PI. TA
86 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.
plaisoit Iclle-mcnt, qu'il répondit à Maximien et à Galère, qui le prcssoient do reprendre le diadème : «Plût à Dieu que vous ruicempeieiirs. pussicz voîr Ics légumes que je cultive de mes propres mains à Salonc ! vous ne feriez pas alors luie semblable proposition. » Ses successeurs lui témoignèrent pendant ([uelque temps un grand respect, mais qui s'affoiblit bientôt. De sorte que, selon Lactance (l'écrivain le plus exact sur ce point), se voyant méprisé et maltraité, après vingt années du règne le plus lieureux et le plus glorieux, il tomba dans le désespoir, et se résolut à mourir. Ne voulant plus manger ni dormir, il périt de faim et de mélancolie l'an 3i3 ( 1066 de Rome ).
Né pour les grandes choses, Dioclétien fut le premier empereur qui divisa l'empire, qui l'abdiqua volontairement , et le seul particulier à qui l'on ait accordé les honneurs de l'apothéose. Il u'est fait mention de ces honneurs que dans Eutrope, et l'on n'en voit aucune trace sur les médailles. De l'aveu même de ceux des écrivains qui avoient intérêt à rabaisser sa gloire et ses talents , il fut digne du trône par la science de l'art militaire, par la vigilance , l'élévation de l'esprit, la prudence dans les revers , la connoissance des lettres, la douceur, et la modération. Victor' dit eu propres termes : «Il souffrit qu'on l'appelât maître, et il se conduisit en pere.« Ayant habité long-temps l'Orient, Dioclétien crut devoir, seulement pour l'intérêt de la majesté impériale , adopter le faste des rois de ces contrées. Mais il témoignoit une vénération particulière pour la mémoire de Marc-Aurele ' ; il se plaignoit souvent du caractère farouche de Maximien. Lampride, contemporain de Constantin, l'appelle le père du siècle d'or\ Plus de six cents lois ou décisions de Dioclétien se trouvent
(1) Victor., in Cœsar., XXXIX: Domi- (i) Capitol. , m Tl/nrco, XIX.
7mm dicipassus; parentem egit. (3) Lamprid., Eliogab., XXXV.
et Maximien-Herempereur?.
IM, LX
DIOCLETIEN ET MAXIMIEN-HEPvCULE. 87
dans le seul code Justlnieu; il n'en existe pas uu aussi grand dm. xv. nombre d'aucun autre empereur. uiodetien
Ce prince, tant calomnié, conçut le hardi dessein de partager "'ie,emp l'empire sans le diviser; il rendit l'aspect du trône plus brillant en le rendant moins redoutable; il diminua l'autorité des préfets du prétoire , et il établit une distinction très marquée entre l'état militaire et l'état civil; les provinces sénatoriales furent toutes mises sous la main de l'empereur ; les tributs furent payés par les peuples d'Italie comme par les autres provinces de l'empire; les frumentaires, espions honorés, n'inquiétèrent plus les cités, dont les habitants se virent élever à la condition d'hommes libres ; les campagnes, délivrées des brigands, refleurirent; on rebâtit les villes ruinées par les guerres civiles , et les frontières de l'empire furent mises par des fortifications à l'abri des incursions des barbares. Aussi cet état de choses a-t-il été appelé par Lampride le siècle d'or.
On ne sait point le nom de l'épouse de Dioclétieu , qui le rendit père de Valérie, mariée à Galère.
Quoique Dioclétien ait régné près de trente ans, on ne con- ^ ■ noît de lui d'autres portraits authentiques que ceux de ses monnoies. Il fit frapper des médailles d'argent foiblemcnt allié, et cesser l'usage où étoient ses prédécesseurs, depuis un demisiecle, d'en frapper de bronze recouvert d'une feuille d'étain pour imiter l'argent'. Cette restauration des monnoies a été célébrée par plusieurs médailles de bronze qui ont pour types les trois Monnoies, avec la légende MONETA K\GGustorum. On en voit une ici, sous le u" i de la planche LX, avec le buste de l'empereur couronné de laurier, et la légende l'MVerator Cœsar Caius YALerms DIOCLETIANVS Vius Félix AYGustits.
