I. MAXIMIN, ET PAULINE SON ÉPOUSE
Le premier des barbares quiporta le sceptre d'Auguste fut Caïus Julius Verus Maximinus. Il étoit né en Thrace ; son père avoit pris naissance parmi les Goths, et sa mère, parmi les Alains. La force extraordinaire et la haute stature de Maximin lui donnèrent une sorte de considération chez les bergers avec lesquels il vécut d'abord, et elles lui firent croire qu'il en obtiendroit aussi dans la capitale de l'empire romain. Il s'y rendit en effet; et, s'étanl enrôlé parmi les gladiateurs, il fixa par les mêmes moyens les regards de Sévère, qui le fit entrer dans la milice. Maximin parvint, sous cet empereur et sous Caracalla, à des grades élevés"; mais, détestant Macrin , le meurtrier du fils de son bienfaiteur, il quitta le baudrier, et se retira dans son pays natal. Là il s'occupa à faire le commerce avec les Goths et les Alains. Avant appris la mort de Macrin et de son fils, il revint à Rome pour reprendre son grade dans la milice sous Elagal^alc, qu'il croyoit petit-fils de son bienfaiteur. Ce prince infâme n'adressa à Maxiniiii que des paroles licencieuses; de sorte qu'il auroit encore une fois abandonné les aigles, si les amis d'Elagabale n'avoient
(1) Capitol., m 3/axi/n., V.
2o8 ICONOGRAPHIE ROMAINE. 1>art. II.
c.iAi. X fait tous leurs efforts pour retenir dans la milice celui que Ton Successeurs appeloit rilerciile, l'Acliille, et l'Aïax de son siècle; mais il ne vcicjusf(u'>T,n- chercha à avoir aucun accès auprès de cet empereur.
jaii Decc.
i,i ,1, Avant l'invention de la poudre , on attacha un grand prix à la
force de corps, et on multiplia les exercices qui dévoient Taccroître, les gymnases, les jeux pid)lics, les ampliithéâtres, et depuis les tournois. C'est pourquoi les historiens ont recueilli avec soin tous les détails relatifs à la force de Maximin. Tl avoit huit pieds et un doigt romains (7 pieds 4 pouces, ou 1 mètres 36i millimètres) de hauteur; le hracelet de son épouse servoit d'anneau au pouce de sa main; il hut en lui jour un amphore de vin (environ trente et une pintes), et il mangea quarante livres de viande (environ vingt-sept livres anciennes de France) ; enfin il vainquit à la lutte jusqu'à trente soldats en un jour. A ces qualités physiques il joignoit une grande hravoure et un zèle ardent pour le rétablissement de la discipline militaire, qui lui attirèrent l'estime et la faveur d'Alexandre Sévère, quoiqu'on lui reprochât un caractère farouche et fier. Ce furent néanmoins ces restes de barbarie qui empêchèrent l'empereur d'exécuter le projet qu'il avoit formé de donner en mariage sa sœur Théoclia au fils de Maximin '.
Alexandre le créa sénateur, lui donna le commandement d'une légion, et l'emmena avec lui pour combattre les Germains. Mais cet ambitieux, se voyant aimé des soldats, et entendant leurs murmures contre l'empereur, qui maintenoit avec vigueur la discipline militaire , le fit assassiner l'an 235 (988 de Rome). Quoiqu'il règne quelque obscurité sur les .détails de ce triste éFénement, il n'y en a aucune sur l'auteur; tous les historiens
(i) Capitol., in Maxim., III.
accusent Maxiniin , et se récrient sur son ingratitude. Elle parut chae. x. dans toute sa noirceur lorsque, ayant été immédiatement pro- „.^"*^""*°''
l. * *J y. aAlfixanare Se-
clamé empereur par l'armée et reconnu poiir tel par le sénat vere jusqu'à Tr»-
jan Dece.
effrayé , qui donna aussi le titre de César à son flîs Maxime , il fit pi i.u. mourir ou dépouilla de leurs dignités tous les amis d'Alexandre. La connolssance que l'on avoit de son caractère cruel et barbare fit que les Romains offrirent des vœux à toutes les divinités, pour obtenir que le nouvel empereur n'entrât jamais dans sa capitale.
Les voeux des Romains furent exaucés; mais leur sort n'en fut pas moins déplorable, comme nous le verrons plus bas. Maxiniin traversa le Rhin, vainquit plusieurs fois les Germains, et ravagea les contrées qu'ils liabitoient. Après avoir pacifié la Germanie, il vint à Sirmium (sur la Save), dans la Pannonie , où il établit ses quartiers d'hiver, l'an aSy. Là, pendant qu'il faisoit de grands préparatifs de guerre contre les Sarmates (les Polonois et les peuples qui les a voisinent à l'orient), il apprit, l'année suivante , que Gordien avec son fils avoient été proclamés Augustes en Afrique, et que Rome et un grand nombre de provinces les avoient reconnus empereurs. Quarante jours après , un général de Maximin attaqua l'armée des deux Gordiens , la vainquit , et fit mourir les deux Augustes. Mais le sénat, redoutant les fureurs de Maximin , persista dans sou décret , qui l'avoit déclaré, lui et son fils Maxime, ennemis de l'empire. Il donna le titre d Augustes à Pupien, à lîalbin, et celui de César à Gordien, petit-fils de Gordien le pcre. A cette nouvelle, toute sa férocité éclata; Capitolin' ditquil se frappa la tête contre les murs, qu'il se roula sur la terre, qu'il jeta de grands cris, qu'il
(1) /n Maxim., V.