C. LVIII
Ces personnages, malgré leurs honneurs, n’ont pas le droit d’être comptés parmi les hommes illustres qui sont l’objet de ce recueil -, aussi n’en ai-je admis dans ce chapitre qu’un petit nombre, qui, par des circonstances particulières, m’ont paru mériter une exception. Je les ai choisis parmi ceux dont le portrait a été conservé par les statues que les fouilles d’Herculanum ont rendues au jour dans le dernier siècle. Le mérite de l’art, qu’on reconnoît dans ces monuments, a puissamment influé sur le choix que j’en ai fait.
§ x. Personnages
DE LA FAMILLE DE NoNIUS BALBUS.
Les Nonius Balbus, quoique plébéiens d’origine, s’étoient élevés à une certaine noblesse par les magistratures qu’ils avoient exercées. Un tribun du peuple de celte famille se fit remarquer, l’an 52 avant Jésus-Christ, par son opposition à des actes du sénat, que les deux consuls dévoués à Marc-Antoine vouloient faire passer au préjudice d’Oclave (i). Quand la fortune se fut déclarée pour ce dernier , cette opposition dut lui inspirer de la reconnoissance j et c’est de là probablement que datent les honneurs dont nous voyons revêtus les Nonius Balbus dans les monuments d’Herculanum.
(i) Dion, liy. L; § 2,
On trouva parmi les ruines de cette ville , vers le milieu du dernier siècle , deux statues en toge et deux statues équestres d’un M. Nonius Balbus et de son père, et enfin une cinquième statue delà mère du second Balbus (i); elles sont en marbre: et à côté l’on a découvert des inscriptions qui ont fait connoîire les personnages représentés. On apprend, en les lisant, que les hommages du municipe ont eu pour principal objet d’honorer le plus jeune des deux Nonius Balbus j ear elles le désignent directement par ses noms et ses dignités : au contraire celles qui concernent le plus ancien ne le désignent que comme le père de l’autre -, et la femme du vieux Balbus n’a, dans l’inscription, d’autre titre honorifique que celui de mère du dernier. L’inscription de Balbus fils porte :
(i) Caialogo d'Ercolano , pag. 1 4 1 j n. i, clx et clxi. Les statues en toge des deux Balbus , qui e'toient dans le théâtre, n’ont été ni reconnues ni désignées par l’auteur du Catalogue. Je les crois indiquées sous les n. xxx et xxxi. Le lecteur trouvera plusieurs détails sur ces monuments, dans l’opuscule de Gori , intitulé Admlranda Aliquitaturn. Iierculanensium , inséré dans le I volume de ses Symbolae litterar/ae , aux pages io5, ro4, i55, i5g et ailleurs ; ainsi que dans la ITI lettre sur ces mêmes antiquités, imprimée dans le XH volume des mêmes Symbolae , p. 96 à 99.
M • NONIO -MF- RALBO PR • PRO • COS- D - D- 0)
« A Marcus Nonius Balbus, fils de Marcus, préteur et proconsul: « (monument élevé) par décret des décurions. »
Balbus fils n’est donc pas le tribun du peuple dont nous avons rappelé la démarche en faveur d’Octave. Le titre de cette magistrature n’auroit pas été omis dans son inscription. Celle-ci ne nous indique pas la province qu’il a gouvernée comme proconsul : mais le fragment d’une autre inscription trouvée dans les mêmes fouilles nous autorise à conclure qu’il avoit gouverné la Crete et la Cyrénaïque (2).
Quant à son père, qui avoit les mêmes noms, il n’est pas impossible que ce soit le même personnage que l’histoire de Dion nous a fait connoître. L’inscription de sa statue ne lui donne d’autre titre que celui de père, qui est relatif à son fils:
(1) Marco Nonïo , Marci filio Balbo , praelori , proconsuli , decurionum decreto.
(2) Maffei , Muséum V èronense , p. 5 ïo , 11. 11: Ballo pro. cos. Cretenses patrono. La Crete et la Cvrenaïque formoient ensemble une seule province qui eloit tantôt gouverne'e par un proconsul , tantôt par un prêteur V. Marini, Arvali , p. 74° et 741.
