TYRANS PENDANT LE REGNE DE CONSTANCE II
(In ne peut s'étonner de voir la milice créer plusieurs empe- ii. lxih. reurs sous le règne de Constance. Elle avoit été délivrée, parla iTiort de Constantin, des entraves dans lesquelles elle étoit retenue par un gouvernement ferme, c[ui avoit su la maintenir dans le devoir et dans le respect. Constance Lrûloit à cette époque du désir de régner seul , ou du moins de voir réduire à un très petit nombre celui des c[uatre membres de sa famille entre lesquels, et concurremment avec lui, Constantin avoit partagé l'empire. Il employa la ruse pour parvenir à ses desseins, et il fit solliciter en secret les troupes à demander (et peut-être à opérer elles-mêmes j cette réduction. Elles saisirent avidement l'occasion cpii leur étoit offerte de reprendre Finfluence qu'elles avoient exercée avant Dioclélien. Mais Constance éprouva alors combien il est dangereux de leur accorder ce pouvoir; car elles en usèrent ensuite contre lui-même, et elles lui donnèrent plusieurs rivaux.
§. I. MAGNENCE, EMPEREUR.
Le premier des usurpateurs qui se firent déclarer Augustes
(i) J'ai eu pour {;uitles dans ce chapitre les luéines écrivains que dans le chapitre précèdent.
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oha,. xix. par les soldais, dt-puls la mort de Constantin, fut Magnence; iyr'"s événement arrivé treize ans après cette mort. C'éloit un de ces
nilanl le rejjinr *
k ConsiaiHo II hommcs adroits <jui n'avoient embrassé le christianisme que pour complaire à l'empereur; car, dès qu'il eut revêtu la pourpre, il peiinil aux païens d'offrir des sacrifices aux dieux pendant la nuit : permission que les empereurs chrétiens leiir refusoient, même en tolérant leur culte pendant le jour. Sa conduite Tanuonçoit encore [)lus hautement; il étoit en effet ( rucl , avare, dissimulé, et livré aux magiciens. Les écrivains des deux religions s'accordent en cela; et Julien même, qui est très favorable à Masfuence à cause de la protection (jue celui-ci avoil accordée au paganisme, dit qu'il paroissoit avoir fait beaucouj) de bonnes choses, mais qu'elles n'étoient réellement pas bonnes, parcequ'iln'avoit rien fait avec mesure et convenance. Magnence avoit été instruit dans les belles-lettres, et il aimoit ce genre d'étude; aussi lui attribue-t-on une éloquence persuasive.
Il paroit très vraisemblable que Magnence étoit né chez les Letes, peuple gaulois que Maximien-Hercule avoit forcé, en 291, de s'établir vers les embouchures du Rhin. Emmené comme prisonnier, ensuite rendu à la liberté, il fut incorporé dans les troupes romaines, et s'acquit par sa bravoure et ses talents la protection de Constant. Si l'on en croyoit Zouare ', cet empereur lui auroit même sauvé la vie eu l'arrachant des mains de plusieurs soldats près de le poignarder.
L'an 35o Constance éprouvoit des revers dans la guerre qu'il faisoit aux Perses , et Constant se livroit continuellement aux plaisirs de la chasse. Magnence crut le moment favorable pour satisfaire son ambition. Il se lia étroitement avec les principaux
(1) Zonar. , XIII, 6.
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TYRANS Pi-ND. LE PtEGNE DE CONST. IL 2i5
officiers de Constant, les gagna par ses largesses, et leur per- ceip. xix. snada de remplacer un empereur inactif, qui passoit sa vie à ^J"""'
^ * pendant ie règne
poursuivre des bêtes fauves, par un capitaine éprouvé dans les <ie constance u. combats. Ces officiers se trouvant réunis dans un grand repas à Autun, le i8 janvier, Magnence sortit pendant la nuit de la salle du festin, et y reparut peu après revêtu de la pourpre impériale. Les principaux officiers et les soldats le proclamèrent Auguste, et cette élection fut reconnue par toutes les Gaules. Constant, ayant appris ce funeste événement, prit la fuite, et voulut se réfugier en Espagne; mais il fut atteint dans les Pyrénées et mis à mort par les soldats que Magnence avoit envoyés à sa poursuite.
Par la mort de Constant, Magnence devint maître de toutes les provinces occidentales de l'empire; il l'auroit été aussi de rillyrie et des autres provinces du milieu, si Vétranion , qui commandoit, n'eût pris le titre d'empereur à cette époque. En même temps un neveu de Constantin crut pouvoir liériter de Constant, revêtit la pourpre impériale près de Rome, et s'en approcba avec une armée. Le commandant de cette capitale lui opposa en vain quelques milices; Népotien vainqueur entra dans Rome en triompbe et la dévasta. Mais un général de Magnence combattit le nouveau tyran et délivra son prince de ce dangereux concurrent.
L'entrée de Magnence dans Rome, Fan 25o, fut signalée par des vengeances et par des meurtres dont la cause fut le plus souvent l'envie d'amasser des trésors. Le tyran se piéparoit à aller combattre et détrôner Constance, et la confiscation des biens de ses victimes lui en procuroit les moyens. Pendant qu'il réunissoit autour de lui des troupes tirées de toutes les provinces de rOccident, il essayoit de donner à Constance le change sur le motif de ces rassemblements, en lui envoyant des
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ciAr XIX ambassadeurs pour solliciter son alliance. Mais celui-ci rejeta Tyrans toutcs Ics dematides de Ma^nence, se fit proclamer empereur
pendant le règne ^
de Constance II. d'Occidcct , ct marclia tout à-la-fois conti'e lui et contre Vétrapi. Lxiii. jjJqj, J;^ défectiou des troupes gagnées par ses largesses le délivra bientôt du second de ses rivaux. Magnence, qui disposoit des forces de tout l'Occident, étoit |)lus redoutable pour Constance; aussi cet empereur créa-t-11 César son cousin Gallus, l'an 35 1, pour défendre l'Orient contre les Perses; et Magnence, de son côté, donna le même titre à son frère Décence, en lui confiant la défense des Gaules contre les Allemands.
L'Illvrie fut le premier théâtre de la guerre. Les généraux de Constance tombèrent d'abord dans une embuscade cpi'avoit préparée Magnence; alors Constance lui fit proposer la paix et la possession de toutes les provinces situées à l'occident des Alpes. Les soldats de Mairnence témoi^rnoient le désir de le voir accepter ces propositions; mais il répandit parmi eux l'or avec profusion , et il les persuada de le suivre. Il tenta de traverser la Save près de Siscia (Sissek dans la Croatie), lorsque la garnison de cette ville, à laquelle se réunirent des troupes de Constance, mit eu fuite sou armée. Lui-même auroit perdu la vie s'il n'avoit enfoncé le fer de sa lance dans la terre, et annoncé par ses gestes qu'il demandoit la pais. Constance consentit à une espèce de trêve. Une bataille décisive fut donnée enfin sur les bords de la Drave, près de Mursa (aujourd'hui le pont d'Essec), et Magnence vaincu se retira dans les Gaules. Ce combat fut, selon un auteur contemporain , le jeune Victor', un des coups les plus funestes portés à la puissance romaine; Zonare évalue à plus de cinquante mille hommes la perte des deux ar-
(i) Vict., Epù.,\],U.