‹ Iconographie romaine (volume 4)Chapitre 92 sur 94 · I. VESPASIEN, ET SON ÉPOUSE DOMITILLA · texte numérisé non relu

I. VESPASIEN, ET SON ÉPOUSE DOMITILLA

Le jeune Victor , après avoir tracé dans son abrégé le portrait de Vespasien , dit ' : «Je me suis étendu plus au long sur un bon «empereur que Rome, épuisée par les fureurs des tyrans, vit «régner sur elle cinquante-six ans, depuis la mort d'Auguste, «comme si le destin eût voulu la retenir au moment de sa ruine «totale.» Le même historien dit encore de Vespasien : «La plus e< louable de ses qualités fut cV oublier les inimitiés.^-> • Tous les historiens s'accordent à dire que la Famille Flavia,

(1) Mes guides, dans ce chapitre, ont été Suétone, (2) Cap. IX.

Dion, Josephe, les deux Victor, Zonare, et Tacite.

d'où sortit Vespasien, n'avoit aucune illustration, et que sou chap m. grand-pere et son père Titus Flavius Sabinus avoient été rece- <j^v^jj^^i^„ veurs des deniers publics. L'origine de sa mère Vespasia Polla pi xxxh. étoit plus relevée ; un de ses frères fut sénateur. Elle survécut à son mari av^ec deux fils: l'un, Flavius Sabinus, fut sénateur, préfet de Rome pendant douze ans, et tué l'an 69, au moment où son frère alloit être reconnu empereur par les babitants de Rome; leplusjeime, Vespasien, naquit sur le territoire des Sabins, près deReate(aujourd'buiPvieti,dans le ducbé deSpolete), l'an 76'2 (9" de l'ère vulgaire), cinq ans avant la mort d'Auguste'. Il fut élevé par son aïeule paternelle Tertullia, dans une maison de campagne près de Cosa dans l'Etrurie. On remarque dans son histoire qu'il conserva un attachement particulier pour cette maison, cju'il la visitoit souvent, qu'il l'entretenoit av^ec soin dans le même état, et qu'il revint y mourir. Le souvenir de son aïeule lui fut aussi cher: dans les solennités et les jours de fête, il but toujours dans le petit vase d'argent dont elle s'étoit servie. Après avoir pris la toge virile, Vespasien ne témoigna aucun désir d'entrer dans la carrière des honneurs, quoique son aine s'y fût déjà fort avancé. Mais les sollicitations de sa mère firent changer sa résolution; il fut successivement tribun militaire, questeur, édile, et préteur. On le vit, sous Caligula, capter la bienveillance de ce tyran, en faisant célébrer par des jeux extraordinaires sa victoire sur les Germains, et en proposant, lorsqu'on eut découvert la conjuration de Lépidus et de Getulicus, d'ajouter au supplice des coupables le refus de la sépulture. Tel est donc reuq>ire des circonstances, qu'il est peu do gens de bien même qui n'en reçoivent quelque atteinte! Au reste le courtisan n'en ressentit pas moins le joug dur et capri-

(2) Siiet. , cap II.

TCONOGRAPTITE ROMAINE. Part. II.

fllW Ilf.

<le Vc«|)asi<;n.

l'I. XXXII

deux de son idole: Callgula lit jeter de la boue sur sa toge prétexte pendant qu'il étoit édile, parcequ'il avoit négligé de veiller à la propreté de quelques rues'. Tacite fait observer à ce sujet que Vespasien , seul des princes qui Favoient précédé, acquit, en montant sur le trône, une réputation meilleure que celle qu'il avoit auparavant \ Il épousa sa concubine, Flavia Domitilla, qui le rendit père de Titus, de Domitien, et de Domitilla: celle-ci mourut, ainsi que la mère, avant qu'il ne fût proclamé empereur. Cœnis, affrancliie d'Antonia, mère de Claude, la remplaça, et il la traita presque comme une épouse légitime.

