JUSQU'A DIOCLÉTIEN
Montesquieu' a peint cette époque en deux mots; « Gallien pi. lix. ayant été tué, Claude, Aurélien, Tacite, et Probus, quatre grands hommes qui, par un grand bonheur, lui succédèrent, rétablirent l'empire , prêt à périr. »
§. 1. CLAUDE II, ou LE GOTHIQUE.
Constance -Chlore, père de Constantin-le- Grand, étoit fils d'une nièce de Claude-le-Gothique. De là vient que Trebellius, écrivant sous le règne du fils de Constance , a écrit plutôt un panégyrique de Claude qu'une histoire fidèle. De là vient aussi que Zosime, dont la haine pour Constantin éclate dans tous ses écrits , doit être consulté quand , d'accord avec les autres historiens , il reconnoît dans Claude des vertus et des talents.
Je commencerai par rapporter l'aveu fait par Trebellius , le panégyriste de Claude , de la part que cet empereur avoit prise au meurtre de Gallien, parceque c'est le seul reproche que lui fasse l'histoire, et parceque je n'aurai plus à retracer que des actions louables. « Destiné, dit-il', à porter le sceptre pour le
(i) Grandeur des Rotnains, XVI. (2) Trebell., C/au</. , 1. 4- 6
PI. Lrx
42 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.
ciAP. XIV. bonheur du genre humain, 11 l'arracha à l'infamc Gallien; mais empereurs j] ^^ ç^^ l'autcur dc cettc entreprise. « Il dit encore ailleurs ' :
ajjrc-s Gallicn ju.s- i '■
qu'à Dioci<<iicn. « Lcs dcux conjurés Martianus et Heraclianus tinrent conseil pour savoir quel successeur ils donneroieut à Gallien; leur choix tomha sur Claude , qui n'étoit point présent à cette délibération, et il fut inspiré par la considération générale dont Claude jouissoit. 5> Zosime' s'exprime d'une manière expresse: «Héraclien, préfet du prétoire, ayant trouvé un complice dans Claude, chef de l'administration après l'empereur, se résout à assassiner Gallien Les soldats étant demeurés tranquilles par l'ordre de
leurs chefs, Claude fut mis en possession de l'empire, dont tout le monde le croyoit digne.» Le 14 mars 268, peu de jours après, on apprit à Rome ce choix des soldats; et le sénat reçut des letlres du nouvel empereur, qui lui en demandoit la confirmation. Gallien étoit trop haï pour que le sénat put hésiter; mais , en confirmant la nomination de Claude , il décerna au premier les honneurs de l'apothéose, sans doute parcequ'il étoit mort empereur. Le premier soin de Claude fut de comprimer les ennemis de Gallien, qui faisoient périr tous ceux à qui il avoit accordé quelque faveur.
Les deux Victors, qui écrivoient sous Constantin-le-Grand , petit-neveu de Claude , racontent la mort de Gallien et l'élection de son successeur d'une manière favorable pour le grand-oncle de leurs souverains. Selon eux% Gallien, perdant beaucoup de sang par la blessure qu'il avoit reçue, et sentant la mort approcher, auroit envoyé à Claude les ornements impériaux, et l'auroit désigné pour son successeur. Ce récit ne se trouvant pas dans le panégyrique de Claude, écrit par Trebellius, ne paroît
(1) Gall.,\l\. (2) Lib. I, cap. xl et XLi. (3) Cœs. , XXXIII; et Epit., XXXIV.
ioclétien.
PI. LIX
être qu'une flatterie à laquelle ceux-mêmes qui en étoient l'objet ch.vp. xiv. ne paroissent pas avoir aiouté foi. ^"p^,"!^"''
r I: J après Galhen jus-
Claude naquit en 2 1 4 ou 2 1 5 , car Eusebe lui donne cinquante- q"'^ ^ six ans à l'époque de sa mort. On ne connoissoit avec certitude ni son pays ni son père; mais les flatteurs le faisoient descendre de Dardanus et des Troyens. Il paroit vraisemblable que Tlllyrie l'avoit vu naître. L'histoire , qui ne fait aucune mention de son épouse, ne lui donne point d'enfants ; mais il avoit deux frères, Quintillus, qui régna après lui, et Crispus , dont la fille, Claudia, fut mère de Constance-Chlore et grand'mere de Constantin. Trebellius et Vopisque attribuent à Claude le prénom Flavius, qui, selon eux, attestoit sa descendance de la famille de Yespasien, et par lequel la famille de Constantin se rattachoit à celle du père de Titus.
