‹ Iconographie romaine (volume 4)Chapitre 89 sur 94 · CLODIUS MACER, TYRAN EN AFRIQUE · texte numérisé non relu

CLODIUS MACER, TYRAN EN AFRIQUE

Le sénat et le peuple ne donnèrent point à Clodius Macer le titre d'empereur; il ne le prit point sur les monnoies qu'il fit frapper en Afrique, et sur lesquelles on ne voit point gravée la tête de Galba, alors empereur; c'est pourquoi l'on s'accorde à lui donner le nom de tyran , dans le sens fixé par les observations placées au commencement de ce volume.

Ses noms étoient Lucius Clodius Macer. On ne connoît aucun détail de sa vie avant l'année 68 (621 de Rome), celle de la mort de Néron". Ayant appris en Afrique, où il étoit propre»

Ci) Tacit., Ilisl., I, ii.

teur, cette morl, et la révolte de Viudex dans les Gaules, avec Cbai.. ii. celle de Galba dans rEspaone, Macer se déclara maître de TAfrl- s-ces.eurs de que, et prétendant à Tempire. Il créa une légion qu'il appela n. xxxj. Macrienne. Si l'on en croit Pliilarque', la rébellion auroit commencé du vivant de Néron; mais les autres bistorlens attribuent la révolte de Macer aux conseils de Crispinilla. Cette femme, ayant été, comme dit Tacite', la maîtresse de débauche de Néron , passa en Afrique pour faire prendre les armes au propréteur, peut-être pour venger la inort de son élevé. Se voyant seul de son parti, sans qu'aucun autre général révolté lui offrît de joindre ses armes aux siennes, n'ayant aucun moyen de conserver la possession de cette contrée si elle lui étoit disputée, désespérant également de pouvoir en sortir avec sûreté, Macer commit toute sorte d'excès pour s'enrichir*. Enfin Galba, reconnu empereur, envoya Trebonius Garucianus pour faire mourir ce tyran, dont la révolte avoit à peine duré quelques mois^. Quant à Crispinilla, le lecteur se formera une juste idée des mœurs des Romains à cette époque, lorsqu'il apprendra que cette femme odieuse ne craignit pas de revenir à Rome \ Le peuple demanda à grands cris le supplice de Crispinilla, qui avoit cherché à l'aftamer en retenant dans les ports d'Afrique les navires qui portoient tous les ans k Rome les blés de cette contrée. Mais elle échappa à cette proscription, et reprit faveur parmi le peuple sous les trois successeurs de Néron, parcequ'elle possédoit de grandes richesses, et que, n'ayant point d'héritiers naturels , chacun espéroit occuper une place dans son testament. On ne posséderoit aucun portrait de Clodius Macer, si l'on

(i; In Galba, SyS. (4) Tacit., I, 7.

(2) Jlistor., I, 73. (5) Plutardi., Galba, 38o; Tacit., Hlst.,

(3) l'iutarch., 6'fl/ia, 373. 1,73.

-iGG ICONOGRAPIIIR ROMAirsE. Paat. II.

c.iAP. n adoptoit ropinion dTxklid ' , <jiii doute de l'authenticité delà crc.souis .1, i^^('.(1j,]|1(3 (J'aifrcnt sur laciuclle on voit sa tête, seul portrait de ce ri. xxxi. tjran qui nous soit parvenu.

Mais ce doute se seroit dissipé, s'il eût pu connoilre deux médailles semblables cpii ont été trouvées depuis kii. H» 4. Le n" 4 présente celle de la collection d'Hunier, que le posses-

seur de ce précieux monument voulut bien envoyer à M. Visconti pour la faire dessiner sur l'original. On y lit autour de la tète nue tic Macer: Liiciiis CLODIVS MACER Senatus Cojisiilfo. Au revers : un navire, avec PROPRAE/oa'; à l'exergue, AERICAE.

§. 3. OTtlON.

Eu jjlaçant Galba sur le trône vacant par l'extinction de la famille des Césars, le sénat et le peuple firent un choix dans lequel on ne pouvoit blâmer que l'âge trop avancé du nouvel empereur. A la vérité les maux qu'ils avoient éprouvés sous Caligula et Néron, devenus empereurs avant d'avoir atteint l'âge viril, pouvoient faire excuser le choix d'un vieillard. Mais que dut-on penser en les voyant accéder aux vœux de l'armée, qui donna pour successeurs à Galba deux citoyens, Othon et Vitellius, renommés par les débauches les plus honteuses et par les basses adulations avec lesquelles ils avoient favorisé ou fait naître la corruption des derniers empereurs! «les deux hommes «les plus corrompus, dit Tacite', les plus impudiques, les plus «lâches, les plus dissolus, et qui sembloient av^oir été choisis «par le sort pour perdre l'empire.»

