MAXIME CESAR
On a déjà vu dans la vie d'Elagabale quel prix les Romains, à l'exemple des Grecs, attacboient à la beauté. Maxime nous en fournit un second. Son père Maximin, le créant César, disoit qu'il vouloit donner aux Romains le plus beau prince qu'ils eussent jainais vu. Capitolin% historien du père et du fils (qu'il appelle Maximin le jeune, par ignorance et contre le témoignage des médailles et des inscriptions), raconte que plusieurs femmes voulurent qu'il les rendit mères. Sa taille, déjà fort haute, quoiqu'il fût très jeune, annonçoit qu'il parviendroit à celle de son père. Mais ses mœurs étoient très dissolues , ses manières hautaines, et son caractère très cruel. Aussi les soldats, qui tuèrent son père devant Aquilée, ôterent-ils aussi la vie au jeune César. Caïus JuliusVerus Maximus futassassinél'an 238 (991 de Rome),
(i) Académ. B.L.,t.X, 467. (2) Lib. 1.
212 ICONOGllAPHIE ROMAINE. Paht. II.
Chai.. X. âgé (Ic dlx-liuit OU de vingt et un ans ; car Capitolin dit qu'il a succusscurs tj.Q^jy^ dans les historiens cette incertitude. Il venoit d'épouser
il AlixaiKlrc .Se- 1-
veif jusquiTiM- Ju^ia Fadilla , pctite-niece d'Antonin.
jan Dccc.
,,i j„ Le n" 12 de la planche LU présente une médaille de hronze
K» ,:,. sur laquelle paroit une tête nue, avec la légende MAXIMVS
CAES<2r GEKMajiicus, surnom qu'il reçut avec son père l'an 236.
Au revers , les instruments des sacrifices , qui désignolent le
souverain pontificat, avec la légende PIETAS WGusti, et S. G.
à l'exergue.
§. 3. GORDIEN F" L'AFRICAIN, père,
El GORDIEN II L'AFRICAIN, fils, EMPEREURS.
Créés empereurs le même jour, morts à la même époque , les deux Gordiens doivent être réunis dans le même article.
Les hahitants de la province d'Afrique, irrités par les concussions et les cruautés d'un officier de Maximiu , se soulevèrent contre cet officier, et lui ôterent la vie dans le mois de mars de l'an 238 (991 de Rome). Craignant le ressentiment du farouche empereur, ils déclarèrent Augustes Gordien le père et son fils, qui avoient été choisis par Alexandre pour être l'un jDroconsul d'Alrique, et l'autre lieutenant de son père. Le proconsul étoit âgé de plus de quatre-vingts ans; il s'appeloit Marcus Antonius Goidianus, comme le prouvent les inscriptions et les médailles grecques de son petit-fils Gordien Pie. Cependant Capitolin, qui écrivoit <à la fin du même siècle, où avoient vécu les Gordiens, fait à plusieurs reprises des recherches pour savoir si ces
SUCCESSEURS D'ALEXANDRE SEVERE. 2i3
malheureux princes avoieut porté le nom sacré des Antonins'. chap. x Que Fou iuo^e par-là des compilations indi«:estes des écrivains de ^^"'"'^T"'^-
^ J O 1 1 fc) a Alexandre Sé-
IHistoire Auguste, Vopisque excepté. Les habitants de l'Afrique, vere jas^u ;. iva en ceignant le diadème aux deux Gordiens, leur donnèrent le pi.liu. surnom d'Africains, à cause du long séjour qu'ils avoient fait parmi eux, comme nous l'apprend Hérodien"; et non à cause de leur prétendue descendance du Scipion qui avoit illustré ce surnom.
Quoi qu'il en soit de cette opinion , il est certain que le père de Gordien I" étoit issu de la famille des Gracques , et que sa mère appartenoit à celle de Trajau. Plusieurs de ses ancêtres avoient été consuls; et son patrimoine étoit le plus riche que possédât un particulier. Aussi reçut-il l'éducation la plus soignée, et il y répondit par son assiduité au travail. Il composa, étant fort jeune, un poëme intitulé V yîntoniniade , dans lequel il retraçoit toutes les actions d'Antonin et de Marc-Aurele. Il parcourut rapidement tous les degrés par lesquels on parvenoit à Rome aux dignités les plus élevées ; et il acquit l'estime générale par ses vertus et par son désintéressement.
Mais ce qui rendit plus cher aux Romains Gordien le père, fut la magnificence qu'il étala pendant son édilité. Chacun ries douze mois (l'édilité duroit un an) il donna au peuple des spectacles. J'en retracerai ici quelques détails, afin que l'on connoisse les richesses immenses des familles jialricienDes, et la grande dislance des contrées qui contrihuoient à la pompe des jeux, ce * On y vit quelquefois combattre jusqu'à ciiîc[ cents couce pies de gladiateurs, jamais moins de cent cinquante; on fît pâte roitre eu un jour cent lions et léopards; un autre jour, mille
(() Capitol., »i 'Jorc/., V, 17. (2) l.ilj. VU, ij. ;3) Capitol., lU.
