‹ Iconographie romaine (volume 5)Chapitre 86 sur 139 · ET YALERIA SON ÉPOUSE · texte numérisé non relu

ET YALERIA SON ÉPOUSE

En vain quelques écrivains ont-ils invoqué la raison d'état pour excuser la barbarie avec laquelle Galère poursuivit et fit poursuivre par ses collègues les malheureux chrétiens. C'étoit mal défendre la rehgion de l'empire que d'arracher la vie par les plus cruels tourments à ceux qui en professoient une autre, plus pure et plus digne de Tintelligence humaine. La persécution engendre plus de croyants qu'elle n'en peut détruire.

Galerius Valerius Maximianus, appelé aussi Caïus, est désigné ordinairement par le nom seul de Galère. Les deux Victors lui donnent celui à' ^rmentarius (pâtre), qui est relatif à la profession de ses pères et à celle qu'il exerça pendant son enfance dans la nouvelle Dace, près de Sardique (non loin de Sophia, dans la Rulgarie). Si l'on en croit Lactance", il auroit sucé la haine des chrétiens avec le lait; car sa mère, très attachée aux anciennes superstitions, avoit en horreur la nouvelle religion.

(i) Lactanc, Mort. Persec, cap. i.\, xi.

SUCCESSEURS DE DIOCLETIEN. io5

Galère étoil dépourvu de toute instruclion; mais il avoit le génie chap. xvi. de la cruerre II porta les armes de bonne heure , se forma à Tart Collègues «suc-

D 1 ' cesseurs de Uio-

militaire sous deux grands capitaines, Aurélien et Probus, et il <'^éûen, excepté

ConsraotiD et sa

fut heureux dans ses entreprises. Sa haute et forte stature, qui famiiie. imposoit à la multitude, devint excessive par l'énorme quantité ^''^^ de nourriture qu'il jîrcnoit habituellement.

Eutrope ' accorde de bonnes mœurs à Galère; Victor l'ancien, qui lui accorde aussi quelques bonnes qualités, blâme l'air rustique et gauche qui les reudoit presque haïssables'. Mais Lactauce^, écrivain chrétien, qui ne vo\oit dans lui que le premier et le principal auteur des persécutions, dit qu'il fut plus cruel que Dioclétien et Maximien; que, pour satisfaire son ambition sans bornes , il força ces deux empereurs à abdiquer, et devint par là responsable des maux qui suivirent leur retraite. Si l'on en doit croire Lactance, Galère avoit une grande aversion pour les lettres et pour ceux qui les cultivoient; il conféroitles offices de judicature à des militaires ineptes, et il écrasoit d'impôts ses sujets. Quelque exagération que l'on doive reconnoitre dans ce portrait tracé par Eactance, il est certain que les principaux traits sont fidèles.

L'an 292 (1045 de Rome), Dioclétien voyant l'empire attaqué de toute part, soit par les barbares, soit par les usurpateurs Carausius et Achillée, et ne croyant pas pouvoir, même avec son collègue Maximien , leur résister, adopta Galère, à cause de ses talents militaires. Il lui donna le titre de César, son propre surnom de Jovius, pour épouse sa fille Valérie, et pour département la Thrace et l'IUyrie. Maximien imita Dioclétien, et accorda le titre de César à Constance-Chlore. Galère s'occupa à défendre

(1) Eutrop., X, 2. (2) Vict., Cœs., XL. (3) Mort. Pcrsec, c. x, xviii, etc. 4. 14

io6 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.

Ciuï. XVI. rillyrle, et à rendre à la culture une vaste portion de la Pancoiieguesetsm- j^qjjJç inférieure (entre le Danube et la Drave), en faisant écou-

cesseurs de Dio- ^ ' '

cicticn, excepté \qj, yjj praud lac dans le Danube. Il donna à ce pays le nom de

Constantin et sa " l ^

fan,iiic. Valérie, son épouse'.