Olhon, qui se couvrit de honte pendant toute sa vie, et sur-

(i) Doctr. mon., VI, 290. {2) Tacit., Uùt., cap. vu.

tout pendant sa première jeunesse, naquit Tan 785 de Rome ' chap. 11. (37. de l'ère vulgaire). Son père avoit été consul sous Tibère; S"'^"^'^"'"' sa niere, Albia Terenlia, appartenoit à une illustre famille. Il se pi xxxi désîionora , dès ses plus jeunes ans, par les débauclies les plus scandaleuses. Cette conformité de mœuis lui procura de bonne heure Tamitié, la confiance de Néron. Othon fut le confident de tous ses secrets, le compagnon de tous ses plaisirs; il Taccompagnoit dans ses orgies nocturnes, insultant tous ceux qu'il rencontroit. 11 étoit prodigue, et vouloit rivaliser avec Néron en folles dépenses; aussi avoit-il contracté des dettes énormes, qu'il ne pourroit payer, disoit-il, qu'en devenant empereur. Il avoit les habitudes et le costume d'un efféminé; il couvroit sa tête chauve avec une perruque [galericulus) artistement travaillée \ Tous les jours il se rasoit, et appliquoit des cosmétiques sur son visage, afin que l'on crût qu'il n'avoit jamais eu de barbe.

Le mariage d'Othon avec Poppée faillit à lui faire perdre l'amitié de Néron, et même à lui faire perdre la vie, parceque ce prince résolut d'épouser lui-même cette femme, dont Othon étoit jaloux. Il falhit l'intercession de Séneque, selon Plutarque, pour que l'empereur se contentât de l'envoyer gouverner la Lusitanie, quoiqu'il n'eût point encore exercé la questure. Il y demeura dix ans, jusqu'à la mort de son rival; et, au grand étonnement des Romains , il y acquit par sa justice et par son désintéressement une estime que la capitale lui avoit refusée avec raison.

Lorsque Galba eut déclaré (ju'il acccptoit l'canpirc, offert par son armée, Othon, le premier des généraux, se joignit à lui, l'aida de son crédit et de son trésor, l'accompagna à Rome, et lui

(1) Vict., Epit., cap. vu. (2) ïacit. , IlisL, I, 5o ; Suet., cap. xii.

268 ICONOGRAl'IIIi: IlOMAINE. Part. Jl. c.MP H fit une cour Jisslduo , espérant que ce prince Tadoptcroit '. Dans ^""n!;™"'"'' ^^^ espoir, il j^aj^noil les soldats par ses largesses. Mais il vit l'i. XXXI Galba choisir Pison pour son fds et pour son successeur; «car, «dit Pliitarrpie, il avoit assuré qu'il préfercroit toujours le bien «de rétat à ses affeclions particulières; qu'il n'adopteroit pas «le citoyen (|ui lui seroit le plus cher, mais celui qui devroit «être le plus utile au peuple romain.» Celte adoption déplut aussi aux militaires, parceque Pison avoit des inœurs et des principes dignes des anciens Romains; tandis que le règne d'un prodigue, d'Otlion, flattoit leur cupidité. D'après ces considérations, on ne sera pas surpris de la facilité que le dernier trouva à les soulever contre Galba.

11 poussa la dissimulation jusqu'à se rendre, le i5 janvier 69, au palais de l'empereur, à le saluer, à recevoir de lui le baiser accoutumé, et à assister seul des sénateurs au sacrifice qu'il offroit. Dans cet instant, on lui annonça qu'un architecte l'attendoit pour examiner une maison qu'il venoit d'acheter. Cette annonce étoit un signal convenu. Othon sortit donc, et alla rejoindre les conjurés, qui n'étoicnt encore c[ue vingt-trois. Ils avoient été rassemblés par les deux soldats qu'Othon avoit gagnés par ses largesses, «qui, dit Tacite', entreprirent de donner «l'empire romain, et qui le donnèrent.» Ces vingt-trois conjurés proclamèrent Othon empereur, le conduisirent au camp des prétoriens, qu'il enflamma par ses invectives contre Galba, contre Pison, et qu'il attira à son parti par de grandes promesses. Les prétoriens le suivirent, en contraignant tous ceux qu'ils rencontroient à saluer le nouvel empereur. Nous avons vu dans la vie de Galba le memtre de ce prince et celui de Pison, qui, après avoir été toujours malheureux et persécuté, (1) Suet., cap. IV. (2) Tacit. , //i'st , I j 26 .

ne reçut le nom de César que povir se voir assassiner six jours cmvp. 11.

