‹ Iconographie romaine (volume 4)Chapitre 93 sur 94 · TITUS, ET JULIE SA FILLE · texte numérisé non relu

TITUS, ET JULIE SA FILLE

Quelle force peut donner à l'homme sur lui-même une volonté ferme et absolue! Titus, mourant après un règne très court ( d'un peu plus de deux ans ) , est appelé les délices du genre humain \ « On a peine à croire, dit le jeune Victor % quelle fut, «à la nouvelle de sa mort, la douleur de Rome et des provinces, «qui l'appeloient \r j'oie publique : elles le pleuroient, comme si «l'univers fût devenu orphelin et eût perdu son gardien vigi- «lant.M Cependant c'est le même prince qu'à son avènement au trône on redoutoit, et que l'on appeloit ouvertement U7i second Nëron^. Zonare' juge encore Titus avec une plus grande sévérité : «Pendant qu'il gouverna l'empire, on ne put lui reprocher «aucun acte de cruauté, aucune passion déréglée, soit qu'il se «fût opéré un changement réel dans ses mœurs, soit parceque

«<ce règne a été fort court C'est pourquoi on a établi un

«parallèle entre la brièveté de sa vie et la longueur de celle «d'Auguste : celui-ci n'eût point été aimé s'il eût moins vécu ; ni «l'autre, s'il eût vécu plus long-temps. Auguste, haï d'abord à «cause des guerres et des séditions, acquit depuis une grande

(i) Museo Pin CIcmenlino, tom. VII, (3) Epil.,ca\).\.

pag. 60. (4) Suet., Y II.

(2) Suct., I. (5) Jnnai, XI, 18.

et XXXIV.

3oo ICOJ^OGRAPIIIE JVOMAINE. Paut. II.

ciiAP. iir. «renommée par sa bienfaisance pendant un règne d'une longue lamiiic «durée: Titus, avant irouverné avec sagesse, mourut à l'instant

lie Vespasieii. y J D D '

1-1, xxxin «où il parvenoit au plus haut point de sa gloire, et, s'il eût vécu M long-temps, peut-être auroit-on pujui reprocher d'avoir eu j)lus « de honheur cjue de vertu. » Il ialloit que Zonare et Xiphilin ' , qui porte le même jugement, eussent des hommes une opinion bien défavorable, pour supposer que Titus, ayant su mettre un frein à ses passions pendant deux ans, se seroit ensuite abandonné à leur fougue. Il est peut-être plus difficile de rentrer dans le chemin de la vertu que de s'y maintenir ! Nous verrons d'ailleurs qu'à l'époque même d'une jeunesse déréglée , Titus donna des preuves répétées d'un caractère porté à la douceur et à la clémence.

Il naquit à Rome, de Vespasien et de Flavia Domitilla, le 3o décembre 794 de Rome (4i de l'ère vulgaire) , l'année de la mort de Caligula. Il fut appelé Titus Flavius Kespasianus , et on lui donna le surnom de son père, comme à Domitien celui de sa mère. Suétone' dit qu'on voyoit encore la petite maison dans laquelle il avoit reçu la naissance. Titus fut élevé à la cour de Claude et à celle de Néron avec Britannicus, reçut les leçons des mêmes maîtres : leur liaison étoit intime; il goûta, disoit-on, la boisson empoisonnée qui ôta la vie à ce jeune prince, et il en fut très malade. Devenu empereur, il renouvela le souvenir de Britannicus, lui éleva dans le palais une statue d'or, et en fit faire une d'ivoire que l'on portoit dans la pompe solennelle qui précédoit les jeux du cirque.

Titus montra dès l'enfance les plus heureuses dispositions pour les sciences et pour les exercices du corps Ml apprit parfaitement la langue latine et la langue grecque; il composa dans ces deux idiomes des discours et des vers ; il en improvisa même

(i) Xiphil., LXVI, 18. (2) Cap. ii. (3) Suet. , cap. m.

