LICINIUS, EMPEREUR
Les écrivains païens et chrétiens ont peint des mêmes couleurs Valerius Licinianus Licinius. Excepté la bravoure, ils lui ont refusé toutes les bonnes qualités, et ils lui ont reproché
124 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.
ciiAP. XVI. tous les vices. Ce prince en devoit peut-être une partie au décoiiegues et sur- fj^^j. J'éducaliou i cHT il étoit né en lllyrie de simples paysans',
oesseurs de Dio- '' i i J '
Mùen , excepté quoiciu'il ait voulu depuis son élévation se donner pour aïeul
(/onstantiii et sa
iM,„iic. reinpcrciir Pliilippe. Jamais il n'avoit cultivé les lettres; aussi
'' ''^ se déclara-t-il ouvertement l'ennemi de la littérature en général, et particulièrement de l'éloquence; et il les appeloitdes poisons et des pestes publics. So7i avarice étoit extrême; quoique d'un âge très avancé, il se livroit encore à la débauche; rien n'égaloit sa rudesse et son impatience. Mais il se montra favorable aux gens de la campagne, parmi lesquels il avoit reçu le jour et passé sa première jeunesse; il fut le fléau des courtisans et des eunuques, qui assiégeoient déjà tous les trônes; et il fit observer sévèrement l'ancienne discipline militaire.
Cette dernière qualité de Licinius, et la bravoure qu'il montra en 297 dans la guerre contre Narsès, conduite par Galère, le firent remarquer de celui-ci. Dès l'année 3o5, époque de l'abdication de Dioclétien, il auroit voulu le faire partager l'empire, parcequ'il étoit assuré de trouver en lui un instrument aveugle de ses volontés; mais il n'osa adopter un prince aussi âgé (on croit qu'il avoit alors au moins quarante ans, car le jeune Victor lui en donne soixante en SaS), encore moins lui ' conférer le titre de César. Sévère ayant été mis à mort en Soy (1060 de Rome), Galère engagea Dioclétien et Maximien à choisir pour Auguste Licinius, qui n'avoit point été César auparavant, comme l'ont dit trop légèrement quelques écrivains'. On croit que les autres empereurs ne lui donnèrent d'abord à gouverner que la Pannonie et la Rhétie.
Galère mourut, en 3ii, après avoir recommandé à Licinius
(i) Vict., Cœs., XLI;ibid., EpUome,XU. (2) Eckhel,Z). N. T., VIII, 62.
SUCCESSEURS DE DIOCLETIEN. iiS
et remis entre ses mains Valeria, fille de Dioclétien, son épouse, ckap. xvi. et Candidianus son fils naturel. Mais cette princesse, accompa- Collègues et suc-
A ' * cesseurs de Dio-
ffnée de sa mère Prisca, de Candidianus, et de Severianus, fils «^'«'''^n^ excepté
^ Constantin et sa
de Sévère, choisit pour sa retraite les états de Maximiu. Celui-ci, famiUe. voyant Licinius hésiter à recueillir l'héritage de Galère, envahit les provinces d'Asie. A cette nouvelle, Licinius accourut sur les côtes de l'Europe. Les deux concurrents eurent une entrevue au détroit de Chalcédoine, et convinrent de le prendre pour limite de leur empire respectif. La révolte de Maxence détermina Constantin à combattre le tyran, et à s'emparer de l'Italie. Pour y parvenir, il demanda à Licinius son alliance, et lui offrit en mariage sa sœur Constancia. A peine entré dans Rome, Constantin rendit, conjointement avec Licinius, un édit favorable aux chrétiens, et il l'envoya à Maximin, qui n'osa s'y opposer.
Cet accord entre Constantin et Licinius fut cimenté à Milan, en 3i3, par le mariage du dernier avec Constancia; mais il donna de l'ombrage au farouche Maximin, qui accourut avec une forte armée du fond de la Syrie pour les combattre. Après avoir traversé l'Asie mineure, il assiégea Bysance, ensuite Héraclée. Ces deux sièges donnèrent à Licinius le temps de rassembler trente mille hommes, avec lesquels il espéroit pouvoir arrêter les soixante et dix mille de l'armée de Maximin. Les deux empereurs se trouvèrent en présence entre Héraclée et Hadrianople (aujourdhui Andrinople), et ils alloient livrer la bataille. Lactance' raconte qu'à cet instant les soldats de Licinius déposèrent leurs armes, élevèrent les mains vers le ciel, et récitèrent à haute voix une prière apportée la nuit précédente
(i) PmecXLV.