, ^ „ Successeurs de

après.

1 iNeron.

Les têtes de ces infortunés furent présentées à Otlion. Celle pi'xxxi. de Pison fixa principalement ses regards ; elle mit fin à ses inquiétudes, et il se livra à la joie'. Il obtenoit enfin cette couronne qu'il avoit tant désirée , mais qu'il ne devoit porter que pendant trois mois. Il avoit alors trente-sept ans, l'an 811 (69 de Tere vulgaire). Le sénat et le peuple se rendirent au camp des prétoriens, leur adressèrent des remerciements. Otlion promit aux centurions de leur payer avec l'argent du fisc les congés et les dispenses que les soldats achetoient d'eux à grands prix ; et cet exemple dangereux fut suivi par ses successeurs. Arrivé au sénat, le nouvel empereur le harangua comme s'il eût été force d'accepter l'empire. En vain affecta-t-il de flatter tout le monde, et la populace même, en se laissant appeler Néron; de paroitre souvent dans les théâtres, de prodiguer les droits du citoyen romain ; on ne le vit pas sans inquiétude appeler auprès de lui Sporus et les autres débauchés de la cour de Néron. «Mais ce «qui le rendit le plus digne de haine fut, selon Xiphilin', d'ace voir mis à prix l'empire romain, d'avoir livré la capitale à «l'audace des hommes les plus corrompus, de ne tenir aucun «compte des vœux du peuple et du sénat, enfui d'avoir persuadé «aux soldais qu'en eux résidoil le pouvoir de créer et de faire «mourir les empereurs. »

Cependant la nuit (pii suivit le meurtre de Galba et l'élévation d'Othou reiulit celui-ci à ses réflexions. Peu exercé à commander les armées, il avoit entendu dire que les légions de Germanie a\ oient proclamé Viteilius empereur ; ennemi du travail et de la contrainte, il se voyoït chargé d'un immense far-

(1) Tacit., ///.s/., I, 44. (2) Xiiihil., lib. LXIV, <a|). MM.

270 ICONOGl'iAPJUE ROMAINE. Part. il.

Chap II (leau; enfin, ennemi de toute sorte de violence (c'itoit pcut- «.icresspnr» <ic ^^^ç, ^^ seule honuc qualité), il avoit participé au meurtre de

Noroti.

l'i Nxxi Oalba. Son sommeil fut très inquiet; il toinl^a de son lit comme s'il eût été poursuivi par cette ombre auguste; il offrit des sacrifices pour l'apaiser; il témoigna même des regrets d'a- A oir accejUé l'empire; mais c'étoit trop tard, la force des choses l'entrainoit rapidement. Les armées de Vitellius et celles des antres généraux qui avoient embrassé son parti, étoient parvenues sans obstacle jusqu'aux plaines de la Gaule Cisalpine.

Otlion écrivit à Vitellius, lui offrit des richesses, des honneurs, s'il voidoit reconnoître son empire; il lui offiit même de le partager avec lui, et d'épouser sa fille. Celui-ci , loin d'accepter ses propositions, lui en fit de semblables. Ils essayèrent, dit-on, de se faire assassiner l'un et l'autre, mais sans succès. Othon vit alors que la guerre civile étoit inévitable; les citoyens de Rome , qui n'en avoient point éprouvé les fureurs depuis Auguste et Antoine, en frémirent. L'empereur marcha à la rencontre des Yitelliens. Après quelques attaques peu décisives, il y eut à Bedriacum, entre Crémone et Mantoue (aujourd'hui Cividale ) un combat entre les deux armées, où ne se trouvoient pas les deux rivaux, et les Othoniens furent vaincus. Othon en attcndoit l'issue à Brixillum (Bersello, où la Linza se jette dans le Po).