Le règne de Claude fut plus favorable à Vespasien, qui obtint, à la sollicitation de l'affranchi Narcisse, le commandement d'une légion dans la Grande-Bretagne. Il s'y comporta avec tant de valeur et de prudence, cpi'il obtint à son retour les ornements triomphaux, deux sacerdoces successifs, et enfin le consulat l'an 5i ^ (804 de Pvome). La mort de Narcisse, causée par la haine que lui portoit Agrippinc, qui étoit devenue toute puissante pendant les premières années du règne de Néron, fit appréhender à Vespasien que le ressentiment de l'impératrice ne s'étendît jusqu'aux amis de l'affranchi. Il se démit prudemment de ses emplois , et vécut dans une retraite profonde jusqu'après la mort d'Agrippine , arrivée l'an Sg. Alors il fut nommé par Néron proconsul d'Afrique. Sa conduite y fut-elle irréprochable.^ Tacite et Suétone différent sur ce point. Le premier dit expressément que Vespasien s'attira la haine des Africains, et qu'ils en conservèrent un souvenir fâcheux^, bien opposé à celui qu'avoit laissé Vitellius. Selon Suétone, il se conduisit avec une

(1) Dio, LIX, i2;Suet., V, 35.

(2) Tacit. , Hist., I, 5o.

(3) Suet.,IV.

(4) Tacit., Histor., I?, ^j. Famosum mvisumque yroconsulatum.

intégrité parfaite, et d'une manière honorable". Je pense que, cbap ik pour la certitude du fait, on doit croire Tacite, qui montre son , ^"""'"^

1 ' ' i de vespasiei

impartialité en écrivant des vérités fâcheuses sur un prince au- pi. xxxu quel il convient ailleurs qu'il devoit son entrée dans la carrière des honneurs '. Au reste Suétone me fournit le moyen d'expliquer le fait; car il raconte que Vespasien fut gravement insulté à Adrumete dans une sédition, insulte qu'il dut punir rigoureusement pour l'honneur du nom romain. C'est encore lui qui nous apprend que la fortune du proconsul n'étoit pas augmentée à son retour ( contre l'usage ordinaire des gouverneurs de province); qu'il fut obligé, pour satisfaire ses créanciers, d'engager ses terres à son frère Sabinus, et qu'il avoit été réduit, pour soutenir sa dignité, à faire exercer pour son compte un commerce de chevaux, d'où lui vint le surnom de Muletier. C'est de là probablement aussi que vint ce reproche d'avarice tant de fois répété, et qui sembloit d'ailleurs fondé sur l'opposition présentée par sa vie modeste, frugale, avec les débauches, l'intempérance, et les jorodigalités insensées de ses derniers prédécesseurs.

Malgré sa prudence, il se conduisit deux fois d'une manière que Néron regarda comme un crime atroce \ Pendant les jeux qui précédèrent la mort de Poppée, où cet empereur chanta et déclama publiquement, et dont la durée extraordinaire rendit malades plusieurs spectateurs, Vespasien ne put résister au sommeil. Un affranchi le lui reprocha devant le prince, qui ne pardonna au coupable que vaincu par les prières des principaux personnages de l'empire. 11 commit la même faute dans le vova^c

(1) Suet., l\. Jnte'jeîTime nec sine iiKKjiifi (2) Tacit. , llistor. , l , 1 . Dignitatein nos-

di^natione administravil. tram a Vv!:pa5iano iiichoolam.

(3) Tacit., Jniial., XVI, 5.

.i88 ICONOGRAPHIF- ROMAINE. Part. IL

fin m. m que Néron fit dans rAchaie; et celui-ci Fen punit, non seulela.niii, 111011 1 en l'excluant de son commerce intime, mais en lui dé-

dt: V('S|)asi(Mi.

