NERVA ET SA FAMILLE ADOPTIVE
Les deux Victors font observer que jusqu'à cette é^Doque les pi. xxxvi.
empereurs avoient été Romains, ou nés en Italie ; Dion ajoute,
ou du moins habitants de l'Italie". Nerva a voit aussi reçu le
jour dans l'Ombrie ; mais Trajan, qu'il adopta, et plusieurs
des successeurs de ce prince, n'étoient ni Romains , ni Italiens.
«Je ne sais , dit le premier Victor \ si ces princes étrangers n'ont
« pas été les meilleurs, comme Tarquin l'ancien. J'ai beaucoup
« appris, beaucoup lu, et j'ai reconnu que la gloire de Rome
« s'étoit accrue principalement par le courage des étrangers, et
« par l'adoption de leurs arts, jj Victor le jeune rapporte ce
{') Mes guides, dans ce chapitre, ont été (i) Dio, I.XVIII, 4.
Tacite, Dion, Eutrope , les deux Victors, (2) C«,'J, , XI.
Pline le jeune, et Zonare.
1 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.
(HA, IV passage du premier Victor, et il ajoute ', « Oui a été en effet plus et s^Unnii, " prudeiit, plus modéré que Nerva ? Qui fut plus semljlable aux adopiive. „ dieux que Trajau? Qui a surpassé Hadrien?» Tacite appelle le siècle le plus heureux {secidum hcatissimum) celui de leurs règnes. Suétone^ enfin exprime le même sentiment par le récit d'un songe de Domitien fort étrange. «Il rêva, dit-on, qu'une « tête d'or s'étoit formée derrière la sienne; il crut en pouvoir conclure avec certitude qu'après lui l'empire scroit plus heureux « et plus ])rillant; ce qui arriva bientôt par la sagesse et la douce ccur des princes qui lui succédèrent. ■>•>
Cette remarque n'est pas simplement historique ; elle a pour but de faire observer une des causes qui contribuèrent plus tard à placer sur le trône des hommes que des vices grossiers ou l'ineptie auroient dû en éloigner. La milice ayant usurpé le droit d'élire les empereurs , sans admettre le concours du sénat et du peuple , elle avoit jusqu'alors fixé ses choix sur des Romains proprement dits : c'étoit du moins une restriction apportée à cet acte illégal. Mais depuis que Trajan , né en Espagne, se fut assis sur le trône des Césars, la milice, autorisée en apparence par cet exemple, ne connut aucune borne. On la vit donner à Rome des souverains qui étoient nés barbares ; et chaque armée put en choisir clans ses rangs, même parmi les auxiliaires.
De là vient que dans l'espace de cent soixante années, compris entre le règne d'Hadrien et celui de Dioclétien exclusivement , on compte soixante et dix personnes qui ont porté légitimement ou usurpé le nom d'empereur et de César. La collection des auteurs qui , sous Dioclétien et ses premiers successeurs, ont écrit l'histoire de ces cent soixante années, est appelée Histoire
( I ) Epil. , XI. (2) Jijrkol ,111,1. (3) Domit. , XXIII.
Auguste. Casaubon , par qui elle a été fort éclaircie, fait observer chap. iv. que dans le long espace de douze cents ans , sept fois plus grand, ^^ ^^^^^iUe la France n'a eu que soixante-trois rois. adopme.
Si Ton en cro} oit Aurelius Victor ', « ce seroit depuis Trajan « que les titres de César et à' Auguste auroient été séparés , et « que l'on auroit vu dans l'empire deux ou même plus de deux « citoyens , élevés au plus haut rang, être inégaux en pouvoir, « et porter différents titres, quoique plusieurs personnes pence sent qu'Hadrien obtint la dignité impériale par la faveur de «Plotine, qui supposa un testament par lequel Trajan l'auroit « choisi pour son successeur. » Il sembleroit qu'il faudroit attribuer à la famille adoptive de Nerva un usage qui auroit été différent de celui de la famille de César et de celle de Vespasien : je veux dire l'usage de donner un nom patronimique ou un simple titre d'honneur sans autorité, tandis que depuis Trajan une portion de la souveraine puissance auroit été jointe à ce titre, et que, selon Spartien", c'auroit même été une communication presque entière de cette puissance, avec la désignation formelle de la qualité d'héritier du trône , « telles que la reçurent de Dio- « clétien Maximien et Constance. »
Des variations aussi formelles sur un objet si important de l'histoire des empereuis ont forcé les écrivains modernes à chercher, des explications très arbitraires. Il en est une plus vraie et plus simple , c'est que les empereurs , ne se croyant liés par aucunes lois , donnoient à chacun des Césars qu'ils créoient une portion d'autorité plus ou moins étendue, selon leur volonté particulière , selon les temps et les lieux.
Zosime^ trace en peu de mots les traits qui distinguent deux
(i) Cœs., Xlir. (2) In Elio, I. (3) Lib. F, initia.
CllAP. IV.
Nerva
et sa famille
adoplive.
PI XXXVI
4 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. IL
illustres familles, celle de Nerva et celle d'Antonin. «Des hom- « mes de bien, dit-il, parvenus à l'empire, Nerva, Trajan, et « après lui Hadrien, Antonin Pie, et les deux frères Verus et ce Lucius, réformèrent un grand nombre d'abus. Non seulement ce ils recouvrèrent les portions de l'empire enlevées à leurs préce décesseurs, mais encore ils y réunirent de nouvelles contrées. « Je n'ai rien à faire observer sur la chevelure des princes de cette famille ; mais l'épouse et les princesses de la famille de Trajan portent sur les médailles la même coiffure. Il n'en est pas de même de la barbe. Dion dit expressément ' : ce Les anciens ce Romains et les empereurs avoient coutume de se faire raser. ce Hadrien fut le premier qui laissa croitre sa barbe. 5> Ses successeurs l'imitèrent jusqu'à Constantin.