I. GALBA
«C'est assez, dit Xipliilln % abréviateur de Dion, pour les csiP. n.
.1. T . . . Il' • ,• •! Sucresseurs de
«simples citoyens, de ne point commettre d injustices; mais les ^^^^^ «dépositaires de l'autorité doivent empêcher que leurs agents pi. xxxi. «ne s'en rendent coupables, parceque ceux qui les souffrent «n'établissent pas dans leur haine de distinction entre les chefs « et leurs instruments.» Il s'exprimoit ainsi en parlant de Yinius, de Cornélius Laco, et d'Icelus, auxquels Galba, affoibli par les ans, avoit laissé usurper toute l'autorité impériale, qui habitoient le palais avec lui, et que l'on nommoit ses pédagogues^. Galba eût emporté dans la tombe la réputation d'un bon général, d'un restaurateur de la discipline militaire, d'un administrateur économe des deniers publics , d'un citoyen exempt de vices grossiers plut(k que recommandable par des qualités brillantes, s'il n'eût ceint le diadème; mais l'éclat de la pourpre fit
(i) Mes guides, dans ce chapitre, ont été pli que l'espace d'une année et vingt-deux
Suétone, Tacite, Dion, IMutarque.Iesdeux jours (Xiphil., lib. LXVI, c. xvii). Dail-
Victor, Josephe, et Zonare. leurs ils ont porté le titre d'./K^iM/c presque
(a) J'ai réuni dans un seul chapitre les eu inêino temps; ce qui autorise encore
trois successeurs de Néron, et leur éinide leur réuiiinn. ^
Clodius Macer, quoiqu'il n'y ait eu entre (3) Lib. LXIV, c. H.
eux aucun ra|)port ni do parenté, ni d'à- (4) Vict., Ep.,\l. doption; parceque leurs reines n'ont reiu-
258 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.
CiiAF. II. découvrir dans lui une avarice sordide, une intempérance blâ- Sucpt"iscuiido niable, une opiniâtreté invincible, et une cruauté odieuse.
Néron. '1 '
Il XXXI SiK'tonc ' ne lais.se aucun doute sur Tannée qui vit naître
Galba; ce lut la 7.51' de Rome (3' avant Tcre vuli^airej. Ses noms étoieut Servius Sulpitius Galba. Il appartenoit, par son père, à rilbistre famille Sulpitia; sa merc descendoit de Mummius, célèbre par la prise de Corintbe; et il fut adopté par sa belle-mere Livia Ocellina, qui éloit parente de Livie, épouse d'Auguste. De sorte que, s'il n'étoit pas né membre de la famille de cet empereur, l'adoption Ten avoit du moins rapproché. Livie le fit parvenir aux dignités avant l'âge prescrit parles lois. Elle lui légua même une grande somme d'argent, somme que Tibère retint injustement. Cependant les richesses de Galba étoieut considérables, soit celles qu'il avoit reçues de ses pères, soit celles que son avarice lui avoit fait amasser. Il se maria; mais sa femme et ses deux enfants étant morts, il ne voulut plus rentrer dans les liens du mariage, non pas même avec Agrippine, mcre de Néron, veuve de Domitius, quoiqu'elle le sollicitât vivement. Le vice honteux dont Suétone' l'accuse peut servir à motiver cet éloignement. C'est aussi le même historien qui lui reproche une grande intempérance dans les repas. Cependant il s'appliqua à l'étude des sciences et de la jurisprudence \
Pendant sa préture , Galba amusa les Romains par un spectacle nouveau , des éléphants qui marchoieut sur des cordes tendues. Il gouverna ensuite l'Aquitaine pendant un an, et fut consul ordinaire l'an 33. Caligula lui donna le commandement des armées dans la Germanie ; il y montra un grand talent pour la guerre, et un soin continuel pour rétablir raucienne disci-
(i) Cap. IV. (2) Cap. xxii. (3) Sùet,, cap. v et vi.