Parvenu par son mérite au tribunat militaire , Dece , qui l'estimoit beaucoup, lui confia, l'an -25 1, la garde des Thermopyles et la défense du Péloponnèse contre les Goths. Valérieu , qui apprécioit avec beaucoup de sagacité ceux qu'il employoit , donna à Claude le commandement d'une légion dans la Syrie; puis, exauçant le vœu du sénat et du peuple, il le créa, en 268, général de toutes les troupes de l'Illyrie. L'indigne fils de Valérien, Gallien, quoiqu'il redoutât ses talents, le conduisit, en 262, avec lui dans les Gaules, pour combattre Postume. Cinq ans après, Claude, réuni avec Marcien, chassa les (joths de l'empire. Leurs avis furent partagés sur les suites de cette grande victoire ; Marcien vouloit laisser une issue libre aux Goths , qui fuy oient, et son avis fut suivi. Claude pensoit au contraire qu'il falloit les détruire entièrement, et la suite des événements prouva que son opinion étoit la meilleure, car les Goths revinrent avec plus de furie attaquer l'empire.
44 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. IT.
CiiA... XIV. Presque toutes les provinces avoient été la proie des barbares ,
icmporeur. lorsciuc Claucle reçut le titre d'Auguste, et l'on n'y trouvoit même
aprusfiallien jus- 1 " D ' .J
(juà Diooidiie.i. p]ys d'nrmes pour les soldats. Tetricus étoil maître des Gaules et de l'Espagne ; Zénobie régnoit en Orient sur les provinces romaines ; et Auréole se maiutenoit encore en rébellion ouverte dans Milan. Celui-ci fut le premier attaqué et vaincu par Claude. Les Germains s'étoient avancés jusqu'à Vérone; mais les légions d'Auréole, réunies à celles de Claude, les mirent en fuite; d'où vint à l'empereur le titre glorieux, de Germanicus". Claude se rendit ensuite à Rome, où il s'occupa à réformer les abus innombrables qui s'étoient introduits pendant les troubles dans les tribunaux et dans l'administration. Entre autres sages règlements il défendit de demander à l'empereur les biens qui appartenoient à quelques citoyens. D'après cela une femme vint réclamer une terre dont Gallien a voit fait présent à un officier militaire. Cet officier étoit Claude lui-même: aussi lui répondit-il, « Claude, devenu empereur, doit restituer un bien qu'il a accepté lorsqu'il n'étoit que citoyen , et par conséquent moins obligé à maintenir l'exécution des lois '. »
L'année 269 ( 102. 2 de Rome) rappela l'empereur dans les camps ^ Les restes des Gotbs, réunis aux Hérules, aux Scytbes, et à plusieurs autres peuples septentrionaux, s'embarquèrent sur le Pont-Euxin à l'emboucbure du Dniester. Arrivés vers la Propoutide , une partie de leur flotte fut dispersée par une violente tempête; le reste, après avoir traversé l'Hellespout , vint assiéger Cassandrie etTliessalonique; mais ils furent contraints de lever le siège de plusieurs villes, parcequ'ils n'avoient point de macliines pour en abattre les murailles. Alors ils se répandirent
(1) Vict., Epit., XXXIV. (2) Zonai-., XII, 26. (3) Zosim., I, 42.
dans la Thessalie, dans la Grèce, dont ils ravagèrent les cam- chap. xix. paonnes. Ils remportèrent même sur des corps de cavalerie ro- E"pereu"
^ " ' *• après Gallienjus-
maine une victoire de peu de durée , qui fut bientôt suivie d'une q"'à Diociétien. défaite signalée. I^a présence de remj)ereur redoubla l'ardeur des Romains, ils cliasserent les Gotlis, les renfermèrent dans la Thrace et dans la Macédoine, où une maladie épidémique en détruisit une grande partie. De ceux qui survécurent les uns furent incorporés dans les légions romaines; d'autres, ayant obtenu des terres, se livrèrent à l'agriculture.
Cette expédition glorieuse fit surnommer Claude le Gothique ; mais elle lui coûta la vie. « 11 fut attaqué de l'épidémie, dit Zosime , et eu mourut , ainsi qu'un grand nombre de ses soldats : c'étoit un homme recommandable par toutes les vertus , et dont la perte fut vivement sentie par tous les Romains. y> Il mourut à Sirmium dans la Pannonie, l'an 270 ( i023 de Rome) , âgé de cinquante-six ans, dans la troisième année de son règne.