,,, x;^xii fendant mémo de le venir saluer chaque matin avec les autres sénateurs. Vcspasien craignit pour ses jours, et s'enfonça dans la retraite.

Un changement snhit de fortune l'en arracha. Néron, voulant terminer la guerre des Juifs, chercha un militaire recommandahle par ses talents, mais auquel une origine peu relevée ne pût inspirer aucune amhition. Il choisit A^espasien, et l'envoya f l'année 66) en Judée avec une armée considérahle, et avec son fils aine Titus pour lieutenant' Il s'étoit répandu dans tout l'Orient une ancienne opinion, une espèce d'oracle, qui annonçoit qu'à cette époque des hommes sortis de la Judée gouverneroient le monde. On crut, après l'événement, que cette prophétie désignoit Vespasien et Titus ; mais les Juifs en faisoient à eux-mêmes l'application; et cette croyance fut en partie la cause de leur ruine totale.

Les lois civiles et religieuses des Juifs , un gouvernement théocratique, leur inspiroient un éloignement pour les étrangers qui eût pu assurer pour long-temps l'indépendance de cette nation, si par leur position géographique ils se fussent trouvés placés à l'extrémité du monde connu. Les Chinois, forts d'une position aussi heureuse, éprouvent depuis trois mille ans cet effet de leurs lois inhospitalières ; et , si leur empire a été quelquefois conquis , ils ont vu les conquérants adopter bientôt leurs lois et leurs mœurs. Moins heureux, les Juifs ont subi alternativement le joug des peuples qui les entouroient, des Assyriens, des Syro-Macédoniens, des Egyptio-Grecs , des Romains enfin. Pompée, le premier de ceux-ci, vainquit les Juifs'; Auguste

(0 Suet., IV; Tacit., Jiist.,V, i3. (2) Ibid.,y, 9.

confirma la création de leur patrie en royaume, faite par ^.^ Antoine en faveur d'Hérode. La mort de Cali^rula suspendit les •'^"'"'^

*-' lie Vespaàien

effets de son ressentiment contre ce peuple, qui avoit refusé, pi. xxxii. les' armes à la main, de consacrer son image dans le temple de Jérusalem. Claude réduisit la Judée en province romaine, et en confia le gouvernement à son affranchi Félix , qui commit toutes sortes d'exactions. Les Juifs les supportèrent avec patience; mais, poussés à bout par les vexations de son successeur, Florus, ils levèrent l'étendard de la révolte, tuèrent le fifouverneur, mirent en fuite le lieutenant de la Syrie, qui marchoit contre eux, et enlevèrent une aigle aux fuyards '.

Telle étoit la situation des armées romaines en Orient, lorsque Yespasien y arriva avec son armée, et remplit l'attente de son prince. Il rétablit la discipline dans les camps, attaqua les Juifs sur plusieurs points, avec tant d'ardeur qu'il fut blessé au genou. Dans l'espace de deux années, il se rendit maitre de toutes les villes de la Palestine , Jérusalem exceptée. Il alloit eu former le siège, lorsque les troubles civils qui agitèrent l'empire sous les trois successeurs de Néron, pendant l'année 69, ralentirent son activité.

Suétone a consacré un chapitre, le cinquième, au récit des prodiges qui annoncèrent selon lui, l'élévation de Yespasien. Je ne retrace jamais ces tableaux de la foiblesse de l'esprit humain; maisje rapporteraila prédiction de Joseplie, parcequ'cUe prouve la sagacité de l'historien des Juifs. Ayant été fait prisonnier par les Romains à la prise de Jotapat en Galilée, qu'il avoit défendu avec courage et intelligence, il fut chargé de fers par l'ordre de Vespasicn. Il lui dit alors: «Dans un an vous romprez ces

(i) Suet,, V, 4a. 37

cuAP. m. «liens, lorsque vous serez élu empereur, et que Titus sera Fauuiie «nomme César'.»

