‹ Iconographie romaine (volume 5)Chapitre 49 sur 139 · X GALLIEN, EMPEREUR, ET SALONINE SON ÉPOUSE · texte numérisé non relu

X GALLIEN, EMPEREUR, ET SALONINE SON ÉPOUSE

11 est difficile d'asseoir sur le caractère de Gallien un jugement certain. Quelques historiens , reconnoissants de la paix qu'il rendit à l'Eglise, l'ont représenté comme un homme courageux, actif, et toujours occupé à combattre les ennemis de l'empire ■. Mais les écrivains qui ont retracé l'histoire de ce siècle malheureux , sous les règnes de princes jaloux de se donner pour aïeul Claudele-Gothique , ont peint avec les plus noires couleurs Gallien , le prédécesseur de ce Claude. Cependant on ne peut disconvenir que Gallien n'ait montré quelques talents au commencement de son règne. A la vérité il s'endormit dans un honteux repos après la défaite des deux usurpateurs , Ingenuus et Régalien ; mais il faut avouer aussi qu'il se réveilla quelquefois dans des occasions périlleuses, et qu'il donna alors de nouvelles preuves de courage; comme il étoit arrivé à Marc-Antoine, auquel le judicieux Eckhel le compare avec raison. C'est au reste le portrait qu'Eutrope' a tracé de Gallien.

Publius Licinius Egnatius Gallienus naquit de Valérien et de sa première épouse, qui paroît avoir été appelée Galliena. Son père, proclamé empereur après la mort de Gallus et d'Emilienj l'an 9.34 (1007 de Rome), lui donna aussitôt le titre d'Auguste. Quoique Victor^ dise que le sénat le créa César, on peut en douter, parceque l'on ne trouve dans la collection nombreuse de Gallien aucune médaille sur laquelle on lise ce titre.

(i) Zonar.,XIl, 25. (2)Lib. IX,8. (3) Cœsar.,X\XU.

Valérien Tavoit fait élever avec grand soin , et lui avoit donné chap. xii. pour gouverneur Postume, homme grave, sage, et très propre g,^a''^3ie à le former pour les affaires civiles et pour l'art militaire. C'est pi t vu à cette mâle éducation qu'il faut attribuer les victoires que Gailien remporta, et la modération et la prudence avec lesquelles il gouverna l'Occident sous le règne de son père. Cependant il ne pouvoit supporter sa gravité , ni les sages avis qu'il en recevoit. Aussi, lorsqu'il eut perdu ce frein, il s'abandonna à tous ses penchants vicieux; il reproduisit les orgies honteuses, les courses nocturnes, et les prodigalités insensées de Caligula, de Néron, et d'Elagabale. Cette opposition de caractère peut seule expliquer, mais rien ne sauroit excuser la joie (gauderet, dit Trebellius') qu'il témoigna de la captivité de son père. Cette absence de tout sentiment naturel et de toute pudeur, l'abandon où il laissoit les armées, avec lesquelles il n'entretenoit aucune correspondance, aliénèrent l'esprit des soldats, et les portèrent à créer empereurs leurs généraux, qui presque tous étoient plus dignes que lui de cet honneur. La mollesse dans laquelle il vivoit enhardit les barbares, qui ravagèrent les provinces voisines des frontières, et pénétrèrent jusque dans l'Italie. Les tremblements de terre fréquents pendant son règne, et les maladies contagieuses, firent compter le sien au nombre des plus désastreux. La captivité de Valérien chez les Perses, l'an 260, sembla être un signal pour les barbares. Toutes les tribus scythiques fondirent sur rillyrie; et quelques unes, entrées dans l'Italie, juenaçoient Rome. Le sénat arma tous les habitants de cette ville; et les barbares intimidés s'éloiijnerent en ravaireant l'Italie. Ingenuus prit le titre d'Auguste, et défendit l'IUyrie contre les

( I ) GalUen. ^ I .

264 IC(3N0GRAPHIE ROMAINE. Part. II.

(MAP. XII. Sarmates. A cette nouvelle, Gallien quitta les Gaules, attaquées vaknen ^^^ j^^ Fratics et les Germains; il accourut, combattit, et vain-

r sa rainilln. i 777

Il i.vii. quit Ingenuus. Mais il usa de sa victoire avec tant de cruauté, que les restes de l'armée vaincue élurent empereur Régalien, cju'ils abandonnèrent cependant bientôt après, parcequ'ils craignirent de la part de Gallien une vengeance encore plus cruelle. Après le départ de Fempereur, les Gaules se révoltèrent. Il avoit laissé pour les gouverner son fils Salonin , sous la conduite de Sylvanus. Mais Postume, nommé par Valérien préfet des Gaules, où sa justice et sa valeur le faisoient aimer, méconnut l'autorité de Sylvanus et du César Salonin. Il assiégea Cologne, dans laquelle ils s'étoient renfermés, força la garnison à les lui remettre, et les fit mourir. Resté seul maître des Gaules, Postume les défendit pendant sept années contre les incursions des Germains, qu'il retint toujours au-delà du Rbin. Gallien vint cependant combattre Postume, qui, redoutant cette attaque, s'associa pour collègue Victorin, général liabile. Celui-ci régna seul après sa mort. Il occupe dans l'histoire une moindre place que sa mère Victorina ou Tictoria. Respectant les préjugés des Piomaius , qui n'avoient point encore vu de femme occuper seule le trône des Césars, cette généreuse Gauloise employa l'influence que lai donnoient ses grandes richesses à créer des ennemis à Rome, et à placer à la tète des armées des hommes courageux. Elle jouoit dans l'Occident un rôle aussi brillant que celui de Zénobie dans l'Orient. On lui attribue l'élévation de Marins, qui ne régna que trois jours, pendant que Lollien porta quelques mois le titre d'Auguste sur les bords du Rhin , qu'il défendoit contre les Germains. Après la mort de Lollien, Victorina, ennemie irréconciliable des oppresseurs de son pays, excita le sénateur Tétricus à se revêtir de la pourpre, corrompit l'armée