Successeurs il'Alexandfc' S
2i4 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.
cuAi. X « ours. On conserva long-temps le souvenir d'une forêt (le mot ce syha désignoit un spectacle clans le cirque, qui étoit alors v( le jusqu'à Tni- ccrcmoli d'arbres transplantés, sous lesquels étoient placés des
jonDocc. ^ ^ ^ \
i>i. un «animaux peu dangereux que les spectateurs forçoient à la « course et prenoient vivants), d'une foret qui renferinoit deux « cents daims, trente chevaux sauvages, cent brebis sauvages, ce dix élans, cent bœufs-à-bosse, trois cents autruches de Maucc ritanic peintes en rouge, trente ânes sauvages, cent cinquante « sangliers, deux cents chamois, et deux cents nanguers... On ce lisoit enfin dans Cordus que Gordien avoit donné pendant « quatre joins, dans toutes les villes d'Italie, et à ses dépens, ce les jeux scéniques, ou de ihéâtre, et les jeux de la jeunesse ce (institués en l'honneur de Jupiter Capitolin par Néron, quand ce il se fit raser pour la première fois ). » Lorsqu'on se rappelle que toutes les villes de l'empire romain avoient un amphithéâtre ou un cirque , quelquefois même tous les deux, et que l'on y faisoit mourir une multitude innombrable d'animaux féroces ou sauvages , amenés de toutes les parties du monde connu , on est loin d'être étonné du petit nombre de ceux dont les races subsistent encore , on est plutôt surpris de leur existence ; aussi ne les Irouve-t-on ordinairement que dans les contrées où les Romains n'ont jamais pénétré.
Gordien T' avoit épousé une petite-niece d'Antonin, Fabia Oreslilla, qui l'avoit rendu père d'ime fille, et d'un fils, Gordien II, qui étoit âgé de quarante-six ans lorsqu'il fut proclamé empereur avec son père. Ce fils de Gordien P' avoit de grandes connoissances en littérature, en jurisprudence, et il tenoit un rang distingué dans le conseil d'Alexandre Sévère, qui l'avoit nommé lieutenant de son père en Afrique. Le père , dont les mœurs étoient irréprochables , supportoit avec peine la dé-
SUCCESSEURS D'ALEXANDRE SEVERE. 2i5
baiiehe clans laquelle étoit ploogé son fils, et qui l'avoit rendu cur. x. cher à l'infâme Elao'abale. Malgré les reproches qu'il lui en fit , ,^"''''*","'"" , souvent, Gordien II vivoit avec vinoft-deux concubines, de cha- ^«e jusqu'à iVi
" jaii Decc.
cuue desquelles il avoit eu plusieurs .enfants : ce qui lui fit donner ,., ,„, le surnom de Priam et celui de Priape '.
Les meurtriers de l'intendant de Maximin accoururent à la maison de campai^ne du proconsul Gordien, qui fut effrayé en voyant cette multitude armée. Ils le rassurèrent en l'invitant à se laisser proclamer empereur avec son fils. En même temps ils jetèrent sur ses épaules un morceau de pourpre qu'ils avoient détaché d'une enseigne militaire. Alors Gordien repoussa leur demande; il se prosterna devant eux pour les supplier de ne pas lui imposer ce terrible fardeau. Mais ils le menacèrent de la mort, et l'assurèrent que ce refus occasioneroit aussi celle de son fds". Il céda à ces dernières raisons. L'Afrique entière reconnut pour empereurs les deux Gordiens, et leur donna le surnom d'Africains.
Le sénat et tout l'empire romain applaudirent à ce choix, en déclarant ennemis du peuple Maximin et son fils. Mais les Gordiens ne prirent pas les moyens propres à leur assurer l'appui des armées, qui étoient alors habituées à créer les empereurs. Un intendant de la Mauritanie, qu'ils avoient destitué, se mit à la têle dun grand nombre de soldats, et vint assiéiijer Cartilage, où résidoient les deux Augustes. Ceux-ci, n'ayant à lui opposer f[ue peu de troupes avec les habitants de cette ville , hasardèrent une bataille. Ce que l'on avoit pu facilement prévoir arriva ; l'armée des Gordiens fut mise en déroute; le père s'étrangla avec sa ceinture, craignant de servir au trionq)he du vaiu-
(i) Capitol., XIX. (a) llerotl., VUI, ii.
jan I)f
l'I. LUI
^.iG ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.
ciu. X. cjueiir; et le fils fut trouvé mort sur le champ de bataille. Ils Successeurs n'avoleiit rccrné (fue depuis le mois de mars 238 iusqu en juillet
l'Alexandro Se- & l I J 1 .)
.leju.fiu'., Ira- j(> jj, nicmc anuce , «ou plutôt, comme dit Hérodicn, Gordien « finit sa vie, qui a voit été heureuse jusque-là, dans une certaine « apparence de principauté, jj N" 1 Nous n'avons d'autres monuments de ces deux empereurs que
des médailles. Celles du père justifient la ressemblance que l'on trouvoit entre lui et Auguste dans un âge avancé ' ; son visage est long, maigre , le nez est légèrement aquiliu. On en voit ici, sous le n" i , planche LUT, une de bronze qui présente une tête couronnée de laurier, avec la légende YSlPerator CAlLSar Mardis ANTojims GORDIANVS A¥?vica77us AYGuslus. Revers, femme debout, appuyée sur un cippe, tenant une baguette et une corne d'abondance ; un globe est à ses pieds ; légende , PROVIDENTIA AVGG. {Augustorum), S. C. dans le champ.
N" 2. Les médailles de Gordien II, ou le fils, portent, du côté de
la tête, la même légende que celle du père; donc on ne peut les distinguer que d'après les traits du visage. Celui du fils est plus raccourci ; ce qui l'avoit fait comparer à Pompée ( cette ressemblance est incertaine ) ; il est aussi plus gros , comme l'étoit tout son corps. Enfin Gordien II est chauve par-devant. D'après cela, on lui attribue la médaille de bronze j^ravée ici sous le n° i. La tête, couronnée de laurier, est entourée delà même légende que celle du père. Revers, Rome assise, tenant une lance et une Victoire; légende, ROMAE AETERNAE; exergue, S. C.
(i) Capitol., Gord.jun., II.
Chap. X.
Successeurs
L 4. B ALBIN ET PUPIEN, dA^xanTeSe-
vere jusqu'à Tra-
E31PEREURS.
jan Dece.
