‹ Iconographie romaine (volume 5)Chapitre 27 sur 139 · I. SÉVÈRE, ET JULIA DOMNA SON ÉPOUSE · texte numérisé non relu

I. SÉVÈRE, ET JULIA DOMNA SON ÉPOUSE

Sévère ctoit né avec de grandes qualités ; mais sa cruauté les ternit toutes. Il étoit sobre, économe, laborieux, inébranlable dans ses résolutions, actif, prudent jusqu'à la ruse, ami constant, sévère ])ar raison, et cruel par caractère.

Il naquit, le ii avril 146, à Leptis en Afrique (aujourd'hui Tripoli), où il étudia avec succès les lettres grecques et latines. 11 se rendit fort jeune à Rome pour perfectionner ses connoissances ; il s'y appliqua à l'étude de l'éloquence, de la philosophie, de la jurisprudence, et des arts libéraux. Si Ton en croit Eutrope, Victor, et Spartien, Sévère obtint de grands succès, et il prononça même à l'âge de dix - huit ans des déclamations eu public ' ; mais Dion', auteur contemporain, assure qu'il a voit plus d'émulation que de dispositions réelles, et Spartien dit qu'il conserva toujours en partie l'accent africain. Le même historien assure que son caractère dur et féroce se développa de bonne heure, et que des actions violentes et souvent répétées, même des crimes, signalèrent sa première jeunesse.

Son oncle, Septimius Severus, homme consulaire, le fit connoitre à Marc-Aurele, qui le créa sénateur à l'âge de trente-deux ans, et le nomma avocat du fisc. Aussi conserva-t-il toujours de la reconnoissance pour cet empereur, qu'il regardoit comme l'auteur de sa fortune. Ses progrès dans la carrière des emplois et des honneurs furent rapides. 11 obtint le commandement de

(i) Eutrop., VIII, uj; Spart., Sev. , I, u; Vict.,XX. (2) Lib.LXXVI, 16.

Li quatrième légion scytliique , campée auprès de Marseille, puis chap. vu. celui de la Gaule lyomioise, qu'il ijouverna avec autant de se- ^«p'""^ Révère

«^ ' i D et sa famille.

vérité que de désintéressement, ensuite successivement le pro- planches

1 4. J r. • . 1 1 c- -1 Tl r 1 1 1 • XLVIIetXLVIII.

consulat des Fannonies et de la Sicile. Il fut du nombre des vingtcinq consuls créés par Commode dans le courant de l'année i85 ' (938 de Rome). Enfin, commandant les armées de la Pannonie et de rillyrie, il demeura fidèle à Commode et à Pertinax^

La mort de ce vertueux prince éveilla toutes les ambitions. Sévère dissimula la sienne, et ce fut, en appai-ence, malgré lui €[ue son armée le proclama empereur à Carnutum (aujourd'hui Haimbourg, sur la rive gauche du Danube, près et au-dessous de Vienne en Autriche), et lui donna le surnom de Pertinax, du prince dont il promit de venger la mort. On peut apprécier la répugnance qu'il avoit témoignée, lorsqu'on le vit donner à chaque soldat une somme si considérable, « qu'aucun des princes «qui l'avoient précédé, dit Spartien% n'en avoit donné d'aussi «forte,» et marcher sur Pvome avec une rapidité sans exemple. Méprisant les décrets du sénat, qui avoit reconnu Didius Julianus successeur de Pertinax, et connoissant l'indolence du nouvel empereur, il se présenta aux portes de la capitale. Les sénateurs effrayés firent ôter la vie à ce fantôme de souverain , et conférèrent l'empire à Sévère au commencement de juin de l'année 19,3 (946 de Rome).

Avant d'entrer dans la capitale, il cassa le corps des prétoriens, et punit de mort ceux d'entre eux qui a voient assassiné Pertinax et vendu l'empire à l'encan. Ensuite il se rendit au Capitole, accompagné d'une soldatesque insolente qui répandit la terreur et inspira de la haine pour le prince plutôt que du res-

(1) Spart., IV. {■>.) Ibitl., V.

i/|6 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. IL

Chap. VII. pect '. Suivi du même cortège, il alla au sénat, et fit reconnoîtie sept.me sdvore Q^^r^j^ Albiu , oui commaiidoit l'armée clc la Grande-Bretagne,

l't sa tamille. 7 J. C '

Planches afin dc tromper ce général, peu défiant, en lui donnant l'espoir

XLVIIetXLVIir. ., 1, • 1 •

de partager 1 empire avec lui.