YALERIEN ET SA FAMIELE. 265

par ses largesses; et celui-ci régna pendant cinq ans, jusqu'à chm. xii l'arrivée d'Aurélien dans les Gaules. ^alenen

et sa taniill

Tel étoit l'état malheureux de l'empire romain en Occident; pi. lvii. le milieu de cet empire et l'Orient étoient aussi la proie des tyrans. Valens, proconsul d'Achaïe, se voyant menacé par l'usurpateur Macrien, tyran de l'Orient, prit la pourpre dans la Macédoine. Pison l'imita dans les mêmes contrées, et ils périrent bientôt après leur élévation. Cependant les Gotlis, maîtres de la Thrace, assiégèrent Thessalonique, qui étoit à cette époque capitale de la Macédoine. Eeur approche tira les Grecs de leur longassoupissement; ils établirent des postes armés aux Tliermopyles; . les Athéniens relevèrent leurs murs abattus par Sylla, et les Péloponnésiens fermèrent l'isthme de Corinthe d'une mer à l'autre. Malgré ces préparatifs, une partie des Goths parvint jusqu'à l'Achaïe, d'où, repoussés par Macrien , ils retournèrent dans leurs contrées, chargés de butin; l'autre partie traversa l'Hellespont, ruina les principales villes d'Asie, et pilla les immenses richesses du temple de Diane à Ephese. Les régions situées au midi du Danube virent aussi des généraux se parer de la pourpre impériale. Dans la Pannonie, Auréole y fut contraint par les armées de la Rhétie, et Claude-le-Gothique lui succéda. L'Afrif|ue même eut un tyran; du moins c'est à cette contrée que l'on attribue les médailles de Nigrinien.

Plus heureux que prudent, Gallien trouva dans l'Orient un héros étranger à l'empire, qui repoussa les Perses jusque dans leurs anciennes limites, et rendit l'Asie supérieure aux empereurs romains. Ce fut Odénat, époux de Zénohic, souverain de Palmyre. Cette ville, placée dans le désert qui s'étend de l'Euphra te jusqu'à la Syrie, avoit acquis une grande importance depuis que le commerce de l'Inde avec l'Europe suivoit cette route. 3. 34

266 TCONOORAPHTE ROMAINE. Part. TI.

ciiAi XII. Otl('ual, voyant que Sapor avoit pris et pillé Tarse en Cilicie, vaiérien Césaréc de Capadocc qu'il avoit refusé ses préseuls, qu'il me-

t sa fatiiille. il 1 ' 1

l'i. Lvii. naçoit ses états, et que Raliste, général romain, ne pouvoit, malgré son habileté, contenir ce torrent, joignit ses efforts à ceux cle Baliste. Leurs troupes réunies attaquèrent les Perses à l'improviste dans la Eycaonie, les mirent en fuite, leur enlevèrent de grands trésors, et firent prisonnières les femmes de Sapor. Une seconde victoire remportée par Odénat sur ce prince, lorsqu'il rej)assoit l'Euphrate pour rentrer dans ses états, acheva la ruine des Perses , délivra l'Asie supérieure, mais ne put rompre les fers de Vaiérien; délivrance qui éloit l'objet de tous les vœux.

Gallien, ayant appris les victoires d'Odénat, et ayant reçu les grands de la Perse qu'il avoit faits prisonniers, triompha de ce peuple redoutable l'an soi. Deux ans après, il triompha de la malheureuse ville de Byzance, qui, ayant été contrainte de recevoir le joug des Scythes , avoit repris par capitulation celui des Romains à l'arrivée de Gallien. Mais celui-ci, violant la foi des traités, l'inonda de sang. Après cette expédition barbare, il se hâta de revenir à Rome, et d'y préparer un superbe triomphe, dans lequel on vit paroître de prétendus captifs revêtus des costumes des Goths, des Sarmatcs, des Francs, et des Perses. Cette forfanterie politique n'en imposa à personne. L'on vit même des plaisants examiner attentivement les traits des Perses supposés, et dire qu'ils cherchoient le père de l'empereur. Gallien irrité les fit brûler vifs '.

Les services qu'avoit rendus Odénat à l'empire romain ne demeurèrent pas sans récompense; Gallien, l'an 264, lui donna,

(1) Tvchc.n.,Gallie>,.,lX.

Valérien et sa famillp.

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