Pi. Lin
Nous avons vu dans la vie de Maximin qu'après la mort des deux Gordiens , le sénat , loin de révoquer ses décrets contre Maximin , qui accouroit en Italie , à la tête d'une armée formidable, avoit procédé de nouveau à l'élection de deux empereurs , qui doivent être réunis dans un même paragraphe. L'un, Claudius Ralbinus, âgé de soixante ans, d'une naissance illustre , avoit été deux fois consul , gouverneur de plusieurs provinces ; il étoit d'ailleurs recommandahle par ses grandes richesses, par la connoissance des lois , et par une vie sans reproches ' ; l'autre , Maximus Pupienus % âgé de soixante et quatorze ans , sorti des rangs les j^lus obscurs , avoit obtenu par son mérite militaire toutes les dignités , et même le consulat ; ses mœurs pures et la sévérité de son caractère le faisoient aimer et craindre du peuple.
Cette élection eut lieu en avril ou en mai de l'an 238^ (ggi de Rome). A peine fut-elle connue du peuple, que, redoutant la sévérité de Pupien , il accourut au Capitole , où le sénat s'étoit assemblé extraordinairement, et demanda avec menace qu'on lui donnât un prince de la famille des Gordiens, dont le nom lui étoit si cher. En vain les nouveaux empereurs, entourés de chevaliers et de soldats^ voulurent-ils se rendre au palais; ils furent obligés de céder à la volonté du peuple. On amena un petit-fils de Gordien le père, qui portolt le nom de Gordien, et
(i) Herod., VII, 25. na'ircmcnt Pupienus, et les auteurs grecs,
(2) Les auteurs latins le nomment ordi- Maximits. (3) Eck. ,D.N. T., VII, 3o5.
2i8 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.
Chu.. X. qui étoit à peine âge de seize ans. On le conduisit au Capitole, hurccweurs ^^ j^ séuat lui donnft le litre de César. Cette condescendance
<l Alexandre sevré jusqu'à Ira- ramena la paix, de même que le premier décret des empereurs,
l'i un qui accordoit aux deux Gordiens les honneurs de l'apothéose. Ils s'occupèrent aussi du rétablissement des lois et de la réhabilitation des citoyens injustement condamnés et dépouillés.
Les fureurs de Maximin redoublèrent, lorsquil apprit cette nouvelle élection; et il pressa le siège d'Aquilée, dont la résistance opiniâtre (les femmes coupèrent leurs cheveux pour remplacer les cordes des machines de guerre) retardoit sa vengeance'. Le sénat chargea Pupien de la défense de l'Italie, et l'envoya avec des troupes d'élite combattre Maximin. L'absence de cet empereur fit naître dans Rome de grands troubles, que sa présence auroit prévenus ou bientôt apaisés. Une guerre civile s'alluma entre les soldats et le peuple'; une partie considérable de Rome fut brûlée; l'empereur Balbin fut même blessé en voulant apaiser la sédition. Elle ne cessa qu'à la vue du César Gordien, que l'on revêtit de la pourpre, et qu'un homme d'une haute stature porta au milieu des combattants. Les ineurtres de Maximin et de son fils rendirent le calme à l'Italie. Le sénat envoya une députation nombreuse au-devant de Pupien , qui se réunit à son collègue et au jeune César. Les empereurs gouvernèrent avec une harmonie parfaite , et les Romains espéroient des jours heureux. Mais la jalousie que les prétoriens conçurent contre le sénat causa leur ruine. Un historien cité par Cajîilolin^ compa- ^ roit à Caton le sévère l'économe Pupien, et à César le généreux
Balbin.
Lorsque les prétoriens et les autres troupes de l'armée de
;' (i) Capitol, Maxim. Jun. , VII. (2) Ibid. , Maxim. Balb. , IX. (3) Ibid. , VU.
Maximin entrèrent dans Rome, après leur soumission, on dit cuap. x. dans le sénat : « Telle est la conduite des princes dont rélévalion „ ,^,'"""'^f^'"\ , « est le résultat d'un chpix réfléchi et judicieux! telle est la fin vcrejusquaTia-
jan Dece.
« de ceux qu'ont élevés des audacieux et des hommes dépour- p, l,ii €c vus de lumières' ! 35 Ces paroles imprudentes semblèrent être le signal de la mort des empereurs. Les prétoriens, se trouvant déjà humiliés de n'avoir point eu de part à l'élection des successeurs des Gordiens et de Maximin, se soulevèrent, forcèrent la garde du palais, se jetèrent avec fureur sur les deux empereurs, déchirèrent leurs vêtements , les traînèrent nus hors du palais pour les conduire dans leurs camps. Mais, apprenant que d'autres troupes accouroient pour les défendre, ils les firent mourir, abandonnèrent leurs corps sur la voie publique , et emmenèrent le jeune Gordien, qu'ils proclamèrent Auguste. « Tel fut, dit «Hérodien% la mort (attentat exécrable!) de ces vieillards «vénérables et dignes de mémoire, qui avoient été élevés à ce l'empire par leur naissance et par leurs glorieux services. » Ils n'avoient régné que trois mois.
Les n° 3 et 4 de la planche LUI présentent la face et le profil n» 3, 4, et 5. d'une tête de bronze de Balbin, qui est conservée dans le musée du Vatican, et qui a été trouvée dans la Vigna Casali, sur la voie Appienne^ La médaille de bronze du n" 5 en prouve la ressemblance. On y lit autour d'une tête couronnée de laurier cette légende, JMVerator CAES^r Bec/us CAELius BALBINVS A.YGustus. Revers, dans une couronne de laurier, VOTIS DECENNALIBVS S. C. Tous les dix ans le sénat et le peuple formoient des vœux solennels pour les empereurs; et des médailles étoient frappées au commencement de chaque période.