»ie Vcspasicu.

l'i. xxxii. I^*j^^ 1'* conduite méprisable et odieuse d'Othon et de Yitellius

faisoit jeter les yeux sur le vainqueur de l'Orient pour les remplacer. Deux légions de l'armée de Mœsie, appelées en Italie pour secourir Ollion, s'arrêtèrent à Aquilée, y commirent les ])lus grands excès, et, pour éviter la punition, résolurent de créer un empereur. «Nous croyons valoir, disoient-elles, les soldats «de l'armée d'Espagne, qui ont élu Galba; ceux de l'armée «de Germanie, qui ont élu Vitellius ; et les prétoriens, qui ont «élu Othon.» On pesa le mérite de chacun des généraux; les suffrages se réunirent sur Vespasien, et on inscrivit son nom sur les enseignes. C'étoit ainsi qu'une soldatesque mutinée disposoit de l'empire du monde connu! Ces légions rentrèrent dans leur devoir pour quelque temps : mais le préfet d'Egypte, ayant appris ce qvi'elles avoient fait, les imita, et proclama à Alexandrie Vespasien empereur, le i" juillet de l'an 69 (822 de Rome). Ce fut de cette époque que datèrent les années de son règne. Ses soldats le saluèrent empereur quelques jours après, et il accepta leur offre après une longue résistance. Tout l'Orient se hâta de l'appeler César et Auguste'^.

Vespasien commença son règne par la distribution des dignités et des honneurs. La bonté des choix fit présager un règne semblable à celui d'Auguste, que les vieillards rappelolent avec tant de complaisance, et avec lequel les vices de tous ses successeurs formoient un si hideux contraste. Tacite dit que l'élévation ne produisit chez lui aucun changement; qu'il ne parut ni vain, ni enorgueilli. Il fit marcher contre Vitellius une armée sous les ordres de Mucianus, gouverneur de Syrie; laissa Titus avec

(i)Suet.,IV;Xiph.,LXVI, i ; Jos., iî. /., III, 8, et IV, lo. (2) Tacit. , //wf. , II, 79.

«ne autre armée pour faire le siège de Jérusalem; alla ensuite à ^b^^ j,i Antioche: et quelques mois après il se rendit à Alexandrie. Là , i'^"''""'.

' 1 i. I. de Vespasiet

il apprit la victoire de ses troupes à Crémone, la défaite de n. xxxii. Vitellius. Les Alexandrins, s'étant déclarés les premiers pour Vespasien, s'attendoient qu'il leur feroit des largesses abondantes , ou que du moins il aboliroit quelque impôt. Mais leur attente fut trompée ; il ne leur fit aucune distribution , et il ré- *tablit les impôts que les troubles civils avoient empècbé de percevoir: conduite qu'il tint dans tout l'empire, et à Rome même. Les habitants d'Alexandrie, célèbres parleur penchant immodéré pour la satire, et par les maux qu'il leur avoit souvent attirés, firent sur lui des railleries si outrageantes, que, malgré la douceur de son caractère, dit Xiphilin, il crut devoir venger la dignité impériale ". Mais les sollicitations de Titus obtinrent le pardon des Alexandrins, sans produire cependant aucun changement dans leur caractère.

Les historiens rapportent deux prodiges que les adorateurs des idoles opposoient avec orgueil à ceux que l'on attribuoit aux premiers chrétiens, et que Vespasien opéra pendant son «éjour à Alexandrie. Un aveugle et un homme paralytique d'une jambe, selon Suétone, d'une main, selon Tacite et Xiphilin, le supplièrent de les guérir d'après l'ordre des oracles. Tacite, qui semble persuadé de la vérité des prodiges, dit que Vespasien se moqua d'abord de ces demandes; que cependant, pressé parles courtisans , il consulta les médecins pour savoir si les deux infirmes étoient curables, que leurs réponses furent équivoques; qu'enfin, «croyant que tout devoit lui réussir, et que rien n'étoit «plus incroyable depuis son avènement à l'empire, >> il se rendit à leurs prières , et les guérit. Je crois trouver l'explication de ce

(() Xiphil., LXVI,8.

