‹ Iconographie voltairienneChapitre 12 sur 30 · I. Saint-Aubin et La Borde · texte numérisé non relu

I. Saint-Aubin et La Borde

I— SU D'ÎCONC.R \PHIF. VOLT.4IRIEXXE. 77

fût compromis par un emp >rtement qu'il eut sûrement regretté. Aussi mettra-il quinze jours entre ce premier moment, toujours si impétueux chez l'auteur de Zaïre, et l'accusé de réception; et, quand il prendra la plume, il aura retrouve son calme, sa sérénité, sa politesse, qu'assaisonnera bien encore une pointe de persiflage et d'amertume. Cet incident plaisant et piquant nous est révélé par la correspondance même de Denon et de \ oltaire qu'amenait l'envoi du dessin et qui se termina, sans être jamais reprise, par les explications auxquelles il donnait lieu. Elle n'a été reproduite dans aucune des éditions de Voltaire, et personne n'irait, à coup sûr, la chercher dans le recueil où elle est perdue'. C'est ce qui nous a décidé à nous étendre sur cette petite scène de comédie, qui, en somme, est ici parfaitement à sa place.

a Du plaisant Ciï!')t vous avez le crayon; V01 vers sont enchanteurs, mais vos dessins burlesques. Dans votre :alle ri' A l'on

Pourquoi pei^nez-vo.is de* grotesques?

« Si je pouvais, monsieur, mêler des plaintes aux remerciements que je dois, je vous supplierais très-instamment de ne point laisser courir cette estampe dans le public. Je ne sais pourquoi vous m'avez dessiné en singe estropié, avec une tète penchée et une épaule quatre fois plus haute que l'autre. Fréron et Clément s'égayeront trop sur cette caricature.

a Permettez-moi que je vous envoie, monsieur, une petite boite de bouis doublée d'écaillés, faite dans nos villages. Vous y verrez une posture honnête et décente et une ressemblance parfaite. C'est un grand malheur de chercher l'extraordinaire et de fuir le naturel, en quelque genre que ce puisse être.

u Je vous demande bien pardon. J'at du non-seulement vous dire librement ma pensée, mais celle de tous ceux qui ont vu cet ouvrage. ■>

l. Monuments des ^rts du Jessin che- lei zeurl.s. ti-.t ^neuns Jue modernes. Recueilli» par le baron Vîvaric Denon. (Paris, Bru:iet-D«.-n:>n, 1829.) T. I", p. I a 19.

Soyons juste. Voltaire et ses amis, s'il ne les t'ait pas parler, exagèrent notablement la laideur et l'horreur du portrait : il n'est pas représenté en Adonis, il n'est pas flatté, il est enlaidi, soit; mais ce n'est point une caricature, et l'artiste n'a pas joué des crayons a mauvaise intention. L'estampe est datée du 6 juillet, le lendemain même de cette journée passée à Ferney; les souvenirs du visiteur étaient donc très-frais, et Denon, qui, lui, n'est pas mécontent de son œuyre, qui comptait sur des éloges, se cabrera sous le reproche, et ne prendra du bon cùté ni les obseryations, quoique mitigées, ni le cadeau de cette tabatière « de bonis faite dans nos montagnes ».

« Monsieur, M. Moreau n'a pu me remettre que dans ce moment la lettre et la boite que vous ayez eu la bonté de m'adresser. Je yois avec plaisir le zèle que vos bons villageois mettent à yous plaire; j'applaudis à leurs efforts, et je reçois la boite comme un cadeau qui m'est agréable parce que je le tiens de yous.

