JUSQUE FJ LÉ RIEN
¥. JNous sommes arrivés à une époque, dit Eckhel ', où les noms w- lvi. ce des empereurs sont en plus grand nombre que les années pence dant lesquelles ils en ont porté le titre.» On ne peut assurer que cette multiplicité de noms ait contribué (ce qui est du moins vraisemblable) à l'obscurité qu'on observe dans les écrivains qui ont retracé l'bistoire du troisième siècle; mais cette obscurité est telle, que les noms, les personnages mêmes, sont confondus : tels sont Pupien, appelé aussi Maxime; Balbin, les Gordiens, Marinus, Pacatieu, et Jotapien. Que sera-ce donc dans ce chapitre, où, abandonné par le dernier des écrivains contemporains, Hérodien, et par les auteurs de l'Histoire Auguste, je n'aurai plus pour guides qu'Eutrope, les deux Victors, Zosime, Orose, et Zonarc!
Une nouvelle difficulté arrête encore la marche de celui qui écrit l'histoire romaine à cette époque. Postérieurs au troisième siècle, les écrivains qu'il doit consulter ont été animés les uns par un zèle fervent pour le christianisme, qui s'élevoit déjà près du trône, les autres, par leur attachement au paganisme, dont la nouvelle religion ébranloit les autels. Chacun d'eux a peint
(1) Doctr. Num. Fe/., VII, 35o.
PI LVI
240 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. IT.
cixv. XI. les empereurs avec des couleurs favorables à ses opinions. Pour vajanDece 7;Qsime, Traion Dece est un prince accompli: c'est un monstre
;s successeurs ' .1 1 l
jusqu'à vaierien. jg cruauté pour Ics chrcticns, qu'il persécuta. Dioclétien est de même représenté sous deux points de vue opposés ; et, pour des raisons contraires, on trouve dans Constantin deux hommes de caractère différent.
Les empereurs avoient partagé jusqu'alors avec d'autres personnages le titre d'Auguste et la puissance tribunitienne, qui dans l'origine avoit apartenu à plusieurs tribuns; mais devoit-on s'attendre que le titre de souverain ^ontïie , ponti/éa: maximus , seroit donné à deux personnes? Dion', mort sous Alexandre Sévère, assure qu'il appartenoit toujours à un seul des Augustes. Cependant Pupien et Balbin, qui régnoient conjointement, le prirent chacun sur ses monuments, et ils furent imités par plusieurs de leurs successeurs, Philippe jeune, Volusien, Carin, etc. On vit même trois souverains pontifes régner en même temps , Galère Maximien, Constantin, et Licinius'. Le nombre sera plus grand encore si l'on y ajoute ceux qui dans les provinces se firent déclarer empereurs, et qui joignirent au titre d'Auguste celui de souverain pontife.
La décadence des arts avançoit avec rapidité; et, comme il arrive toujours à cette époque dans toutes les contrées, ne pouvant plus atteindre à l'excellence de l'art, ou attacha un grand prix à la difficulté du travail. On employa le porphyre, pierre extrêmement dure et incomparablement plus longue et plus difficile à travailler que le marbre. Le premier buste de porphyre que nous ayons vu est celui de Philippe jeune. C'est au troisième siècle qu'il faut rapporter l'emploi habituel de cette
(1) Lib. LVII, 17. (2) Euseb., Hist. eccles., VIII, 8.
pierre. 11 est douteux que les Grecs et les Romains l'aient tra- ch^p. xi vaillée avant cette époque, qui se trouve être celle de la décadence '^"^^ °"*
1 1 ' i et ses successeurs
des arts du dessin. Mais les Egyptiens ont certainement travaillé j^'q"^' vaiénen. de tout temps le porphyre , qui forme une partie des rochers qui séparent la mer Rouge de la Méditerranée.
§. I. TRAJAN DECE, ET ÉTRUSCILLE SON ÉPOUSE.