' ' '' Narsès, devenu roi de Perse en 2g4, s'empara de l'Arménie

et menaça les autres provinces de l'Orient. Galère , choisi par Dioclétien pour s'opposer à cette invasion, attaqua imprudemment l'ennemi des Romains, et fut vaincu l'an 297. Arrivé auprès de Dioclétien, après cette défaite, il. le rencontra qui se promenoit; celui-ci le laissa, pendant l'espace d'un mille, suivre son char à pied , et revêtu de la pourpre. Galère humilié, se hâta de rassembler un corps de vétérans , les conduisit en Arménie contre Narsès, entra, comme un député envoyé par Dioclétien, dans le camp de l'ennemi pour reconnoitre ses forces. Il l'attaqua ensuite avec vingt-cinq mille hommes seulement, le défit, le mit en fuite, s'empara d'immenses richesses, et fit prisonniers ses femmes, ses enfants, et les personnages les plus distingués de la Perse. Galère les traita avec beaucoup d'humanité; «ce qui fit avouer aux Perses étonnés, dit Sextus Rufus', que les Romains leur étoieut supérieurs non seulement par les armes, mais encore par les mœurs. »

Le résultat de cette brillante victoire fut la restitution de cinq provinces, et une paix qui dura quarante ans. Mais elle produisit sur l'esprit de Galère un effet déplorable. Il cessa de déguiser son caractère altier et sanguinaire; il témoigna publiquement qu'il aspiroit au titre d'empereur, et qu'il ne se contentoit plus de celui de César. C'est alors qu'il voulut persuader que Mars étoit son père. Dioclétien , qui possédoit l'art de con-

(i) Vict. , Cœs., XL; Amm. Marcel). , XXVIII , 3. (2) Sext. Ruf. , XXV.

SUCCESSEURS DE DIOCLETIEN. 107

noître les hommes, fut effrayé de ce changement ; mais il eut la crap xvi foiblesse de laisser paroître ses craintes. Galère eu profita habi- collègues «snc-

1 J- cesseurs de Lho-

lement. Il le contraiiçnit, en 3o3, à adopter les mesures san- ciéiien, excepté

^ Constanlin et sa

guinaires qu'il prit contre les chrétiens. Il exerça le même famiUe. ascendant sur Maximien; de sorte qu'à l'exception des Gaules, gouvernées par Constance-Chlore, prince sage et humain, le sang coula dans tout l'empire. Dioclétien différant de consentir à cette horrible persécution. Galère fit deux fois mettre le feu au palais impérial de JNicomédie; et la terreur augmenta un affoiblissement d'esprit que l'on remarquoit depuis quelque temps chez l'empereur; de sorte qu'il ne montra plus depuis que quelques étincelles de celte énergie cj[ui l'avoit toujours animé.

Cet acte de violence n'étoit qu'un prélude de ce que vouloit faire le César ambitieux. Il força, en 3o5 (io58 de Rome), le foible Dioclétien et l'inepte Maximien à déposer la pourpre, à l'en revêtir avec son collègue Constance-Chlore, et à nommer deux nouveaux Césars, pour conserver la forme de l'empire établie par Dioclétien'. Il ne donna pas même à cet ancien empereur le choix des nouveaux Césars; il rejeta Maxence, son propre gendre, Constantin, fils de Constance, qu'il a voit indiqués, et proposa Sévère et Maximin-Daza. Dioclétien les proclama, et dit à Galère, «J'ai pris soin de l'empire jusqu'à ce jour, pendant que j'en ai eu le gouvernement ; mais vous voulez aujourd'hui en tenir les rênes, la responsabilité pèsera sur vous seul, et j'en suis déchargé, j?

Galère, se voyant secondé par deux Césars de son choix, n'hésita plus à clianger la forme de l'empire, quoique Dioclétien

(i) Lact. , l'crscc, XVII, etc.

PI. LX

io8 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.

Chap. XVI. vécût encore '. Il le divisa, Tan 3o5, en deux parties al)solument Coiiecues et suc- (Jjstinctcs, couvemées par deux Aufrustes indépendants l'un de

cpsaeurs de Dio- ' O *

tiéiien, excepte J'autrc lui et Constance. Celui-ci se contenta de la Grande-

Const.inliii et sa i 1 i>i-> 1 • 1

famille. Rrctao^nc, des Gaules, de 1 Espagne, et des autres provinces de

l'Occident; mais Galère conserva l'IUjrie, la Thrace, l'Asie, l'Orient, et l'Egypte. Les deux Césars commandèrent sous leurs ordres. J'ai parlé au commencement de ce chapitre des suites funestes de la division de l'emjjire.