(i) Ma.vim. BalL, XHI. (2) Lib. VIII, 21. (3) Mus. l'io Clan., VI.
220 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.
f.iAP X. La face et le profil d'iia buste colossal de Pupien sont gravés
Sur('i;s,seurs (l'Alexandre S' vere j jan I)i((
, ici sous les n" 6 et 7. Ce buste étoit placé sans désignation dans ws,|nàTra- [q cliûtcau dc Riclicllcii , où Visconti le reconnut pour celui de
f-VV.
Il un. Pupien. li le fit transporter dans le musée royal ; il y est conservé N" <N 7i -^i 8 sous le n" 60. On trouve dans la collection de la villa Albani une statue en marbre de Pupien'; elle faisoit jadis partie de la collection Yerospi, et on Fa vu pendant quelques années dans le musée de France, avec le n" 18. Elle est gravée dans le recueil de Guattani'. La ressemblance de ces deux marbres est prouvée par la médaille de bronze du n" 8. On y lit, autour d'une tête couronnée de laurier, JMPerator CAES<2r Maisons CLOdiiis PVPIENVS AYGustus. Revers, Victoire tenant une couronne; lécvende, VICTORIA A.Y GGustorum. S. C,
§. 5. GORDIEN III ou PIE, EMPEREUR, ET SON ÉPOUSE TRANQUILLINE.
Si Gordien Pie avoit eu pour mère, comme Alexandre Sévère, Marnée, c'est-à-dire uue femme qui entourât son fils des plus sages conseillers , sa mémoire serait sans tache ; mais il n'eut pas ce bonheur. Sa mère , préposée à son éducation , ne plaça autour de lui que des hommes vils , qui vendirent les dignités en son nom, et qui se réunirent pour le tromper .
Petit-fils de Gordien l'Africain père (soit par une fille, soit par Gordien le second Africain), Gordien étoit élevé dans l'obscurité, lorsque le peuple romain demanda avec emportement qu'il fût créé César, conjointement avec les Augustes Pupien et
(0 Winckel., Monum. ined., tratt. prel, (2) Ann. 1787. Maggio.
p. loi. (3) Capitol., (jO/-J., XXII.
Ralbin, Tan 288 (991 de Rome). Reconnoissant des dangers aux- cha^x. quels s'étoient exposés les deux Gordiens pour délivrer l'empire j,^^"'""'''*"'^' de la tyrannie de Maximin, le peuple voulut voir sur le premier vere jusqu'à xm-
jan Dece.
degré du trône le descendant de ses défenseurs. Celui-ci n'étoit ,,, liv âgé que de onze, de treize, ou au plus de seize ans; car on trouvoit ces différentes époques dans les écrivains contemporains, selon Capitolin ' ; de même que l'on liésitoit sur sa filiation : tant étoit grande la négligence avec laquelle on avoit écrit l'histoire, après Dion!
La nicnae aunée qui vit Gordien déclaré César lui vit placer sur le front le diadème, après le meurtre de Pupien et de Balbin. Les prétoriens, qui avoient assassiné ces deux respectables empereurs, parcequ'ils avoient été choisis par le sénat et non par la milice, cherchèrent le moyen de se soustraire à la vengeance du peuple, et en même temps d'exercer le droit qu'ils s'étoient arrogé de donner un maître aux Romains. La présence du jeune César, revêtu des ornements de sa dignité, et porté par un homme d'une très haute stature, avoit déjà apaisé une sédition. Ce fut encore la présence de Gordien, revêtu de la pourpre impériale par les prétoriens , qui les réconcilia avec les habitants de la capitale. Le sénat et toutes les provinces applaudirent à cette élection, dans l'espoir de goûter le repos qui les avoit fuis depuis la mort d'Alexandre, Cette attente ne fut remplie qu'à l'égard des ennemis extérieurs, qui suspendirent leurs attaques contre l'empire.
Le mariage de Gordien avec Tranquilllne, célébré l'an 241 (994 de Rome), apporta un grand changement dans le gouvernement de l'empire. Le père de cette impératrice, appelé Timi-
(1) Gord.,XXU.
101 TCONOCRAl^HTE ROMAINE. Part. IL
cmm-, X. sitlicc (adorateur des dieux), ou Timcsiclès, selon Zosime',
sucrcssrr.rs plutôt q,ie Mlsilliéc ((jui liait les dieux), comme on lit, contre
ven jusqu'à Tra- toutc vraiscmblancc , dans Capitolin ' , ctoit un homme renommé
jan Déco. . ,, , - -Il
i>i j IV pour sa science , son éloquence , et la sagesse de ses conseils dans la paix comme dans la guerre. Gordien le nomma préfet des prétoriens, l'appela son père, exigeant aussi qu'il l'appelât son fils; et il suivit avec docilité toutes ses leçons. Les favoris furent éloignés delà cour,d'lial)iles généraux placés à la tète des armées, et la discipline militaire fut rétablie.