k Je suis, en vérité, désolé de l'impression que yous lait mon ouvrage. Je ne plaiderai point sa cause; mon but est manque, puisqu'il ne vous a pas fait le plaisir que je désirais. Mais je dois vous rassurer sur la sensation qu'il fait ici : on letrouve plein d'expression; chacun se l'arrache, et ceux qui ont l'honneur de vous connaître assurent que c'est ce qui a été fait de plus ressemblant. C'est un grand malheur, en peinture comme en autre chose, de voir autrement les objets qu'Us n'existent. Pardon, monsieur; mais j'ai dû non-seulement vois faire l'aveu de mon erreur sur ce portrait, mais vous dire naturellement, et pour votre tranquillité, tout ce que je savais du succès de cette estampe. »

L'humeur perce dans cette lettre de Denon : Voltaire lui a donné une leçon, il le payera en même monnaie, comme s'il y avait entre eux parité d'âge et de valeur. C'est un de ces esprits délibérés, sans gène, sans fétichisme, qui savent se défendre, quand Us se bornent à se défendre.

Loin de se fâcher, le patriarche lui répondait, à son tour, avec longanimité et douceur, mais sans changer de sentiment, et avec la

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ESSAI DICONOGRAPHIK VOl ["AIRIENXE. 79

bonne envie, tout au contraire, d'amener son trjJitore à résipiscence :

« Je suis bien loin, monsieur, de croire que vous avez voulu faire une caricature dans le goût des plaisanteries de M. Huber.

« J'ai chez moi actuellement le meilleur sculpteur de Rome, à qui ma famille a montre votre estampe : d a pense comme tous ceux qui l'ont vue. On l'a prié d'écrire ce qu'il fallait pour la corriger : je vous envoie sa décision.

« 11 court dans Paris une autre estampe, qu'on appelle mon Déjeuner; on dit que c'est encore une plaisanterie de M. Huber. J'avoue que tout cela est assez désagréable. In homme qui se tiendrait dans l'attitude qu'on me donne, et qui rirait comme on me fait rire, serait trop ridicule.

« Vous m'auriez fait plaisir si vous aviez pu corriger l'ouvrage qui a révolté ici tout le monde, et, s'il en était encore temps, ma famille vous aurait beaucoup d'obligation. Je n'en suis pas moins sensible à votre bonté, et je n'en estime pas moins vos talents. Je vous supplie de rie rien imputer à une fausse délicatesse de ma part. Je sens bien que vous m'avez fait beaucoup d'honneur; mais je vous prie de pardonner à mes parents et à mes amis, qui ont cru qu'on avait voulu me tourner en ridicule, »

Maintenant, voicicettedécision du « meilleur sculpteur de Rome», qu'on a retrouvée, jointe à la lettre du poète, dans les papiers de Denon :

« Étant consulté sur cette estampe, je crois que pour la corriger il faudrait premièrement : mettre le portrait d'ensemble; — moins maniérer la tète; — venir la dessiner d'après nature; prendre un parti sur l'effet total; enrin rendre la chose plus pittoresque.

« Les défauts que je trouve : l'épaule trop haute ; — M. de Voltaire n'a pas de dessus d'yeux; — le nez est trop long, et le front aussi; la bouche n'est pas bien, parce qu'elle cercle trop. »

Assurément, ce n'est pas Voltaire qui écrit cela. On sent l'homme du métier qui, d'un coup d'oeil, a saisi les défectuosités et les indique techniquement. Reste à savoir quel est ce grand statuaire, venu tout

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exprès do Komc pour donner des leçons de dessin à Denon. Le poète nous l'apprendra lui-même dans ce billet a d'Alembert : h Je vous avertis, illustre secrétaire de notre Vcadémic, que .M. Poucet, l'un des plus célèbres sculpteurs de Home, vient exprès à Paris pour faire votre buste en marbre. Il s'e^t, en passant, essayé sur moi, pour arriver jusqu'à vous par degrés. Ce n'est pas un simple artiste qui copie la nature, c'est un homme de génie cpii donne la vie et la parole (6 février 1776). » On sait le cas que l'on doit taire, le plus souvent, de ces billets ouverts dans lesquels il ne tant pas chercher la pensée réelle. Mais, deux j'Uirs après, il reprenait la plume de nouveau pour qu'Archimède-d'Alembcrt ne pût douter de la parfaite sincérité de ses paroles. « -Je vous préviens que je ne vous trompe pas dans cette lettre, quand je vous dis qu'il donne la vie et la parole. »

