‹ Iconographie romaine (volume 5)Chapitre 78 sur 139 · I. DIOCLÉTIEN, EMPEREUR · texte numérisé non relu

I. DIOCLÉTIEN, EMPEREUR

De tous les historiens de cette époque , Eulrope est celui qui a jugé Dioclétien avec le plus d'impartialité. Voici le portrait qu'il en a tracé : « II avoit de bonnes mœurs , de la sagacité , un esprit délié; il étoit adroit à rejeter sur d'autres l'odieux de sa sévérité extrême : il fut un prince recommandable par sa vigilance et par son habileté. Mais il transporta le premier dans l'empire romain les formes de la royauté, qu'il substitua à celles de la liberté antique. Il voulut être adoré (comme les rois de Perse),

(») Totam ,-E(jjptmngrœuihiispr<!iscrrptio- ijuœ ad nostrani œlatem /ruinent. ( Eulrop. ,

îiibus cœdibusquc fœdavii. Ea tanien occa- lit). IX, c. Jixiv.)

siorir nrdiniivit provide milita, et disposait.

DIOCLETIEN ET MAXIMIEN-HEPvCULE. yS

tandis qu'on n'abordoit ses prédécesseurs qu'avec un salut res- chap. xv pectueux. il orna de pierres précieuses ses vêtements et même sa e,Mnximien-Hfrchaussure , tandis qu'avant lui l'empereur n'étoit distingué que «uie, empereurs. par un manteau de pourpre. » On lui reproche aussi avec raison les dépenses énormes qu'il fit en bâtiments , soit à Rome , où l'on voit les restes de ses thermes (si grands, que l'on a élevé sur leur emplacement deux couvents, des greniers publics, etc.); soit à Cartilage, qu'il releva ; soit à Nicomédie en Bythiuie , dont il voulut faire la nouvelle capitale de l'empire; soit enfin à Spalatro en Dalmatie, où les ruines de son palais couvrent un terrain aussi étendu qu'une ville de mo} eune grandeur.

Plusieurs politiques ont blâmé Dioclétien d'avoir établi que l'empire seroit gouverné par deux Augustes et deux Césars; mais il n'admit d'abord point de partage dans l'autorité; ce fut Galère qui le contraignit depuis à y consentir. Voyant que l'étendue de l'empire romain exigeoit un nombre d'armées considérables, et que ces armées, n'ayant point un centre où auroit dû aboutir le gouvernement militaire , créoient chacune de nouveaux empereurs , il crut détruire cet abus en créant lui-même plusieurs Augustes qui obéiroient à un seul, et qui se succéderoient sans secousses. Ce qui prouve que cette grande pensée ne fut point une chimère , c'est que dejDuis cette époque les empereurs furent moins souvent victimes des conspirations, et que les conspirations mêmes n'eurent désormais pour théâtre que l'intérieur des palais, sans que la commotion se fit sentir par des guerres civiles dans les provinces éloignées.

Malgré les grandes qualités de Dioclétien, que quelques défauts n'ont point fait méconnoitrc des hommes réfléchis, son nom n'est jamais prononcé par la multitude des lecteurs sans une espèce d'iiorrcur. Deux choses ont produit ce jugement

76 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. IL

<;iiu.. XV. rigoureux. La première est une fatalité ind('pcndante de cet emi)ioci tien pcreur : les Alexandrins créèrent une ère qui commença au cnie, empereurs, ^g août dc l'annéc 284 dc l'crc vulgaire, première du règne de Dioclélien, dont elle auroit dû porter le nom, mais qui a reçu la dénomination d'ère des martyrs , quoique ledit contre les chrétiens ne date que de 3o3, La seconde cause appartient tout entière à la foiblesse qu'il eut de consentir à persécuter les chrétiens. Lactance", Eusebe", et Constantin^, qui professoient le christianisme, attestent la résistance qu'il opposa long-temps aux suggestions de Galère , ennemi implacable de la nouvelle religion. Ils disent aussi que, dans Tannée qui suivit l'édit fatal, Dioclétien fut attaqué d'une maladie morale, soit véritable démence, soit simple affoiblissement des facultés intellectuelles, qu'ils regardent tantôt comme une punition du ciel irrité, tantôt comme l'effet d'une violente frayeur. Sans vouloir diminuer l'horreur qu'inspire toute persécution , ne pourroit-on pas attribuer sa coupable condescendance aux premières atteintes de la maladie?