Caius Messius Quintus Trajanus Decius ( appelé communément Trajan Dece , ou seulement Dece ) fut le premier des princes qui , sortis en grand nombre de ITlIyrie, obtinrent ou usurpèrent le titre d'Auguste. C'est dans cette région, placée entre le Danube, la Grèce, et l'Adriatique, que naquit Dece, près de Sirmich, bourg de la Pannonie inférieure. Zosime ' , zélé j^artisan du polythéisme, semble n'avoir donné de grands éloges à cet empereur que parccqu'il avoit persécuté les chrétiens; ou peut croire cependant qu'il a seulement exagéré des faits réels. Il dit que Dece étoit recommandable par sa naissance et par la dignité de sénateur, dont il étoit revêtu, lorsqu'en 249 (1002 de Rome) Philippe fit connoître au sénat la révolte de Jotapien et de Marinus.
On ignore tous les détails de la vie de Dece jusqu'à cette époque. Seulement le jeune Victor' dit qu'il étoit courageux, habile dans l'art militaire, d'un commerce doux et facile; qu'il étoit très instruit, et qu'on admiroit en lui toutes les bonnes qualités. Vopisque^ dit aussi que sa vie et sa mort rappeloicnt les temps anciens.
(1) Lib. I, ai. (2) Epiiom., XXIX. (3) In Aurelinno, XMI.
1(^1 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.
Chai.. XI. Nous civons VU (îans la vie de Philippe que Dece cliercha à
TrajanDece rassuFcr Ic séuat cffravc par le tableau des révoltes que cet émet ses successeurs %) t. j.
jusqu'à vaiciien. pereuF nicttoit sous ses yeux. Il annonça que les règnes des généraux révoltés seroient très courts , et qu'ils périroient bientôt de la main de leurs propres soldats. Philippe l'envoya pour les combattre; mais les armées, craignant d'être punies de leur révolte, firent mourir Jotapianus et Marinus, puis elles offrirent la couronne à Trajan Dece. Celui-ci la refusa plusieurs fois, jusqu'à ce que les soldats le contraignirent l'épée à la main à l'accepter, l'an 249. Son premier soin fut d'instruire le sénat de la violence qu'il avoit soufferte, et de lui annoncer qu'arrivé à Rome il déposeroit la pourpre. Mais Philippe, qui lui-même avoit trahi ses serments vis-à-vis de Gordien Pie, n'ajouta point foi aux promesses de Dece, marcha contre lui, et livra bataille auprès de Vérone. La fortune lui fut contraire; il périt dans la mêlée; et, à la nouvelle de ce désastre, son fils fut tué à Rome par les prétoriens.
Trajan Dece fut aussitôt reconnu empereur par le sénat. Il déclara Césars les deux fils dont Etruscille l'avoit rendu père , Herennius Etruscus et Hostilien. Pendant son règne, les chrétiens furent persécutés, en haine, disent Orose, Eusebe et S. Jérôme, de Philippe son prédécesseur, sous lequel ils avoient vécu en paix. Mais en voyant Dece recréer la ceusure, magistrature redoutable sous la république et sous les premiers empereurs, qui s'en étoient arrogé la puissance sans en prendre le nom (Domitien excepté), on doit penser que, de même qu'il vouloit rétablir les bonnes mœurs, de même aussi il vouloit rendre à la religion des Romains toute sa splendeur. Ainsi, sans prétendre diminuer l'horreur qu'inspirent l'intolérance et la persécution, nous envisageons dans Trajan Dece un prince qui suivoit la
malheureuse impulsion de son siècle, plutôt que sa haine contre chap. xi.
Trajan Dece et ses successeurs lérien.
PI. LVI
Philippe.
Le rétablissement de la censure fut l'événement le plus re- jusqu'à vaiér marquable d'un règne si court. Dece espéroit-il faire revivre les mœurs antiques chez un peuple aussi corrompu que l'étoient les Romains? Croyoit-il qu'il suffisoit, pour obtenir ce résultat, de créer un magistrat spécial, et de l'investir d'un pouvoir presque illimité.'^ C'étoit trop bien augurer de l'espèce humaine. Quoi qu'il en soit, il remit le choix du censeur au sénat, qui déclara à l'unanimité que Valérien, l'un de ses membres (qui fut depuis empereur), méritoit le mieux d'obtenir la nouvelle dignité.
