‹ Iconographie romaine (volume 5)Chapitre 48 sur 139 · I. VALERIEN, EMPEREUR, ET MARINIANA · texte numérisé non relu

I. VALERIEN, EMPEREUR, ET MARINIANA

Choisi unanimement par les sénateurs pour exercer les redoutables fonctions de l'antique censure (rétablie par Dece après deux siècles d interruption), doué des plus rares vertus, selon Trebellius, Valérien a été cependant jugé par le jeune Victor' «incapable de gouverner un empire, soit que l'on considère la «médiocrité de son esprit, soit que l'on examine ses actions.» Cette contradiction n'est qu'apparente. On retrouve le même contraste dans tous les princes qui, après avoir brillé au second rang, se sont éclipsés au premier. Au reste les armées de l'empire étoient si affoiblies par l'indiscipline et par les débauches, résultats des fortes sommes que leur distribuoient les usurpateurs, et les barbares étoient devenus si aguerris par leurs longues luttes avec les Romains, et par les leçons de leurs prisonniers, que César lui-même auroit eu peiue à les retenir dans leurs foyers.

Valérien éloit né vers l'an 190, de parents illustrés. On peut

(1) Epitom.^XXXU.

i56 TCONOGRAPÏIIE ROMAINE. Pap.t TT.

cha, XII. croire qu'il fut consul avant l'au 287; car Zosime lui donne le vaimeii {[iyq (Je cousulairc' lorsqu'il fut envoyé à Rome cette année par

f sa famille 1 ^ I

pj Lvi Jes deux. Gordiens, qui venoient d'être reconnus empereurs en Afrique.

Le seul trait de sa vie dont le souvenir puisse balancer celui de sa niéniorahlc infortune est le choix que fit de lui le sénat, l'an i5i, pour remplir les fonctions de censeur. Cette auguste compagnie déclara «qu'il avoit toujours vécu sans reproche; que « dès l'enfance sa vie avoit servi de modèle; qu'il avoit toujours «été ami des lions, ennemi des vices et des tyrans; qu'enfin il «méritoit d'être le censeur des citoyens, parcequ'il en étoil (e « meilleur. » Trebellius ' ajoute que si la dignité impériale eût été le résultat du choix, de tous les Romains, il n'eût manqué aucun suffrage à A^alérien. Mais on le jugeroit avec plus de sagacité, si l'on disoit qu'il parut digne du trône tant qu'il n'y fut point assis.

Cette époque fatale arriva l'an 153 (1006 de Rome), où Trebonianus Gallus, voulant opposer de grandes forces à Emilien , qui s'étoit fait déclarer empereur dans la Mœsie, chargea A^alérien de rassembler les légions éparses dans les Gaules et dans la Germanie. Pendant qu'il exécutoit ces ordres, Gallus fut tué par ses soldats, et Emilien entra dans Rome, où il fut proclamé Auguste. Il éprouva bientôt le même sort que Gallus. Alors l'armée que Valérien avoit formée dans la Rhétie et dans la Norique crut devoir lui donner une preuve de son attachement en lui ceignant le diadème, et tout l'empire applaudit à ce choix. Tel est le récit de Trebellius et de Zosime ^; mais Victor l'ancien et Eutrope^ donnent à entendre que Valérien fut proclamé Auguste avant la mort d'Emilien.

■ (i) Zosim., lib. I, 14. (3) Trebell., Il; Zosira., I, 29.

(2) Cap. m. (4) Vict., <:'^5., XXXIII; Eutr., IX, 7.

FAMILLE DE VALERIEN. i^-j

En reconnoissant Valërien empereur, le sénat proclama César CH^P. xii. son fils Gallien ; et Valérien se l'adioicjnit bientôt pour collègue, v.iievie..

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en lui donnant le titre d'Auijjuste. Le nouvel empereur porta tous pi. i.vi. ses soins sur le gouvernement civil et militaire, et il rétablit les principes d'une sage administration. Il montra dans le cboix des généraux une grande sagacité; car les armées leur reconnurent tant de mérite, qu'elles les proclamèrent Augustes, dans le chaos où tomba l'empire pendant la captivité de Valérien : tels furent Régillien , Claude-le-Gothique, Macrien, Ingenuus, Postume, Auréole, Aurélien, et Probus.