SUCCESSEURS DE NERON. i5g
pline. La mort de cet empereur lui fraya un chemin au trône, chap. n. et ses amis le pressèrent de ceindre le diadème: mais il ne vou- Successeurs de lut point y consentir. Claude, pour récompenser sa fidélité, le pi xxxi. fit inscrire dans la coJiorte de ses amis^ et le nomma proconsul dans l'Afrique, où avoient éclaté quelques séditions'. Galba y déploya une sévérité extraordinaire; il défendit de donner des vivres à un soldat qui, pendant un temps de famine, avoit reçu une livre d'argent (un demi-kilogramme) pour une mesure de blé, fruit de ses épargnes; de sorte qu'il mourut de faim. C'est là aussi qu'il montra une perspicacité remarquable dans une cause presque impossible à juger. Deux particuliers se disputoient la propriété d'un cheval ; les preuves alléguées de part et d'autre étoient fort légères; il ordonna de conduire l'animal, la tête enveloppée, à son abreuvoir accoutumé, puis de lui découvrir les 3"eux, et de l'adjuger à celui des deux vers lequel il dirigeroit librement ses pas.
A son retour d'Afrique, Galba obtint les ornements des triomphateurs"; après quoi il se retira dans une campagne près de Rome, d'où il ne sortoit jamais que précédé par un chariot rempli d'or. Néron, qui, dit Plutarque, n'avoit pas encore appris à redouter les hommes puissants, et à les éloigner des grandes places, l'arracha de sa retraite l'an 60, et lui offrit de son propre mouvement le gouvernement de la Tarragonoise, province qui comprenoit la plus grande partie de l'Espagne. Galba s'y fit remarquer d'abord par cette sévérité excessive, ou, plus exactement, par cette cruauté qui formoit son caractère; mais, ne pouvant arrêter les déprédations des intendants de l'empereur, il laissa voir qu'il les désapprouvoit, et il témoigna de l'intérêt à leurs victimes. Sur les rapports des déprédateurs, Néron cu-
(1) Suet., cap. vu. (p.) Siiet., cap. viii; IMutarch., Galb.
26o ICONOGRAPIITE ROMAINE. Part. II.
"cup. n. voya l'ortlre de le faire mourir. Cet ordre le détermina à écouler Successeurs .le ^^ propositloM dc sc déclarcr empereur; proposition qu'il avoit
l'i. XXXI. précédemment refusée, mais que lui fit accepter le danger qu'il couroit. II se contenta du titre de lieutenant du sénat et du peuple romain. Cependant, à la nouvelle de la défaite de Yindex , il liésita ([uek[ues instants, jusqu'à ce qu'il apprit la mort de Néron, et le décret du sénat qui le nommoit son successeur.
Galba prit, l'an 68, le titre de César, quoiqu'il n'appartint point à la famille JuUa, celle du dictateur; mais Claude, (jui sortoit de la famille Claudia, lui en avoit donné l'exemple, et depuis lors ce nom étoit devenu un des attributs de la puissance souveraine. Selon Suétone ' , il auroit pris ce titre dès qu'il eutconnoissance du décret du sénat; Zonare' recule cette époque jusqu'au moment où il reçut à Narbonue les députés de ce corps. Sur-le-champ il nomma préfet du prétoire ce Lacon dont la cupidité fut si funeste à son maître. Il s'avança fort lentement vers la capitale, porté dans une litière, revêtu de l'habit militaire, ayant un poignard suspendu sur le sein; costume cj[u'il garda jusqu'à la mort de Nymphidius , et de ses rivaux Capiton et Clodius Macer. Othon, propréteur de la Lusitauic , le suivoit, lui prodiguoit les flatteries pour se faire adopter et pour lui succéder.