ClIAP. III

lie Wspasifii

29Ci JCONOGRAPIIIE ROMAINE. Part. 11.

f;iit dans la rrflcxion dont riiistoricn Spartlen' accompagne le Famille récit d'un prodice semblal)lc , opirc trente-neuf ans après par

Vpspasitii. in ...

51 XXXII Iladiien. «Après que l'empereur eut touché l'aveujijle, celui-ci «recouvra la vue, et la fièvre d'Hadrien cessa; fpioi(]ue Marius (cMaximus ait écrit que cet aveuglement éloit supposé. ^

Pendant que l'empire romain étoit divisé entre trois prétendants, les peuples voisins de cet'empire,lesSarmates etlesDaces, firent des incursions sur les provinces frontières; et les peuples soumis, Bataves, Gaulois, Germains, s'efforcèrent de rompre le joug. Les derniers furent vaincus par les généraux de Vespasien, mais après avoir obtenu des succès éclatants. Tacite' en attribue une grande partie au pouvoir qu'exerçoit sur les esprits des Germains la propliétesse Velléda, «vierge de la nation des «Bructeres, qui régnoit sur un vaste pays. C'est un très ancien «usage des Germains, que la superstition fortifie tous les jours, «de regarder comme des divinités la plupart des femmes qui «prédisent l'avenir. A cette époque, le crédit de Velléda s'accrut «considérablement, parcequ'elle annonça de grands succès pour «les Germains, et la ruine totale des légions. 55 Cette femme adroite ne lalssoit approcher d'elle aucune personne, excepté un parent qui lui faisoit connoître les demandes, et qui rapportoit ses réponses comme les oracles d'une déesse.

A Rome, au moment même de la mort de Vitellius, en décembre de l'an 69, les soldats proclamèrent César Domitien, second fils de Vespasien. Le sénat élut celui-ci empereur, nomma Césars Titus et Domitien ; donna au dernier, qui étoit présent, la préture , avec la puissance consulaire; décerna des honneurs à Mucien , à Primus, et aux autres qui avoient contribué à l'élévation du nouvel empereur. Le mauvais caractère de Domitien

(j) Histor., Ait(j., I, 209, (2) Histor., IV, 6i , 65.

Cnif. Ilf.

Fa m Hc VL->pastcn.

s'annonça dès qu'il eut quelque pouvoir. 11 commit les plus grands crimes , souilla la couche nuptiale des premiers citoyens, Famiiie nomma en un seul jour a vingt charges, dont il destitua les tilii- ,,, ^^xii laires ; ce qui fit dire plaisamment à Vespasien «qu'il avolL «obligation à son fils de ne lui avoir pas envoyé aussi un suc- « cesseur. m

Cependant Vespasien s'avançoit lentement vers l'Italie, où il avoit envoyé une grande quantité de blé, et des édits remplis de sagesse. Il y arriva en automne, et trouva à Brindes tout ce que Rome avoit de personnages éminents; mais Domiticu ne vint au-devant de lui qu'à Bénévent. Les Romains virent avec admiration un empereur qui donnoit aux affaires, non seulement les jours, mais encore une partie des nuits; dont la table et tout l'extérieur rappeloient les temps anciens; f|ui mainteuoit sa dignité sans orgueil; qui étoit l'ami des deux plus vertueux sénateurs, Thrasea et Soranus; qui avoit rétabli la discipline militaire; qui ne voyoit qu'avec peine la nécessité de punir les criminels, et qui n'exerçoit aucune vengeance. Ce dernier trait de son caractère en donneroit une haute idée, s'il n'eût pas eu un penchant habituel à la raillerie, et si ses plaisanteries n'eussent pas été quelc[uefois ignobles. On lui reprochoit d'avoir mis un impôt sur les urines (que l'on recueilloit alors pour le foulao-e et le travail des draps): «L'argent qu'il produit a-t-il quelque «mauvaise odeur ? M Les députés d'une province lui présentèrent, avec le décret par lequel leurs compatriotes avoient arrêté de lui élever une statue, la somme qu'ils v consacroient : «Voici la base», dit-il, en étendant la main pour recevoir la somme.