Quelques révoltes éclatèrent, l'an 260, dans les Gaules, et elles furent bientôt apaisées. Zosime ' dit que le règne de Dece fut rempli de troubles , causés par la foiblesse et l'incurie de son prédécesseur. Mais ce qui jeta l'alarme jusque sur les bords de l'Adriatique fut l'incursion d'une des tribus scythiques , désignée sous les noms de Getes et de Goths. Ils traversèrent le Danube, ravagèrent la Mœsie, laThrace, et la Macédoine. Les gouverneurs de ces provinces obtinrent quelque succès contre les barbares ; mais l'un d'eux , Priscus ( probablement le frère de Philippe), se joignit aux Goths , et prit le titre d'empereur'. Trajan Dece partit de Rome pour se mettre à la tête de ses armées. Accompagné du César Herennius, il repoussa vivement les Goths, et il donna l'année suivante le titre d'Auguste à son fils.
Cette année iSi (1004 de Rome) fut fatale aux deux Augustes. Trebonianus Gallus , l'un des généraux, trahit Dece, et n'exécuta point les ordres qu'il a voit reçus de garder les passages du Danube , afin que les Goths ne pussent échapper au fer des
(1) Lib. 1,23. (9.) Vict., CrtTï. , XXIX; Joruancl. , 41 , 4^-
244 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. IL
c.P XI. Romains. L'empereur, loin d'être découragé par cette perfidie, TrajanDece ^.^ \eta , commc un autrc Decius, au milieu des ennemis. On lui
et ses successeurs J ' '
jusqu à vaieriei. apprit ouc SOU fils avoît Tcçu la mort en combattant dans les premiers rangs, et il dit alors à ceux qui l'entouroient et qui paroissoient troublés par ce malbeur , « Ce n'est qu'un citoyen de « moins dans l'empire. » Désespérant alors de l'issue du combat , il poussa son cheval dans un marais qui l'engloutit; et l'on ne put trouver son corps. Il avoit régné un peu plus de deux ans , . et il étoit âgé de cinquante , selon Victor le jeune , et de soixante selon l'auteur de la Chronique d'Alexandrie.
Tel est le récit de sa mort , selon la plupart des écrivains ; mais , selon quelques uns, Trebonianus Gallus auroit engagé les Goths a se fortifier derrière un marais peu profond en apparence , et il auroit conseillé aux deux Augustes de les attaquer en traversant ce marais, où il savoit qu'ils trouveroient la mort. Eutrope, qui prodigue l'apothéose, dit, sans probabilité, qu'elle fut décernée aux deuxDeces. Mais, chez les écrivains chrétiens, ce nom est devenu le synonyme de celui de Néron. K^ 4 Nous n'avons de portrait deTrajan Dece que sur ses médailles.
Les plus beaux sont ceux que présentent les médaillons de bronze. Comme on voit sur ces médaillons les sigles S. C. , on ne peut douter qu'ils n'aient servi de monnoie. Sur le médaillon d'argent du n" 4 ? planche LVI , on lit IMPerator Caius Messius Quùitus TRAIANVS DECIVS AYGustus, autour de la tête de Dece, ornée d'une couronne radiée. Revers, tête d'Etruscille , son épouse, sur un croissant; en regard, les têtes accolées de ses deux fils, Hereunius et Hostilien, ornées de couronnes radiées ; légende, CONCORDIA AYGGustorum.
N^ 5 Même légende sur la médaille d'argent du n° 5 , autour de la
tête de Dece, couronnée de laurier. Le revers présente un type
et ses successeurs érien.