FAMILLE DE YESPASIEN. 3oi

plusieurs fois, et il se rendit fort habile dans la musique, art chai iu. dont les anciens faisoient un c^rand cas. On reconnut de bonne , J^;""'"''

heure dans lui un caractère doux, liant, qui lui concilia un pi. xxxm grand nombre d'amis. La Germanie et la Grande-Bretagne lui "^^-"^'^ virent faire ses premières armes en qualité de tribun : c'est dans la dernière de ces contrées qu'il dégagea, Fan 800, avec un grand courage, son père, qui, entouré par les ennemis, alloit être fait prisonnier'. Il suivit ensuite pendant quelque temps la carrière du barreau , et plaida quelques causes distinguées. C'est alors qu'il épousa Arricidia Tertulla , fille d'un préfet des prétoriens. Elle vécut peu. Titus épousa ensuite Marcia Furuilla, d'une illustre origine, mais qu'il répudia après la naissance d'une fille. Il exerçoit la questure lorsqu'il fut envoyé par Néron avec son père dans l'Orient. Vespasien lui donna le commandement d'une légion, à la tête de laquelle il se rendit maître des deux plus fortes places de la Judée; et, par son adresse, il parvint à faire de Mucien^ gouverneur de Syrie, un des plus fidèles ])artisans de son père.

Galba ayant succédé à Néron, Vespasien lui envoya Titus pour le féliciter, et lui demander ses ordres relativement à la Judée. L'affabililité du jeune guerrier lui concilia tous les cœurs dans son voyage, et l'on crut même que l'empereur l'appeloit pour l'adopter. Mais, étant arrivé dans l'Achaïe, Titus a{)j)ril le meurtre de Galba; et, comme s'il eiit été poussé par un souffle divin, dit Josephe% il revint en Syrie, à Césarée, auprès de sou père, qui, sollicité par Mucien, hésitoit encore à se déclarer empereur. Vespasien le fit cependant en juillet de Tan (jq, se rendit à Alexandrie, et chargea Titus de terminer la guerre contre les Juifs. Celui-ci fit un court vovaire en Eirvnle, sollicita

(i) Diu, LX, 3o. (•2) Josepli., /L /. , V, :?.g.

r XXXIV.

3o2 ]CONOGI\APIIIE ROMAINE. Pabt. II.

Cm m et obtint le pardon dos Alexandrins qui avoient cruellement i;imiiic offensé Vcspasicn i travailla, mais sans succès, à adoucir son

<• VcsjKisicn. 1

Il XXXIII père en faveur de Domitien cpji déguisoit mal ses prétentions à l'empire. Enfin le 8 septembre de l'an 70, Titus entra dans Jérusalem, où le sang des Juifs coula à grands flots malgré ses ordres. Je ne citerai point, pour attester la valeur, la science militaire, et l'bumanité de Titus, Josejîbe, parcequ'il fut attaché à ce prince. Mais j'invoquerai le témoignage de Dion, qui écrivoit plus d'un siècle après. Il dit ' : « Titus fit tous ses cf efforts pour ramener ce peuple égaré (les Juifs), et par des «envoyés, et par les promesses les plus étendues ; voyant enfin «qu'il ne pouvoit les persuader, il eut recours aux armes.... «Lorsqu'il eut forcé une des trois enceintes qui défendoient Jé- «rusalem, il leur fit encore offrir par des hérauts un pardon gé- «néral; mais ils ne discontinuèrent pas les travaux de défense. 5> Tacite' fait entendre que Titus n'auroit mis autant d'activité à terminer la guerre de Judée que par le désir de revoir Rome, ses richesses, et les plaisirs qu'elle offroit; il n'y revint cependant qu'au mois de mai de l'année 71 , huit mois après la prise de Jérusalem. De plus, on lui reprocha ce retard % comme si on lui eût supposé le dessein de se soustraire à l'autorité de son père, et de se faire déclarer roi de l'Orient. On citoit à l'appui de ces conjectures l'attachement des soldats, qui, le félicitant le jour de sa victoire, le saluèrent imperator , et qui à son départ le supplièrent, même avec menaces, de rester avec eux, ou de les emmener tous avec lui. Mais ces calomnies furent dissipées par son arrivée auprès de son père, qui ne l'attendoit point, et devant qui il ne chercha à se disculper qu'en disant : «Me voilà, «mon père ; je me rends auprès de vous.jj

(i) Lib. LXVI, 4. (2) HisLor., V, n. (3) Suet., V.