Valérien fut arraché à ses occupations pacifiques , qui convenoient à son caractère , par la nécessité où il se trouva de repousser les barbares, qui attaquoient l'empire de tous cotés. Il chargea son fils Gallien de défendre l'Europe, et il crut devoir marcher lui-même contre le plus redoutable de tous les ennemis de Rome, contre Sapor. Trebellius Pollion- accuse un Romain d'avoir fait naître cette guerre funeste. Cyriade, né dans l'Orient, fils d'un père riche et estimé, se livra aux plus honteuses débauches , quitta la maison paternelle , et se retira chez les Perses avec de grandes richesses qu'il avoit enlevées à son père. 11 excita Sapor à porter la guerre dans les provinces romaines, et il lui servit de guide. Les Perses s'emparèrent de l'Arménie, de la Mésopotamie, d'une partie de la Syrie, et d'Antioclie, capitale de l'Orient, l'an 258. On ne sera pas étonné de la promptitude de leurs conquêtes, lorsqu'on se rappellera la négligence et l'incurie des peuples qui les habitoient. Je n'en rapporterai qu'un trait remarquable. Les habitants d'Antioche étoient rassemblés dans le théâtre ' (qui étoit ordinairement bâti hors des villes), où ils

{\) InCyr'md. (2) Amm. Marcell. , XXllI, 5.

i5S ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.

chap XII. s'amusoient des bouffonneries d'un histrion et de son épouse, tia'famîîip loFsquc cellc-ci jetant les yeux sur une montagne voisine, s'épi. Lvi. cria : «Est-ce un songe? je crois voiries Perses! » Tous les spectateurs les virent aussi et s'enfuirent; mais il en périt un grand nombre par les traits des Perses, qui les attaquèrent aussitôt.

Rien n'eût empêché les Perses de piller toute l'Asie, comme l'observe Zosime, s'ils n'eussent été plus empressés de reporter dans leur patrie l'énorme butin dont ils étoient chargés; mais ils laissèrent, pour maintenir la Syrie, le traître Cyriade, qui prit successivement les titres de César, d'Auguste, et qui fut tué par ses soldats à l'arrivée de Valérien, l'an 25g.

Celui-ci reprit l'offensive contre Sapor l'année suivante, et il le repoussa jusque dans la Mésopotamie. Là se livra une bataille qui devint aussi funeste à l'empire qu'à l'empereur. N'ayant pour en décrire les suites aucun historien contemporain, ou est réduit à recueillir dans ceux qui appartiennent aux siècles suivants des traits isolés, souvent contradictoires. Suivons d'abord Trebellius'. Entraîné par les conseils d'un général (Macrien) à qui il avoit confié la conduite des armées, Valérien se trouva engagé, soit par la trahison, soit par un malheureux hasard, dans des défilés où le courage et la discipline militaire ne purent l'empêcher d'être vaincu et fait prisonnier. Sapor, abusant des droits de la victoire, et traitant le malheureux empereur comme un vil esclave, reçut de la part des princes même qui partageoient sa haine contre les Romains des lettres qui l'avertissoient de craindre le ressentiment du reste de l'univers qui leur étoit soumis; ils l'invitoient à traiter avec humanité son captif, et à lui rendre la liberté. L'orgueilleux Sapor fut sourd à leurs sages représen-

(i) Valer., III.

talions; Valérien mourut dans les fers : mais Odénat, roi de chap. xii Palmyre, vengea sa mémoire, et réduisit le roi de la Perse aux ^^'f'"„

t/ ' D ' et sa famill

dernières extrémités. pi. lvi.

Zosime' dit que Sapor ayant proposé à Valérien des conférences où ils traiteroient seuls des conditions de la paix , celuici se livra, accompagné d'un petit nombre de Romains, à son perfide ennemi, qui l'enleva et le fit prisonnier.

Les historiens païens ne nous apprennent que des généralités sur la captivité de Valérien. Les deux Victors ( dont on a pu douter s'ils n'étoientpas chrétiens) disent seuls, entre les historiens païens, l'un que ce prince fut horriblement mutilé avant sa mort, la sixième année de son règne, yfe Je laniatiis interiit; l'autre qu'il servit de montoir à son orgueilleux vainqueur. Mais les historiens et les écrivains chrétiens, Orose, Lactance, Eusebe, Constantin, dans un discours qu'il avoit composé (imprimé à la suite de l'Histoire ecclésiastique d'Eusebe), et Agathias, retracent comme une vengeance de Dieu contre un prince persécuteur des chrétiens les récits du jeune Victor. Ils y ajoutent des circonstances plus extraordinaires encore. Sapor se faisoit suivre par l'empereur, revêtu de la pourpre romaine et chargé de chaînes. Il le fit écorcher après sa mort, et sa dépouille étoit suspendue dans un temple. S'il faut entendre de cette horrible vengeance l'expressionyfef/è laniatus du premier Victor, elle auroit été encore plus cruelle; car il en fixe l'époque pendant la vie du prisonnier.