Le fds de Constance, Constantin, j)ortoit ombrage à Galère, à cause de ses talents militaires et de sa prudence. Il se trouvoit à Nicomédie lors de la création des deux Césars, dans lacpielle ilauroit dû être compris, ayant un Auguste pour père. Celui-ci demanda en vain plusieurs fois à Galère le renvoi de son fils, qu'il gardoit auprès de lai comme une sorte d'otage, et qu'il exposoit aux plus grands dangers, espérant que la mort le délivreroit de ce jeune prince. Forcé enfin de consentir à son départ, il lui permit de prendre les voitures de poste destinées aux serviteurs des princes ; mais Constantin devança de quelques heures l'époque fixée par l'empereur, traversa en grande hâte les provinces qui lui ohéissoient, et fit couper les jarrets à tous les chevaux, afin qu'on ne pût le poursuivre. Il évita par ce moyen les embûches que Galère lui vouloit faire dresser sur la route.

La mort de Constance-Chlore, arrivée en 3o6, fournit à Galère une nouvelle occasion d'humilier Constantin, que les soldats de son père venoient de proclamer Auguste. Loin de le reconnoitre empereur, il osa le réduire au simple titre de César; et du second rang il fit descendre au quatrième ce prince, qui

(i) 11 ne mourut qu'en 3i3.

SUCCESSEURS DE DIOCLETIEN. 109

eut la prudence de n'en pas paroitre offensé. Galère, ne redou- chap. xvi. tant plus aucun concurrent, se livra à la férocité ds son carac- Collègues et suc-

1 ' cesseurs de Dio-

tere, fit mourir les plus riches citoyens, et fit faire dans toutes «^'^'ien, excepté

Constantin et sa

les provinces le dénombrement des Liens pour s'en approprier famiiie. la plus grande partie. La crainte de cette opération fiscale •*' lx. souleva les habitants de Rome, dont il avoit retiré presque tous les prétoriens. Alors Maxence, fils de l'ancien empereur Maximien-Hercule, se jeta dans cette capitale, où les soldats et le peuple lui donnèrent le titre d'Auguste. Galère accourut avec son armée pour 1 amener les révoltés à l'obéissance; mais plusieurs légions l'abandonnèrent, en disant qu'il étoit honteux à des Romains d'assiéger Rome'. Alors il s'abaissa jusqu'à se jeter aux pieds des soldats qui lui restoient; il obtint, à force de prières et de promesses, qu'ils lui seroient fidèles, et il revint en Orient sans avoir combattu.

Galère avoit toujours eu de l'attachement pour Licinius, un de ses anciens compagnons d'armes, cruel, grossier, mais plein de bravoure. C'étoit le seul homme dont il reçût des conseils. Il le nomma Auguste en 807, peut-être pour réparer par ce nouvel appui l'échec qu'il avoit reçu en Italie. Les Romains comptèrent à cette époque six empereurs, Maximien-Hercule, qui en avoit repris le titre. Galère, Licinius, Constantin, Maxence, et Maximin, qui força bientôt Galère à le reconnoître pour tel; ce qu'il fit aussi pour Constantin. Ce fut le dernier acte du règne de Galère. Il fut attaqué de la maladie pédiculairc, qui lui fit souffrir pendant une année les plus horribles douleurs, et le conduisit au tombeau l'an 3ii. Les écrivains païens et chrétiens ont décrit cette maladie cruelle, que les

(1) Lact., Persec, XXVII; Zosiin., II, lo.

iio ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.

ciiu. XVI. tlcruiers reg.ardoiexit comme une punition de Dieu, quoiqu'un coiiecues et suc- j^t,q[s aviuit sa mort il eût rendu un édit pour faire cesser la

resseurs de Dio-

■ leticn, excepté persécutiou. Il avoit régné vingt-six ans, dont dix-neuf avec le

Constantin et sa t /^ • I • li a y-^ i

lamiiie. titrc dc Ccsar, et sept avec celui d Auguste. Galère avoit eu

'' '^ pour seconde épouse Valeria , fiile de Dioclctiea, qui ne lui doima point d'enfants; et il avoit fait épouser à Maxence la fille de sa première femme. Il laissa un fils naturel appelé Candidianus, tué, l'an 3i3, par ordre de Licinius, qui devoit son élévation à Galère, et à qui celui-ci en mourant l'avoit recommandé, ainsi que Valeria.