Voltaire n'était pas difficile à gagner. La moindre prévenance, la moindre marque d'amitié suffisaient pour le conquérir pleinement. En souvenir de l'aimable réception dont il avait été l'objet, Poncée dépêchait à Ferney un petit présent bien lait pour aller au cœur de son hôte qui l'eu remerciait avec u ie véritable effusion. 11 s'agit ici d'une médaille frappée à Komc, en commémoration de l'épouvantable massacre de la Saint-Barthélémy. Cette médaille, le poète la connaissait, il l'avait palpée et maniée, mais il se mourait d'envie d'en avoir une en propre. « On frappa des médailles sur cet événement (j'en ai une entre les mains) », dit-il dans son Flistoirc du Parlement, qui parut en 1769. Désormais il possédait la pièce de conviction. Cette médaille n'était pas commune; le marquis de Rièvre (encore un protecteur de Poncet mandait à Beaumarchais, auquel précisément il envoyait, pour l'édition de Kehl, les lettres relatives à son protégé : « Si vous êtes curieux d'avoir cette médaille, je pourrais vous la procurer, mais en vous demandant le plus grand secret : car tout le monde voudrait l'avoir, et je ne suis pas en état de faire face à ce sujet '. »

I. Ecienne Charavay, C-tsi'gut de lettres ^.urj^r^phes. du 7 mai 18-J. N" 44. Lettre du marquis de Bievre à Beaumarchais ; a Rome, ce > novembre 1781.

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ESSAI DICONOGRAPHJE VOLTAIRIENXE. 8i

Revenons à Poncer. D'Alembert, plus flegmatique, et qui savait combien l'auteur de Zaïre s'engouait aisément, malgré toutes ces recommandations, ne ht pas grande chère au sculpteur de la ville éternelle. « Ce Poucet est venu chez moi avec une lettre de vous : je lui ai demandé quels étaient les Italiens si jaloux d'avoir ma figure, qui désiraient que je me soumisse encore à l'ennui de la faire modeler. Il m'a dit que c'était un secret. J'en ai conclu que ce grand sculpteur était encore un plus grand hâbleur, et je l'ai remercié de sa bonne volonté, en lui disant qu'un sculpteur célèbre de ce pays-ci venait de faire mon buste, et qu'il pouvait le copier, s'il le voulait (25 avril 1-76). m Hâbleur ou non, Poncet n'est pas un être de raison, et c'est lui, « le meilleur sculpteur de Rome », qui donnait la décision que Voltaire envoyait à Denon.

Dans sa lettre à son jeune confrère. Voltaire fait allusion à une autre estampe « qu'on appelle mon Déjeuner 0 et qu'il suppose d'Huber. 11 est clair qu'alors il ne l'avait pas encore vue : à en juger par l'humeur que lui avait causée ce portrait de Denon, qui, sans être flatté, n'était point une charge, il eût, à n'en pas douter, jeté de bien autres cris, si l'estampe lui fût déjà parvenue. Qui ne connaît cette plaisante et grotesque scène? F.e patriarche couché, en bonnet de nuit; l'opulente Denis, avec ses gros appas, près de la table, où le café est servi ; en face d'elle, un gros homme réjoui, que s'était, à la réflexion, substitué l'auteur de l'estampe. Une chambrière, à l'oeil éveillé, les deux bras appuyés au bois de lit, d'un côté ; le père Adam, de l'autre, dans la pose de l'admiration : les uns et les autres à faire poutfer de rire. Poncet. dans son appréciation du portrait, estime que a la bouche n'est pas bien, parce qu'elle cercle trop u; dans cette dernière composition, elle bride d'une oreille à l'autre et donne une vraie mine de singe au patriarche. Quant à madame Denis, comme l'éléphant de la fable, c'est une masse informe et sans beauté, et elle n'aura pas plus que son oncle à se confondre en actions de grâces, quand cette étrange composition arrivera jusqu'à Ferney. Elle ne s'y glissa que plus tard, comme cela résulte