On voit sur un médaillon de bronze, gravé ici sous le n° 3 n"3. de la planche LIX , une tête couronnée de laurier, avec la légende IM^erator CAES^r CLAVDIVS PIVS FELIX KyGustus. Revers, les trois Monnoies, qui présidoient à l'or, à l'argent, et au bronze , dont on voit des masses à leurs pieds ; légende , MO^ETkAYGusta.
Je prends occasion de cette médaille pour rapporter deux observations relatives aux monnoies de cette époque. 1° Après le règne de Claude, les villes greccjues et les colonies (excepté l'Egypte jusqu'à Constance-Chlore) cessèrent de faire frapper des médailles; 1° les médailles d'argent fin ne paroisscnt plus que sous le règne de Diociétien, à cjuelques exceptions près.
46 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.
CiiM'. XIV.
Kmpereurs
a,..e,Ga.l.enjus- § ^ QUINTILLUS, EMPEREUR.
(jH à Diocléticn.
PI. LIX
Mardis Aurelius Quintillus ctoit frère de Claude-le-Gothique, et fut compté parmi ceux dont le sang couloit dans les veines de Constantin. A ce titre 1 histoire devroit nous donner quelques détails positifs sur ce prince, et cependant le peu que nous en savons est confus et incertain. Le sénat et toute Tltalie élurent Quintillus empereur, après la mort de son frère. Tan 270 ( loaS de Pvome). Il paroît que Tamour du peuple pour Claude fut la cause de ce choix ; car on reconnoît au milieu des éloges qu'on lui a donnés , pour flatter Constantin , qu'il étoit trop foible pour gouverner un empire : aussi, lorsque son frère l'envoya pour repousser les Goths, lui adjoignit-il Aurélieu, avec un plein pouvoir '.
L'armée qui étoit en Pannonie , ayant vu mourir l'empereur Claude , n'attendit point que le sénat lui eût choisi un successeur; elle proclama Auguste son général, Aurélien. A cette nouvelle, les armées d'Italie, irritées contre Quintillus, qui avoit voulu rétablir la discipline militaire, l'abandonnèrent ( Trebellius dit même qu'il fut tué par ses soldats). Il se donna la mort après dix jours de règne; dix-sept, selon Trebellius, et inème quelques mois, selon Zosime% tant est grande la confusion qui règne dans les historiens de cette époque. N«4. Sur une médaille de petit bronze, gi-avée ici au n° 4 de la
planche LIX, on voit une tête portant la couronne radiée, avec la légende IMVerator Marcus AYRelàis CLaudius QVINTILLVS.
(i) Zonar.,XII, 26; Vopisc, Jurel., XVII. (2) Zosim., I. 47.
Revers, femme del)Out, tenant de chaque main une enseigne ch.»p. xiv militaire: légende, FIDES MlLlTuin. ^Tr"'
' i} ^ apresGalhen jus-
qu'à Dioclétien.
PI, LIX
§. 3. AURELIEN, EMPEREUR, ET ULPIA SEYERINA.
Dans le banquet des Césars, l'empereur Julien peint ainsi Aurélien : «Il accourut cherchant à se soustraire aux regards de ceux qui l'accusoient auprès de Minos; car on lui reprochoit plusieurs crimes, et plusieurs condamnations à mort très injustes , qu'il vouloit défendre par de vains prétextes. » C'est avec les mêmes couleurs qu'Eutrope' a tracé le portrait de cet empereur. « Il fit mourir un grand nombre de personnes de distinction : cruel et sanguinaire, il fut plutôt nécessaire dans de certaines circonstances que digne d'amour en aucun temps : toujours cruel, le fils même de sa sœur fut une de ses victimes : il rétablit cependant la discipline militaire, et fut le vengeur des mœurs outragées.» Enfin Vopisque, qui prodigue les éloges à la mémoire d'Aurélien , dit : « On doit voir en lui moins un bon prince que le seul homme capable de rétablir l'empire romain.»
Lucius Domitius Aurelianus étoitné dans quelqu'une des provinces arrosées par le Danube; on ne sait dans ([uelle année. Le culte particulier qu'il rendit toujours au soleil porte à croire véritable le témoignage d'un historien grec rapporté par Vopisque', d'après lequel la mère d'Aurélien auroit été prêtresse de ce dieu dans le lieu qu'elle habitoit avec son époux. Il entra jeune dans la milice, où il se fit remarquer par une force extra-
(i) Eutrop., IX, 14. (2) Vopisc, ^urel., IV.
