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CHAPITRE V

Personnages illustres dans les municipes .

Xj ambition des particuliers, qui aspiroient à Thonneur d’avoir des statues, fut souvent réprimée à Rome par des lois (i). Mais la manie dé parvenir par ce moyen à une sorte d’immortalité fut plus facile à satisfaire dans les villes de province , et particulièrement dans les municipes et les colonies (2).

A Rome, la permission du sénat étoit nécessaire pour l’érection, dans un lieu public, de la statue d’un homme ou d’une femme (5): le sénat des colonies, c’est-à-dire le collège des décurions , s’étoit arrogé , dans les limites de sa jurisdiction , les mêmes droits; et son consentement étoit plus facile à obtenir que celui du sénat de Rome. Un mérite, pour ainsi dire local, étoit suffisant pour motiver ces distinctions. Le crédit employé dans la capitale par un homme puissant, en faveur des habitants des provinces, fournissoit aux protégés le prétexte de demander

(1) Pline, 1. XXXIV, § 1 4, Sue'tone, Caïus , c. xxxiv. (a) Voyez, dans Y Iconographie grecque, le discours préliminaire, pag. vin.

(3) Julius Capitolinus , in Marco Antonino , c. ni ; voyez aussi M. l’abbé Morcelli , de Stylo Ins. , p. 86.

pour leur patron l’honneur d’une statue ; et la protection qu’il leur accordoit étoit un titre pour la lui faire obtenir (i). Les villes de province rivalisoient entre elles dans la pompe des jeux et des fêles publiques: les particuliers de tout sexe, qui , par leur libéralité , fournissoient à ce genre de dépenses, méritoient des statues. Des magistratures et des sacerdoces donuoient occasion k des actes de munificence: on élevoit des monuments aux personnes qui s’offroient pour remplir ces dignités avec éclat. La magnificence de la capitale excitoit l’émulation de ses colonies; on vouloit avoir par-tout des temples, des forum, des basiliques, des amphithéâtres, des thermes, qui méritassent d’être visités par les étrangers : l’honneur des statues éto.it une récompense qui encourageoit les riches à décorer de monuments publics la ville de leur domicile. Ainsi les provinces étoient remplies de statues , dont la plupart appartenoient k des personnes obscures , que leurs places , ou leurs richesses et l’emploi qu’elles en faisoient, illustroient pendant quelques moments (2), mais dont le temps faisoit bientôt

(1) Superaequani publiée patrono ( Marini , Arvali , pag. 53 ). Cette formule , publiée patrono , termine un grand nombre d’inscriptions qui étoient gravées sur les piédestaux des statues honoraires élevées dans les municipes.

(2) Les motifs indiqués dans le texte se trouvent exprimés sur la plupart des inscriptions qu’on plaçoit au pied de ces statues. Par exemple: Ob praecipuam ejus in ecien-

oublier les noms, ainsi que les services. Tans que les familles des personnes qui avoient joui de res honneurs conservoient , dans les mêmes villes, une existence distinguée, leurs monuments étoient conservés ; mias le public étoit souvent tenté de changer les inscriptions honoraires , et même les têtes des statues accordées à des particuliers qui n’avoient. laissé après eux aucun successeur ni aucun héritier jaloux de protéger leur nom ou leur mémoire (i).

dis spectaculis liber ali ta terri ( Inscription de Die , dans Gruter, pag. 484, n. 2 ) : Quod post impensas exemplo illustrium feminarum fadas , ob sacerdotium , eliaih opus porticus Spei vetustate vexation pecunia sua refecturam se promiserit populo , cuin 'pro sainte principis Antonini Au g Pii patris patriae , eximio ludorum spectaculo edito, religioni , veste àonata universis , satisfecerit ( Inscription de Gabies , place'e autrefois au pied de la statue à’Agusia P ris cil la ; Monum. Gabini , pag. 148 ) -, V olusio Vidori qui thermas liiemales ad pristinam dignitatem. restaurant et dedicavit ( Inscription d’Olricoli, publie'e par M. l’abbé Marini ^ Arvali, pag. 576 ). Ob mumficentiam ejus ; Ob eximiam munijîcentiam ejus, sont des formules fort-usitées dans les inscriptions de ces statues ( Gruter, p. 4o4 , n. 2 ; et 496, n. 7 ).

(1) On pratiquoit exprès, dans les statues de marbre, une cavité au-dessus de la poitrine , à l’endroit où les draperies se terminent , pour y placer une tête de rapport qu’on pouvoit changer à volonté. Dion parle d’un serpent qui s’éloit glissé dans une cavité semblable , et avoit fait remuer la tête d’une statue de Séjan (LVIII, §• 7). Voyez aussi, sur cet usage, Pline, liv. XXXV, § 25 Tacite, Annal., liv. I, § 74? Suétone, Tiberius ,

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