TYRANS DANS L'ORIENT
Dans le commencement de ce chapitre j'ai mis au nombre des causes qui ont souvent empêché les historiens de cette époque de dire la vérité, l'existence, dans le siècle où ils écrivoient, des familles auxquelles les tyrans avoient appartenu ; à plus forte raison de celles qui faisoient gloire d'en descendre. C'est le cas où s'est trouvé Trebellius , lorsqu'en écrivant l'histoire des trente tyrans, il est parvenu aux Macriens, dont il dit que la famille étoit encore florissante '. Aussi ne doit-on employer son témoignage que dans les circonstances où il est conforme à celui de quelque autre écrivain.
Eusebe ' est le seul qui rapporte quelques détails sur les
{i) De Qiiieto. (2) Hislor. eccles., lib. VII, c. x.
iH ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.
cnAP. XIII. premières années de Macrien. Il assure qu'ayant ol)tenu la con- Les trente tyrans f^j^jj(,g jg Valcrien ( OU uc Sait paF cfuels moyens), il renii^ai^ea à
sous Valenen et ^ ii ^/ ^ ' O u
Gaiiien. pcrsccuter les clirétiens, parceque ceux-ci avoient en horreur
les opérations magiques qu il enseignoit a 1 empereur. Par suite de cette confiance aveugle, l'empereur, en marchant contre Sapor, écrivit au sénat qu'il avoit remis le gouvernement de toute la milice à Macrien, auquel il donnoit les plus grands éloges. «"Valérien, dit TrebelUus ', fut vaincu par le roi des Perses, parcequ'il se trouvoit campé dans un endroit où ni le courage ni la science militaire ne pouvoient l'empêcher d'être fait prisonnier. On attribua cette mauvaise position soit au conseil du général auquel il avoit confié la conduite de l'armée , soit à la trahison , soit à un malheureux hasard. « Ces paroles , que Ton croit avoir été insérées dans le texte de Trebellius , semblent désigner Macrien; et les écrivains chrétiens l'ont nommé parcequ'ils n'avoient point , comme Trebellius , à redouter le ressen-» timent de ses descendants.
Au reste, si, devant le tribunal de l'histoire, on peut croire coupable d'un crime celui qui en tire quelque avantage, les malheurs de Valérien auroient eu pour auteur Macrien; et cependant Zosime' dit formellement que ces malheurs furent causés par l'imprévoyance de l'empereur. Macrien se ligua d'abord avec Baliste, préfet du prétoire, et, ayant réuni les débris de l'armée de Valérien, ils délibérèrent sur le successeur qu'ils donneroient à ce prince infortuné; car Gallien, son fils, étoit tombé dans un tel mépris, que les soldats agissoieut comme s'il n'eût point existé. Balliste invita Macrien à revêtir la pourpre, et à choisir ses deux fils pour collègues. Il accepta ces honneurs l'an 261
(i) Trebell. , in Macr., Valer., et Gallieno. (2) Lib. I, c. xxvi.
PI. Lvin.
(1014 de Rome); mais Zonare ' dit que, redoutant le ridicule chap xxii. auquel prêteroit une de ses ïambes moins longue que l'autre, Les treme tyrans
11 J D I ' SOUS V alenen et
il ceignit du diadème le front de ses deux fils, Macrien et Quietus, Gaïuen. et refusa pour lui-même les ornements impériaux. Trebellius ajoute qu'il donna pour motifs de son refus personnel son grand âge et ses infirmités. Il n'est pas étonnant, d'après cela, que l'on n'ait aucune médaille de Macrien le père'; cependant, malgré cette lacune dans la série numismatique, qui devroit l'exclure de l'Iconographie, j'ai dû lui consacrer une page pour rendre intelligible l'histoire de ses deux fds. D'ailleurs il est possible que l'on découvre un jour son portrait sur quelque médaille, monument de la piété filiale, telle que d'autres empereurs en ont fait frapper en l'honneur de leurs pères. Déjà même M. Sestini^ en a décrit une qu'il croit appartenir à Macrien le père.
Quoi qu'il en soit, les historiens parlent toujours de Macrien, depuis la défaite de Valérien , comme d'un empereur; et l'Eg} pte l'avoit reconnu solennellement. Il combattit quelque temps contre les Perses; ensuite il résolut de porter la guerre dans l'Occident pour détrôner Gallien. Il se mit en marche avec son fils Macrien, et laissa Quietus son autre fils pour gouverner l'Orient. Mais il trouva dans Auréole, qui avoit revêtu la pourpre impériale, un obstacle difficile à surmonter. Le combat fut livré dans l'iUyrie. La victoire demeura quelque temps incertaine ; lorsqu'un porte-enseigne de Macrien tomba par hasard , et les autres porte-enseignes, croyant que leur général se recounoissoit vaincu, baissèrent leurs aigles. Les soldats imitèrent leur soumission. Macrien, se voyant abandonné par eux, leur de-
(i) Lib. XII, c. XXIV. (a) Eckhel, D. N. V., VII, 466. (3) Letten, t. IV, i32.
3o ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.
ciup. xm. manda comme une faveur de lui ôter la vie ainsi qu'à son fils. Les .renie tyrans jj^ ^m obéircnt Tan 202 (ioi5 de Rome).
sous Valerien et '> '
Gallien.
Pi. LVIII.
Macrien fils périt malheureusement avec son père l'an 262. Trcbellius dit que son frère et lui étoient dignes de la couronne. Zonare' l'appelle Macrien; mais il nomme son i^eve, Macrin. On voit à la planche LVIII, n° i3, sur une inédaille de billon% son portrait j jeune, portant la couronne radiée, avec la légende IM^erator Cœsar FYL^ius MACRIANVS Fins Yelix PiXGustus. Revers, Rome assise, tenant une Victoire; légende, ROMAE AETERNAE.