Les mauvais traitements dont fut accablé Valérien durent l'affliger encore moins que l'indifférence de ses deux fils, Gallicu, Valérien jeune, et de son petit-fils Salouin. Trebellius dit à la

(i) Zosiin., I, 36.

iGo ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.

Chai XII vérlté quc Gallieii lui décerna les honneurs de l'apothcose , sur ^''r"^." un faux bruit de sa mort; mais il aioute qu'il y fut forcé'. Il est

t sa lainillc. ' J ^ %/

PI. Lvi. certain qu'il ne fit aucune démarche pour rompre ses fers. Valéricn fut vaincu et fait prisonnier l'an 260, sixième de son règne; on ignore l'année de sa mort.

Trebellius ' dit positivement que Valérien eut deux femmes qui le rendirent père; l'une de Gallien, l'autre de Yalérien le jeune. On ne trouve nulle part les noms de ces deux épouses ; ou conjecture seulement que la seconde s'appeloit Mariniana , que l'on a de ses médailles; et que la première s'appeloit Galliena, d'où vint à son fils le nom Gallienus : comme Domitien et Herenuius Etruscus recurent le leur de Domitia et d'Herennia Etruscilla. Dans un passage de Trehellius', relatif au fils de Gallien, il dit que son aïeul s'appeloit Gallienus : ainsi sa fille, première femme de Valérien et mère de l'empereur Gallien, a pu s'appeler Galliena ; et ainsi se trouveroieut expliquées , en les rapportant à cette impératrice, les médailles sur lesquelles on lit GALLIE- NAE AVGVSTAE autour de la tête de Gallien , couronnée d'épis : comme l'a dit EcklieP. Si Trebellius' ne s'est point trompé en parlant de Gallien, lorsqu'il fait mention des fils de ses frères, Valérien auroit eu un troisième fils.

N° i3. On voit un beau portrait de Valérien sur le médaillon de

bronze du n° i3, planche LVI. Sa tête, couronnée de laurier, est entourée de la légende IMFerator CAES<2r Vuhlius lACùiius VALERIANVS AYGustus. Revers, Valérien et Gallien debout, en costume militaire , tiennent un globe surmonté d'une Victoire; deux porte-enseignes à leurs côtés : légende, VICTORIA AVGVS- TORVM.

(i) Gallie}u,X. (4) Eckhel, VII, 879.

(2) InValer.jwi. (3) Salon. ,\. (5) Gallien. ^Xl.

Si l'on juge d'après quelques probabilités, Mariniana fut l'é- c^p. xn pouse du malbeureux Valcrien. Vaillant' i'avoit assuré sans hé- vaiérien

pt sa famill

sitation ; il avoit même ajouté qu'elle avoit été faite prisonnière pi i.vi. avec son mari^ et qu'elle étoit morte avant lui dans la captivité. Mais on ne connoît point les preuves de ces deux assertions. Aucun historien ne parle de Mariniana. Voici tout ce qu'a pu recueillir à ce sujet le savant et judicieux EclikeP. On conserve en Allemagne plusieurs médailles de bronze de la colonie de Viminacium, ville de la Mœsie supérieure, sur le Danube^ (c'est aujourd'hui la ville de Ram j, qui présentent une tête de femme voilée, avec la légende DIVAE MARINIANAE: au revers, une femme debout; à ses côtés, un taureau et un lion , symboles de cette colonie; légende, Vrovinciœ '^lœsiœ Superioris COho7iia YÏMùiacàim ; exergue, AN/zo XV. L'ère de Viminacium a commencé sous Gordien Pie, l'an de Rome 998 ; de sorte que l'année quinzième de cette ère répond à l'an de Rome 1007 {i5^ de l'ère vulgaire). Il est donc certain qu'une princesse appelée Mariniana vivoit sous Vaiérien; qu'elle mourut avant l'an 1007, ^^ qu'elle reçut les honneurs de l'apothéose. Mais étoit-elle sœur ou l'une des deux épouses de Vaiérien? Il parolt vraisemblable qu'elle fut l'une d'elles; qu'elle le rendit père de Vaiérien le jeune; qu'elle mourut et fut déifiée peu de temps après le commencement de son empire, c'est-à-dire plusieurs années avant la captivité de Vaiérien.

On voit ici, n° 14, pi- LVI, sur une médaille de grand bronze, n- m sa tête coiffée avec un voile et un diadème; légende, DIVAE MARINIANAE. Revers , le paon , symbole de l'apothéose des princesses; légende, CONSECRATIO; S. G. dans le champ.

(0 Num.prœst.,l. (p.) Doclr. Num. ret.,\l\, 38S. (3) Danv., Zî. Z.., X.WIH, 434.

Ciiif. xu.

VaMrieu

et sn famille.

FI. LVIl.

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