«J'aimerois mieux que l'odeur d'ail témoignât que vous vous «contentez de la nourriture d'un soldat, plutôt que d'exhaler

Cil M'. III

de V(S|)asien l'I. XXXII.

■194 ICONOORAPIIli: r.OMAINE. Part. II.

«celle des parfums», dil-il à un jeune homme qui le remercioit Famille (Jg l'uvoir nommé préfet militaire".

L'avidité avec laquelle il accueilloit tous les moyens d'enrichir le trésor piihlic, et la simplicité de ses mœurs, le firent accuser d'avarice par les courtisans et par la populace, accoutumés aux largesses inconsidérées de ses prédécesseurs. Mais le Capitole, qu'il rehàtit; les temples de la Paix et de Minerve, qu'il éleva; Tamphithéâtre appelé aujourd'hui Colisée, qu'il commença; les places puhliques qu'il fit orner ; un grand nomhre de villes, ruinées par les tremhlements de terre et les incendies, qu'il rétablit avec munificence; des grands chemins ouverts, des montagnes et des rochers creusés, etc., aux dépens du fisc; tout atteste qu'en amassant des richesses il n'avoit en vue que le bien public. Il encouragea par ses libéralités les arts et les sciences \ Le premier des empereurs il donna des traitements fixes aux professeurs d'éloquence grecque et latine. Il récompensa largement un mécanicien qui lui offroit d'élever sur le Capitole, à peu de frais, de grandes colonnes; mais il refusa d'employer ses machines , en disant : «Je veux que tous les ouvriers puissent vivre « de leur travail. »

Enfin la discipline militaire et la tactique des Romains, l'habileté et la valeur de Titus, triomphèrent du courage aveugle et du fanatisme désespéré des Juifs. Les aigles furent plantées sur les murs du temple de Jérusalem en septembre de l'an 70. Titus revint de l'Orient l'année suivante. Le sénat décerna les honneurs d'un triomphe particulier au fils et au père. Mais celui-ci les réunit en un seul; et encore, dit Suétone, il se trouva si fatigué de la longueur de cette pompe , qu'il ne put s'empêcher de convenir qu'il étoit puni avec raison pour avoir, à son âge,

(i) Suet.,VIII. {2) Ibid.,X\m

désiré si mal à propos le triomphe, comme s'il étoit dû à ses aïeux, ou comme s'il eût été l'objet continuel de ses vœux'. Il étoit alors âgé de soixante-deux ans. Orose' fait observer que Rome voyoit pour la première fois un père et un fils jouir tous les deux ensemble des honneurs du triomphe. Vespasien ferma le temple de Jauus. Malgré quelques légers mouvements intérieurs, aussitôt réprimés qu'aperçus, et quelques guerres bientôt terminées , les Romains goûtèrent sous son règne une tranquillité qu'ils desiroient vainement depuis plus de trente ans. Il réduisit en provinces de l'empire la Comagene et d'autres royaumes.

Malgré la sagesse du gouvernement de Vespasien , les philosophes stoïciens et les cyniques déclamoient en public contre lui. A leur tête étoit le sénateur Helvidius , gendre du vertueux Thrasea, vertueux comme lui, mais abusant de la considération que lui donnoient son rang et ses bonnes qualités pour soulever le peuple contre l'autorité légitime. L'empereur exila les philosophes , et Helvidius fut condamné à mort. Cependant le penchant à la clémence, qui formoit le caractère de Vespasien, le porta à faire surseoir à l'exécution de la sentence; mais on le trompa en lui disant que cet ordre seroit inutile, et qu'Hclvidius n'cxistoit déjà plus^ Ayant depuis rencontré le cynique Démétrius dans son exil , et voyant que , loin de se lever pour saluer le chef de l'empire, il ne cessoit d'invectiver contre lui, Vespasien lui fit dire: «Tu emploies tous les moyens pour me forcer «à l'ôter la vie; mais je ne fais pas tuer le chien qui aboie «contre moi '. »

CiiiP. III.