FAMILLE DE VESPASIEN. 3o3

C'est dans TOrient qu'il connut Bérénice, fille d'Agiippa, c

iiAi.. !!!.

F.Tniiiic

(le Vc;ip;i3icn.

et XXXIV.

dernier roi de Judée, sœur d' Agrippa II, roi d'Iturée, épouse d'abord de son oncle Hérode, roi de Cbalcis, ensuite de Polé- pi xxxin mon, roi de Cilicie, d'où lui vint le surnom de reine. Titus l'amena à Rome avec son frcre Agrippa. Là, elle eut l'adresse de gagner par de riches présents la bienveillance de Vespasien, comme elle avoit gagné l'affection du fils par son esprit et par ses charmes; Agrippa obtint les honneurs de la préture. «Béré- «nice, dit Xiphilin', habita le palais impérial, et vécut avec «Titus dans la plus grande intimité. On croyoit qu'il devoit «l'épouser, car elle agissoit en toute occasion comme si elle eût «été liée à lui par le mariage. Mais Titus, voyant que le peuple «romain regardoit cette alliance de mauvais œil, la renvoya, n Suétone' dit que, j^arvenu à l'empire, il la renvoya malgré lui et malgré elle. Xiphilin ^ place ce renvoi avant la mort de Vespasien; il nous apprend même qu'elle revint à Rome depuis cette mort, mais que son retour ne nuisit point à la réputation de Titus. Au reste celle de Bérénice n'étoit pas sans reproche. Josephe'' dit qu'après la mort de son premier mari, on la soupçonna d'entretenir avec sou frère Agrippa iiue liaison scandaleuse; que, pour détruire ce bruit injurieux, elle proposa sa main au roi Polémon ; mais qu'elle l'abandonna bientôt pour se réunir à ce frère chéri. JuvénaP confirme le récit de Josephc; et l'on peut apprendre de ses vers sur Bérénice et Agrippa de quel prix étoit alors le diamant, puisqu'on porta un jugement défavorable sur leur liaison d'après le don qu'avoit fait d'une de ces pierres Agrippa à sa sœur Bérénice. Le prix du diamant étoit

(i) Xiphil., LXVI, i6. (4) Àniic/uit.jud., XX, 7.

(2) Cap. VII. InvilKs iuvilniit diinisit. (5) Sat. VI, i56.

(3) Lib. LXVI, cap. xviii.

l'^iinillc <li: Ves|)a.sicn

l'I. ^XXIfl cr XXXIV.

3o4 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.

riiM. iir .'(lors d'autant plus grand, que, ne sachant pas le tailler', les anciens ne recueilloieul que ceux dont le poli étoit le produit du froltemcnt dans le cours des rivières, et que nos pères appeloient poinles-nàives , pour natives.

L'an 71 (824 de Rouie), Tilus reçut les honneurs du triomphe avec son père , qui lui donna le titre à' imperator ^ le déchira son collcgLie dans la puissance trihunitienne, et, rannée suivante, son collègue dans la censure'. Il le revêtit aussi de la charge de préfet du prétoire, charge qui, malgré son importance, n'avoit été exercée que par un chevalier, et qui, dit Victor, devint par ce choix la seconde dignité de l'empire \ Enfin, si l'on excepte les titres à' ^ ugiiste et de père de la patrie , il portoit les mêmes que son père. Il exercoit sous son nom presque toutes les fonctions d'empereur; il dictoit les lettres, les édits , parloit ausénat au nom de Vespasien. Suétone l'accuse d'avoir ahusé de cette autorité; d'avoir fait demander dans les théâtres et dans les camps la mort de ceux qui lui étoient suspects, par des personnes apostées , et de les avoir livrés sur-le-champ aux bourreaux. Après cette accusation vague , l'historien en forme une très précise. Titus invita à un repas Aulus Cœeina, homme consulaire, et le fit poignarder à l'instant où il quittoit sa table. On convenoit qu'il avoit dû se hâter de prévenir la conjuration de Cœeina, dont il avoit saisi le plan, écrit de sa main; mais on blâmoit avec raison le choix du lieu , du moment, et l'on redoutoit l'heure où il jouiroit d'un pouvoir absolu. Cette crainte sembloit encore motivée par le luxe de ses festins, lesquels, disoit-on , étoient suivis des débauches les plus honteuses.