Dioclétien étoit né en Dalmatie, dans la ville de Dioclée, et d'une mère appelée aussi Dioclée; de là vint qu'étant parvenu à l'empire , il ajouta à ses noms, Caïus Yalerius, celui de Diocletianus , par lequel on le désigne ordinairement. Son extraction étoit fort basse, selon le jevuie Victor^, quoique depuis il ait voulu descendre de Claude-le-Gothique. Entré jeune dans la milice , il en parcourut tous les grades avec rapidité; il fut même consul subrogé l'an ^83. Il a voit été formé dans l'art militaire par le célèbre Probus. Dioclétien suivit Carus dans la guerre contre les Perses, et commanda les officiers militaires du palais

(i) Mort. Persec, XI. (i) Cap. XXV.

(2) Lib. XVÎIÎ . cap. VI et .xiii. (4) Epitome, XXXIX.

sous Niimérien son fils, auquel, en septembre 284 (io37 ^^ cuav.xw Rome ) , Aper, préfet clu prétoire , ôta la vie. Diociétien

^ ' i ' A 1 ' et Maximien-Her-

Le grand-pere de Vopisque se trouvoit dans cette armée , et •^"'^^ empereurs. c'est de lui que Fhistorien avoit appris les détails de l'élection de Diociétien. Les soldats, regardant avec raison ^per (nom qui désigne en latin un sanglier) comme l'auteur du crime, le placèrent devant les enseignes militaires, autour desquelles ils s'étoient rassemblés. On demanda alors quel seroit le vengeur de Numérien et son digne successeur; un cri général s'éleva, on nomma Diociétien, et on le proclama empereur. «C'étoit, dit Vopisque ', un homme distingué, adroit, attaché à son pays, aimant sa famille, prêt à saisir toutes les circonstances, ne formant que des desseins élevés, étant quelquefois audacieux, mais toujours avec prudence, et sachant modérer ses mouvements naturellement impétueux, jj Nommé Auguste, et monté sur l'estrade du général [tribunal)^ à Calcédoine, il répondit à ceux qui vouloient qu'on recherchât les auteurs du meurtre de Numérien , ce Le voilà ! » et il enfonça son épée dans la poitrine d'Aper. Si l'on en croyoit l'aïeul de Vopisque, Diociétien auroit fait au meurtrier l'application d'un vers très connu de l'Enéide % « Tu peux tirer gloire de ta mort, car tu la reçois de la main du grand Enée. >j Mais on peut du moins en conclure que l'on reconnoissoit cet empereur pour un ami des lettres. Au reste il avoit raconté au même Romain qu'une druidesse, qui habitoit à Tongres (dans le pays de Liège), lui avoit prédit qu'il deviendroit empereur lorsqu'il auroit tué un sanglier Çapruni) ' -^ et il avoit ajouté qu'il n'a voit puni de mort Aper de sa propre main que pour accomplir la prophétie et pour assurer son empire.

(1) fil Numcr.,\Ul. {■>.) ]M). X, 83o. (3) In Numcr.. XIV

8 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.

t:.ui. XV On peut JLigcr tVaprès cela de quelle uature étoient ces prédictions , qui aidoient si puissamment les ambitieux dans leurs

Oioclétieii et Maxiin'ieii-llrr-

rulc, uiii|)(;icur». nroictS

PI. LX

L'année suivante, 285, Dioclétien signala le commencement de son règne par la défaite de Carin , qui, étant maitre de Rome et de tout TOccident, crut pouvoir gouverner seul l'empire, après la mort de son frère Numérien. Les armées des deux empereurs se livrèrent plusieurs combats; et Carin avoit oI)tenu la victoire dans le dernier sur le Danube, dans la liante Mœsie, lorsque, poursuivant ses ennemis avec trop d'emportement, il fut tué par ses propres soldats'. Dioclétien usa généreusement de son triomphe, et pardonna à tons ceux qui avoient combattu pour Carin. On croit, avec quelque vraisemblance, qu'il se rendit ensuite à Rome pour se faire reconnoitre par le sénat.