Famille

Je Vespasien.

PI. XXXII

(i) Suet.,XII.

(2) Lib. VH, cap. IX.

(3) Suct., VIII; Xiphil., LXVI, i3.

(4) Allusion au mot cynique, dont la racine signiKe chien.

• .iiAr

F.'iinillc lie Vespasie

l'I XXXII

296 ICOrsOGilAPIlli: ROMAINE. Part. II.

. m. L'année 79, Vcspasien condamna à mort Sabinus et sa coura-

geuse femme Ej)onine. Neuf ans auparavant, ce Gaulois avoit pris le litre de Crsar ; mais, ayant été vaincu, il avoit passé tout cet intervalle de temps caché avec elle dans un souterrain. II falloit que cette mort importât beaucoup à la sûreté de l'empire, puisque Vcspasien l'ordonna en versant des larmes. Cependant Pliilarque, qui avoit vu à Delplies un fils de Sabinus, dit que le règne de Vcspasien n'avoit rien produit de plus odieux, de j)lus tragique, et que de là vinrent sa mort prochaine et les malheurs qui affligèrent sa maison'.

La mort de Vcspasien, arrivée peu après, le 24 juin de l'an 79, dans la soixante-neuvième année de son âge, la dixième (moins six jours) de son règne , put faire naitre cette pensée dans l'esprit de Plutarque. L'empereur fut saisi d'une maladie très grave dans la maison paternelle, où il passoit tous les étés. «Je crois que je «deviens dieu», dit-il, pour se moquer des apothéoses. Malgré ses douleurs, il ne voulut pas discontinuer ses travaux, disant q^u'un empereur devoit mourir debout; ce qu'il exécuta, en se faisant soutenir par ses serviteurs au moment où il rendit l'ame. Peu d'instants avant, il avoit encore plaisanté sur l'apparition d'une comète que l'on croyoit annoncer la mort de quelque grand monarque. «Elle ne me regarde pas, dit-il, car elle est «chevelue; elle menace le roi des Parthes, qui porte une longue «chevelure, et la mienne est très courte.»

Vcspasien avoit perdu, avant d'être élu empereur, son épouse Domitilla, et sa fille qui portoit le même nom. Il choisit pour la remplacer auprès de lui , mais sans lui donner le titre d'épouse légitime, Cœnis, affranchie d'Antonia, mère de Claude. L'avidité de cette femme, qui vendoit, dit Xiphilin, les magistratures,

(i) Pluiarcli., Amatorioe.

radministration des provinces, les cominandemenls militaires, Chap. m. les sacerdoces, et même les décisions du prince, fut cause que la , ^'""'"';

' ■•■ •^ i de \e=pasiei

réputation de Vespasien souffrit de rudes atteintes '. On crut que pi xxxii Cœnisrecueilloit pourle trésor particulier de l'empereur, et que la clémence de Vespasien n'étoit qu'une avarice déguisée, parceque Caenis exigeoit de fortes sommes de ceux auxquels il pardonnoit.

Il étoit d'une stature moyenne, avoit des membres forts et épais; son teint étoit animé \

Les n° I et 2 de la XXXIP planche présentent la face et le ^• > et 2. profil d'un buste de bronze de Vespasien, conservé dans le Musée Royal sous le n" 2 3. On ne peut voir une plus grande vérité et un jdIus parfait accord avec les médailles que dans ce buste. La tête porte une couronne de chêne.