La conduite sage de Titus, lorsqu'il fut parvenu à l'empire,

(i) Art trouvé à Paris, l'an 1476, par (2) Suet.,VI.

Louis de Berquen. (3) Yict., Cœs., IX.

FAMILLE DE VESPASIEN. 3o5

fit substituer les éloges aux reproches, tant on admira uu clian- CHiP. ra

. , ^^ . .Il" Famille

gement si prompt et si étonnant. Yespasien mourut dans le mois jeVespasien de iuin de Tan 70 (838 de Rome). Titus fut reconnu seul empe- pi xxxiii

•* ^^ ^ ^ , . et XXXIV.

reur, en vertu du testament de son père". Domitien eut le dessein de distribuer aux soldats des sommes doubles de celles que leur donnoient les nouveaux empereurs, afin qu'ils 1 associassent à l'empire; ce qu'il n'osa cependant pas faire, quoiqu'il assurât toujours depuis que son père le lui a voit légué comme à son frère , mais que le testament avoit été falsifié. Il ne cessa au reste de conspirer contre Titus en secret et publiquement, de tenter la fidélité des armées, et de se préparer à s'éloigner de Rome pour ourdir de nouvelles trames'. Trop foible ou trop généreux, Titus ne put se résoudre à lui ôter la vie, à l'éloigner, ni même à diminuer les honneurs qu'on lui rendoit ; et, depuis le premier instant de son règne , il ne cessa de le traiter comme son collègue , comme son successeur. Il le prioit en secret et en pleurant de reconnoitre son amitié par une amitié réciproque. Il en usa de même avec ceux qui conspirèrent contre lui; il vouloit, disoit-il , conserver ses mains pures; et il ne fit mourir personne pendant son règne.

La bonté étoit le trait principal du caractère de Titus. A son avènement à l'empire, il confirma tous les actes de bienfaisance de ses prédécesseurs ; tandis que tous, depuis Tibère, les avoient annulés d'abord, et fait revivre ensuite, afin qu'on leur en eût une obligation particulière. Il assura le bonheur des peuples par des édits pleins de sagesse. «Personne, disoit-il, ne doit se retirer «triste de mou audience. — J'ai perdu un jour, mes amis», dit-il encore le soir d'une journée dans laquelle il n'avoit accordé aucun bienfait \ Un incendie affreux ayant ravagé Rome pendant

(1) Suot., Domil., II. (2) hi, TH., IX. (3) lOid., VIII.

«le Vcspa; et XXXIV.

3o6 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.

Cmai. m trois jours, coiisunK' le Capltole, un grand nombre dVdifices ^ '^L. P"l^l'(^s et particuliers, il dit en public que ce désastre ne devoit l'i. XXXIII peser que sur lui seul; et il employa pour le réparer les ornements de ses palais. Cet incendie éclata pendant qu'il s'étoit transporte dans la Campanie pour donner des secours aux mallieureux habitants d'Herculanum, de Pompéi, villes que l'éruption du Vésuve engloutit en novembre de l'an 7g. Pompéi avoit déjà été renversée par la même cause en 63, et elle sortoit à peine de ses ruines. Pline le naturaliste trouva la mort dans ce terrible phénomène, en voulant l'observer et porter des secours aux victimes de l'éruption. Titus consacra des sommes immenses à réparer ces malheurs, y employa les biens des victimes mortes sans laisser d'héritiers", et refusa les dons que lui oflVoient à cette occasion des villes et des rois alliés.

La justice ne souffrit point de la bonté de Titus dans tout ce qui ne lui étoit pas personnel. Il fît poursuivre et punir rigoureusement cette armée de délateurs qui depuis Tibère a voient fait périr un grand nombre des plus illustres personnages.

Agricola, ce Romain devenu éternellement célèbre, plus encore par le boidieur d'avoir eu pour historien son gendre Tacite, que par ses vertus et ses exploits dans la Grande-Bretagne, pénétra, l'an 83'2 (79 de l'ère vulgaire), jusqu'en Ecosse. Titus prit à cette occasion le titre à' ùnperator pour la quinzième fois.