(jiAP XVI. i» Liciuiiis par un au<^e, de la part du Dieu des clirélieus, avec coHeguBs et snc- \^ promcsse de la victoire. Lactauce et Eiisebe ' assurent que
i esspurs de Uio- ^
léiicn, ex.epi.? Maximln lut vaincu, et que ses troupes plièrent au premier
vïonstaiiliii rt s;i , . •11 • • 1 T • • • -Il
lainiiio choc. Zosime, qui ne parle m de ia vision de Licinius, ni de la
prière récitée par son armée avant le combat, dit qu'il éprouva un premier écliec;mais qu'étant revenu à la charge, il vainquit Maximin , et le mit en fuite. Il le poursuivit avec ardeur, s'arrêta seulement à Nicomédie pour y publier l'édit qui mit fin à la persécution contre les chrétiens; persécution qui duroit depuis dix ans, et qui avoit été commencée en Bithynie, dans la même ville. En vain Maximin voulut-il se défendre dans les défilés du mont Taurus; il s'enfuit à l'approche de Licinius, et se réfugia à Tarse, où il se donna la mort.
Par la mort de Maximin-Daza, le nombre des empereurs fut réduit à deux en 3i3, Constantin et Licinius. Le premier conserva l'Occident, quil n'avoit cessé de gouverner; le second eut l'Orient pour son partage, et fixa son séjour à Antioche. Les premières années du nouveau règne de Licinius furent signalées par les cruautés inouïes qu'il exerça sur la veuve et sur les enfants de Maximin, sur ses ministres et ses conseillers, sur la belle-mere, sur l'épouse et le fils de son bienfaiteur Galère, qui les lui avoit recommandés en mourant , et enfin sur le jeune Severianus , fils de Sévère. Dans les dernières années , depuis ses guerres avec Constantin, et en haine de la faveui que ce prince témoignoit aux chrétiens , il les persécuta cruel* lement.
Victor l'ancien^ dit que, malgré l'alliance que Licinius avoit contractée avec Constantin en épousant sa sœur, ils ne vécurent
(i) Euseb., IX, 10. (2) Zosiin., II, 17. (3) Cœs., XLI.
SUCCESSEURS DE DIOCLETIEN. 127
en paix pendant trois ans qu'avec beaucoup de peine; tant étoit c„ip. xvi. ejraude la différence de leurs caractères. Cette paix fut rompue ^oUegues et suc-
"-" il cesseurs de Dio-
par Constantin, selon Eutrope'; et Zosime' dit expressément: ciéuen, excepte
CoDstantin et sa
«Licinius n'en fut point la cause; mais Constantin, accoutumé f^miiie. à se jouer de la foi des traités, le fit encore dans cette occasion, et chercha à détacher quelques nations du gouvernement de Licinius. D'un autre coté, Libanius^ et l'Anonyme publié par Valois à la suite d'Ammien MarcelHn accusent formellement Licinius. Cet anonyme raconte que Constantin, voulant créer César son beau-frère Bassianus, sollicita le consentement de Licinius ; mais qu'il apprit que celui-ci cherchoit à se concilier ce Bassianus par l'entremise de son frère Sénécion. Constantin voulut punir ce frère de Bassianus, et le demanda à Licinius, auprès de qui il s'étoit réfugié. Celui-ci refusa de le rendre, et fît abattre dans la Pannonie les statues de Constantin.
La guerre fut déclarée en 3i4- Licinius, vaincu à Cibales en Pannonie, traversa la Save avec son épouse, son fils, et ses trésors, en rompit le pont, et se réfugia dans la Dace. Là il créa César un de ses officiers appelé Valens ; puis il forma une nouvelle armée dans la Thrace, où Constantin le suivit promptement. Licinius, craignant l'issue d'un second combat, sollicita la paix; mais en vain, parceque Constantin cxigeoit la destitution de Aalens, qu'il désignoit par le mot latin qui signifie im valet, à cause de sa basse extraction. Alors ils livrèrent la bataille près de Mardie, dans la Thrace; le succès fut incertain ; et Constantin, devenu pUis traital)le, accueiUit les nouvelles propositions de Licinius, excepté le maintien de A^alens. Celui-ci fut alors abandonné par son protecteur, qui depuis lui ôta la
(1) Eutrop.,X, ?;. (2) Zosim., II, i8. (3) Liban., Orar, III.
CiiAP. XVI.
jllegues et si resseurs de Dio clélieo Constantin et sa familù.'
128 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. IL
vie'. Le nord de la Grèce fut ajouté à l'Orient, ii TKgypte, et à
Collègues et suc- ]r^ Lvbie, quc posscdoit déjà Licinius.