Sévère, après avoir fait l'apothéose de Pertinax, tourna toutes ses pensées vers l'Orient, où Niger s'étoit fait élire empereur. Il créa d'abord de nouveaux prétoriens; mais il les choisit dans toute la milice, même parmi les soldats auxiliaires % qui étoient barbares en grande partie; tandis que ses prédécesseurs les tiroient seulement de l'Italie, de l'Espagne, dc la Macédoine, et du Noricum (la Souabe ). Il s'attacha ainsi la milice; mais la jeunesse de l'Italie n'ayant plus, comme le fait observer Dion, cette carrière ouverte, se perdit, et se jeta dans les bandes de voleurs et les troupes de gladiateurs. D'ailleurs le j:)euple , effrayé du refijard farouche et de l'idiome barbare des nouveaux prétoriens , ne vit en eux que des ennemis et de vils suppôts du despotisme.

A peine Sévère eut-il passé un mois à Rome , qu'il partit pour l'Orient, précédé et accompagné d'armées nombreuses. Pescennius Niger eut d'abord quelques succès; ensuite la fortune l'abandonna auprès de Cyzique, vers l'Hellespont, et dans la plaine d'Issus, qui sépare la Cilicie de la Syrie , où jadis Alexandre avoit vaincu Darius. Des soldats du jiarti de Sévère poursuivirent et tuèrent, l'an 194? Pescenuius, qui fuyoit chez les Parthes; et Sévère envoya sa tète aux Byzantins, qui, fidèles à Niger, soutinrent pendant trois ans un siège mémorable. La cruauté du vainqueur s'exerça d'abord contre leur ville, qu'il dépouilla de tous ses titres, dont il abattit les fortifications, et qu'il réduisit

(i) Spart.. VII. (2) Dio, LXXIV, 2,

au rang d'une simple bourgade; ensuite contre un grand nom- chap. vu. bre de sénateurs et contre tous ceux qui, comme eux, avoient Septime sévere

i ' ' et sa famille.

été les partisans de Niger. Quelques uns de ceux-ci se réfugièrent planches chez les Partlies, entrèrent dans leur milice, leur apprirent la tactique des Romains et à faljriqvier les armes de leur pays ; ce qui rendit le Partlie un des plus redoutables ennemis de l'empire.

La mort de Niger ayant délivré Sévère d'un rival redoutable, il laissa voir à découvert la perfidie dont il avoit usé avec Albin. Il ne garda plus de mesure avec lui , et il vint dans les Gaules combattre en personne contre celui qu'il avoit adopté et nommé César. Celui-ci périt, Pan 197, auprès de Lyon; et Sévère trouva dans sa mort, comme il l'avoit trouvé dans celle de Niger, un prétexte pour faire couler le sang, dont il étoit si avide; pour accumuler les richesses par des confiscations nombreuses , et pour combler de biens ses soldats.

Revenu à Rome , il fit rendre les honneurs di-\'ins à Commode, qu'il appeloit son frère, sans doute parcequ'il regardoit comme son propre père Marc-Aurele, l'auteur de sa fortune. Dion', qui étoit alors sénateur, dit que cette fraternité prétendue glaça d'effroi le sénat, parcequ'on craignit que Sévère ne voulût prendre pour modèle cet empereur cruel, dont il faisoit sans cesse l'éloge. Mais le but de Sévère, en cherchant à faire partie de la famille des Antonins, fut de se rendre cher au peuple et aux soldats , par qui ce nom fut toujours révéré. Aussi le fit-il prendre par son fils aine Bassianus (que nous appelons Caracalla ), qu'il avoit déclaré Auguste l'an 198, en donnant en même temps à Géta, son fils cadet, le litre de César.

(i) Lib. LXXV, 7.

i/jS ICONOGRAPHTE ROMAINE. Part. II.

C..A... va. La proiiipLl Lucie avec laquelle Sévère transportoit ses troupes

septhne sdvere J'o^^^j^t ^.^^ Occidciit, eL rc'cmroM ueiTient , le fit à juste litre

et sa famille. ' Ai ' J

Planches coiuparer, sous ce jjohit de vue , à Jules César. Ou le vit, Tau 199, dans la Mésopotamie, sur les bords du Tigre, assiéger la ville d'IIalra, située daus uu désert près du fleuve, au-dessus d'Apamée (ses ruines sont connues aujourd'hui sous le nom de Hatder). Trajan avoit été forcé d'en lever le siège. Sévère espéroit réussir dans une entreprise où cet liaLile guerrier avoit échoué ; mais il ne fut pas plus heureux dans les deux tentatives qu'il fit. On reconnut dans ce siège d'Hatra (qui s'écrit aussi Atra) combien l'emportoieut en courage et ou instruction les légions levées en Europe sur celles que fournissoit l'Orient. Les jDremieres ayant refusé de monter à l'assaut, les dernières, qui les remplacèrent, furent repoussées avec une perte considérable'.