Dioclétien n'ayant point d'enfant qu'il pût approcher du trône pour lui succéder, et voulant ôter à la milice le droit qu'elle s'arrogeoit depuis plus d'un siècle d'élire les empereurs, nomma César et adopta jMaximien (depuis surnommé Hercule). Il espéroit trouver un soutien dans un général dont la gloire militaire égaloit au moins celle de l'empereur, mais qui dans tout le reste étoit digne de mépris et de haine. Dioclétien tourna alors ses regards vers l'Orient, et s'en approcha, pour faire les préparatifs de la guerre contre les Perses. Pendant ce temps les troubles qui agitèrent les Gaules l'obligèrent à y envoyer, pour les apaiser, Maximien, qu'il nomma, en 286, Auguste; et qu'il associa à l'empire, pour lui donner une plus grande autorité. A peine Carin avoil-il quitté ces contrées, que deux usurpateurs, Aelianus et Amandus, prirent le titre d'Auguste, et se mirent à

0 Vict.. Cœ5.,XXIX.

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la tête d'un vil ramas de paysans et de voleurs (que l'on désigna cmi. xv. par le nom barbare de Bai^audes). Diodétien

Maximien remplit l'attente de Dioclétien; il soumit et pacifia f^^'f^ empereurs. les Gaules. 11 avoit cbargé Carausius de construire une flotte à Bononia (Boulogne), pour défendre les côtes de la Belgique et de la Celtique', qui étoient ravagées par les Francs et par les Saxons". IMais, voyant que celui-ci ne s'opposoit point à leurs incursions, afin de reprendre à leur retour le butin qu'ils avoient fait, il ordonna de lui ôter la vie. Carausius, l'ayant appris, se retira dans la Grande-Bretagne , et s'y fit déclarer empereur en 288. Maximien fut plus heureux contre les Alemanni^; non seulement il les chassa des Gaules , mais encore il traversa le Rhin , et porta le fer et le feu dans leur contrée.

Dioclétien, voyant que toute la science mihtaire de Maximien et sa bravoure avoient échoué contre Carausius, eut la prudence de lui accorder, en 289, de concert avec son collègue, le titre d'Auguste, qu'il s'étoit donné, et la souveraineté de File qu'il occupoit , sous le prétexte spécieux de la défendre contre les barbares. Les deux empereurs se réunirent, l'année suivante, a Milan, où se rendirent les principaux sénateurs. On ne connoit point le sujet de cette réunion. Cependant on peut conjecturer, par les événements qui la suivirent, que les deux Augustes y convinrent de se partager la défense de l'empire , mais en conservant le gouvernement indivis. Ce partage fut connu et effectué.en 291. Les guerres que se faisoient entre eux les barbares de l'Occident et ceux de l'Orient en favorisèrent l'exécution.

(i) Eiitrop., IX, 3i. non ceux (!♦' la S;i<f ii< iiielU-.

(a) On désijjiKW't alors pai <u flerftier (3) l'ciiplp ([iii liabitoit om»v If .Mpin cr

nom les liabitaut.s des |>ays situés entre le Dtjniibe, et dont le no«i a t'-fô rlùnné dc-

]'('iiili(iiirliiire de ri"'ll>e et celle de l'Oder, i)!!!.";;» tome la (Jenii.inie.

8o ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.

cnvi. XV. Dioclt'tieii clioisit TOrlcnt, où les Perses furent agités par la Diocëtien o-^ici-re civile sous Vararane II et sous son fils Yararane III.

etM.TXimieu-ller- o

rnie, empereurs. Maxlmlen , préposé à la défense de l'Occident, vit une partie des