Assuré du dévouement des soldats, Gordien ouvrit le temple de Janus l'an 242^; et c'est la dernière fois que les historiens font mention de cette cérémonie, célèbre dans les premiers siècles de Rome. Il quitta la capitale pour combattre les Perses. Leur roi, Sapor, fils d'Artaxerxès (Ardchir), fondateur de la dynastie des Sassanides, avoit rassemblé une armée formidable, s'étoit emparé de la Mésopotamie , d'une grande partie de la Syrie , menaçoit même Antioche, et répandoit la terreur non seulement dans tout l'Orient, mais encore dans l'Italie. Gordien, en traversant la Thrace, combattit et vainquit les Sarmates et les Goths; mais les Alains lui firent subir un échec dans les champs de Pliilippes en Macédoine, ou près de Philippopolis dans la Thrace\ Arrivé en Asie, il attaqua les Perses, les vainquit, et les obligea d'abandonner la Syrie, la Mésopotamie, et leurs autres conquêtes. Le sénat, instruit de ses succès, ordonna par un décret solennel que Gordien jouiroit des honneurs du triomphe, monté sur un char traîné par quatre éléphants (Capitolin^ donne à entendre que cet attelage étoit réservé aux triomphateurs des Perses) ; et que Timésiclés jouiroit aussi des honneurs
(i)Lib. I. (3) Capitol., Gorrf., XXXIV.
(2) 6VJ.,XXIir. (4) Ibid., XXVII.
SUCCESSEURS D'ALEXANDRE SEVERE, ii3
du triomphe, mais seulement monté sur un char attelé de quatre ch*... x. chevaux. ,, '"'^•^"^'1-
(I Alexandre Se-
Ce saffe conseiller de Gordien put à peine connoitre les témoi- vf -e jusqu'à Tra- " ri j.,„ Dp,.,.
gnages de la reconnoissance du sénat, car il mourut l'an 243; n. liv. soit d'une maladie, soit, comme on le crut généralement, par la perfidie d'un Arabe , appelé Philippe, qui succéda depuis à Gordien. Cet homme, qui s'étoit avancé dans la carrière militaire jiar sa valeur, fut nommé, par l'empereur, préfet du prétoire, à la place de Timésiclès. Parvenu à la première di^juité de l'empire, Philippe éleva ses vues jusqu'au trône. Il employa le crédit dont il jouissoit personnellement dans la milice, et celui que lui donnoitsa dignité, à dominer et à éteindre Tainour des soldats pour Gordien. Il représentoit qu'il étoit honteux pour eux d'être commandés par un chef à peine entré dans l'adolescence. En même temps il les conduisit à travers des pavs déserts et stériles, et il empêcha tous les convois de parvenir à leur destination. Les soldats irrités se révoltèrent contre Gordien, et élurent Philippe empereur.
Tous les historiens, Capitolin excepté, disent seulement que Philippe, devenu empereur, fît mourir Gordien l'an ^44 f997 de Rome ) , et qu'il écrivit au sénat qu'iaie maladie avoit conduit ce prince au tombeau. Quoique l'on trouve dans l'histoire des faits vrais qui ne sont pas vraisemblables, et sur-tout à l'époque des temps de trouble que je décris; quoique plusieurs écrivains modernes aient cru devoir rejeter comme luie fable le récit de Capitolin; cependant Montesquieu" , qui connoissoit si bien le cœur humain, l'a adopté. Selon Capitolin', Gordien auroit imploré la protection des soldats, auroit reproché à Philippe son
(i) Giaiidcnr (les Romains, c. Wi. (2) Cord. ,WX.
224 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. IL
ciiM. X. ingratitude; et, voyant l'immobilité des auditeurs, il auroit aA^iëxanchr'L ^cmaudé d'abord à être son collègue, puis à porter seulement vercjusquàTm- Ictïtrc dc Ccsar. Il se borna ensuite à demander d'être préfet du
jan Dcnf.
PI i,iv prétoire, et enfin il parla pour qu'on lui conservât la vie; ce qui lui auroit été refusé par les cliefs de l'armée, dévoués à Philippe.
Telle fut la fin déplorable du troisième empereur du nom de Gordien, qui jiérit âgé d'environ vingt ans, après un règne de moins de six ans.
On ignore s'il laissa des enfants de son épouse Trauquilline; mais l'on est certain qu'il n'y eut point un quatrième Gordien empereur, malgré tous les efforts que fit en lôgS le savant abbé Dubos' pour faire prévaloir cette opinion, opinion qui fut victorieusement combattue par Galland', le célèbre traducteur des Mille et une Nuits.
Le sénat ajouta, ou parut ajouter foi au récit de Philippe. Il accorda à Gordien Pie les honneurs de l'apothéose. Philippe, cherchant à diminuer l'horreur de son forfait, permit que les soldats lui élevassent sur les frontières de la Perse un tombeau que l'on apercevoit de fort loin , et qui subsistoit encore sous le règne de Julien; comme l'atteste Ammien Marcellin\ témoin oculaire.
]N 4 et 5 Capitolin ^ fait de ce prince un portrait avantageux ; il dit qu'il
étoit beau, d'une figure et d'un abord très agréables. Ses médailles, qui sont en aussi grand nombre que celles des deux premiers Gordiens, sont rares. Elles confirment ce témoignage. On en voit ici sous le n° 4, planche LIV, une de bronze sur laquelle paroit sa tête nue, sans barbe , avec la légende Marcus A^Tojiius
(i) Histoire des quatre Gordiens, 1696, (2) Lettre touchant les quatre Gordiens,
in-i2. 1696.
(.3) Am. , lib. XXIII, 5. (4) Gord., XXXI.
SUCCESSEURS D'ALEXANDRE SEVERE. ii5
GORDIANVS CAES«r. Revers, les instruments des sacrifices, chap x avec la léiiende PIETAS AYGGustorum, et rexemue S. C. Sur ,,.^™^"" . le médaillon de bronze du n° 5 est crravé le buste de Gordien III, ve, e jusqu'à t™-
^ jan Dece.
couronné de laurier, armé d'une lance et d'un bouclier, avec la fi. uv légende IMVerator GORDIANVS PIVS FELIX AYGustus. Revers, un ampbitbéâtre dans lequel combattent un taureau et un éléphant , avec la légende MVNIFICENTIA GORDIANI AY Giisti.
