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CHAPITRE PREMIER

Personnages illustres appartenants aux époques les plus anciennes de l’histoire romaine.

§ i. Romulus.

Vingt-six siècles se sont à-peu-près écoulés depuis qu’uu homme élevé dans la simplicité des mœurs pastorales se fit chef d’ une colonie , et fonda une ville sur les hords du Tibre , non loin de la mer Tyrrhénienne , dans un emplacement que des volcans, éteints depuis long-temps, avoieut couronné de collines (i). L’aménité du

(i) Voyez les Observations lithologiques sur la ville de Rome, par M. Breislak, imprimées à la fin de ses Voyages physiques et lilhologiques de la Campanie s Paris, 1801 , chez Dentu , t. Il, p. a3i. Vulcain, dieu des feux souterrains, e'toit honoré du temps de Romulus comme une des divinités tutélaires de la nouvelle ville ( Pltne , I. XVI, § 86). Ce que je dis de son fondateur, est tiré principalement du premier livre des Histoires de Tite-Live, des deux premiers des Antiquités de Denis d Halicarnasse , et de la Vie de Romulus par Plutarque.

site et le voisinage d’un fleuve navigable avoient, quelques siècles auparavant, invité des étrangers à fixer leur demeure dans ces mêmes lieux , et à construire des villages. Le petit nombre d’habitants qui s’y trouvoient encore à l’époque où la nouvelle colonie vint s’y établir, se réunirent, sous des auspices plus heureux, au jeune chef que la commandoit. Ce chef étoit issu, par sa mère, d’une famille qui régnoit depuis plusieurs siècles sur le pays des Latins, et que l’opinion commune faisoit descendre du sang d’Euée (i). On ignoroit quel étoit son père -, et la superstition , les convenances , et même la flatterie , qui jusque dans les mœurs pastorales peut trouver accès auprès des hommes puissants , attribuèrent sa naissance à un dieu : aux yeux de la postérité et dans l'opinion des nations conquises par les armes romaines, il dut sembler naturel que la ville la plus belliqueuse qui eut jamais existé, fût fondée par un fils de Mars. Ce fondateur, qu’à l’exemple de quelques-uns de ses ancêtres, on nomma Romulus (2), avoit un frère jumeau ; on débita des

(1) L’antiquité croyoit trouver dans une foule de traditions particulières , ainsi que dans les rites religieux dos Romains, des traces certaines de leur origine troyenne.

(2) Le douzième roi d’Albe s’appclloit Romulus ( Tite- Live, I. 1, § 5): une ville des Samnites portoit le nom de Piomulea , probablement d’après celui de son fondateur inconnu (Tite-Live, I. X, § 17). On a fait dériver ce nom du mot grec appel lat if po^ ( rhômê) , force , vigueur-, d’autres l’ont tiré des mois , rama, rumis , rumen ,

contes qui tiennent du merveilleux sur l’exposition de ces deux enfants ; sur la manière dont ils furent sauvés par le hasard , et nourris par uue louve (i); sur leur éducation, plus soignée que celle de simples bergers , quoiqu’ils eussent été élevés par les soins d’une bergère j sur les exploits

qui, dans l’ancien latin, signifioient mamelle : les noms de Romnlus et de Remus auroietit été imposés aux deux jumeaux de Rliéa, à cause des mamelles de la louve qui les allaita ; et c’est du nom du premier que la ville fut appellée Rome. Suivant quelques auteurs anciens, elle auroit été appellée Remuria, si Remus eût été plus heureux que son frère.

(i) D’ap rès l’étymologie indiquée dans la note précédente , l’épithète de rumitialis fut donné an figuier du liront Palatin , k l’ombre duquel les deux enfants avoient été nourris par une louve. Tacite {Annal. 1. XIII, c. lviii) semble croire , contre toute vraisemblance , que ce figuier, regardé avec vénération par les Romains , ne s’éloit desséché qu’après huit siècles, l’an 58 de l’ère chrétienne, sous le règne de Néron. Les partisans du scepticisme sur l’histoire des premiers siècles de Rome n’ont point manqué de tirer parti de ce conte: mais Pline (1. XV, § 20 ) avoit dit expressément que les prêtres romains prenoient le soin de renouveler cet arbre toutes les fois qu’il venoit à mourir: lllic arescit, rursusque, cura sacerdotum , seritur. On l’avoit même transporté de la colline dans la plaine, à l’endroit appellé proprement Comüium.

La statue de bronze de la louve dont Pline fait mention , et que Denis d’Halicai nasse ( 1. I , p. 65 ) regarde comme un ouvrage antique, se conserve encore à Rome, dans un des palais du Capitole ( Winckelmann , Storia délié Arti, etc. 1. III, c. n i , § ii -, t. I, p. 201 et 202 de la traduction italienne imprimée à Rome).

qui signalèrent bientôt leur jeune courage. Ces contes, qui ont été crus de toute l’antiquité, ne peuvent plus l’être j et l’histoire des fondateurs de Rome doit commencer par des faits qui , malgré leur ancienneté , ne puissent pas être désavoués par une critique raisonnable (i).