PI I.X. /-, 1 • 1 ,, • .1

Gotlis vaincre les bourguignons'; une autre partie combattre contre les Alains et les Gépides. Pendant ce temps les Blemmyes, qui habitoient les frontières méridionales de l'Egypte, faisoient la guerre aux Ethiopiens ; et les Maures se déchiroient entre eux. Au milieu de ces guerres étrangères les Romains jouirent des douceurs de la paix pendant f|uelques mois; mais ils se virent ensuite attaqués comme de concert par tous les barbares; surtout en Orient par les Perses, et en Afrique par les Quinquégentiens ' ; et Alectus se fit déclarer empereur en Egypte. Pour remédier à tant de maux, Dioclétien jugea que son collègue et lui ne pouvoient suffire pour gouverner et défendre l'empire. C'est pourquoi il nomma, le i" mars 292, à Nicomédie, deux Césars, Constance-Chlore et Galere-Maximien. Il établit, comme loi fondamentale de l'état, qu'il seroit désormais gouverné par deux empereurs et par deux Césars. Il pensoit d'abord que les chefs des quatre armées ayant part au gouvernement de l'empire, leurs soldats, et ceux des autres armées beaucoup moins fortes, n'oseroient plus s'arroger le droit d'élire les empereurs; et ensuite que les Césars étant subordonnés aux deux Augustes, dont un seul auroit une prépondérance réelle , le gouvernement seroit renforcé sans être divisé. Dioclétien , sans perdre sa puissante influence sur le reste de l'empire, demeura toujours chargé de la défense de l'Orient; Maximien, de celle de l'Italie et de

(i) On peut donner ce nom moderne et de duché de Bourgogne. aux Aedui et aux Sec/uani, parcequ ils oc- (2) Peuple qui habitoit la Pentapole de

cupoient alors les mêmes pays qu'ils occu- Libye, pent aujourd'hui sous les noms de comté

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DIOCLETIEN ET MAXIMIEN-HERCULE. 8i

l'Afrique; Galère, de celle de Thiace et de l'Illyrie; les Gaules, cuap.xv. l'Espagne, et la Mauritanie, échurent à Constance. Il combla ,,j;^°'XJèn.Herd'honneurs les nouveaux Césars j il leur donna même les titres cuie, empereurs. qui appartenoient aux seuls Augustes , ceux à'imperator, de père de la patrie, de souverain pontife, avec la puissance tribunitienne. Maximien avoit déjà pris le surnom d'Herculien, coinme Dioclétien celui de Jovien, par dévouement spécial pour Jupiter et pour le fils d'Alcmene. De même aussi Constance reçut le surnom de Maximien, de sou père adoptif, qui lui fit épouser sa fille Théodora; et Dioclétien donna celui de Jovien à Galère, avec sa fille A^alérie pour épouse.

Quoique Maximien se rendît odieux par sa cruauté, quoique les deux Césars eussent des caractères opposés, et que Galère, la science militaire exceptée, fût aussi mauvais prince que Constance étoit digne de l'estime générale ; cependant leur respect pour Dioclétien, à qui ils étoient redevables de leur élévation, et le soin qu'apportoit celui-ci à ne paroitre que leur égal, de même qu'à détruire les semences de jalousie qui auroient pu les diviser, maintinrent pendant plus de dix ans une union qui est un des phénomènes les plus remarquables de l'histoire. Aussi Dioclétien tiroit-il vanité de cet arrangement'.

Les avantages que procura aux Romains cette nouvelle forme de gouvernement furent la défaite des révoltés africains, et de leur chef Julianus, qui avoit pris le tilre d'empereur; celle des troupes que Carausius avoit laissées dans Boulogne, et que Constance contraignit à se rendre; et la mort de Carausius, tué, en 293, par Allectus. Celui-ci à son lour se déclara empereur, et fut vaincu, en 296, par l'armée de Constance, qui réunit à

(1) Julian., Oral., I.

8a ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.

ciiAP. XV. l'empire une province séparée depuis plus de dix ans, la Grande-

Diocietien ]îreta":ne. Ce prince chassa en même temps les Francs de la Ra-

ruie, .mpereurs. tavlc ct dc la Rclgiquc, ([u'ils occupoicnt depuis quelques années;

" ''^' mais il leur permit de s'établir dans les contrées des Ambiaui et

des Tricasses (appelées depuis Picardie et Champagne).