L'année suivante, il fit l'inauguration de l'amphithéâtre appelé aujourd'hui le Colisée, qui avoit été commencé par son père'. Les savants Baithélémy et Jacquier ' ont calculé que cet édifice avoit dû coûter plus de dix-sept millions, sans compter les dépenses des fêtes de l'inauguration. On s'en formera une idée

(1) Biens que les lois appliquoient au (2) Xipliil., lib. LXVIjCap. xxv.

fisc. , ' (3) B. L., toin, XXMII, pay. 585.

et XXXI V.

par le détail de ces fêtes, dont le récit fera conuoitre un luxe cha^. m heureusement inconnu aujourd'hui. On y vit combattre des aevirpa=ien grues, périr quatre éléphants, neuf mille taureaux et bêtes n xxxiu sauva£^es, qui furent tués même par des femmes. Un grand nombre de gladiateurs combattirent entre eux ; un grand nombre aussi représentèrent des combats sur terre et sur mer. L'amphithéâtre ayant été rempli d'eau subitement, des hommes, montés sur des navires, représentèrent, sous les noms de Corcyréens et de Corinthiens, un combat naval. On célébra aussi des jeux hors de la ville, dans le bois des Césars Caïus et Lucius f fils d'Agrippa et petit-fils d'Auguste); des combats de gladiateurs le premier jour, et des massacres de bêtes sauvages; le second, les courses du cirque; un combat de trois mille hommes le jour suivant; enfin un combat sur terre entre les Athéniens et les Syracusains ', où ceux-ci furent vaincus. Ces fêtes et ces spectacles gratuits amusèrent et occupèrent le peuple romain pendant cent jours, presque le tiers de Tannée. Les spectateurs ne purent sans doute exercer aucun travail ; aussi fallut-il que l'empereur pourvût à leur subsistance, indépendamment du blé que le trésor public leur fournissoit gratuitement ou à très bas prix. Titus, placé dans un endroit élevé, jetoit sur les gradins du théâtre de petites boules de bois renfermant un billet sur lequel étoit écrit le nom d'un comestible, d'un vêtement, d'un vase d'or ou d'argent, un nombre de chevaux, de bêtes de somme, de têtes de bétail, et d'esclaves même. Ceux qui avoieut saisi ces petites boules les portoient aux intendants du prince, etrecevoient les objets qui étoient inscrits. Combien étoit déchu ce peuple vainqueur de l'univers, qui bornoit ses désirs à recevoir les distributions de blé, et à voir les jeux du cirque ' !

(i) Surnoms (les coiiibaltants. (2) Juven. , sat. X, 80.

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Chai-, m Lc demlcr jour des fêtes, Titus répandit des larmes abon-

.icVeraM,., J^"tcs eu présence du peuple; mais les historiens ne nous en PI xxxiit rapportent point la cause. Suétone ajoute seulement à ce récit qu'il se retira dans le pays des Sabins, assez affligé, à cause de deux événements très naturels que l'on mettoit au nombre des prodiges". Ce prince ne s'étoit point jusque-là montré superstitieux. Ces larmes, cet affoiblissement d'esprit, furent-ils les premiers symptômes de la maladie qui le conduisit au tombeau? du moins fut-il saisi par la fièvre à la sortie de Rome. Il voulut alors être transporté dans la maison de campagne où son père avoit reçu et perdu la vie. Ouvrant les rideaux de sa litière, il regarda le ciel, se plaignit de mourir, si peu avancé en âge, sans l'avoir mérité, n'ayant à se reprocher qu'une seule chose. Les hisloriens ont cru découvrir cette faute. Ils se sont accordés à dire qu'il se reprochoit d'avoir, en laissant le jour à Domitien, dont il counoissoit les inclinations criminelles, dont il avoit découvert plusieurs conspirations , livré le peuple romain à sa tyrannie, et sa propre vie aux attentats de ce frère dénaturé. Je croirois plutôt que le souvenir de la mort illégale, quoique méritée, de Cœcina (rapportée plus haut) tourmentoit ses derniers instants.