Sévère étoit aussi jaloux de son autorité que Tibère; et cependant^ comme Tibère, il eut un Séjan. Il fit épouser à Caracalla la fdle de Plautien, qu'il créa préfet du prétoire, à qui il abandonna le gouvernement, auquel le sénat et le peuple élevèrent des statues , et qui jouit enfin d'une autorité sans bornes. La cupidité de ce favori étoit extrême; il amassa en peu d'années des richesses immenses. Non seulement la vue du luxe et du faste de Plautien irritoit le peuple contre l'empereur, qui n'y mettoit point d'obstacle; mais les moyens j^ar lesquels il soutenoit ce luxe et ce faste rendoient encore Sévère plus odieux. La confiscation des biens étoit, depuis les proscriptions de Sylla , une suite inévitable de la peine de mort; et Plautien, qu'elle enrichissoit, multiplioit les victimes et les prétextes pour obtenir l'assentiment de l'empereur, dout le caractère le portoit tou~

(1) Dio,LXXV, 12.

jours à la cruauté. Il paroit prouvé que Plautien eut aussi , cb*p. vu. comme Séian, l'envie de ceindre le diadème. Un tribun montra sepumeSévere

J ' et sa ranulle.

à Sévère l'ordre de le tuer avec son fils Caracalla, écrit de la planches

, p . . , , , , , . XLVU et XLVIII.

main du lavori, qui, appelé sur-le-champ au palais, y trouva, l'an 2o3 , la punition de ses crimes '.

Au commencement de l'an 202 (gSS de Rome), Sévère parcourut l'Egypte jusqu'à l'Ethiopie , et visita avec soin ses antiques monuments. Il en changea l'admhiistralioii, qui jusque-là n'avoit été confiée qu'à un seul officier. Un sénat et un conseil public y furent établis comme dans les autres provinces de l'empire; faveur ou justice qui avoit toujours été refusée aux Egyptiens. Sévère revint à Pvome vers l'automne de cette année; il donna pour épouse à son fils aîné Caracalla la fille de Plautien. Le sénat éleva en l'honneur du joere et du fils , parcequ'ils avoient reculé les bornes de l'empire , l'arc de triomphe que l'on voit encore au bas du Capitole. Les largesses de Sévère furent si grandes , que , suivant le témoignage de Dion % elles surpassoieut celles de tous ses prédécesseurs. Il donna à chaque prétorien et à chacun de ceux qui recevoient les distributions gratuites de blé dix aiireus , ou pièces d'or (valant ensemble environ 247 fr. ) : ce qui lit la somme énorme de 35 millions de francs. Le nombre des aureus étoit éffal à celui des années de son reirne.

La célébration des jeux séculaires, l'an iof\ (967 de Pvome), remplit de joie tout l'empire. Les précédents datoient de l'an 88 (841 de Pvomc), sous le règne de Domitieu ; et les derniers furent célébrés par Philippe père , l'an 248 ( 1001 de Rome). La paix régnoit enfin dans l'empire romain. Sévère employa le loisir qu'elle lui laissoit à corriger les abus qui s'étoient introduits

(i) Ilerod., 111; Ammiaii., XXIX. (2) Lib. LXXVl, i.

XLVIIotXiA'lU.

i5o ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.

chvp. VII. dans toutes les parties de radministration, et dans rexccution soptime séye,,. j^^ j^-^ j| trouva dc ijrands secours dans les conseils de Papi-

et sa raniille. " '■

i'ianch.;s nien, le plus savant jurisconsulte qui ait existé et qui existera jamais, dit Cujas '. Zosime' en avoit fait un plus grand éloge : il ivoit dit que son amour pour la justice égaloit sa science. On croyoit avec raison qu'il tempéroit par sa prudence la cruauté de Sévère, et qu'il contribua beaucoup à lui concilier pendant les dernières années de son règne l'affection des Romains, que les premières l'avoient empêché d'obtenir. Aussi disoit-on de Sévère, comme on l'avoit dit d'Auguste, que, pour le bonheur de Rome, il auroit dû ne jamais naître, ou ne jamais mourir. C'est le jugement que le sénat en porta après sa mort.

Jusqu'à l'année 209 ou n'avoit vu que deux Augustes s'asseoir sur le trône impérial; cette année Sévère donna ce titre à son fils cadet Géta, qui par-là devint le collègue de son père et de son frère ^ Ils suivirent, avec leur mère Julie, dans la Grande-Bre-

(i) Cujatius, in Cod. Theod. fîls. Mais, en i8o5, je fis connoître'à l'in-

(2) Zosira., lib. I, p. 1 1. stitut (///« Classe, tome I) une inscription

(3) La première médaille, sur laquelle trouvée à Lyon en 1780, consacrée à conl'existence simultanée des trois empereurs server le souvenir du repentir des habitants est exprimée par l'abréviation AVGGG , de cette ville, et de leur soumission à l'heuappartient au tyran Ilégalien. Quant aux reux vainqueur d'Albin, à Septime Sévère, inscriptions , la seule sur laquelle ou lût En voici le commencement et la fin ; AVGGG , appartient à Tbéodose et à ses

proS\Y)E,nli(e dcorum

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