Quoique Galba fût âgé de soixante et onze ans, selon les historiens les plus exacts % les habitants de Rome attendoicnt son arrivée avec empressement. Après la mort de Néron , ils avoient parcouru les places, portant le bonnet de la liberté; mais ces mouvements tumultueux avoient cessé quand le sénat proclama Galba empereur. La réputation d'habile guerrier, de chef sévère,
(i) Suet., cap. XI. (3) Suétone et Dion lui en donnent deux
(2) Zonar., pag. 671. de plus.
SUCCESSEUPtS DE NERON. i6i
d'ami de réconomie , disposa tous les esprits en sa faveur. Il la ^,111.. n. mérita d'abord en faisant mourir les affranchis de Néron, Ti- Successeurs de
Néron.
gellin excepté , et l'empoisonneuse Locuste ' ; en f^iisant restituer p, xxxi. les profusions immenses de Néron, et en rappelant les bannis.
Le peuple ne lui pardonna pas d'avoir soustrait au supplice Tigellin, t|ui avoit eu l'adresse de choisir pour son gendre Vinius. Galba, soit par affoiblissement d'esprit, soit par cette apathie que produit souvent la vieillesse, imita Néron et Claude. Il laissa ce Vinius prendre avec Lacon et Icelus le gouvernail de l'empire, exercer d'horribles cruautés pour amasser des trésors et se hâter de s'enrichir, parceque son grand âge annonçoitque le cours de leurs rapines seroit de peu de durée. D'un autre côté, Galba aliéna les esprits et l'affection des militaires par ses cruautés et son avarice. Arrivé à quelque distance de Piome, il rencontra des soldats de marine dont Néron avoit formé une légion, et qui l'abordèrent en demandant à grands cris la confirmation de cet honneur '. Il refusa de leur répondre sur-lechamp; mais ceux-ci ayant témoigné hautement leur mécontentement, il ordonna à sa cavalerie de les dissiper. Les soldats de Galba en firent un grand carnage, et il ordonna de plus qu'ils fussent décimés; de sorte qu'il en périt sept mille, selon Dion. Les prétoriens s'étanl présentés ensuite pour recevoir les sommes que leurs chefs leur avoient promises au nom du nouvel empereur, comme ils en avoient reçu à l'avènement de ses prédécesseurs, il les leur refusa, en disant: «Je choisis mes soldats, et «ne les acheté pas.«L'abréviateur de Dion donne pour motif de cette sévérité do la part de Galba le dessein de montrer que, malgré sa vieillesse et ses infirmités, il conservoit une tète saiue, et qu'il ne soullriroil aucune contrainte.
(1) Xiphil., lib LXIV, rap. m. (2) Ibùl.
Chap II.
Néron.
262 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Paul II.
Cependant plusicnrs g^énéraux qui s'étoient révoltés sous Surresseuisdf Nérou ccliouercnt dans leur entreprise; en Afrique, Clodius Macer fut tué par ordre de Galba ; dans la Germanie inlérieure, deux chefs de légions prévinrent le commandement de l'empereur, et ôtercnt la vie à Capiton, que Yitellius remplaça. Quant àVespasien, qui commandoit dans l'Orient, il reconnut le nouvel empereur, et lui envoya Titus son fds pour prendre ses ordres relativement à la «juerre des Juifs'.
Malgré ces événements heureux, qui se passolent loin de Rome, Galba reconnut la haine qu'on lui portoit dans la capitale, et qu'avoient fait naître les crimes de ses affranchis. Il lui donnoit une autre cause; il l'attribuoit à son grand âge et à l'absence d'un héritier naturel. Pour l'apaiser, il adopta, l'an 68, Lucius Piso Frugi, qui descendoit de Crassus et de Pompée, qui étoit d'un âge mur (3i ans), qui lui plaisoit par la gravité des anciens Romains, dont il offroit un véritable modèle, et par l'estime générale dont il jouissoit. Il lui donna le titre de César. Tacite' place en ce moment, dans la bouche de Galba, un discours digue des Curius et des Cinciunatus, si ces illustres personnages eussent pu désespérer de la république.