48 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.
ciiAP. XIV. ordinaire , et sur-tout par une passion démesurée pour Je ma- .inpeicurs nicmcnt des armes, qui le fit surnommer V Epée-au-poiiii^ ' . On
.i(iiisl7;illienjus- ' i lia
<iu à Diocitiien. Qssuroit qu'il avoit tué de sa main, en diverses occasions, mille Sarmatos, dont quarante-huit en un seul jour. Tribun légionnaire à Mayence, il repoussa les Francs, peuples de Germanie, dont l'histoire parle alors pour la première fois, Tan 241- U se signala tellement depuis, que Valérien l'appcloit , en ^56, le libérateur de l'Illyrie, le restaurateur des Gaules, et le comparoit aux Corvinus et aux Scipions. Cependant il ne voulut pas le nommer gouverneur de son fils Gallien , parceque la rigueur avec laquelle il faisoit exécuter les lois militaires lui paroissoit d'un dangereux exemple : elle alloit en effet jusqu'à punir de la mort la plus cruelle un soldat qui avoit fait violence à une femme. Mais Aurélien, dont le caractère étoit plus ferme que celui de Valérien, ne relâcha rien de sa sévérité, et parvint ainsi à rétablir la discipline militaire. En sSy, lieutenant du général de l'Illyrie et de la Thrace, il délivra ces provinces envahies par les Goths. L'année suivante, Valérien, pour le récompenser, le nomma consul, en lui donnant de quoi subvenir aux dépenses que nécessitoit cette haute magistrature : témoignage honorable de son désintéressement. Sous le règne de Gallien , Aurélien n'eut pas l'occasion de s'illustrer; mais sous Claude il ôta la vie, en 268 , selon l'opinion commune , au tyran Auréole , et remporta une grande victoire sur les Sarmates et les Sueves'. Les Goths étant rentrés dans la Ma^cédoiue, Claude chargea Aurélien de diriger son frère Quintillus, qu'il envoyoit pour les combattre, et il le nomma d'abord général de l'Illyrie et de la Thrace, enfin commandant général de la cavalerie.
(i) Manu adferrum.
(2) Peuples qui babitoient les contrées arrosées par la Vistule et l'Elbe.
PI. LIX
Vopisque , annonçant qu'Aurélien fut élu pour succéder à chap xiv. Claude par les légions de Flllyrie, Tan 270 ( lO^S de Rome), et .,p,t"Gliiie"nju5reconnu ensuite par toutes les armées, attrilaue cette élection à <i"';« oiociétien l'estime que les troupes avoient conçue pour lui d'après les victoires brillantes qu'il avoit remportées sous Claude. Cependant Zonare ' dit que ce prince, avant de mourir, avoit déclaré Aurélien Auguste, ou digue de l'être. Le même historien raconte qu'un nouvel empereur s'étant rendvi à Rome après la mort volontaire de Quintillus, frère de Claude, qui n'avoit régné que peu de jours, demanda à un sénateur des conseils pour le guider dans le gouvernement de l'empire, et qu'il en reçut cette réponse: «Il ne faut pour cela que du fer et de l'or; l'un de ces métaux pour ses bons serviteurs , et l'autre pour ceux qui lui porteroient ombrage. .-> Zonare ajoute que le sénateur fut une des premières victimes de la cruauté d'Aurélien. Cette passion ternit sa gloire militaire et ses talents administratifs; il s'y abandonna , lorsqu'en 271 il revint à Rome, après avoir vaincu et repoussé les nations ultradanubienues, qui s'étoient avancées jusque dans l'Italie supérieure. Il fit mourir plusieurs sénateurs et plusieurs autres illustres personnages soupçonnés d'une conspiration. Aurélien s'occupa ensuite à rebâtir les murailles de Rome , qui tomboient en ruine , et il augmenta considérablement l'étendue de cette ville; c'étoit un droit dévolu aux seuls princes qui avoient agrandi l'empire.
Libre des soins administratifs , redoutant peu le tyran des Gaules et de l'Espagne, Tetricus, que Claude n'av^oit point inquiété, et avec lequel lui-même entretenoit des correspondances, Aurélien résolut, en 272, de faire rentrer sous l'obéissance de
(i) Lib. XII, 27.