PI. LVI
fort rare, la figure de l'Abondance; elle verse des trésors d'une ciap. xi corne d'abondance , avec la lée^ende ABVNDANTIA kNGusti. TrajanOece
' O et ses successeu
Le beau médaillon de bronze du n" 6 présente le buste de ji-^iuàvai Dece, couronné de laurier, avec la légende \^lVerator Caius Messins Quùitus TRAIANVS DECIVS AYGustus.P^eveTs, deux femmes debout, dont l'une élevé la main droite vers une enseigne militaire; et l'autre, dans la même attitude, tient de la gauche une enseigne plus petite : légende, PANNONIAE ; S. C. dans le champ. Les deux Panuonies (supérieure et inférieure), la Dace, et l'Jllyrie , étoient chères à Dece , parcequ'il y avoit été proclamé empereur, et parceque les légions tirées de ces provinces l'avoient puissamment aidé à vaincre Philippe.
On ignore les détails de la vie de l'impératrice Herennia Etruscilla , épouse de Trajan Dece; les historiens parvenus jusqu'à nous n'ont pas même conservé son nom. Mais elle est appelée dans une inscription Co?ijux domini nostri Dec I Augusti j mater Augustorum nostrorum ' ; et sa tête est placée en regard de celle de Dece sur une médaille de bronze frappée à Rhesœna en Mésopotamie. Etruscille reçut le titre d'Auguste , l'an 249, avec son éjioux, qu'elle avoit rendu père d'Herennius et d'Hostilien, Césars et Augustes.
Le médaillon de bronze du n" 7 présente la tête d'Etruscille, n-;. coiffée avec le diadème, et la légende HERENNIA ETRYS CILLA PsNQusta. Revers, six femmes voilées sacrifient sur un autel devant un temple, dans lequel est placée la statue d'un homme armé; légende, VESTA.
(1) Mus. f^eron.,p. 102.
CUAP. XI.
Trajan Dece .
et ses successeurs jusqu'à Valërien.
PI. LVI
246 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.
§. 1. HEKENNIUS ETRUSCUS, EMPEREUR.
Fils de Trajan Dece et d'Etruscille , Quintus Herennius Etruscus Messius Trajanus Decius fut créé César l'an 249 par son père, que le sénat avoit reconnu empereur après la mort de Philippe. Il fut bientôt après envoyé en lUyrie , pour repousser les Goths, qui, ayant traversé le Danube, ravageoient les provinces romaines situées sur la rive droite de ce fleuve. Herennius les combattit d'abord avec une fortune variable ; mais elle lui devint si défavorable , que son père vint prendre le commandement de Tarmée. Dece le créa Auguste l'an ^Si , peu de mois avant la bataille où ils perdirent la vie tous les deux. On connoît le courage avec lequel Dece apprit la mort d'Herennius , tué au premier choc. « Ne perdez pas courage, dit-il, ce n'est ce qu'un combattant de moins. »
N° 8. Un des meilleurs portraits d'Herennius est celui que présente
la médaille de bronze du n° 8, planche LVI. La tète est nue; légende, Quintus l^T^uscus MESsius DECIVS NOB/Z/j- Cœsar. Revers, figure, en costume militaire, tenant un sceptre et la haste . transversale; légende, PRINCIPI IVVENTVTIS; S. C. dans le champ.
§. 3. HOSTILIEN, EMPEREUR.
Ce prince, dont on a des médailles sur lesquelles il porte le titre de César et celui d'Auguste , étoit-il un second fils de Trajan Dece, ou son gendre? L'obscurité qui règne dans les auteurs
ses successeurs a Vale'rien.
PI LVl.
qui ont écrit Tliistoire de cette époque est telle, que des érudits cbap. xj très iudicieux ont pu être partagés d'opinion sur ce fait: mais ^rajanDece
J 1 1 D 1 'et ses successeu
aujourd'hui tous sont d'accord avec Eckliel' pour reconnoitre J"^q"' un second fils de Trajan Dece dans Caius Valens Hostilianus Quintus.