îcon. Rom. Yoh I,
M • NONIO MF- BALBO PATRI D • D- (i)
« A Marcus Nouius Balbus le père, fils de Marcus; (monument élevé) « par décret des décurions. »
Il est probable qu’en ne lui donnant que ce titre, les magistrats d’Herculanum eurent l’intention de montrer qu’ils ne lui reudoient ces honneurs qu’en considération de son fils. Celui-ci avoit probablement été le premier des Balbus qui eût bien mérité de cette ville et de ses magistrats, que sou père n’avoit peut-être pas connus ; soit que le fils eût acquis des propriétés dans leur territoire, soit qu’il eût eu d’autres occasions de s’intéresser en leur faveur. Mais ce silence des inscriptions ne doit pas porter à croire que Nonius Balbus le père n’avoit occupé aucune place remarquable. Sa statue équestre, qui le représente daus le même costume que son fils proconsul , c’est-à-dire en cuirasse et en ehlamyde, prouve le contraire d’une manière incontestable; car ce costume ne convenoil qu’à des personnages qui par leurs dignités avoient le droit de commander des armées: ainsi on peut penser que Balbus
(i) Marco ISonio , Marci filio, Balbo patri. decurionum décréta .
père avoit, comme son fils, gouverné quelque province, ou que du moins il avoit eu le commandement de quelque corps d’armée. Si cette conjecture a quelque probabilité, l’illustration de Bal bus le père n’est plus une simple illustration municipale, et appartient à l’histoire.
L’inscription, qui donne le nom de sa femme, mère du jeune Baibus, est mutilée; mais il est presque certain qu’elle s’appeloit Viciria Archas (i). La voici:
• • • CIRÏAE • A • F • ARCHADI MATRÏ • BALBI D • D (2)
(1) La famille Viciria est connue par d’autres inscriptions de la Campanie. En voici une que M. Lupoli a pub iee, et qui se trouvoit à Cardinale , petit endroit entre Naples et Avellino :
SILVANO • SACRVM M • VICIRIVS • RVFVS • V • S QVOD • L1C VIT • [VNIANOS REPARARE • PENATES • QVOD QVE • TIBI • VOVÏ • POSVI • DE MARMORE • S1GNVM •
C J ter. Venusinurn , pag. 22 J.
Une inscription de Bénévcnt, dans le Trésor de Gruter, p. 747, n. 4; et dans les Anticjiiitaies Beneventanae de Devita , pag. lix , n. 2i5, offre une autre Viciria; et des V iceria , ainsi que des Vicirius , des Vicerius et des Vicrius, se trouvent sur d’autres marbres de ce Trésor et de celui de Muratori , ainsi que dans les Arvali de l’abbé Marini.
(2) Viciriae , Auli Jiliae ? Archadi , matri Balbi , dec.urionum décréta.
« A Yiciria Archas, fille d’Aulus, mère de Bal- Lus: (monument élevé) « par décret des décurions. »
Les nQ i et 2 de la planche XV présentent, sous deux vues, la tête de Nonius Balbus fils, d’après sa statue en toge. Les n° 3 et 4 offrent celle du père, d’après une statue pareille; et le u° 5, celle de la mère, d’après une statue de marbre qui la représente eu habit de matrone romaine, la tête coiffée de sa draperie.
§ 2. Marcus Calatorius.
Une belle statue de bronze, plus grande que nature , trouvée dans les environs d’Herculanum , nous a conservé ce portrait que l’inscription découverte au pied de la figure désigne comme celui d’un personnage de cette colonie , nommé Marcus Calatorius Quartio (i).
(i) Bronzi d’ Ercolano , t. II, tav. 84- La statue fut trouve'e à Résina en 1 7 4^- Ce village, dont le nom ancien étoit Retina , semble avoir ete' dans la dépendance du municipe d’Herculanum. L’inscription etoit celle-ci : M • CALATORIO • M • • ■
QVARTION
MVNICIPES • ET • IN • • •
AERE • CONLATO •
Marco Calatorio , Marci Jilio , Quartioni , municipes et incolae aere con/ato : « A Marcus Calatorius Quartion , » fds de Marcus. Les citoyens du municipe , et les ha- » bitants, à frais communs. »
L’inscription nous laisse ignorer les motifs qui avoient engagé les citoyens et les habitants d’Herculauum ou d’un endroit voisin h l’honorer d’une mauière si marquante (i); mais on ne courra pas le risque de se tromper en pensant qu’il en fut redevable à ses libéralités et à sa munificence.