Les deux fils de Rhéa parvinrent à se faire chefs d’un parti qui rétablit Numitor leur aïeul sur le trône d’Albe , dont Amulius son cadet s’étoit emparé. Le prince ayant recouvré son autorité, soit par reconnoissance envers ses petits-fils, soit par la crainte que lui inspiroit leur humeur entreprenante et guerrière , les envoya régner sur un peuple nouveau et sur la ville qu’ils alloient fonder dans les lieux mêmes si chers à leur en-» fance , et qui 5 placée sur les limites du Latium et du pays des Etrusques , serviroit au premier de rempart contre une nation d’origine différente, nombreuse et policée , que la dynastie des rois d’Albe avoit eue souvent pour ennemie. L’ambition des jeunes héros leur fit embrasser avec empressement ce parti , et Rome fut fondée la troisième année de la sixième olimpiade , 705 ans avant l’ère chrétienne (2).

(1) Voyez ie mémoire de Freret, intitulé: Réflexions sur l’étude des anciennes histoires , et sur le degré de certitude de leurs preuves. Tora. III des Mémoires de l'Académie des belles-lettres , pag. 1 5^.

(2) Je préfère , avec la plupart des chronologisles , le calcul deVarron: voyez Velleïus Paterculus , 1. I7 c. viiï, Censorinus,, de Die natali ? e. xxi. Ce calcul fut le plus

Les éléments de Fhistoire romaine font une partie si essentielle de l’instruction la plus ordinaire , qu’il est inutile de répéter ici tous les événements qui caractérisèrent la conduite et le règne de Romulus. Personne n’ignore que Remus arrosa de son sang l’enceinte toute récente de la ville qu’il fondoit avec son frère. Les mœurs fé» roces des nouveaux colons, que Fasile ouvert sur le Capitole avoit multipliés, ont pu absoudre Romulus de ce crime (i). L’enlèvement des Sabines, violence à laquelle les habitants de la nouvelle ville se portèrent par la rareté des femmes et par le refus que faisoient les peuples voisins de s’allier avec eux par des mariages j les guerres qui en furent la suite j les triomphes de Romulus et ses revers qui l’obligèrent à recevoir dans Rome les parents des femmes ravies , et à partager 1 autorité souveraine avec Tatius , chef d’une peuplade sabine m9 les événements qui le délivrèrent de cette association incommode et dangereuse j les institutions et les lois qu’il donna à son peuple j Fordre qu’il établit dans son nouvel état ; le système d’y réunir les peuples voisins , et ce-

suivi par les anciens depuis le siècle d'Auguste ; et d’après ce système , on régla les solemnitës de l’année mille'naire re'volue de la fondation de Rome , céiébre'es sous Philip» pe. Fan 543 de Fère chre'tienne : voyez Tillemont, Histoire des Empereurs 9 Philippe ? art. 5; Eckliel , D. N, t. VU, p. 525.

(1) Plutarque, Comparaison de Thésée et de Romulus,

lui d'envoyer des colonies occuper les terres des ennemis subjugués ; enfin le mécontentement que sa conduite trop absolue excita parmi les citoyens du premier rang, dans un siècle où le commandement des armées et les fonctions de juge étoient regardés comme la seule prérogative des rois, et presque les seuls droits de la royauté (i), sont des points d’histoire universellement connus. L’opinion générale attribue à ce ressentiment des sénateurs la disparition subite du prince , et son apothéose à la crainte qu’ils eurent que le parti populaire ne se portât à venger son roi. Ce fils de Mars fut vénéré a Rome, après sa mort, sous le nom de Quirinus , ou du dieu de la lance (2),

(1) Montesquieu, Esprit des lois , 1. XI, c. su.

(2) Festus , v. Curis. Proculus, qui assuroit avoir vu Romulus devenu immortel, ajoutoit qu’il eloit armé d’une pique. C’est de là qu’étoit dérivée la dénomination quîrites, ryy^O'tpüpoi, guerriers habiles à manier la lance , braves , qu’on donnoit aux Romains. La ressemblance de ce nom avec celui de Curetes a donné lieu à M. Clavier de faire descendre les Sabins Curetes, ou les Quirites qui habitoient la ville de Cures, des habitants de la Crète , connus aussi sous le nom de Curetes dans l’histoire et dans la mythologie ( Histoires des premiers temps de la Grèce , lom. II, p. 22 1 ) j celle ressemblance seule me semble un motif trop foible pour appuyer une conjecture qui n’est pas fondée sur d’autres faits, d’autant plus que les anciens reconnoissent les Sabins comme des peuples venus , non de la Crète, mais de la Laconie (Plutarque, Romulus , § 16), et que l’ identité prétendue du nom de Curetes n’est qu’apparente. La première voyelle est brève dans le nom des Curetes Sabins ( Properce , 1. 1Y , él. iv, v. 8 )-, elle est

dénomination qui expriment à merveille l’idée de cette valeur indomptable que ses amis et ses ennemis avoient admirée durant le cours de sa vie. Sa mort arriva l’an de la fondation de Rome, 717 ans avant l’ère chrétienne.