Titus mourut au mois de septembre de l'an 8 1 (834 de Rome), âgé de quarante-un ans, après deux ans et vingt jours de règne. Philostrate dit que Domitien l'avoit empoisonné avec le lièvre marin, poisson très venimeux, dont Néron se servoit pour faire périr les objets de sa haine '. Xiphilin et Zonare attribuent sa mort à un bain d'eau glacée dans lequel Domitien le fit placer, sous prétexte de le rafraîchir, mais, disoit-ou, pour hâter la fin de ses jours. Victor réunit le bain et le poison, et charge la

(i) Suet. , X, 1 1 ; Xiph. , LXVI , 26. (2) Apol. Tyan. , YI , 1 4.

et XXXIV.

mémoire de Domitien. Plutarque' au contraire avoit appris des ony. m. médecins de Titus ciu'il falloit attribuer sa mort au bain : il s'v ^ ,'^'"""''

1 '' */ de \ espa^if

étoit tellement accoutumé, qu'il ne pouvoit manger qu'après pi. xxxiii Tavoir pris, et, à cause de cela, il le prenoit de grand matin. Cet écrivain ajoute qu'un de ses courtisans s'étant baigné une fois comme lui au commencement du jour, fut frappé d'une apoplexie mortelle. Au reste le caractère vicieux de Domitien, et sa conduite à cette époque, ont pu faire naître les plus noirs soupçons. Il abandonna son frère qui respiroit encore, commanda à tout le monde de s'éloigner de lui, comme s'il eût été mort, et se rendit à Rome en grande hâte, pour se faire déclarer empereur. Le sénat, ayant appris la funeste nouvelle, se rendit à la curie avant d'être convoqué par un édit, se fit ouvrir les portes d'autorité, rendit au prince défunt des actions de grâce, et lui prodigua des louanges si grandes, que jamais empereur présent n'en avoit reçu de pareilles, dit Suétone.

Voici le portrait que cet écrivain a tracé de Titus, et que l'on retrouve dans ses monuments, dont le nombre est considérable, quoique son règne ait été de courte durée ': «Son visage étoit «beau, majestueux, et gracieux tout ensemble; sa taille étoit «peu élevée, et son ventre un peu trop gros.» Tacite^ parle aussi de la beauté et de la majesté de ses traits.

On voit ici, sous le n" i , planche XXXIII, la statue en marbre de Titus, qui est d'une conservation parfaite. Elle étoit placée jadis dans les jardins de Versailles; elle fait partie du Musée Royal, avec le n" i/\. Le profil et la face de cette statue sont gravées dans la planche XXXIV sous les n° i et 2. L'empereur est représenté en costume militaire, étendant la main et le bras droit; attitude d'un général qui harangue les soldats (c'est une

(1) De sanu.,'2i^. (2) 'AV., III. (3) Hist.,U, i.

Cil M. iir.

r<iittiiic

de Vtspasien.

l'I. XXXIII . t XXXIV.

IN' 2 ei 3.

PI. XXXV

3io ICONOGRAPIIIK ROMAINE. Part. II.

allocution.). La cuirasse et les jaml>arls (ocreœ)^ espèce de bottines sans pieds, (jiii étoient ouvertes par-derriere, sont travaillés avec beaucoup d'art, et présentent des détails précieux.

C'est aussi dans le Musée Royal qu'est conservé, avec le n" 34 , le buste de bronze de Titus, dont on voit ici la face et le profil sous les n° 2 et 3 de la planclie XXXIII. Il a été apporté du château de Richelieu.

Pour prouver la vérité de ces portraits, on a placé ici, sous Je n" 4 5 pl- XXXIII, une belle médaille de grand bronze. On y voit la tête de Titus, couronnée de laurier, avec la légende IMVeiator Titus CAESwr VESPaj-zVz/zMJ ÀNGustus Vontifex Islaximus Tïxihujiitia Potestate Vater Vatriœ COS. {consul.) VIII. Revers: l'Espérance tenant une fleur d'une main, et de l'autre relevant par-derriere sa longue tunique. Le huitième consulat de Titus répond à l'année 80 de l'ère vulgaire, 833" de R.ome , a''" de son règne.