Après la mort de Trajan Dece et d'Herennius , Trebonianus Gallus, qui leur succéda, crut devoir faire un sacrifice à l'opinion publique en associant à l'empire le second fils de Dece , Hostilien. Il lui donna le titre d'Auguste, ainsi qu'à son propre fils Volusieu, l'an 25 1. Mais bientôt, craignant que le fils de Dece ne devînt, à cause du respect avec lequel on pronouçoit toujours le nom de son père, un objet de prédilection pour ceux qui voudroient troubler l'état, il lui tendit des embûches, et le fit mourir. Tel est le récit de Zosime; les deux Victors' assurent qu'Hostilien mourut de la peste.
On voit sur une médaille de bronze, n° 9, la tète d'Hostilien , n" 9 couronnée de laurier, avec la légende IMPerator CAESar Caius YALens ROStiliajius MESsius QVINTVS AVGustus. Revers, Hygiée, fille d'Esculape et déesse de la santé, donne à manger à un serpent entortillé autour d'un autel; légende SALYS AVGVSto; S. C. dans le champ. Ce type est relatif à la maladie contagieuse qui ravagea le monde connu , sous l'empire de Trebonianus Gallus.
{\) Doctr.Num.Fet.,VU,3Si. (2)Lib.I,35.
Chap. XI,
'Irajan Dcce
t'( ses successeurs
jusqu'à Valérien.
PI. LVII
248 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. 11.
§. 4. TREBONIANUS GALLUS, EMPEREl K.
Le nom de Caius Vibius Trebonianus Gallus (appelé communément Galliis) fait époque dans les fastes de Rome, par l'espèce d'encouragement que donnèrent aux barbares ses traités odieux. Il permit aux Gotlis de retourner dans les contrées qu'ils avoient habitées jusqu'à cette époque, avec le butin et les prisonniers qu'ils avoient enlevés sur les terres de l'empire; et il promit encore de leur 23ayer en or un tribut annuel.
Un texte équivoque du jeune Victor' feroit croire que Gallus étoil né dans File Méninge, sur les côtes d'Afrique ( aujourd'hui Gerbi ou Zerbi). Mais il règne une profonde obscurité sur son origine; on voit seulement qu'il avoit été consul, et qu'il commandoit l'armée romaine dans l'expédition contre les Goths, sous les ordres de Dece et de son fils. Gallus trahit cet empereur; et, malgré ses ordres, il laissa libre le passage du Danube, afin que les barbares pussent échapper aux aigles victorieuses'. Ensuite, de concert avec les Goths, il l'engageaàtraverser pour les attaquer un marais dans lequel ce malheureux prince fut englouti, après avoir vu tomber sous le fer ennemi son fils, qu'il veuoit de s'associer pour collègue.
Pour cacher son crime , Gallus donna publiquement des regrets à Dece; mais ou n'en put douter quand on le vit recevoir le diadème des mains des soldats l'an -25 1 ( 1004 de Rome.) Il se hâta de choisir j)Our collègue celui des deux fds de Dece qui lui
(i) £/;;■(. XXXi. (2) Zosim., I, 23.
PI. I.Vll.
avoit survécu, Hostilien; et il ne donna à son fils Yolusien que cm-. xi. le titre de César. " 1'^j-^"I^"'=
et ses successeui
Ce fut alors qu il conclut avec les Goths le honteux traité dont j"*n»^ vaiérien. j'ai parlé plus haut, par lequel il leur permettoit d'emmener prisonniers des personnages illustres, et s'engageoit à leur payer tous les ans un tribut considérable. Le plus méprisable des empereurs, Domitien, lui en avoit donné l'exemple; mais Trajan avoit aboli bientôt après cette odieuse servitude. Gallus fit dans Rome une entrée triomphante en mémoire de cette paix , si chèrement et si honteusement obtenue'. Ensuite il ôta la vie au fils de Trajan Dece, de ce prince dont le nom révéré lui portoit ombrage; et il donna le titre d'Auguste à son fils Volusien.