]s- 7. On voit le portrait dc Galère sur le médaillon de bronze du

n" 7, pi. LX, avec la légende GALerius Y kLerius MAXIMIANVS NOB/Z/j: Cœsar. Revers: légende, GENIO POPVLI ROMANI; type, figure nue, debout, tenantune patere et une corne d'abondance ; exergue , SlSiœ perciissa ' ; dans le champ , B \

Après Dioclétieu et Galère, on ne trouve plus de médailles d'Alexandrie et d'Egypte portant des légendes grecques. Depuis cette époque, toutes les légendes sont latines.

Galeria Valeria, appelée ordinairement Valeria, étoit fille de Dioclétien, et d'une de ses épouses appelée Prisca par Lactance^ Le même écrivain assure que l'une et l'autre avoient embrassé le christianisme; que Dioclétien commença la persécution contre les chrétiens, en contraignant sa femme et sa fille à sacrifier à ses dieux. Lorsque cet empereur adopta Galère, en 292, et le créa César, il l'obligea à répudier sa première épouse, et à s'unir à Valeria. Galère n eut aucun enfant de cette princesse; mais celle-ci adopta Candidianus, fils naturel de son

(i) Sissek en Croatie. (2) 5eco/jrf atelier monétaire. (3) Cap. XV.

SUCCESSEURS DE DIOCLETIEN. m

époux, quoiqu'il fût né depuis son mariage. En mourant, Galère cbap. xvi recommanda, Tan 3ii, son û\s et son épouse à Licinius, qu'il Collègues et snc-

' J- ' y cesseurs deiDio-

avoit élevé au plus haut rang. ciéuen, excepté

Constantin et sa

Il paroît que Valeria comptoit peu sur la protection de Lici- famiiie. nius; car elle se retira, avec sa mère et avec Candidianus, sur ^'"^^ les terres de Maximin '. Mais celui-ci conçut bientôt pour elle une passion très vive, et lui proposa de l'épouser, après qu'il auroit répudié sa légitime épouse. Valeria, ayant refusé ces sollicitations, devint l'objet de la fureur de Maximin. Le barbare la persécuta de toutes les manières, la dépouilla des honneurs attachés à sou rang, et l'exila en divers lieux avec sa mère. Dioclétien lui demanda plusieurs fois, mais en vain, de lui rendre sa fille; et ces refus hâtèrent sa mort. Celle de Maximin, arrivée en 3i4, rendit la liberté à Valeria, qui, voyant son fils adoptif, Candidianus, accueilli dans la cour de Licinius, sentit renaître quelque espoir de repos. Mais^ bientôt après, Licinius fit tuer le jeune prince, et commanda la mort de sa mère. Celle-ci prit la fuite, erra pendant plusieurs mois dans diverses contrées. Enfin, reconnue en 3i5, à Thessalonique, cette excellente princesse fut décapitée, avec sa mère, par ordre de Licinius, et leurs corps furent jetés dans la mer.

Une médaille dor du cabinet du roi, gravée ici planche LX, n s. n° 8, présente le portrait de Valeria, avec la légende GALen'a VALERIA PiNQiusta. Revers, femme debout, tenant un globe; légende, VENERI VICTRICI; exergue, SMD; dans le champ, un croissant et 2.

(i) Lact, XXXIX.

111 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.

Cinp. XVI.

:t!;r:,rz: §. 3. valeke seveke,

cl(!tien , exceptr

Constantin et sa -n ^ r . . ■ i ^ . . . . - t.

famille. EMPEREUR.

PI. LX

On distingue par leurs prénoms les trois empereurs qui ont porté le nom de Sévère: Septime Sévère, Alexandre Sévère, et Valeie Sévère dont je vais tracer le portrait.