(1) Les numismates appellent ces dernières des médailles saussées.
88 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.
ciiAi . XV Le n" 1 de la même planche prcscute un médaillon de bronze
u.ociétien (l'yji volume extraordinaire. D'un côté est gravé l'empereur à iule, empereurs, nù-corps , dcmi-uu , vctu du paludameutum , couronné de laurier, tenant une liaste, avec la léijende lOVIO DIOCLETIANO ANGusto. Revers, l'empereur en costuinc militaire, tenant un i^lobe, représentant Jupiter, dont il avoit pris le nom, et Hercule avec ses attributs ( divinité protectrice de Maximien ) , tous deux assis et couronnés par la Victoire; légende, HER.CYLIO MAXIMIANO KNGuslo; exergue, RM, et un croissant entre ces deux lettres.
%.i. MAXIMIEN-HERCULE, EMPEREUR.
Lampride', qui écrivoit sous l'empereur Constantin, gendre de Maximien , après avoir désigné Dioclétien par ce titre honorable , le Père du siècle d'or, appelle Maximien le Père du siècle de fer. On ne peut donner en peu de mots une idée jdIus exacte du caractère odieux du dernier que par cette opposition. En effet, excepté les talents militaires, qu'il possédoit à un degré supérieur même à celui de Dioclétien , il n'est connu que par sa férocité et sa cruauté, c[ui, selon Eutrope, étoient empreintes dans tous ses traits. Il se chargeoit volontiers d'exécuter les mesures sévères que Dioclétien projetoit; ce quin'empéchoitpas que celui-ci ne blâmât ouvertement son caractère sanguinaire, qu'il comparoit à celui d'Aurélien. A cela se réunissoient l'inconstance dans les résolutions et l'emploi des ruses les plus criminelles.
(i) In Eliogab. , XXXV.
Ses mœurs étoient très corrompues; mais on louoit sa libéra- cbap xv. lité , Qu'il exercoit cependant le plus souvent avec les biens de .î^'""'!'""
ses victimes. cule, empereurs.
Pi. LX.
Marcus Aurelius Valerius Maximianus étoit né à Sirmium , dans la Pannonie (Sirmicb en Sclavonie), de parents pauvres. 11 entra fort jeune dans la milice, comme Dioclétien, et comme lui il parvint par son courage aux plus hauts grades. Il s'établit entre eux de bonne heure une liaison qui dura jusqu'à la mort du second. Maximieu fut même le seul qui eut connoissance de la prédiction d'une druidesse relative à l'élévation de son ami , si l'on excepte le grand-pere de l'historien Vopisque '. Aussi , lorsque Dioclétien, parvenu à l'empire, crut devoir s'adjoindre un collègue pour l'aider à défendre ses vastes frontières, jeta-t-il les yeux sur Maximien, dont il connoissoit la bravoure et l'attachement pour sa personne. De là vient que Lactance' les appelle frères, quoiqu'il n'y eût entre eux aucune parenté. Ce fut l'an 186, à Nicomédie, que Dioclétien lui revêtit la pourpre impériale. Comme s'il l'eût adopté, il lui lit prendre ses noms, auxquels Maximien ajouta celui d'Herculius, à cause du culte particulier qu'il rendoit au fils d'Alcmcue , ainsi que Dioclétien avoit pris celui de Jovien.
Sans partager l'empire, celui-ci confia particulièrement à Maximien le gouvernement de l'Occident. Le premier exploit du nouvel empereur fut de dissiper les paysans armés qui dévastoieut les Gaules, et que l'on appeloit Bagaudcs. On lui attribue la décimation de la légion thébaine , et le martyre de plusieurs autres chrétiens dans les Gaules. Pendant que Maximien repoussoit les Francs et les Bourguignons, barbares qui habitoient la
(1) In Ntitner., XIV. (2) Mort. Persec, c. viii.