Les Romains prétendoieut avoir le portrait de Romulus; mais l’histoire de l’art ne leur étoit pas assez familière pour qu’ils pussent reconnoître si les images de ce prince avoient été exécutées de son temps, ou supposées daus des temps postérieurs. Les monuments de ce genre , qu’on citoit comme contemporains du fondateur de Rome (1), ne pouvant plus être soumis à la criti-

longue dans le nom des Cnretes Crétois. L’étymologie que j’ai indiquée la première, fondée sur l’autorité , me paroît plus vraisemblable j ces peuples, comme les Quirites Romains , portoienl le nom de lanciers, hastati , tiré de leurs armes; leur ville s’appelloit Caris , la ville de la lance: il n’est pas impossible que le mot même de curis ait été emprunté des langues orientales, où corah signifie une poutre . Les poêles latins ont souvent désigné les grandes piques par le mot de traies ; et il est indubitable que plusieurs mots de la langue latine sont tirés de racines hébraïques ou syriaques.

(1) Pline fait mention de quelques ouvrages de peinture antérieurs à la fondation de Rome (l.XXXV, § 6 ). Mamurrius , artiste en bronze , étoit censé contemporain de Numa (Properce, 1. IV, él. xi, v. 5g). Plusieurs ouvrages qu’on appelloit Tuscaniques , soit qu’ils eussent été exécutés en brouze par les Etrusques , soit qu’on les dût aux habitants des colonies grecques de l’ïtalie , étoient regardés comme des monuments de la plus haute antiquité (Pline, l. XXXIV, $ 16).

Je on. Rom. a

que (i), nous nous bornerons à remarquer que , de l’aveu des savants et des conuoisseurs les plus instruis du temps des premiers Césars , on regardent les sept statues des rois de Rome, consacrées dans le Capitole , comme des ouvrages exécutés sous leur règne (2). A la vérité, l’opinion la plus probable est que, parmi ces statues, les plus anciennes ne datoieut pas d’une époque antérieure au premier des Tarquins, prince puissant et magnifique, dont la famille, originaire de la Grèce, avoit renouvelé dans l’Etrurie le germe, si l’on peut s’exprimer ainsi, du goût pour les arts (3). Il ne seroit cependant poiu absurde

(1) Plutarque ( Romains, § 17 et 24 ) semble croire que plusieurs statues de Romulus , existantes encore de son temps, datoient du règne de ce prince.

(2) Reges sili ipsos posuisse statuas verisimile est ( Plin. ]. XXXIV, § i3 ). Ailleurs ce même auteur cite le costume de ces figures pour prouver quelques particularite's dans les usages de ces temps anciens; il parle de quelques statues qui avoient des bagues aux doigts ; et il observe que la figure de Romulus n’en avoit pas, que même il e'toit sans tunique ; c’est-à-dire que sa toge ou manteau e'toit placé sur le corp nu. Les peintures des vases qui portent vulgairement le nom d’étrusques nous offrent souvent ce même costume (Pline, 1. XXXÎ1I , § /, , et I. XXXIV, §11). Ces figures de bronze étoient placées devant la façade du temple (Appien, Civil., !. I, § i5 et 16); ainsi elles avoient pu échapper aux différents incendies du Capitole.

(3) Cétoit la conjecture de Pline (liv. XXXIV, § i3); toutefois il étoit porte à croire quelques-unes de ces statues plus anciennes, parce qu’elles représentoient des rois antérieurs à Tarquia : Primas putarem (statuas) positas

de penser que quelque portrait du fondateur de Rome s’étoit conservé jusqu’au règne de Tarquin. Quant à la statue placée dans le Capitole , elle a dû servir de prototype aux têtes de Romulus qu’on a gravées sur des monnoies roiuaiues.

Yers le siècle d’Auguste, un C. Memmius qui, par les droits de la magistrature dont il étoit revêtu, surveilloit la fabrication de la monnoie de Rome , fit graver la tête de Romulus sur le coin d’un denarius (i) ( n.° j)j et pour que le public

aeiate Tarquinii prisa' , nisi regum antecedentium essent in Capitolio. Cependant rien n’empêche de conjecturer que Tarquin 1, en plaçant sa statue dans un temple, avoit voulu honorer par des monuments semblables son bienfaiteur Ancus , et les trois autres rois ses prédécesseurs. J’oserai même proposer une conjecture plus hardie, savoir, que Tarquin n’avoit élevé des statues qu’à ceux de ses prédécesseurs qui avoient bien mérité de l’etatj et qu’ainsi, parmi plusieurs rois dont les noms ont péri , il avoit choisi Romulus, le fondateur de Rome; Numa , qui en avoit été le législateur, et Hostilius , qui avoit soumis les Albains. Cette hypothèse feroit disparoître toute l’invraisemblance qu’offre une suite de sept rois qui ont occupé le trône durant l’espace de deux-cents quarante-quatre ans, quoique plusieurs d’eutre eux aient fini par une mort violente y et que le dernier ait survécu bien des années à son expulsion ( Histoire critique de la République romaine , par M. Lévesque, t. I, p. 76). Les sept statues des rois de Rome, qui exisloient encoie au Capitole au III siècle de l’cre vulgaire ( Diou. 1. XLÜI , § 45 ), auroient fourni la principale autorité pour constater dans les fastes cette suite de rois, d’après laquelle des princes, dont le régné n'auroit éié ni long ni brillant, auroient di^paiu de ta chronologie et de l’histoire.