Quel dut être l'étonnemcnt des Romains lorsqu'ils virent à Milan, en 3o5 (io58 de Rome), le i" mai. Maximien, après avoir donné à Constance le titre d'Auguste, se dépouiller de la pourpre impériale, et en revêtir Valere Sévère, qu'il appela César! Les motifs de ce juste étonnemeut furent la préférence donnée à Sévère sur Constantin et sur Maxence, le fils de Maximien ; ensuite le choix d'un homme tel que Sévère. Il étoit né dans l'IUyrie, de parents très ohscurs; ses mœurs étoient très mauvaises; il passoit les nuits dans l'ivrognerie et dans la déhanche, et il dormoit pendant le jour. Mais la surprise cessa quand on sut que ce choix avoit été dicté par Galère, qui avoit vu dans les vices de Sévère la certitude de ne trouver aucun ohstacle à son despotisme ahsolu'. D'ailleurs il lui savoit gré de n'avoir rien retenu de l'argent qu'il lui avoit donné pour distribuer aux soldats. Galère confia à Sévère le gouvernement de l'Italie et de l'Afrique, provinces que lui céda Constance.

Constance-Chlore étant mort eu 3o6, son armée proclama Auguste Constantin, son fils aîné; mais Galère lui refusa ce titre, et le donna à Sévère; parceque, disoit-il, celui-ci étoit plus âgé. Le ressentiment que couservoit Maxence de s'être vu préférer Sévère pour la dignité de César le porta à se soulever

^i) Lact., Persec, XVIII. '

SUCCESSEURS DE DIOCLETIEN. ii3

contre Galère, auteur de ce choix. Il se fit donc déclarer CH.iP.xvr. Auiruste par les habitants de Piome et par le petit nombre de coiiegnesetsuc-

C *■ i A cesseurs de Dio-

prétoriens qui en formoient la orarnison. Cette ville faisant la ^létien, excepté

^ Constantin et sa

portion la plus importante de Fapanage de Sévère, personne ne famiiie. devoit être plus cpie lui jaloux de la faire rentrer dans le devoir; c'est pourquoi Galère l'envoya avec une armée pour l'assiéger. IVIais il arriv^l ce que l'eujpcrcur aiiroit dû prévoir j les troupes de Sévère avoieut eu, deux ans auparavant, Maximien pour général, et elles desiroient de rentrer dans Rome, dont elles reiïrettoient les délices. Aussi abandonnèrent-elles Sévère.

Celui-ci, accompagné d'un petit nombre de soldats fidèles, se jeta dans Ra venue, ville qui, étant bien fortifiée et bien ^mirvue de vivres, pouvoit soutenir un long siège, et donner le temps à Galère de la secourir par mer". Mais Sévère craifi^nit d'être trahi par ses soldats; de sorte qu'il se rendit, l'an Soy, à Maximien, et lui remit la pourpre dont celui-ci l'avoit revêtu deux ans auparavant. Le vainqueur n'observa aucune clause du traité", amena le vaincu prisonnier à Rome, l'en éloigna peu de temps après, et lui fit ôter la vie, en lui accordant comme une grâce de se voir ouvrir les veines pour mourir sans douleur. Sévère avoit porté pendant cjuinze mois le nom de César, et pendant neuf celui d'Auguste. Il laissa un fils appelé Sévérien , que Licinius fit mourir six ans après.

Sur un médaillon de bronze, gravé ici sous le n" g de la n°9 planche LX , on voit un ])uste couronné de laurier, avec la légende SEVERVS NOlî/Z/'j CAES<2r. Revers, figure à cheval terrassant deux captifs; légende, VIRTVS AYGGustoruiii ET CAESS^rwm NNostrorum; exergue, AQP.

(i) Zosim., II, 10. (2) Amm. Marcel., .(^«o«.

ii4 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.

Chai-. XVI.

Collfj^ues et successeurs (le Dioclelien , excepté CoDstantiii et sa famille.

pi.Lx. EMPEREUR.