La nouvelle de cette défaite fut apportée à l'empereur par un soldat de son armée, qui, voyant que l'on doutoit de sa véracité, et qu'on le regardoit comme un fugitif, se perça de son épée, et tomba mort aux pieds d'Othon. Le père de l'historien Suétone, qui étoit alors tribun de la seizième légion, lui avoit raconté ce fait, et avoit ajouté que le prince, ému par ce spectacle, s'écria : «Je ne veux plus exposer aux dangers des servi-

CHiP. U.

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SUCCESSEURS DE NERON. uyi

«teurs si dévoués'.» Il prit dès-lors la résolution de s'ôter la vie. Ce n'est pas qu'il n'eût encore une armée de réserve qui lui successeut étoit dévouée, qu il n eût appris que trois légions de la Mésie p, étoicnt arrivées à Aquilée ; mais il détestoit les guerres civiles ; et se trouvant, étant encore simple citoyen, dans un repas où quelqu'un des convives racontoit la mort de Cassius et de Brutus , il avoit frémi d'horreur à ce récit. Suétone avoit encore appris ce fait de son père; et je le répète à dessein, n'ayant que ce seul bien à dire d'Otbon. On lui attribua d'autres motifs, la connoissance du peu de talent qu'il avoit pour l'art militaire, la crainte d'irriter par une trop longue résistance Vitellius contre sa famille, et l'envie d'acquérir de la gloire par luie action généreuse.

Quoi qu'il en soit des motifs, il persista dans son dessein, malgré les représentations de ses amis. Il employa le reste de la journée où il apprit cette fatale nouvelle à récompenser ses serviteurs, ses amis ; à brûler les lettres dans lesquelles A itellius étoit maltraité, afin qu'il ne pût en punir les auteurs; à donner des ordres pour assurer la retraite de ceux qui étoient près de lui; à écrire à Messaline, veuve de Néron, qu'il avoit résolu d'épouser, pour lui recommander sa sépulture et sa mémoire; enfin à consoler son neveu, en l'exbortant à ne pas oublier qu'il avoit eu un oncle enqiereur, et à ne pas trop s'en souvenir. Il passa une nuit tranquille; et le matin il s'enfonça un poignard dans le sein, après trois mois de règne. Il eut plusieurs imitateurs; quelques uns de ses gardes, quelques soldats de ses armées, s'6terent aussi une vie (pie la mort généreuse d'Otbon leur rendoit insupportable.

S'il ne falloit qu'un trépas généreux , que le sacrifice de la vie,

(i) Suet., cap. X.

i-jx ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.

Cap II afin d'éviter reffusion du sang, pour rouvrir In lionlc de celle SuccesscM s ,1, jj^^.jj^j. ^,-ç passée entièrement dans la déhaiiclic, la mémoire l'i. xxxi d'Ollion ne seroit point odieuse; mais la postérité ne regarde pas un seul instant de courage comme la compensation de plus de vingt-quatre années d'intempérance et de dissolution. Les méchants conserveroient toujours l'espoir de se réhabiliter à leur dernière heure dans la mémoire de leurs concitoyens.

Il sembloil (pi'un esprit capable d'un aussi grand effort n'avoit pu se trouver dans un corps aussi mal fait cpie celui d'Othon, dit Suétone '. 11 étoit petit , et avoit les pieds mal tournés. Les traits de son visage étoient réguliers.

La brièveté du règne d'Othon a rendu ses monuments fort N° 5 et 6. rares. On volt au Musée Pioyal, sous le n" 33o, et sous le nom de Demetrius Poliorcète, la tête dont la face et le profil sont gravés ici sous les n° 5 et 6. La ressemblance de ce marbre avec les médailles d'Othon est incontestable. La partie de la chevelure placée sur le front est antique, et présente le galericulus , la perruque sous laquelle ce prince efféminée cacholt un front dépourvu de cheveux. La face est antique, et le nez seul a été légèrement restauré. Le baron de Tott, qui avoit apporté de Grèce ce précieux fragment , l'avoit cédé à feu Pajou, sculpteur, qui à son tour le céda au Musée Royal.

N« 5. Pour mettre le lecteur à même de juger la ressemblance de

cette tête, on a placé ici la médaille d'or du n° 7. D'un côté on voit la tête d'Othon, coiffée avec une perruque, et la légende VS\?erator OTHO CAESAR KNGustus TKibimitia Votestate. Revers: femme debout, tenant une couronne et unehaste; lé-^ gende, SECVRITAS Vopuii Komani.

(i) Cap. XII; Tacit., Annal., XUI, i2.

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