{<) Le denarius étoit une monnoie d’aigent de la va»

pût ïa reconnoître , elle fut désignée dans la légende par le nom de QVIPJNVS (i). Le fondateur de Rome est couronné de laurier; sa barbe qui tombe en boucles parallèles , sa longue

leur de dix as. Cette valeur le rapprochent beaucoup de la drctchma des Grecs. L’une et l’autre de ces monnoies avoient à-peu-près le poids de notre franc actuel.

(i) Morellius, Thésaurus familiarum , familia Memmia , n.° i. Cette médaille, ainsi que toutes celles qu’on cite sans désigner la collection dont elles font partie , appartiennent au cabinet de la bibliothèque du roi -, la légende du côté de la tète est la suivante: QVIR1NVS C • MEMMI C * F . , Quirinus. Caïus Memmius , fils de Caïus ( a fait frapper cette monnoie ) . Du côté du revers on lit: MEM- M1VS AED • CER1AL1A PRELVIVS FECiT. , l’édile Mem mius fut le premier à faire (célébrer) les (fêtes dites) Cerealia. Le type représente la déesse Ce'rès assise , une torche dans la main gauche , et des épis de blé dans la droite ; les serpents qui traîuoient son char sont à ses pieds. Les antiquaires ont proposé différentes conjectures pour déterminer l’occasion où la médaille fut frappée ,-aët pour indiquer le motif des types qu’elle présente. Ce qu’il y a de certain , c’est que Memmius, probablement un des triumvirs préposés à la fabrication de la monnoie, a voulu profiter de cette circonstance pour renouveler le souvenir d’un fait honorable à un de ses ancêtres : savoir , qu’un Memmius, édile, avoit été autrefois le premier à célébrer à Rome les fêtes et les jeux consacrés à Cérès , et connus sous la dénomination de Cerealia. La tête du fondateur de Rome pourroit faire croire que cette médaille a été frappée à Rome l’an '27 avant l’ère chrétienne , lorsque le sénat déféra à Octave l’autorité suprême, avec le titre d’Auguste. On sait que plusieurs sénateurs avoient proposé de lui douner de préférence le nom de Romulus ( Suétone , Augusto , c. vn ).

chevelure , ajoutent à la majesté de sa physionomie. Plutarque avoit vu sans doute des portraits de Romulus semblables à celui-ci, lorsqu’il nous décrit ce prince, au retour de sa première campagne, « mettant, suivant la traduction d’Amyot , un chapeau de laurier sur sa longue perruque (i) ».

La même tête a été répétée, probablement vers la même époque, sur une monnoie de bronze (n.° 2), frappée par l’autorité du sénat romain. S • C -, senatus consullo. La louve qu’on voit au revers, allaitant Romulus, a rapport aux circonstances qui ont rendu merveilleuse l’histoire de son enfance.

§ 2. Tatius.

Titus Tatius , chef des Sabins qui habitoient la ville de Cures, résolut de venger l’outrage que les peuples voisins de Rome, et particulièrement les Sabins, avoient reçu par l’enlèvement de leurs filles; mais il ne suivit pas l’exemple de quelquesuns de ces petits peuples qui, ne consultant que leur ressentiment, et malgré l’infériorité de leurs forces, avoient osé se mesurer avec Rome, et n'avoient fait qu’accroître l’orgueil de ses habitants et leur assurer l’impunité de leurs violences.

Tatius rassembla une armée nombreuse , la conduisit jusqu’au pied des collines sur lesquelles s’élevoit la ville de Romulus, et s’empara, par

(ï) Vie de Romulus , § î6.

la trahison d’une femme, du rocher fortifié, connu ensuite sous le nom de Capitole ;i\ Le désir de le reprendre et celui de le conserver donnèrent lieu à des combats qui avoieut déjà ensanglanté la vallée par laquelle le Capitole est séparé du mont Palatin , lorsque l’intervention subite des femmes sabiues désarma la fureur des combattants. Vaincus par les prières et par les larmes de ces épouses tendres et courageuses , ils conclurent l’étrange traité par lequel Rome devoit appartenir à deux peuples, et être gouvernée par deux chefs ( 2 \

Cette périlleuse communauté de puissance dura quelques années: mais Tadus, injuste envers ses voisins , ne fut pas aussi habile ou aussi heureux que Romulus ; il devint la victime du ressentiment de quelques citoyens de Lavinium, auxquels

(1) On prétend que cotte femme, appelle'e Tarpeia, e'toit ia fille du guerrier à qui Romulus avoit confié la défense du Capitole; et l’on ajoute que le prix de la trahison devoit être les bracelets d’or que les Sabins portoient autour du bras gauche. Properce (I. IV, él. îv ) suppose que la vierge Tarpeia étoit une prêtresse , et qu’elle étoil devenue amoureuse du prince ennemi.