Il paroît que les numismatistes ont donné à Gordien III le surnom de Pic, PiuSj parcequ'on le trouve constamment sur ses médailles latines depuis l'an i3g', tandis qu'on ne le yoit point sur les médailles latines des deux Gordiens.
Lorsqu'en 1792 le prince Marc- Antoine Borghese fit faire des n leia. fouilles dans l'antique territoire de Gàbies , on découvrit le précieux buste de Gordien, c|ui est conservé aujourd'hui dans le musée royal, sous le u° 2, et qui est dessiné ici sous le n° i. Visconti le reconnut d'après les médailles nombreuses de cet empereur, et le décrivit dans ses Monumenti Gabiui'. Sous le n° 1 est dessiné le profil. En voyant ce buste, dont les bras et la main gauche anticjues sont conservés (les bustes qui ont des bras antiques sont extrêmemeut rares), on pourroit le prendre ])Our un fragment de statue; mais le marbre (de Luna, aujourd'hui Carrare) est fouillé par-derriere, comme les autres bustes cjue l'on cherchoit ainsi à rendre moins lourds. Gordien tient de la main gauche \e parazoniiim (épée de commandement); et il tenoit prol)ablcment de la droite, qui n'a pu être retrouvée, un globe ou une Victoire. Sa tête est nue; il est revêtu d'une cuirasse travaillée sous la forme d'écaillés, et du paluilanwTitum
[i) Tav. XIV, p. 46.
ii6 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. IL
<;iiA,. X. (chlamyde pourpre des généraux). La beauté du travail égale la rareté du monument. On en voit le profil au n° i. Le n" 3 présente un beau camée sur lequel est gra\ 1-1 Mv, Il fait partie de la collection d'un amateur anglois.
Sucfesseiirs il Airxaiulre Si
veieiusi|uV,T.a- Lc u" 3 préscBlc uu bcau camée sur lequel est ffravé Gordien III.
iN- ^.
Tranquillise ( S abiivia Tranquillisa) eut pour père le vertueux, le sage Timésiclès, qui rendit de si grands services à l'empire; comme nous l'avons vu dans la vie de Gordien III, empereur, qu'elle épousa l'an i^i ' (994 de Rome). C'est là tout ce que nous apprend l'histoire sur cette impératrice, dont le nom se lit dans Eutrope' seul ; mais dont la tête est jointe à celle de son mari sur leurs médailles grecques. On ignore si elle le rendit père. ^° 6 Sa tête, coiffée du diadème, est gravée surla médaille de bronze
du n" 6, avec la légende SABINIA TRANQVILLINA AVGusta. Revers, une femme debout, tenant un caducée et une corne d'abondance, avec la légende FELICITAS TEMPORVM, et S. C. clans le champ.
§. 6. PHILIPPE V'\ ou PERE, ET OTACILIA SEVE.RA SON ÉPOUSE.
Les écrivains du siècle de Constantin ont donné à entendre qu'Alexandre Sévère étoit chrétien; mais qu'il ne paroissoit tel que dans l'intérieur de son palais. Ils ont dit la même chose de Philippe P% cependant avec plus d'assurance, \oici comment s'exprime sur ce sujet le savant et religieux Eckhel": «Philippe
(i) Capitol., Gord., XXVIII. (2) Lib. IX, 2. (3) D. N.V., VII, 327.
« avoit fait mourir son bienfaiteur Gordien ITI , et par cette per- c,,,, s-, «fidie il s'étoit emparé du trône. Némésis , qui conservoit le J'^^^^-^<''>"'
i ' ^ d Alexandre Se-
« souvenir de ce crime odieux , lui fit subir le même sort. Si l'on verejusqu à iva-
jan Decc
«retranche ce forfait, le reste de sa vie paroît avoir été exempt p, jy « de blâine. Plusieurs des anciens écrivains , entre lesquels on «compte des saints pères, ont assuré qu'il étoit chrétien. Je ne « traiterai point cette question , parcecju'elle n'entre point dans «le pian de mou ouvrage, parcequ'elle a occupé Jes écrivains «de l'histoire ecclésiastique, Tillemont en particulier; et parce- « que les médailles de Philippe T', jDrésentant toujours les images « des fausses divinités, témoignent plutôt en faveur de l'opinion «contraire. 5)
Philippe F' (Marcus JuHus Philippus) étoit Arabe, né dans la Trachonite , selon Victoj^- ', ou dans la colonie de Bostra , qui appartenoit à l'Arabie proprement dite, selon Zonare\ On ne sait rien de son origine, ni de sa vie avant l'épocjue où il fut nommé préfet du prétoire, l'an 24^; si ce n'est que son père avoit été un chef de voleurs très célèbre {pâtre nohilissimo latronuni ductore^ dit le jeune Victor^). Zosime, parlant de Philippe I", dit aussi que les Arabes étoient la plus méchante des nations (£?, Apaémç £0vouç x^^9^^™^)« Combien est ancienne cette horde d'Arabes qui ne vit que de vols et de pillages, et chez qui les chefs ou les plus hardis voleurs sont honorés ?
On doit croire f\\\e Philippe avoit parcouru avec succès tous les grades de la milice, puisque Gordien 111 le nomma préfet du prétoire, après la mort de Timésiclès, père de l'impératrice, et celui qui gouvernoit sous le nom du jeune empereur. Si l'on en croit Capitolin'', Philippe fut l'auteur de cette mort. 11 avoit des
(i) C«;s.,XXVlll. (2) Lib.XII, 19. (3) £/j(V., XXVIII. (4) Gortf. , XXVIII.