Dioclétien pacifioit alors l'Orient. Achillée s'étoitfait déclarer empereur sur les bords du Nil en 292; il le vainquit en 296, et le fit dévorer par des lions. Il punit ses partisans avec une extrême rigueur; «Et, dit Victor', il multiplia les meurtres et les proscriptions; mais il fit succéder à ces punitions un gouvernement si bien coordonné avec les mœurs des Egyptiens, qu'il suhsisla long-temps après lui. » Si l'on en croyoit Suidas', il auroit fait rechercher soigneusement et brûler les livres de chimie, à l'aide desquels, dit-il, ce peuple créoit de l'or et de l'argent, aliments de ses révoltes. On voit et dans ce texte, recueilli par le lexicographe, et dans les fragments d'Agatarchide, conservés par Photius^, que les Egyptiens ont connu et pratiqué les arts chimiques et l'alchimie (qui en a été inséparable jusqu'au dernier siècle) avant les Grecs et les Ptomains. Dioclétien assura la tranquillité de la haute Egypte en cédant aux Nubiens sept journées de pays au-dessus dc Philé K

Pendant que Dioclétien pacifioit l'Egypte , il avoit envoyé Galère combattre contre le roi de Perse Narsès, qui, jaloux d'imiter son aïeul Sapor, avoit chassé les Romains de l'Arménie, et menaçoit leurs autres provinces orientales. L'imprudence de Galère lui fit perdre la première bataille. Dioclétien en fut si offensé , que , l'ayant vu approcher de lui pendant qu'il se promenoit dans la campagne, il le laissa suivre long-temps son char

(i) Lib. IX,c. XXIV. (3) Pag. 1 341.

(2) Voce àioylr,. (4) Procop., Bell. Pers., 1,19.

Diocletien Maximien-Her-

Pl. LX.

à pied et revêtu de la pourpre '. Ces rigueurs de Diocletien pro- chap xv duisirent sur Galère l'effet qu'il sembloit s'être proposé. Celui-ci, ayant formé une nouvelle armée, composée principalement de fuif, empereurs vétérans, attaqua et vainquit Narsès dans l'Arménie en 297, fit prisonniers sa femme et ses enfants , et ne lui accorda la paix qu'après la cession de cinq provinces situées sur les bords du Tigre: cette paix ne fut point troublée pendant quarante ans, jusqu'à la fin du règne de Constantin.

Diocletien s'étoit avancé jusqu'à Nisibe , dans la Mésopotamie, pour soutenir Galère s'il en eût été nécessaire. Après avoir ratifié le traité conclu avec les Perses, il s'occupa à fortifier toutes les frontières de l'empire, qui, à quelques guerres étrangères près, jouit pendant plusieurs années d'une paix profonde. Mais, en 3o3, les chrétiens, qui étoient en très grand nombre, et qui falsoient partie de l'armée, ainsi que des grandes corporations, furent contraints de renoncer à leur religion , ou exposés aux plus cruels tourments et à une mort honteuse. Celte persécution fut discutée entre les deux empereurs dans de longues et de nombreuses conférences; ce qui annonce une grande répugnance de la part de Diocletien, qui examinoit les conséquences de ces cruautés en homme d'état ; tandis que Galère s'abandonnoit sans réserve à son caractère féroce et à sa haine pour les chrétiens. Aussi la phq:)art des écrivains qui appartiennent au christianisme rejettent-ils en grande partie sur Galère l'odieux de cette persécution. Lactance", entre autres, dit que ce prince farouche fit mettre le feu au palais impérial à Nicomédie, et qu'il accusa de ce crime les chrétiens, pour animer contre eux de plus en plus Diocletien. Constantin \ témoin de cet incendie, l'attribue à la

(i) Ainm. Marcell., XI V, 1 1. (2) Lact., Mort. Persec, c. \i. (3) Orat., c. .\xv.

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ci.u XV. foudre; mais il ajoute que rimagination de l'empereur en fut laxim^en-Her- tellement troublée, que depuis il croyoit toujours voir tomber <uie, «mpereurs. jg |'gy j^ ç|g] G'est ainsï quc commeiiça l'espèce de délire auquel Lactance' et Eusebe' assignent cette époque. Galère fit incendier une seconde fois le palais, accusant toujours les chrétiens, contre lesquels la fureur de Dioclétien devint excessive.