§. 4. MAXIMIN II, ou MAXIMIN-DAZA,

Ce n'est [joint dans les écrits des cbrétiens que je cherclicrai les traits qui caractérisent cet empereur; il les persécuta avec tant de cruauté et d'acharnement, que l'on pourroit re^^arder leur témoignage comme suspect. Voici le portrait qu'a tracé Victor le jeune': « Galerius Maximinus, fils de la sœur de Galère, appelé Daza avant son avènement à l'empire, porta pendant quatre ans le titre de César, et ensuite celui d'Auguste dans l'Orient pendant trois années: il étoit fils de berger, et il avoit lui-même gardé les troupeaux; il protégeoit les gens renommés pour leur sagesse, et ceux qui cultivoient les lettres; il avoit un esprit pacifique; il aimoit le vin avec excès. Lorsqu'il étoit ivre, il donuoit des ordres cruels; mais, s'en étant repenti, il défendit d'exécuter ceux qu'il prescrivoit dans cet état hont€ux, et il ordonna qu'on en différât l'exécution jusqu'au matin et jusqu'à ce qu'il eût recouvré sa raison.» Tillemont' cite Eusebe, qui dit que Maximin accordoit une grande part dans ses faveurs aux magiciens et aux enchanteurs; il en conclut avec assez de vraisemblance que Victor désigne eux et leurs écrits secrets par l'expression d'hommes qui cultivoient les lettres; de même qu'il désigne leur science vaine par le nom de sagesse, nom qu'on lui donnoit ordinairement. Au reste on peut croire que ces magiciens, ennemis des chrétiens, pour qui

(i) Epitonie, XL. (2) Eiiseb., lib. I, cap. xiv.

Constantin et sa le.

PI. LX

SUCCESSEURS DE DIOCLETIEN. ii5

ils étolent un objet d'horreur, rexciterent à exercer contre eux CHàP. xvi. la plus cruelle persécution. Collègues e. suc

1 I cesseurs de Uio

Galerius Valerius Maximinus, appelé communément Maxi- ciéuen, escepté

A A Constar"'" •" "

min n, ou Maximin-Daza, fut nommé César, Tan 3o5 ( io58 de famiiie. Rome), par Dioclétien, qui le revêtit de la pourpre en abdiquant l'empire. Ce fut le dernier triomphe remporté par Galère sur le foible Dioclétien , qu'il força de préférer son neveu Daza, inconnu jusqu'alors, au jeune Constantin, déjà célèbre par ses talents militaires. On lui donna le gouvernement de l'Orient, c'est-à-dire des provinces de ce département que Galère voulut bien lui céder, telles que la Syrie et l'Egypte. Maximin y vécut paisible pendant l'insurrection de Maxence; mais ayant vu, l'an 3o7, Galère donner à Licinius le titre et le rang d'Auguste, sans lui conférer le même honneur, il témoigna hautement son chagrin de voir le nouvel élu , moins ancien dans le gouvernement, prendre rang avant lui. Il annonça publiquement qu'il vouloit porter aussi le nom d'Auguste. Galère chercha vainement à dissuader ce neveu, qui n'avoit eu d'autre titre pour son élévation que la faveur de son oncle, persuadé qu'il trouveroit en lui une obéissance aveugle; et il lui représenta sans succès l'âge avancé de Licinius, comme un motif légitime de préférence. Mais, le voyant inflexible, il chercha à calmer son ambition en substituant au nom de César, que portoient Maximin et Constantin, celui de fils des Augustes, réservant le titre d'Augustes pour lui et pour Licinius.

Rien ne put contenter l'ambitieux Daza; l'an 3o8 il prit ce titre tant désiré, et annonça à Galère que les soldats le lui avoient donné malgré lui. L'empereur, contraint de céder, ordonna d'appeler Augustes lui-même, Licinius, Maximin, et Constantin. Ce fut en vertu de cet édit, qu'après la mort de

ii6 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. IL

ciiAr. XVI. Galère, Tan 3 12, Daza voulut se placer le premier des Augustes; Collègues cl suc- jj^^jg jg s^'n■^l couféra cet honneur à Constantin'.

cesseurs de Dio-

ti^tien, excepte La moit clc Tonclc réveilla l'ambition du neveu. 11 disputa à

Constantin et sa , . . . i n •

(.mille. Liciuiiis les provinces de 1 Orient que Galère avoit retenues.