A peine le fléau de la guerre avoit-il cessé, qu'un autre fléau plus redoutable ravagea Rome, l'Italie, et tout l'univers; c'étoit une maladie contagieuse et mortelle. Elle avoit commencé dans l'Orient vers la fin de l'année ^Si , et elle duroit encore l'an 270, où l'empereur Claude II (le Gothique) en fut la victime. Les deux empereurs cherchèrent à se concilier l'affection du peuple en veillant eux-mêmes à ce qu'on donnât la sépulture aux citoyens les plus pauvres'. On croit que les Romains, attribuant ce terrible fléau à l'établissement du christianisme, contraiirnirent les empereurs à persécuter les chrétiens, ainsi que l'a voit fait Dece, leur prédécesseur. La dépopulation causée par cette maladie contagieuse amena les suites ordinaires, la famine par défaut de cidture, la sécheresse par défaut d'entretien des canaux, et la guerre par l'abandon des frontières.
Tel étoit l'état déplorable de l'empire, lorsque, l'an 253, Emilien fut proclamé empereur par l'armée de la Mœsie. Gallus se
(i) Zosiin.. I. a5. (2) Vict., Ceci. , XXX.
25o ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. IJ.
(■.„.u: XI. contenta d'envoyer pour le coml>attre Valérien (ce général fut TiajanDetc Jepuis empercur), qui rassembla les troupes des Gaules et de la
pt ses successeur!! { l y ' 1 i-
lus.juà vait'rifn. Gemianic. Mais Eniillcn le prévint, et marcha sur Tllalie. Alors Gallus se mit à la tête de l'armée qu'il vouloit opposer à l'usurpateur, et fpii, désespérant du succès, le fit mourir avec son (ils Volusien, près d'interamna (Terni dans l'Ombrie), l'an i5^. Il étoit âgé de quarante-sept ans, et en avoit régné un et demi.
On a cru long- temps que Cornelia Supera, dont on a des
médailles grecques et romaines, et dont l'histoire n'a point fait
mention , étoit son épouse ; mais les antiquaires la reconnoissent
aujourd'hui d'an commun accord pour l'épouse d'Emilien.
^""'^ La médaille de bronze du n" 3, planche LVII, présente la
tête de Gallus, couronnée de laurier, avec la légende VS
TRERONIANVS GALLVS AVGm^^m^. Revers, la Félicité debout, tenant un long caducée et une corne d'abondance; légende, FELICITAS PVRLICA; S. C. dans le champ. s 1 Cl ;. Cette médaille, et un grand nombre d'autres mieux conservées,
prouvent la ressemblance du bvrste de bronze gravé ici de face et de profil, sous les n" i et -2, et conservé dans le musée du Vatican. Il faisoit jadis partie de la collection du palais Mattei '. On y remarque l'usage des princes de cette époque de porter les cheveux presque rasés, et la barbe rasée seulement sur les pommettes.
§. 5. VOLUSIEN, EMPEREUR.
Caius Vibius ^ olusiauus, fils de Trebonianus Gallus, fut proclamé Auguste par son père l'an 252 (ioo5 de Pvome). Le peu
(i) Mus. Pio Clément., VI , tav. Go.
TPiAJAN DECE ET SES SUCCESSEURS. iSi
que l'histoire nous apprend de ce prince est contenu dans celle chvp. xf de son père. Il chercha avec lui à se rendre cher aux Romains, TrajanOece
r ' el ses successeurs
en donnant des soins particuliers aux funérailles de ceux de la j»'n"'^ vaiërien.
PI. LVI
dernière classe des citoyens morts de la maladie contagieuse qui dévasta l'empire; et il fut tué avec lui, l'an 254 7 près d'Interamna (Terni en Ombrie). Leurs propres soldats, qu'ils conduisoient contre Emilien, proclamé empereur dans la Mœsie, n'ayant aucune confiance dans leurs talents militaires, les firent mourir.
Le portrait de Volusien est gravé sur le médaillon de bronze in- 10. du n" 10, où l'on voit son busie couronné de laurier, avec la légende IMPeratori CAESariCaio VIB/b VOLVSIANO AYCnisto. Revers, l'empereur sacrifiant, couronné par un soldat; on voit en face un autre militaire et un joueur de flûte; au-dessous, un trépied et la Victoire : légende, VIRTVS AYGGustorum.