Pendant ce temps un commandant particulier, appelé Eugcnius , se révolta en Syrie, et prit le titre d'empereur; mais les Antiochiens le tuèrent lui et ses partisans. Malgré cet acte de dévouement, Dioclétien, tourmenté par une noire mélancolie, fit punir de mort les magistrats d'Antiocbe et de Séleucie : ce qui rendit son nom si odieux aux Syriens , que quatre-vingt-dix ans après ils ne pouvoient encore le prononcer sans horreur \ La fin de cette année, 3o3, dont le commencement avoit été si funeste aux chrétiens, vit cet empereur recevoir à Rome, avec son collègue, les honneurs d'un triomphe qui fut alors très brillant par les images nombreuses des peuples vaincus que l'on y porta; entre autres celles des femmes, des sœurs, et des enfants du roi de Perse Narsès. Peut-être Dioclétien voulut-il par cette pompe détourner l'attention des supplices auxquels on livroit les chrétiens; mais l'esprit de parcimonie qui l'animoit et qu'il porta dans l'exécution des jeux, suite ordinaire des triomphes, déplut au peuple, qui se permit les railleries les plus violentes. Outré de dépit, il sortit de Rome pour n'y rentrer jamais, malgré le froid et la pluie, qui lui causèrent une maladie lente et intérieure.

C'est ainsi que Dioclétien arriva à Nicomédie , malade de corps et d'esprit, l'an 3o4; et il demeura renfermé dans son

(i) Lactanc , Mort. Persec, c. xiv, xv, (2) Euseb., //iV/or., lib. VIII, c. xii.

et xvii. (3) Liban., Orat., XIV, XV ; rUa.

PI. LX

palais jusqu'au printemps de rannée suivante, 3o5 ( io58 de Rome), où il se montra au public pour détruire le bruit de sa i''°'^''^"«"

' ■■■ A et Maxitnien-Her-

mort. L'ambitieux Galère saisit cette occasion pour l'engager, "<ie, empereur soit jiar la persuasion, soit par les menaces , à abdiquer l'empire, avec Maximien, à donner le nom d'Auguste à lui et à Constance- Chlore , enfin à créer deux nouveaux Césars '. Après avoir résisté long-temps, Dioclétien céda en pleurant , et écrivit à Maximien , qui consentit à regret à suivre son exemple. Il voulut nommer Césars Maxence , fils de Maximien et gendre de Galère , avec Constantin (depuis empereur), fils de Constance; mais Galère choisit Sévère et Maximin-Daza, son neveu. Le premier jour de mai , Dioclétien , en présence des soldats , déclara Galère Auguste, et revêtit Maximin de la pourpre, qu'il quitta; pendant que Maximien abdiquoit à Milan, déclaroit Auguste Constance, et donnoit la pourpre au nouveau César, à Sévère. Après cette abdication solennelle, Dioclétien, vêtu en simple particulier, se rendit dans la Dalmatie (province où il étoit né), et choisit la ville de Salone pour sa retraite. «Quoique les païens, dit le pieux Tillemont% louent Dioclétien d'avoir quitté' l'empire par un généreux mépris des grandeurs humaines, ils avouent néanmoins que plusieurs eu parloient d'une manière bien différente '. Quelques uns ont prétendu que le regret d'avoir entrepris inutilement de ruiner le christianisme l'avoit porté à abandonner l'empire '\ Mais (ajoute-t-il de lui-même) Lactance, Constantin, et Eusebe, ne disent rien de cela; et la persécution n'avoit pas proprement été entreprise par Dioclétien, mais par Galère.»

Retiré dans le palais qu'il avoit bâti à Spalatro, près de Salone, il passa les dernières années de sa vie dans le repos , et il s'y

(i) Lactanc, /'er^ec. , c. xvni. (3) Victor. , t'd'i., XXIX.

(2) Tom. IV, pay. 5 1 . (4) Baron. , an. 3o4 , §. 8.

Cinp. XV.

Dioclelicn

otMaximieiiHcr

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