' cxeepu' La paix régna enfin dans l'empire romain pendant sept ans,
et les relations entre les deux empereurs furent amicales ; on les PI. Lx. y[i même, en 3 17, créer de concert trois Césars, Crispus et Constantin, tous deux fils de Constantin, et le fils de Licinius. Mais tout changea en 3^1 ; Licinius recommença la persécution contre les chrétiens, taudis que Constantin les rassembloit dans son palais. Aussi celui-ci le regarda-t-il toujours depuis de mauvais œil' et Ton ne vit plus dans les fastes consulaires le nom de Licinius, ni celui du César son fils. Licinius ne cessoit de se plono^er dans la débauche, de faire périr les riches citoyens pour s'emparer de leurs richesses; d'outrager son collègue, de lui faire ensuite réparation, enfin de lui promettre la paix et la tranquillité pour les chrétiens, qui formoient une grande partie de ses sujets et de ses soldats, et qu'il ne cessoit de tourmenter. L'orao-e éclata en 3-23; et Eusebe' dit que Constantin ne vit pas avec peine l'occasion de prendre les armes pour délivrer non seulement les chrétiens, mais tous les peuples de l'Orient, d'un tyran aussi cruel. Licinius se plaignit de ce que Constantin avoit repoussé les Goths, qui ravageoient une partie des états de son collègue et les siens propres '.
Ce fut dans la Thrace, près d'Andrinople, que leurs armées se rencontrèrent. Au premier choc, celle de Licinius, dans laquelle les chrétiens se trouvoient en grand nombre, fut mise en déroute et Licinius se renferma dans Bysance, espérant que sa flotte viendroit l'y secourir; mais elle avoit été défaite par celle de Crispus, que Zosime'* assure- avoir été favorisée par les vents:
( , ) Amm. Marc. . Jnonym. (3) ^mm. Marc. , Jnonym.
(2) Fit.Const.,l],3. (4)Zosim.,II,22.
I>l. LX.
SUCCESSEURS DE DIOCLETIEN. 129
«Dieu, dit Eusebe ', ayant rendu tout facile au fils et au père.» cha.,. xm. Licinius traversa le Bosphore, se retira dans Chalcédoine, où il ^""^"^"'j^d");; croyoit pouvoir former une nouvelle armée, et créa César (Au- '^•«^"«"^ "<='=?"'
J 1 Constantin et sa
guste même, selon Victor l'ancien ) le chef des officiers de sa famiiie. cour, appelé Martinianus. Celui-ci parvint à rassembler des troupes avec lesquelles Licinius livra un nouveau combat à Constantin, qui étoit campé à Chrysople (aujourd'hui Scutari) ; mais il fut encore vaincu et forcé de se réfugier dans Nicomédie. Constancia, son épouse, en sortit, et vint demander à son frère Constantin la vie pour Licinius, qui, rassuré par la promesse du vainqueur, se prosterna devant lui, se dépouilla de la pourpre, et implora son pardon. Constantin le reçut avec bonté, le fit même manger à sa table, et lui assigna pour retraite Thessalonique , où il devoit vivre en paix s'il ne formoit plus de nouvelles trames ; mais il l'y fit étrangler bientôt après ^ Zosime * et Victor l'ancien' accusent expressément Constantin de mauvaise foi, et S. Jérôme'' n'hésite point à partager leur opinion. Les écrivains chrétiens l'excusent : les uns sur la crainte qu'il avoit que Licinius ne reprit la pourpre, comme Maximien; les autres sur de nouvelles liaisons contractées avec des barbares; et Zonare (écrivain du XI? siècle) va même jusqu'à dire, on ne sait sur quel fondement, que, d'après les murmures et les plaintes des soldats, Constantin soumit le jugement au sénat, qui condamna Licinius à la mort.
Ainsi périt ce prince, que l'empereur Julien dit avoir été hai de Dieu et des hommes'. Il avoit régné près de seize ans ; et, si
(i) Euseb., X, Q. (5) Vi.t., EpiL, XLI.
(2) Vict., C<çs., XLI. (6) Ilieion., (.'/j/w/iV.
(3) Eiitiop., X, 6. (7) Julian., Cas., I, Sag.
(4) Zosiin., Il, 18.
JS- i3.
i3o ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.
Chai. XVI. l'oD s'cii Tapportc au même écrivain, il devoit être parvenu à un collègues et suc- ,«j^ç jj,^g avancé , quoique Victor le jeune ne lui donne que près
cesseurs de Dio- D'il J il
ciétien, cxcopi.; (\q soixautc ans de vie.
Cunstaiilin et sa
famille. La médaillc d'or du n" i3, planche LX, présente la tête laurée
'"'^^ de Licinius regardant à droite; légende, LICINIVS Vius Yelix AYGustus. Revers, Mars debout, tenant une lance et un bouclier; légende, MARTI CONSERVATORI; exergue, P. R.
Sur une de ses médailles on lit SAPIENTIA PRINCIPIS. C'est la première fois que la Sagesse est placée sur les monnoies romaines.
Licinius n'avoit eu que deux enfants; un fils né d'une première épouse, tué à la bataille de Cibales, l'an 3i4; et celui qui est le sujet de la section suivante.