La famille des Calatorius étoit inconnue. Les académiciens d’Herculanum avoient cru que les inscriptions trouvées dans les ruines de cette ville l’avoient seules fait connoître : mais la vaste érudition de feu l’Abbé Marini a mis au jour un autre monumeut de la même famille (2).
Les np 1 et 2 de la planche XVI nous of-
(1) I/inscription ne fait mention d’aucune dignité' de Calatorius ; et , si l’on vouloit argumenter d’une espèce de liuius ou bâton recourbe' qui paroît grave sur la bague dont le doigt annulaire de la main gauche est orne'> pour conclure que cette marque annonce une dignité' sacerdotale du personnage , les acade’miciens d’Herculanum re'pondront que cette main, quoique antique, n’appartient pas d’une manière certaine à la statue que nous examinons. J’ajouterai que ce prétendu liiuus pourroit bien n’être qu’un trait arbitraire tracé dans la simple intention de ne pas laisser la bague lisse , et de donner l’idée d'une gravure quelconque : ce pourroit être aussi une S , qui indiqueroit le mot sïgnum , sceau , cachet. Quoi qu’il en soit , il est certain qu’on voit quelquefois cette marque sur les bagues des statues, et qu’il n’y en a point de semblable sur les véritables pierres gravées qui ont servi de bagues aux anciens.
(2) Arvctli , pag. 22 t.
frent la tête de Calalorius vue de face et de profil : ou y remarque une verrue à peu de distance de l’œil droit.
§ 5. Lucius Mammius Maximus.
Un grand nombre de monuments avoient déjà fait connoître la famille des Mammius, à laquelle les découvertes d’Herculanum et de Pompeia ont donné une nouvelle célébrité (i). Le membre de cette famille, Lucius Mammius Maximus, qui avoit mérité des citoyens et des habitants d’Herculanum (2) l’honneur d’une statue de bronze, étoit revêtu de la dignité d’Augustal.
(<) Voyez le tom. Il des Bronzi ci’ Ercolano , tav. 85- Les académiciens indiquent dans les notes plusieurs inscriptions appartenantes aux. Mammius, et on en a découvert postérieurement une autre dans les fouilles de Pompeia. Celle-ci est gravée en grands caractères autour d’une exhedra , ou banc de marbre construit en demicercle sur la grande route et tout près d’une des portes de la ville , pour orner , par décret des décurions , le monument sépulcral de Mammia , prêtresse publique du municipe ( voyez les Ruines de Pompei , par M. Mazois, tom. I, pl. Vif ).
(2) L’inscription est ainsi conçue :
L • MAMMIO • MAXIMO AVGVSTALI
MVNICIPES • ET • INCOLAE AERE • CONLATO •
Ce sacerdoce, consacré au culte d’Auguste et de ses successeurs déifiés, étoit une distinction honorable et à vie qu’on accordoit, dans les colonies et dans les municipes romains, à six personnes qui, à ce titre, preuoient rang immédiatement après les décurions, ou sénateurs de la ville (i). L’inscription qui étoit gravée sur le piédestal de la statue nous laisse ignorer , ainsi que celle du numéro précédent, ce qui avoit mérité à Mammius celte marque d’honneur. Malgré ce silence, on peut conjecturer qu’il avoit été jugé digne d’une distinction si flatteuse par les dépenses qu’il avoit faites pour embellir la colonie de plusieurs statues de bronze , représentant des personnages de la famille régnante , et pour avoir ainsi recommandé sa patrie à la bienveillance des empereurs (2). Des inscriptions qui désignoient plusieurs de ces monuments, élevés autrefois par L. Mammius, ont été trouvées dans
» A Lucius Mammius Maximus Auguslal. Les citoyens » et les habitants du municipe , il frais communs. »
(1) Voyez, sur les Augustales qui sont aussi nommés dans les inscriptions seviri Augustales , sodales Augustales , sacerdotes corporis Augustalium , Noris, ad Cenotaphia Pisana , dissertât. I , c. vi ; Morcelli , de Stylo luscriplionum , pag. 20.
(2) Les statues e'ievées k Ilerculanum par Lucius Mamïnius Maximus étoient celles de Livie , de Germanicus , d’Antonia sa mère, et d’Agrippine la jeune sa fille. Voyez les Bronzi d’ Ercolano . t. II, tav. lxxxv.
les mêmes fouilles , et prouvent cju’il avoit bien mérite de ses concitoyens par ce genre de munificence. Son portrait est dessiné , de face et de profil, sous les n° 5 et 4 de la planche XVI.