5o ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.
ci.M. XIV. Rome les provinces de l'Orient et une partie de l'Egypte, sur Empereurs IcsciucUes Zcnobic exercoit un empire absolu. Sa marche fut
après Gallien JUS- i ai
qu'à Dioci.tio.. retardée par quelques combats qu'il eut à soutenir contre les Gotlis, rentrés dans la Tlirace, et qu'il poursuivit même au-delà du Danube. Arrivé en Syrie, il ne trouva de résistance qu'à Antioche, non loin de laquelle l'armée de Zénobie campoit sur rOronte. Il l'attaqua, la mit en déroute, et lui fit éprouver la puissance de la discipline militaire des Romains. La reine se retira à Emese, où elle réunit soixante et dix mille combattants. Aurélien l'attaqua de nouveau, mit encore son armée en fuite, et l'obligea à se réfugier dans la capitale de ses états. Il la poursuivit sans relâche; mais les Arabes nomades (bédouins) le harcelèrent vivement dans la traversée du désert.
Zénobie attendit vainement les secours que lui avoient promis les Perses, les Arméniens, et les Sarraceni; la renommée d' Aurélien les avoit glacés d'effroi. Elle fut aussi trompée dans ses espérances, lorsqu'elle vit les nations voisines, soumises aux ordres de l'empereur, lui apporter des vivres en grande quantité; et une blessure qu'il reçut pendant le siège ne point ralentir son ardeur. Alors Zénobie , craignant de voir Palmyre prise d'assaut, monta sur un dromadaire, et s'enfuit à travers le désert, pour solliciter en personne des secours auprès du roi des Perses. Elle se préparoit déjà à traverser l'Euphrate, lorsque des soldats envoyés à sa poursuite par Aurélien l'atteignirent (en 273), la firent prisonnière, et la ramenèrent dans le camp du vainqueur. On connoit la réponse fiere et noble qu'elle lui fit, quand il lui reprocha la présomption qu'elle avoit eue de lutter contre des empereurs romains. «Je vous regarde vous, Aurélien, comme un véritable empereur; mais Gallien et ses ignobles rivaux, je les ai toujours crus indignes de ce grand nom. » La ville se rendit,
clétien.
PI. LIX
EMPEREURS APRÈS GALLIEN. 5i
et Aurélien pardonna aux Paimyréniens , après les avoir dé- chap. xiv. pouillés de leurs richesses. Revenu à Emese, il fit mourir les ^'"^'r'^.
1 ' après Gallienju
principaux personnages de la cour de Zénobie, entre lesquels se T'àD'ocié trouvoit le célèbre rhéteur Longin ; mais il refusa d'envelopper Zénobie dans cette proscription , malgré les clameurs des soldats. Ilavoit d'autres desseins sur cette princesse infortunée.
Cette victoire mit le comble à la gloire d' Aurélien. Les peuples de rOrient les plus éloignés lui envoyèrent des ambassadeurs ; Vopisque compte parmi eux les Seres, que quelques géographes croient avoir été les Chinois, et qui étoient du moins les habitants d'une contrée plus septentrionale que la Chine actuelle, la Boukarie ' . Après avoir rétabli l'empire romain dans ses anciennes limites orientales, Aurélien se préparoit à revenir dans l'Occident, quand une nouvelle révolte des Paimyréniens rappela le vainqueur, qui détruisit de fond en comble leur capitale. Il accourut ensuite en Egypte, défit Firmius (ou Firmus), qui s'étoit déclaré Auguste. De là on le vit arriver dans les Gaules avec la rapidité de l'éclair, et profiter des offres que lui avoit faites Tetricus de lui en remettre la souveraineté, en abandonnant les troupes qu'il paroitroit lui opposer.
L'empire étant pacifié dans sa vaste étendue, et replacé sur ses bases antiques, l'heureux Aurélien, dont le caractère rappeloit celui des anciens Romains , et dont l'orgueil se tournoit , comme le leur, en cruauté, montra à ses sujets les deux Tetricus et la reine Zénobie enchaînés à son char de triomplie. Mais, si la multitude fut éblouie par ce spectacle étonnant, les sénateurs virent avec douleur l'humibation injuste d'un de leurs collègues,
(i) Le nom de Seres désignoit les Chi- Boukarcs, qui transportoient sur les bords
nois, avec lesquels les anciens n'ont jias de la Caspienne les jiroduits de la Chine
eu de cominunioation immédiate ; et les et ceux de leur propre pays.