La collection Farnese renferme un buste colossal du même N»3et4. empereur. Le travail en est admirable. La face et le profil de ce marbre précieux sont ici gravés sous les n° 3 et 4-

La médaille de grand bronze du n° 5 présente un des portraits k- 5. d€ Vespasien les mieux dessinés. Sa tête, couronnée de laurier, est entourée de la légende IMPerator CKESar VESPASIANwj AYGustus Vontifex Maximus TRibimitia Votestate Vater Vatri'œ COS. [consul. ) VII. Au revers : La façade du Capitole, avec les sigles S. C. La médaille a été frappée l'an 76 (829 de Rome). Vespasien avoit fait rebâtir le temple de Jupiter Capitolin , qui avoit été brûlé sous Vitellius. A travers les six colonnes du péristyle on aperçoit les trois divinités dont le culte se partageoit le temple ; Jupiter; à sa droite, Pallas ; à sa gauche, Junon. On les voit aussi dans le tympan du fronton. Ces détails, qui ne pouvoient être imaginaires, rendent le type fort précieux pour la topographie de l'ancienne Rome.

(i) Xii)l.il.,LXVI, 14. (a)Su€t.,XX.

ciiAP. m.

Famille de Vcspasieii.

PI. XXXII

298 TCONOGRAPHrE ROMAINE. Part. II.

DoMiTiLL\. La médaille d'or du n" 6 présente d'un côté la Famille ^^j^ j^ Vcspasien , avec une couronne radiée, et la légende

VcsDasieii. ' '

DIVVS • AVGVSTVS • YESPASIANYS. Au revers: une tête N° 6. de femme, avec la légende DIVA • DOMITILLA • AVGusta. Le titre tUviis, donné à Vespasien , fait connoitre que la médaille a été frappée après son apothéose, probablement par Titus, en l'honneur de sa mère Domitilla. C'est un monument de piété fdiale ; c'est aussi le premier exemple que nous ayons d'une femme, morte simple citoyenne, qui ait été honorée du titre d'Auguste, et déifiée. L'on voit encore dans une inscription du recueil de Gruter ' une prétresse de la déesse Domililla.

Un passage de Suétone renferme tout ce qu'on sait de la mère de Titus \ Vespasien épousa ( du vivant de Caligula ) Flavia Domitilla, qui avoit été l'esclave chérie de Statilius Capella , chevalier romain, de Sabrata en Afrique. Mais un jugement l'avoit déclarée libre et citoyenne romaine, d'après la demande de son père Flavius Liberalis, natif de Ferentinum, qui étoit greffier d'un questeur. Elle le rendit père de Titus, de Domitien, et de Domitilla. Sa fille et elle moururent avant que Vespasien ne devînt empereur.

On ne counoît point de portrait de Domitilla en ronde-bosse. En 1777, on déterra près du mausolée d'Auguste plusieurs blocs de travertin % sur lesquels étoient gravées des inscriptions. Elles apprenoient que ce lieu étoit Yustrininn^ des membres de la famille d'Auguste, et cju'on y en avoit aussi enterré plusieurs. Il ne restoit plus d'une de ces inscriptions que le mot VESPA- SIANI; le temps avoit détruit le mot précédent et le suivant.

(1) Pag. 366, 4- (3) Espèce de pierre calcaire très commune à Rome.

(2) Suet., V, cap. m. (4) L'endroit oii Ton brûloit les corps.

FAMILLE DE YESPASIEÎS. 299

M. Visconti' conjecture avec probabilité que c'étoit Fépitapbe cnip. m. de Domitilla, dont le nom auroit été effacé, ainsi que le mot aeVe^'J^^ iixor. Celui-ci peut même n'avoir pas été gravé, parcequ'il étoit pi. xxxii toujours sous-entendu lorsqu'un nom de femme précédoit un • nom d'homme au génitif.

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