Cette adoption, loin de consolider la puissance de Galba, comme il s'en flattoit, hâta sa chute : d'abord parcequ'il ne fit point aux prétoriens les largesses accoutumées; ensuite parcequ'elle détruisoit toutes les espérances d'Othon. Celui-ci conspira contre l'empereur. Accablé de dettes , il eut recours à un esclave de Galba pour obtenir une légère somme avec laquelle il gagna cinq soldats, selon Suétone; deux seulement, selon Tacite et Plutarque. C'est avec des aides si peu nombreux qu'Othon entreprit de détrôner Galba; il s'y réunit ensuite une ving-
(i) Tacit., Ilist., I, 10; Joseph., Bell. y IV, 29. (2) Tacit., Histor., lib. I, cap. xv.
taiue d'hommes armés qui parcoururent les rues de Rome l'épée ^.^^^ „ à la main , et proclamant Otlion empereur. Galba, ayant appris Successeurs de
Kf'ron.
cette rébellion, envoya des ordres aux prétoriens et aux autres p, ^xxi soldats; mais ils demeurèrent immobiles. Alors il résolut de se montrer au peuple, et de lui présenter Pison, que personne ne liaïssoit, espérant que sa présence feroit tout rentrer dans le devoir". En cet instant on répandit le bruit qu'Otlion avoit été tué, et Ton crut depuis qu'il l'avoit lui-même fait répandre, pour inspirer de la confiance à Galba, et pour l'attirer hors du palais. Un soldat même se présenta à lui, montrant une épée sanglante, et disant qu'il avoit tranché les jours du rebelle. «Galba, dit «Tacite, lui répondit; Camarade [commiiito), qui vous l'a or- « donné .^ montrant un esprit capable de réprimer la licence des «soldats, inaccessible aux menaces, et insensible aux flatteries.» Galba sortit en litière , revêtu seulement d'une cuirasse, pour aller au-devant des prétoriens, dont on lui annonçoit l'arrivée prochaine, le retour à l'ordre, et pour offrir un sacrifice à Jupiter au Capltole. On apprit bientôt qu'Otlion vivoit, et C[ue les prétoriens le sui voient. En effet, ils éloignèrent toute la suite de l'empereur, le percèrent de traits, et déchirèrent son corps. Il n'avoit régné que neuf mois. Telle fut la fin déplorable de Galba, qui avoit échappé, comme par un prodige, pendant les règnes de cinq empereurs, aux malheurs qui atteignirent tant de personnes illustres. Il ne lui manqua, pour être parfaitement heureux, que de ne s'asseoir jamais sur un trône, ou plutôt que de ne vouloir pas imiter les Scipions, les Camilles, dans un temps oii la corriqition régnoit à la ville et dans les camps. «Ce «malheureux prince avoit, dit Suétone', une taille ordinaire, «le front chauve, les yeux bleus, le nez recourbé, les pieds et
(i) Tacit., Ilist., I, 35; Suet., cap. xix. (2) Cap. xsi.
oM ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. IL
f,,, „ „ «les mains lellement défigurés par la goutte, qu'il ne pouvoit
Succpssouis.ie «supporter une chaussure fermée (calceus), ni déployer des
l'i. XXXI «papiers. Une excroissance de chair, qui s doit formée sur son
«côté droit, avoit un si grand volume, qu'on la contenoit à
«peine avec des bandelettes.»
Galba n'ayant régné que neuf mois, ses bustes sont fort rares; cependant ou en conserve iiu très précieux dans le Musée Royal, ^• I et t. sous le n° 214, On en voit ici la face et le profil, planche XXXI, n" I et 2.
L'empereur porte la cuirasse et \e paludamenlum. ■»' 3. Pour justifier la ressemblance de ce buste , on peut examiner
la médaille de bronze du n° 3. Autour de la tète de Galba on lit: SER^7«>y GALBA YSlVerator CAES<2r KVGustus. Au revers : Seiiatus Consulto ; exergue, ROMA.