■iiS ICONOGRAPHIE ROMAINE. Paut. II.
ci.A,.. X. raisons puissantes de craindre un juste ressentiment de la part su.tcsseuis jg Timésiclès: et il en prévint l'eifet en lui faisant donner un
«1 Alexaiiilre Se- '
v..ci..s,,i.aT,a- breuvage contraire à la maladie dont il étoit atteint. Ce ne fut
jaii Dcrc. "
PI j V pas sou plus grand crime : il n'avoit immolé Timésiclès que pour abattre la seule barrière qui le séparoit du trône; et il portoit ses vues plus baut. Devenu le conseiller intime de Gordien, il s'occupa à l'entraîner dans les plus fausses démarcbes , et en même temps à le rendre odieux aux soldats. Il les conduisit dans des contrées incultes ou dévastées ; et il empêcba les convois de suivre les armées , en les égarant à dessein; ce qui les irrita contre Gordien. Alors des officiers vendus à Pliilippe représentèrent aux soldats que l'empereur ( âgé seulement de vingt ans) étoit trop jeune pour soutenir le fardeau de l'empire, et qu'il falloit le remplacer par un bomrçe blancbi sous les armes et dans le conseil, tel que Philippe.
Capitolia dit que ce monstre d'ingratitude se fit d'abord déclarer empereur par les soldats irrités, et collègue de Gordien en qualité de son tuteur. Nous avons vu dans la vie du jeune prince le récit de cet événement tracé par le même historien; nous rappellerons seulement ici que tous les autres écrivains disent seulement que Philippe fit mourir l'infortuné Gordien, et qu'il lui succéda l'an 244 (997 de Rome).
Après qu'il se fut adjoint, en lui donnant le nom de César, sou fils, âgé seulement de sept ans, il écrivit au sénat pour lui annoncer la mort de Gordien III, qu'il attribuoit à une maladie; et son élection, en lui demaiidant son approbation. Il l'obtint du sénat, qui feignit de croire naturelle la mort de Gordien , et qui lui fit rendre les honueius divins. Philippe profita de la victoire que l'armée de ce malheureux prince venoit de remporter sur les Perses , près de l'Euphrate ; il conclut la paix avec
leur roi Sapor, et ramena les troupes romaines clans la Syrie. c,,,,. x. Pour éterniser son nom, il fonda, près de cette province et ,, *"'""'*r"'l,
<■ ' ' i- i il Alexandre Se-
près de Bostra, dans la Traclionite (appelée quelquefois Arabie), vere jusqu'à Traune ville, qu'il nomma Pliilippopolis ', et dans laquelle il fit n i,v frapper entre autres médailles probablement celles de son père Marinus , comme l'a judicieusement conjecturé M. ïoclion d'Annecy \
Arrivé à Rome , Pbilippe cbercha par sa douceur à se concilier les sénateurs, et les soldats par ses largesses. Pour pallier le meurtre de Gordien , son bienfaiteur, il en parla toujours avec respect et ne détruisit point ses monuments. Il repoussa loin du Danube, en 245, les Carpes (peuple scytbe ou gotli), qui avoient fait une incursion dans les contrées qu'il arrose ; depuis lors il porte, ainsi que son fils, sur les médailles, les surnoms de Germaniciis Maximus , et de Carpicus Maximus. Enfin, l'an 247, il donna à spn fils le titre d'Auguste, avec la puissance tribunitienue.
L'an 248 de l'ère vulgaire forme dans l'bistoire de Rome et dans celle de Philippe V une époqiie remarquable; il correspond à l'an îooi de la fondation de la ville éternelle. Les deux empereurs célébrèrent dans cette année, avec la plus grande pompe, des jeux qui étojent à-la-fois séculaires et millénaires : c'étoit au i" avril de l'année précédente 247 qu'avoit commence la millième année, et elle avoit fini au même jour de 248. Les rlironologues ont émis des opinions contradictoires sur l'époque de ces jeux millénaires; les uns l'ont avancée dune, même de deux années; Cassiodore seul l'a reculée d'un an : mais Ecklicl et la plupart des cbronologues ont [)roiivé, par \c témoignage
(i) Zon., XII, ig; Vict., Cœ5.,XXVII[. {">■) Mcumires sur les médailles de Marinus
(3) D. X. V. , VII, 324. et de JvtajiianiL;, i S i 7.
23o ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.
ci.A... X irrécusable des médailles , que l'on doit assigner l'an 248. Au- Hucesseurs (^.^jj^g jg cellcs dc Pliiliope antérieures à cette année n'a rapport
il AloxaiiJre Sô- ' ' '
vce jusqu'à Trn- j^x jcux nilllénaircs j taudis que l'on en trouve un grand nombre
jnii Decc.
PI jv, qui sonX relatives à ces jeux , et qui présentent le troisième consulat de Philippe père joint au deuxième de sou fils; or cette réunion appartient exclusivement ^ l'an 248. La durée de ces . jeux, ([ue Philippe fit célébrer seulement après les mille ans accomplis, fut « de trois jours et de trois nuits, sans que le «peuple se livrât au sommeil, dit S. Jérôme '. »
La durée non interrompue de ces jeux est pour iunsi dire moins remarquable que le nombre et l'espèce des animaux qui y parurent. Je vais en donner l'énumération pour suppléer à la disette des faits mémorables dans cette période de l'histoire romaine , quoiquon en trouve une semblable dans la vie des deux premiers Gordiens'. Le troisième empereur de ce nom avoit fait rassembler à Rome un graud nombre d'animaux pour la célébration de son triomphe sur les Perses, triomphe qui ne put avoir lieu à cause de sa mort prématurée. Philippe les fit paroître dans le cirque aux jeux millénaires, et il en donna une partie aux spectateurs; le reste fut immolé aux plaisirs du peuple. Trente-deux éléphants, dix élans, dix tigres, soixante lions, et trente léopards apprivoisés , dix hjenes , im hippopotame , un rhinocéros , dix lions blancs (d'une couleur moins foncée^ , dix ofirafes , vingt ânes sauvages, quarante chevaux sauvages, et un nombre incalculable d'autres animaux de toute espèce. Enfin l'on vit combattre dans ces jeux mille couples de gladiateurs qui appartenoient au domaine public.
