tient le litiius (baguette recourbée), marque de sa dignité, et la corne d'abondance, symbole ordinaire des divinités bienfaisantes. Il est représenté le haut du corps nu, comme Jupiter , et portant cette «redou- « table égide que devoit ébranler contre les Grecs le père des «dieux», comme les en menaça Agamemnon'. Il est placé sur les ailes d'un aigle qui tient une palme dans ses serres. Enfin la Victoire ailée présente une couronne au prince déifié. Germanicus cependant ne reçut point les honneurs de l'apothéose; Tibère, qui le haïssoit, et qui ne l'avoit adopté que par l'ordre exprès d'Auguste, fit à peine rendre à ses restes les derniers devoirs. Ce seroit donc à Caligula qu'il faudroit attribuer ce monument de respect. Dans les premiers mois de son règne, il ne s'occupa qu'à rétablir la mémoire des membres de sa famille, que Tibère avoit si lâchement persécutés ou fait mourir.
(i) Siiftfjlcni. (le Montfaucon, t. Hl, pi. vu. {■^) Iliad., IV, 167.
Cil A p. f.
l'ainillc' ilcj C«:sars.
PI. XXV
i38 ICONOGRA.PHIE ROMAINE. Part. II.