11. Lx. ]]g s'accordèrent à prendre le détroit de Chalcédoine pour la limite des deux empires.

On ignore la raison pour Lirpiellf Valerin, vouv« Ac Galère; Prisca, mère de Valeria et épouse de Dioclétien; Candidien, fds de Galère, et Sévérien, fils de Sévère, choisirent pour retraite les états de Maximin. Je crois l'entrevoir dans un passage de Lactance' relatif à cet empereur. «Il affichoit la clémence, dit l'écrivain, mais en apparence seulement; il défendit de faire mourir les chrétiens, mais il ordonna de les mutiler. 35 Yalcria et Prisca, qui a voient embrassé la nouvelle religion, espérèrent peut-être d'adoucir par leurs sollicitations le prince qui annoncoit un retour vers la clémence. Leur attente fut cruellement trompée. Quoiqu'il fût engagé dans les liens du mariage, Maximin offrit cependant sa main à Valeria, qui étoit encore couverte des vêtements de deuil. Son amour se changea en une haine implacable par les refus de cette vertueuse jDrincesse. Il Pexila avec sa mère en divers lieux, lui ravit tous ses biens, et chercha, mais vainement, par toutes sortes de moyens à la faire soupçonner d'adultère. La mort de Maximin rendit à ces deux infortunées la faculté de se retirer auprès de Licinius, auquel Galère les avoit recommandées eu mourant; mais qui les traita avec encore plus de barbarie. C'est d'après cet acte de cruauté, et plusieurs autres de même nature, qu'on a dit que Licinius étoit plus odieux que Maximin.

(i) Lact., Persec, XVIII; Eiiseb., IX, 9. (2) Cap. XXXVI.

l'I. LX.

SUCCESSEURS DE DIOCLETIEN. 117

On a dit CDCore que Daza avoit autant de vices que Maxence ; cha.- xvi aussi le premier contracta, en 3ii, une alliance secrète avec le collègues et suc-

1 ' ' cesseurs de Uio-

second, croyant que Licinius et Constantin s'étoient unis pour «^'-^t'en, excepté

•J >- "- Constaotin et sa

lui faire la guerre. Mais Constantin trouva à Piome, dans les fomiiie papiers de Maxence, les lettres de Maxiniin, et il y vit les statues que le tyran lui avoit fait élever: ce qui porta le sénat à proclamer Constantin le premier des Augustes. A cette nouvelle, Maximin, animé par ses magiciens et par les pontifes de l'ancienne religion , se confiant d'ailleurs en ses grandes richesses et dans les largesses abondantes qu'il avoit répandues r)armi ses troupes nombreuses, se déclara ouvertement l'ennemi de Licinius et de Constantin. Il espéroit que les troupes du premier, mécontentes de sa parcimonie, l'abandonneroient pour le suivre; et qu'avec leur secours il seroit vainqueur de Constantin. Cependant il crut encore devoir, en 3 12, adopter ledit de Constantin et de Licinius en faveur des chrétiens, ne voulant peut-être pas rester seul chargé de lodieux des persécutions.

Pendant que Constantin et Licinius scelloient, en3i3 (1066 de Rome), leur alliance parle mariage de la sœur du premier avec le second, Maximin quitta la Syrie et Antioche, son séjour ordinaire ; il traversa rapidement avec une armée de soixante et dix mille homme la Bithynic et la Thrace. Là , entre Iléraclée (Erékli) et Hadrianopolis ( Andrinople ) , il rencontra Licinius, qui, accompagné seulement de trente mille hommes, lui livra bataille. Zosimc ' dit que Licinius fut d'abord repoussé; mais que, étant revenu à la charge, il défit l'armée de Maximin; et que celui-ci ayant pris la fuite, et cherchant à regagner l'Egypte

(i) Lib. Il, cap. XVII.