(2) Ce système, quoique contraire à toute bonne politique, n’étoit cependant pas une nouveauté dans ces anciens gouvernements. A Sparte , il se perpétua durant une longue suite de siècles; et il n’étoit pas rare dans la fondation des nouvelles villes et dans l’établissement des colonies. Thucydide (1. VI, § i et 2 ) et Strabon ( 1. XII, p. 58a ) en fournissent plusieurs exemples.

il avoit refusé de rendre justice (i). Il paroît cependant que ce prince avoit de la franchise et de la modération, une telle simplicité, ou plutôt une telle rudesse dans ses mœurs, qu’elle étoit encore citée en proverbe par les écrivains du siècle d’Auguste (2).

Nous avons déjà remarqué que le magistrats romains qui présidoient à la fabrication de la monnoie ne laissoient pas échapper l’occasion de réunir dans les types les faits de leurs familles avec ceux de l’histoire romaine : c’est ainsi que Titurius Sahiuus et Yettius Sabinus Judex , magistrats qui se vantoient de tirer leur origine des anciens Sabius, et probablement de Titus Tatius lui -même, ont fait graver sur la monnoie la tête de cet ancien chef. Les u.° 3 et 4 présentent les dessins de ces médailles ; d’un côté est la tête de Tatius sans aucun ornement. Sur le revers de la première on voit les Sabins accabler de leurs boucliers la vierge Tarpeia , qui venoit de leur livrer le Capitole' (3). Les descendants de

(1) On conçoit aisément que, dans cette circonstance, quelques soupçons planèrent sur Romulus (Plutarque, Numa , §5). Tatius avpit régné avec lui pendant six ans j il mourut l’an 7 41 2 avant l’ère chrétienne.

(2) Properce, 1. II, él. xxxu, v. 4']-

(5) Morellius, Thés, famil. , Tituria, B; et Vettia , n.° j. Le denarius du n.° 5 a pour légende, du côté de la tête, le surnom SABINms, porté par Lucius Titurius, qui a fait frapper la médaille : ce surnom peut avoir rapport aussi à la tête de Tatius , qui étcit Sabin. La légende

Tatius ont sans doute voulu faire honneur à l’auteur de leur race de l’horreur qu’il avoit moutrée pour les traîtres , lors même qu’il avoit profité de la trahison ^i).

§ 3. Numa.

L’interregne qui suivit la mort de Romulus , et les dissentions qui s’élevèrent entre les deux partis les plus puissants à Rome , celui des anciens habitants et celui de Sabins , se terminèrent par l’élection de Numa (2). Ce prince, Sa-

du revers présente le prénom et le nom du magistrat , L • TITVRI , Lucius Tilurius : le croissant et l’étoile, emblèmes de la nuit , désignent le moment de la trahison. Sur la médaille n.° 4 > le surnom Sabinus est encore celui d’une branche de la famille Vettia, et peut avoir les mêmes rapports: le monogramme , composé d’un T et d’un A , donne les deux lettres initiales du nom Tatius : les deux lettres S * C • , senatus consulto , marquent que Titus Yetlius Sabinus Judex, dont le reste des noms est gravé sur le revers, T 0 VETTIVS IVDEX, a fait frapper cette monnoie par l’autorité du sénat. L’homme barbu, qui est debout sur un char à deux chevaux, est probablement Tatius lui-même. La palme qui, sur la médaille ïi.° 5, est du côté de la tête, se voit ici, n.° 4 , derrière la figure du prince sabin , et fait allusion à ses victoires (Eckhel, D. N., tav. V, p. 536 ).

(1) Properce, 1. IX , e'I. iv, v. 89:

Neque enim s ce le ri dédit hostis honorent.

(2) Cette é’ection eut lieu l’an 38 de Rome, 716 ans avant l’ère chrétienne; et le règne de Numa s’étendit jusqu’à Tan 672. Les auteurs de l’histoire romaine , que j’ai suivis dans les articles précédents, et Plutarque, dans la Vie de Numa f m’ont fourni aussi le9 matériaux de cet article.

i>in de nation, étoit gendre de Tatius: la douceur de son caractère, sa piété, ses lumières, étoieut ses titres ; et l’opinion publique qu’il avoit su se concilier, et qui l’avoit accompagué jusque dans sa retraite à Cures, le désigna au choix du sénat et du peuple.

La tranquillité que les armes de Romulus avoient assurée à Rome, les troubles intérieurs qui éclatèreut dans la ville d’Albe , à l’extinction de la dynastie des Sylvius, procurèrent au nouveau prince le calme dont il avoit besoin pour affermir sa domination, et adoucir les mœurs de ses sujets par quelques institutions religieuses et politiques (i). L’antiquité romaine a conservé longtemps les traces de ces institutions; et les cantiques composés par Numa retentissoient encore.