Julie, fdle de Titus et de Marcia Furnilla , naquit le jour de la prise de Jérusalem, le 8 septembre'; mais on ne sait eu quelle année. Eckhel' a remarqué avec sagacité qu'aucun ancien auteur, qu'aucun monument bien conservé ne lui donne, comme font les écrivains modernes , le surnom de Sahina. Après beaucoup de recherches, il a découvert l'auteur de cette addition, Goltzius, qui a publié seul trois médailles de Julia Sahina, inconnues avant et depuis lui.

Titus voulut donner à Julie pour époux Domitien , son oncle ; celui-ci le refusa, ne voulant pas répudier Domitia, à laquelle il paroissoit alors fort attaché. Titus la maria à Sabinus, fils du frère de Vespasien; ce qui n'empêcha pas que Domitien n'entretint avec Julie un commerce scandaleux, du vivant même de

(i) Suet., Tit., V. (2) Doctr. Num., tom. VI, pag. 365.

FAMILLE DE VESPASIEN. 3ii

rempereur son père'. Mais celui-ci étant mort, Domitieu cn^,.. ni. devenu tout puissant fit mourir, sous un prétexte frivole, , f,""""" SabiuuSj et vécut ouvertement avec sa nièce. De sorte que pi xxxv. Pliilostrate' dit qu'il l'avoit épousée, et que l'on avoit célébré ces noces à Ephese par des fêtes publiques; mais Suétone, Xiphilin , et Zonare, ne parlent point de ce mariage. Pline le jeune ^ appelle même Julie veuve au moment de sa mort. «Non «seulement, dit-il de Doinitien, il désbonora sa nièce par un «ainour incestueux, mais encore il fut la cause de sa mort; car «t cette veuve mourut dans un avortement." Suétone ajoute que Domitien l'avoit forcée à prendre le breuvage fatal. On ignore l'année de sa mort.

Les médailles nous apprennent que Titus avoit donné à Julie le titre d'Auguste, et que Domitien l'avoit déifiée.

Les portraits de Julie, gravés sur les médailles, font voir n' ;. qu'elle étoit fort belle, et qu'elle ressembloit à son père. On observe qu'elle y est coiffée de deux manières différentes, quoique les antiquaires aient écrit que les impératrices et les princesses des familles impériales portoicnt chacune la même coiffure sur toutes leurs médailles ; ce qui les leur a fait reconnoitre, sans autre fondement, dans plusieurs bustes et statues. La première espèce de coiffures, celle des deux Agrippine, consiste dans les cheveux rassemblés enyin seul nœud qui flotte sur la nuque. On volt ici la seconde sur la médaille de bronze du n°4- Comme aux portraits des princesses de la famille de Trajan, les cheveux sont noués derrière la tête, qui est entourée delà légende IVLTA lM?eratorisi:iti K\GustiYilia AA GYSTA. Revers: S. C. dans le champ; à l'exergue VESTA : cette déesse est assise tenant le palladium et une haste.

(.) Î5uct.,i>o/«/7., XXII. {■>) .'lpolTym,..\\\. (3) Kpist. IV, 1 1.

r^mille tic Ves|(asion

PI XXXV

:\ii ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.

riiAP. m. Cette médaille autorise à reconnoître Julie dans le beau buste

de la villa Ludovisi, qui appartient au prince de Piombino. On en voit ici la lace et le profil sous les n° i et 2. C'est encore Julie K"i,3,ft3. que représente la belle pierre gravée en creux du cabinet du Roi, n" 3, qui faisoit partie du trésor de l'abbaye de Saint-Denys. La matière et le travail sont également précieux ; c'est un béril, ou aigue-marine ' ; Tbabile artiste a gravé son nom en grec, pour fiiire connoitre sa patrie, eYOAOS enoiei , ouvrage d'Evodus. Du temps de Montfaucon, les sentiments étoient partagés sur la princesse ici représentée'; est-ce Domitia, épouse de Domitien; ou Marciana, épouse de Trajan ; ou Matidie, sa fille? Le savant bénédictin reconnoissoit, avec le plus grand nombre des antiquaires, la fille de Titus. Tout le monde est aujourd'hui de son avis.

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