8a ESSAI D'ICONOGRAPHIE VOI fAIRIENNE.

d'une lettre non datée, de Villette au marquis de \ illevieille : « On nous a apporté une estampe intitulée le Déjeuner Je Fcrney. La Horde, auteur de cette gravure, y est représenté à table, dans toute sa plénitude, et beau comme un ange : M. de \ oltaire y est dans un coin, maigre comme la mort et laid comme le péché. En jetant les yeux sur cette caricature, il s'est écrié : C'est le l.a-are au dîner du mauvais riche, a Villette semble croire La Borde le vrai coupable. Ils ne s'aimaient guère, et le marquis n'était pas taché sans doute d'une circonstance qui ne devait pas contribuer à mettre celui-ci bien en cour. Ce qui pouvait à la rigueur confirmer un soupçon qu'on eut soin de faire partager à l'oncle et à la nièce, c'est que Denon avait, à l'égard du malencontreux portrait, avoué de lui-même la collaboration de Saint-Aubin et « d'un ami aussi aimable par les grâces de l'esprit que par les qualités du cœur » et qui n'était autre que La Borde. Quoi qu'il en soit, Denon, que l'on traitait en écolier, n'était pas d'humeur à convenir de ses torts et à en faire amende honorable, la corde au cou. Au surplus, il était plus coupable qu'on ne le croyait, car ce Déjeuner Je Fernej'1, qu'on suppose le fait du Genevois Huber, est son propre crime : il ne faut pas aller chercher le coupable ailleurs.

a Je viens de recevoir votre lettre du 24 janvier, écrivait-il au vieux malade du Mont-Jura, je vous réitère mes excuses au sujet de votre portrait et de l'estampe de votre Déjeuner1. Je me reproche bien sincèrement le chagrin que cela vous a causé, ainsi qu'à votre sensible famille. J'étais bien loin de penser, lorsque je ris ces dessins, qu'ils feraient autant de bruit. Je ne voulais que me retracer les moments que j'avais passés à Ferney, et rendre pour moi seul la scène au naturel, et telle que j'en avais joui : j'occupais même une

1. Comme on le voit, cette lettre, où Denon revendique la paternité de l'œuvre, est du 34 janvier 1776. Si la lettre de Villette que nous venons de citer n'est pas datée, elle est classée, ainsi que la suivante a l'Anglais d'Hell, à l'année 17 — . Ce!a n'est pas admissible; et, alors, le marquis aussi bien que le philosophe devait savoir de qui était cette burlesque composition. Villette. (Xuvrtt t Edimbourg1, p. 118, 12a.