(i) M. Lévesque tire du long règne pacifique deNutna de nouveaux arguments en faveur de son scepticisme ( Histoire critique de la République romaine , t. I, pag. 24 et 5i): mais, eu supposant même que les circonstances dans lesquelles se trouvoient les peuples voisins de Rome fussent absolument ignorées, est-il permis d’attaquer par de simples vraisemblances générales les faits attestés par des autorités positives ? Cependant l’éloignement des temps ne nous a pas dérobé une connoîssance , confuse à la vérité , des agitations intestines du peuple d’A-ibe , où Numitor étoit mort, sans enfans mâles, pendant les derniers années du règne de Romulus, et où des ambitieux se di> putoient la couronne, ou du moins la puissance dictatoriale (Plutarque, Vie de Romulus , § 27 ; et Denis d’Haîicarnasse , 1. III, p. 104, et 1. Y, p. 337.

sous les Césars, dans les fêtes qu’on célébroit en l'honneur des dieux (i).

Parmi les institutions de Numa , on doit distinguer la division qu’il fit des citoyens par états et par métiers ; division salutaire qui fit disparoitre la différence de leur origine , que Romulus avoit perpétuée en les classant par tribus. On doit distinguer encore l’institution du culte du dieu Terme , gardien des limites et des propriétés -, et les cérémonies religieuses qui tendoient à inspirer l’horreur de la violation des serments, et qui contribuèrent puissamment à multiplier et à resserrer les liens de la société (2).

Numa, plus qu’octogénaire , dut mourir content de n’avoir jamais été obligé, durant un long règne, d’ouvrir les portes de la guerre, qu’il avoit placées lui-même au temple de Janus, et qui, ouveites bientôt après sa mort, et rarement closes pendant le cours de mille ans, furent le signal des guerres qui assujètirent à la domination romaine presque tout l’univers connu.

(1) Horace, 1. II, ép. r , v. 88, parle de l’hymne des Saliens. Les actes des Frères Arvales nous ont conservé un fragment d’un autre cantique dont l’abbé Lanzi a donné une explication plausibile; il n’est point d’une date moins ancienne (Marini, Atti de fratelli Arvali , t. II, p. 59$ et suivantes ).

(2) . . . . Primas qui legibus urbem

Fundabit. . . ( Virg. 1. VI, v. 81 1).

Cicéron fait un grand éloge des talents politiques de Numa ( De Orat. I. II , § 07 ).

Plusieurs familles à Rome , celles des Pomponius , des Émile , des Calpurnius , des Marcius , se vantoient de tirer leur origine de Numa; les prétentions des deux dernières étoieut les plus avouées: ainsi on ne sera pas étonné de voir la tête de Numa gravée sur des médailles que des magistrats issus de ces familles illustres ont fait frapper à Rome.

Caïus Calpuruius Piso , étant proquesteur trésorier de l’année ) sous l’un des proconsulats de Pompée, a fait représenter la tête de Numa en profil sur un dencirius ( n.° 7). NVMA , le nom du prince, est gravé sur le large bandeau dont elle est ceinte : c’est une espèce d’anticipation de l’usage qui fut introduit dans la suite, parmi les rois d’Occident, par Alexandre-le-Grand et par ses successeurs. Cet ornement ne devoit pas exister sur la statue antique de Numa que Pline avoit vue au Capitole, et dont il avoit soigneusement examiné le costume ^ 2\ Il est d’ail-

(i> Les analogies du nom Numa n’ont pas échappé aux critiques qui ont voulu faire de ce prince un personnage allégorique , comme si ce nom qu’ils tirent du grec , NOVIOS ( nomo<i ) , loi , ne siguifioit qu’un législateur ou la loi même personnifiée, ainsi que la valeur, rhômé , î’avoit été, suivant eux, dans Romulus. Ils n’ont pas lait attention que le prénom de Numa étoit duo usage Aéquent dans l’âge reculé où ce prince a vécu. Un Numa Marcius étoit son contemporain. L’histoire de ces époques nous présente un Numitor , et même une rivière qui porte le nom de Numicus. L’antiquité romaine nous a laissé la mention de plusieurs, Numius , N umisius , Numilorius , etc.

(2) Pline, 1. XXXIII, § 4 et 6.

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leurs vraisemblable que les traits de la figure ont été copiés d’après cet ancien monument £ le style roide et sévère de la tête semble annoncer une copie de quelque ouvrage très-ancien (i). Le même profil, mais tracé avec plus de liberté, se voit aussi sur une monnoie de bronze frappée sous la magistrature d’un Marcius Censorinus ( n.° 8 ). Ce profil est accouplé à celui d’Ancus Marcius, quatrième roi de Rome, et un des descendants de Nuraa: la légende porte les noms des deux princes , NVMA POMPlLlws , ANCYS MARCli/s. Deux navires stationnés dans un port sont le type du revers, que nous aurons occasion de considérer de nouveau au paragraphe suivant (a\

Enfin on reconnoît la même physionomie dans un hermès antique de marbre qu’on voit encore à Rome dans la Villa Albani (3; , et dont le

(i) Morellius , Thesaur. famil. , Calpurnia , pl. n , n.° 5. La légende du côté de la (été est la suivante ; CS eus P ISO PRO Quaestor ; Cnéus Pison , proquesteur. Celle du revers: MAGNwr PRO • COS; Magnus (c’est-àdire Pompée , proconsul. Le navire qui en forme le type a rapport peut-être à la guerre contre les pirates.