ii8 ICONOGIIAPIIIE ROMAINE. Paht. IL

ciiM. xvr. pour rassenil)ler de nouvelles troupes, il éloit mort à Tarse en coiitcues et suc- Q^cie. C'cst aussl ce que disent les deux Yictors', dont le der-

cesscurs de Dio- ^

riutien, excepte njcr ajoutc quc la mort de Maximin fut naturelle, morte simplici

(lonstaiitin et sa

latuiiie. periit Tels sont les récits des auteurs païens; je ne dois pas

PI. r>x. cependant omettre le témoignage de l'un d'eux, d'Eutrope, qui \ dit expressément, «Il évita par une mort fortuite, à Tarse, le

désastre dont il alloit être la victime'. •>•> Mais Lactanre, Eusebe, et les autres auteurs chrétiens, font périr Maximin et du poison qu'il prit, et d'une maladie de consomption qui en fut la suite. Cependant Zonarc ' dit qu'ayant fui après sa défaite, il s'étoit tué; et il ajoute: «C'est ainsi que sa mort est rapportée par quelques uns, tandis que d'autres l'attribuent à un ulcère qui rongea la partie inférieure de son corps. »

Maximin avoit gouverné pendant neuf ans, dont cinq avec le titre d'Auguste f quoique les deux Yictors réduisent cette dernière époque, on ne sait sur quel fondement, l'un à deux et l'autre à trois). Les deux empereurs qui régnèrent seuls depuis sa mort flétrirent sa mémoire de toutes les manières; ou le déclara tyran; on brisa ses statues; on fit mourir ses ministres, ses amis; son fds, âgé de huit ans; et sa fille, âgée de sept, qui étoit déjà promise en mariage à Candidianus, fds de Galère. On préci2:)ita dans l'Oronte, à Antioche, sa veuve, dont on ignore le nom, ainsi que ceux de ses enfants, quoique, selon Eusebe'', il les eût associés à l'empire.

N ,0. Une médaille de moyen bronze, gravée ici sous le n° lo de

la pi. LX, présente le portrait de Maximin-Daza, avec la légende MAXIMINVS FiLzMJ KNGQusiunim. Pvevers, génie debout,

(0 Cœs., XLI, et Epitome, XL. (3) Lib. XII, 34.

[2) FicmumexitiumfortuitaapudTarsum (4) Lib. IX, 11.

morte prœvenil.

SUCCESSEURS DE DIOCLETIEN. 119

tenant une patere et une corne d'abondance; exergue, SMTS; cua^. xvi. légende, GENIO CAESARIS. coUeguese.sac-

O ' cesseurs de Uio-

cletien , excepté Constantin et sa

§. 5. MAXENCE, EMPEREUR. ^a-nuie.

PI. LX

Pour se faire une idée juste de l'origine, du caractère de Maxence, et de la dépravation de ses mœurs, il suffiroit de voir l'historien Victor le jeune' douter dé sa légitimité, et donner à entendre qu'il avoit été supposé par Entropie, qui, n'ayant point de fils, voulut par cet artifice régner sur l'esprit de son mari, Maximien-Hercule. On sera confirmé dans ce jugement, lorsqu'on lira que son père, Maximien, et Galère, son beaupere, n'osèrent faire mention de lui, lorsqu'en 3o5, après l'abdication des deux vieux empereurs, il fallut créer de nouveaux Césars.

Marcus Aurelius Valerius Maxentius vit cette espèce d'oubli avec douleur; mais il n'en témoigna d'abord aucun ressentiment. D'ailleurs tout le monde le trouva fondé, soit sur sa lâcheté et sur sa paresse, soit sur ses défauts corporels, soit sur le dérèglement de ses mœurs et sur sa cruauté, soit enfin sur son arrogance, qui l'empcchoit même de rendre à Maximien les honneurs qui lui étoient dus. L'année 3o6 (1069 de Rome) renouvela son chagrin; outre Sévère et Maximin, qui lui avoient été préférés l'année précédente, il vit encore dans celle-ci Constantin recevoir le titre de César. Maxence, indigné de ces préférences, quitte la campagne qu'il habiloit près de Rome, se rend dans la capitale, profite des craintes qu'éprouvoient les citoyens sous l'avide Galère, flatte les prétoriens, et se fait

(1) Vict.,£/jtV., XL.

Page 1