Alexandre Sévère avoit eu le dessein de supprimer les lieux
^i) Hier., in Chron. Eusebil. (2) Capitol. , Gorrf. , XXXIII.
d'Alexandre Séa Tra-
SUCCESSEURS D'ALEXANDRE SEVERE. 23i
infâmes où des hommes achetoient du fisc le droit de se prosti- chap. x. tuer à la lubricité publique; «mais il craiajnit, dit son historien successeurs ce Lampride ', de rendre plus violentes les passions que l'on se- ^f-^ejîisquà «roit forcé de contraindre; car les hommes sont entraînés pliis v\.\a-. «violemment vers les objets défendus, et les recherchent avec « fureur. » « Philippe, plus hardi , exécuta le projet d'Alexandre ; ce ce qui lui attira l'estime générale , dit Victor % qui écrivoit ce dans le quatrième siècle, sous les empereurs chrétiens; mais ce cette prohibition n'a plus d'effet. » Cependant on ne trouve aucune preuve qu'elle ail été entièrement révoquée; ce que la pudeur publique dut à la fermeté de Philippe.
Des révoltes, occasionées par la famine et par les exactions des officiers de l'empereur, éclatèrent dans plusieurs contrées l'an i^g. Dans l'Orient, Jotapien revêtit la pourpre, mais il fut bientôt mis à mor^. Les troupes de la Mœsie et de la Pannonie se soulevèrent eu même temps , et placèrent le diadème sur la tête de Publius Carvi'lius Marinus, officier subalterne ^ Effrayé de la révolte des armées de Pannonie , Philippe demanda aux sénateurs de l'aider à l'apaiser, ou de le décharger du fardeau de l'empire , s'ils croyoient qu'il fût au-dessus de ses forces. Un silence général fut la seule réponse du sénat. Decius (qui, devenu empereur, fut appelé Trajanus Decius) prit enfin la parole, et dit que l'on avoit tort de redouter les entreprises de deux hommes aussi peu recommandables que Jotapien et Marin, et qu'ils succomberoient à cause de leur incapacité. Il les avoit bien jugés, car ils furent bientôt vaincus et mis à mort.
Cependant PhiUppe chargea de les poursuivre le même Decius, qui s'en défendit long-temps. Les soldats révoltés ne trou-
(.) LU). SXIV. (a) /»/Cœs., XXVIII. (3) Zosini., I.
jon D(
i3i ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.
ciru. X, vereiit d'autre moyen d'éviter une juste punition qu'en élisant «.iceosseuis empereuF celui ciui étoit envoyé pour les faire rentrer dans le
■l'AlcA.indre Se- 1 •■ J l
veic jusqu'à Tra- devolr: lô crojànt d'aiUeurs digne derégner et capable de vaincre Pliilij)pe. llecius opposa aux soldats une vive résistance; et il ne se rendit, selon Zonare , cpùen'voyant les épées tirées contre lui. Il écrivit sur-le-champ à Philippe pour lui annoncer la violence qu'on lui avoit faite , et pour l'assurer qu'arrivé à Rome , il déposeroit la pourj^re et le diadème. Mais celui-ci, croyant apercevoir dans cette assurance un piège et un moj en employé pour l'entretenir dans l'inaction , sortit de Romp avpr ses troupes, y laissant seulement quelques prétoriens avec son fds. Arrivé à Vérone, il livra bataille à Decius, la perdit, et fut tué. Son fils le fut aussitôt à Rome par les prétoriens.
Philippe avoit régné environ six ans , étant mort Tan 249 (loo-?, de Rome). On ne sait rien de précis sur son âge : la chronique d'Alexandrie ne lui donne que quarante-cinq ans; mais Zosime parle de sa foiblesse, suite de son grand âge.
Les deux portraits de Philippe père , gravés sur les médailles de la planche LV, sont les meilleurs qui nous soient parvenus; c'est pour ce motif qu'on les a choisies de préférence à celles qui sont relatives aux jeux millénaires. Sur le médaillon de bronze du n° 1 le buste de Philippe, couronné de laurier, est entouré de la légende IMÏ^erator CAESar Marcus YVLiiis PHI- LIPPVS AYGustas. Revers , l'empereur debout , en costume militaire ; à ses côtés deux porte-enseignes et un prétorien : légende, Vontifex M^aximus TKibiuiàia Voiestas COS. [consul) Vater Vatriœ.
K'-î Même buste et même légende sur la médaille de bronze du
rf 1. Revers, femme debout, tenant de la main gauche une corne d'abondance, des épis de la droite; dans le champ, un
boisseau plein dVpis, avec les sigles S. C. ; légende, ANNONA chap. x. AVGusti ( distribution de blé au nom de l'empereur). dAl"xar^""sé-
vere jusqu'à Trajan Dece.
Otacilia Severa fut l'épouse de Philippe I", comme nous le p' lv. lisons dans les inscriptions et sur les médailles. D'ailleurs l'histoire ne nous apprend rien d'elle, sinon qu'elle laisse entrevoir que cette impératrice étoit chrétienne".
La médaille de bronze du n° 3 présente le buste de l'impéra- n» 3. trice , avec la légende MARCÏA OTAClLz^^ SEVERA AYGusta. Revers, femme debout, élevant la main droite et tenant une corne d'abondance; légende, PIETAS AVGVSTAE; les sigles S. C. dans le cliamp.