(a) Morellius, Thés, famil. , Marcia, pl. u, n.° q.

(5) Virgile, Æn. VI, 809:

Nosco crin es incanaque menta Regis Romani.

Ce dessin a été fait d’après un plâtre moulé sur l’antique, qui est désigné dans 1 ' Indicazione anliquaria délia villa Albani, au n.° 10/f. de la première, et au n.Q ioâ de la seconde édition.

dessin est gravé sous les n.° 5 et 6. Ici le costume a été mieux observé j ce roi religieux a la tête voilée , suivant le rite troyeu usité à Rome dans les cérémonies du culte depuis la plus haute antiquité (i). L’histoire nous représente aussi Numa la tête voilée au moment de son inauguration (2) j et Tite-Live nous apprend que ce prince exerçoit ordinairement lui-même les fonctions de jlamen dialis , ou de pontife de Jupiter (3). L’air vénérable de sa physionomie avoit déjà frappé les anciens , auxquels les images de ce prince étoient plus familières (4)*

§ 4- Ancus Marcius.

Âncus Marcius descendoit de Nunia par Pompilia sa fille (5). Lorsque Tullus Hostilius , successeur de Numa , et qui n’avoit point d’enfants , fut arrivé au déclin de l’âge , et que ses facultés intellectuelles commencèrent à s’affoiblir , Ancus, pressé par le désir de s’emparer du sceptre de son aïeul , le brigua , du vivant même de Tullus, avec un empressement qui devoit offen-

(1) Virgile, Æn. 1. III, v. 545 , où l’on peut consulter les commentateurs anciens et modernes de ce poêle.

(2) PKitarque, dans la Vie de Numa , § 7.

(5) Tite-Live, 1. I, c. xx.

(4) Denis d’Halicarnasse , 1. II, p. 1 55 : WlopCptfç aitè” ûavffE @<A(Tl.2.LiC(x)T(/jT'tfÇ } « Il étoit doué d’un aspect véritablement royal ».

(5) Les matériaux pour cet article ont été puisés dans les mêmes sources que ceux des articles précédents.

ser ce prince (ï\ La mort subite de Tullus qui fut , dit-on , frappé d’un coup de foudre, et les richesses dont la destruction d’Albe avoit rempli son trésor (2), facilitèrent à Aucus le chemin du trône , et lui procurèrent les moyens de régner avec plus d’éclat que ses prédécesseurs. La splendeur qu’il déploya dans les monuments publics , les travaux utiles que la postérité dut à sa munificence , le port d’Ostie , l’aqueduc de l’eau Marcienne , acqua Marcia (3) , sa valeur et ses talents guerriers ont rendu sa mémoire chère et respectable aux Romains pendant une longue suite de siècles.

Les Sabins, les Latins, les Etrusques, qui avoientespéié de voir s’éteindre avec Tullus l’esprit martial de Rome, humiliés par son sucesseur, furent obligés de respecter la tranquillité des R.omains, et d'agrandir leur territoire.

Juste et affable euvers son peuple , Ancus ne

(1) Celle tache dans la conduite d’Ancus est assez indiquée par les vers de Virgile (Æ«. VI, v. 8i5), que je rapporterai ci-après, et plus clairement releve'e par l’un des anciens commentateurs du poète. Denis d’Oalicarnassc (I. III, p. 176) a rapporté des bruits encore plus injurieux à la mémoire d’Àncus , mais il ne les estime pas dignes de foi.

(2) Tullus clives , le riche Tullus -, ainsi le nomme Horace (1. IV, od. vu, v. i5).

(5) Cette eau , la plus célébrée des quatorze eaux qui arrosoient à grands frais la capitale de l’empire, avoit ses sources dans les collines Tusculanes ; elle se perd maintenant dans la petite rivière de la Marrana.

parvint pas à la vieillesse j il mourut , dans son lit , la vingt-quatrième année de son règne , l’an 616 avant l’ère chrétienne, laissant après lui la réputation d’un bon roi (r).

Nous avons des portraits d’Ancus Marcius sur des médailles de la famille Marcia, c’est-à-dire sur des monnoies frappées à Rome par des magistrats de cette famille qui comptoit Ancus parmi ses ancêtres (2). Nous avons vu sa tête jointe à celle de Numa , sur une mounoie de bronze, n.° 8. Le type du revers, qui représente un port, comme nous l’avons déjà remarqué , est entièrement relatif au règne d’Ancus 5 la statue de la Victoire , élevée sur une colonne qu’on aperçoit sur le second plan , est probablement une allusion aux victoires remportées par ce prince ; et on ne peut guère douter que ce monument n’y ait été gravé pour faire mieux reconuoître le port d’Ostie , sur lequel il é toit sans doute placé dans le temps où la médaille a été frappée (3).

(1) Bonus Ancus y le bon roi Ancus ; c’est la phrase qui Se caractérisé dans les fragments d’Ennius et dans le poëme de Lucrèce.

(2) Une branche de celte famille portoit le surnom de Rex , Roi, comme une marque de son origine royale.

(3) Sur d’autres me’dailles presque semblables, on voit

deux arcades , pour indiquer les chantiers de ce port La

le’gende du revers offre le nom de Rome , ROM A , et ceux

du magistrat C • CENSO , Caïus Censorinus. Le surnom

de Censorinus distinguoit une autre branche de la f - mille

Marcia , à cause d’un de ses membres qui avoit obtenu

deux fois la magistrature de censeur (Moreliius, lhes<, famiL Marcia ; pl. u ; n.1 2 3 * * * * * 9 g ).

La physionomie d’Ancus est encore beaucoup plus reconnoissable sur les belles médailles d’argent qu’un magistrat, issu d’une autre branche de la famille Marcia , fit frapper vraisemblablement sous l’empire d’Auguste (i). J’ai fait graver le dessin d’une de ces médailles sous le n.° 9. La tête penchée un peu en arrière , et l’air satisfait et assuré de la figure, nous rappellent le portrait que Virgile a tracé d’Ancus (2).

(1) Dès que Rome, lasse des discordes civiles, se décida de nouveau pour la monarchie, on lit paroître sur la monnoie les portraits des princes qui avoient bien mérite de la patrie; ceux de Romulus , de Huma, d’Ancus. Je crois toutes ces me'dailles frappées à la même époque, à l’exception de celle du n.Q 7 , qui a été frappée un peu plus tôt; et ma conjecture me semble se confirmer par l’observation qu’on n’a reproduit sur la monnoie que les portraits de ces princes, auxquels, dans le temps, on comparoit, ou l’on pouvoit comparer Auguste. Comme fondateur d’un nouveau système de gouvernement, il étoit le nouveau Romulus ; en rétablissant les temples de Rome et les solemnités de la religion, il étoit un autre Numa ; ses soins pour embellir la capitale de l’empire pouvoient Je faire, à bon droit, comparer à Ancus. Ce même esprit a fait sans doute restituer, sous l’empire de Trajan, les monnoies qui présentent les poitrails de Romulus et d’Ancus.

(1) Virgile , Æn. VI, loco citato :

Quem juxta sequitur jactantior Ancus ,

Nunc quoque jam nimium gaudens popularibus a uns.

Je ne pouvois me rendre compte des motifs qu’avoit eus le poêle de nous présenter Ancus , ce prince universellement loué , sous un aspect tant soit peu équivoque. J’en étois d’autant plus étonné, que la famille des Marciuste-

Le lituus , bâton augurai et pontifical qui est gravé dans le champ , fait allusion aux soins qu’avoit pris le petit-fils de Nuraa pour rétablir les cérémonies du culte dans toute leur dignité (i). Le revers représente une suite d’arcades, audessus desquelles passoit le conduit de l’eau Marcienne; et la statue équestre qu’on voit au haut de cet édifice avoit été probablement élevée en l’honneur d’Ancus par quelqu’un des membres de la famille Marcia. Cette famille , qui avoit exercé les plus hautes magistratures dans les siècles de la république , avoit acquis encore une plus grande considération sous le règne d’Auguste, élevé par les soins d’un Marcius Philippus qui avoit épousé sa mère.

Les légendes de la médaille sont: ANCYSdu côté de la tête; au revers, PHIL1PPVS, surnom d’une branche de la famille Marcia et du magistrat qui avoit fait frapper cette monnoie. Les lettres gravées dans le vide que laissent les arcades sont au nombre de cinq , A Q V A M , aqua Marcia « l’eau Marcienne », et désignent l’édifice représenté par le type (a).

Comme il est certain qu’une très-ancienne sta-

noit à celle d’Auguste: mais le portrait d’Ancus , gravé sur cette médaille, me semble tout expliquer. Yirgile a voulu peindre Ancus conformément à l’idée que scs images , et sans doute sa statue placée au Capitole, donrioient de son caractère à ceux qui les voyoient.

(1) Eckhel , Doctr. num. t. V, p. 248.

(2) Morellius, Thés, famil. M&açu 7 pl. 1 , n.° 1.

Icon. Rom. 3

tue d’ An eus Marcius existoit au Capitole avec celles de six autres rois , il est probable que Tarquin l’ancien, son successeur, et qui lui devoit le commencement de son élévation, la lui avoit fait ériger j à moins qu’on n’aime mieux croire qu’elle y avoit été placée sous son règne même. La tête d’Ancus, gravée sur les médailles, a, sans doute, été dessinée d’après ce monument , au diadème près, que doit y avoir ajouté l’artiste du siècle d’Auguste , comme une marque distinctive de la dignité royale.

NOTE

Goltzius a publié une médaille de la famille Tullia? présentant dans la légende les noms de Servius Decula f et dans le type la tête du roi Servius Tullius. Comme ce monument numismatique n’a jamais été vu par des antiquaires dont la bonne foi et la critique soient à l’abri de tout soupçon , on l’a justement rejeté dans la classe des monuments apocryphes ( Morellius, Thésaurus familiarum, Numi incertae fidei , pl. xxxm , n.° 2).

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