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place dans le groupe qui compose le tableau du DJjeuner, mais, des qu'il fut question de graver ce morceau, je me hâtai bien vite d en exclure mon personnage. Soit par m >destie, soit par amour-propre, je me trouvai ridicule en figurant auprès de vous, et je ne voulus point jouer le nain là où l'on montrait le géant. Je ne réfléchis pas dans le moment que tout ce qui tient à vous doit avoir de la célébrité, et je laissai graver sans ri-flexion ce qae j'avais dessiné sans conséquence1. Au reste, la plus grande partie de ceux qui se sont procuré cette estampe n'y ont vu que la représentation d'une scène de votre intérieur qui leur a paru intéressante. Je ne connais point les ouvrages de M. Huber : je n'ai donc voulu imiter personne. Je ne sais quel acharnement on meta vous etirayer sur cette production : si vous la connaissiez, vous verriez que votre figure n'a que l'expression simple que donne une discussion vive et familière. C'est m'aifliger réellement que de vous faire croire que j'ai pu penser à vous ridiculiser; c'est dénaturer dans votre esprit tous les sentiments que je vous ai voués, et dégrader mon caractère. Eh! monsieur, pourquoi voir toujours des ennemis? Les triomphes ne servent-ils qu'à multiplier les craintes? Qu'est-ce que la gloire si la terreur habite avec elle? « Quant aux complaisantes observations de votre habile artiste romain, quoiqu'elles ne m'aient ni édifié ni convaincu, je veux lui montrer que je ne suis pas moins complaisant que lui; car je tiens si peu à ce que vous appelez mes talents, que je conviendrai de tout ce que vous voudrez qu'il contredise, et serai même plus que lui de l'avis qu'il faut que je retourne dessiner votre tète d'après nature; c'est un conseil que je me laisserai toujours donner bien volontiers, par le plaisir qu'il en résulterait pour moi de vous revoir et de travailler plus efficacement à vous convaincre de l'attachement et de la vénération avec lesquels je serai toute ma vie, mon respectable camarade, votre tres-humble et très-obéissant serviteur.

(I Dbno.v. »

i. C'est cette première iJée qu'on voudrait retrouver, nuis qui sûrement a été anéantie par Dcnoii lui-même.

84 ESSAI D'ICONOGR A P ! F. VOLT A I R I F.N N E.

Au fond, Denon n'avait point la moindre envie de retourner à Ferney, où il aurait été sans nul doute médiocrement fêté par la sensible famille. Quant à cet engagement d'en passer par les exigences de son juge, c'était une promesse qu'il comptait bien ne pas tenir; et l'estampe ne subit, comme on se l'imagine, aucune amélioration ni aucun changement1. Bien plus, loin de ressentir quelque regret (nous ne dirons pas quelque remords'; du petit trouble causé à Ferney par ces exhibitions trop réalistes, il aggravait ses torts, comme à plaisir, par un troisième et dernier méfait : un véritable bouquet d'artifice. Il est vrai qu'alors l'outragé depuis deux années n'était plus de ce monde : cinquante têtes voltairiennes, de tout âge, de toute coiffure et de toute posture, les unes dénudées, les autres couronnées des bonnets les plus grotesques et qui font ressembler l'illustre auteur de la Henriade à sa vieille bonne Barbara. Ici, le peu de cheveux qui lui restent tombent piteusement le long de ses joues creuses, comme s'il fût sorti du bain ; là, la maigrette figure disparait sous l'immense perruque d'apparat; tantôt il est mourant, tantùt il va sauter sur vous. Enfin c'est un pèle-méle des plus bizarres et des plus comiques, une burlesque évocation de toutes les têtes disséminées dans les tableaux, les dessins, les croquis, les pochades d'Huber; car, en cette atîaire, Denon ne sera que le vulgarisateur du caricaturiste genevois, et c'est à l'œuvre de ce dernier qu'il aura emprunté cette page ébouriffante qui commence à devenir rare. Resterait à savoir comment s'est fait l'emprunt, à Genève où il ne fit que passer, mais plutôt à Saint-Pétersbourg, où Denon avait pu être à même de faire son butin dans cette galerie humoristique qui s'augmentait incessamment. Nous connaissons jusqu'à six édicioni de cttte curieuse cueillette, avec des différences plus ou moins notables :

Sans nulle indication (trente têtes), in-folio.

I. Nous h rep'oduisois. Il existe au cabinet des Estampes une épreuve mutilée, avec le profil Je Voltaire, dans un médaillon, au bas de l'encadrement. Le dessin original appartient à M le duc de Rivoli.

roièairc — oa/^zco J/uùcz

Marie -François Arouet de Voltaire. Grave à l'eau-forte en 1780. (trente-six têtes), in-folio.

Différents air.-; en trente têtes de M. de l'oit aire, calques sur les tableaux de M. Huber avec des légendes pour toutes les tètes}, in-folio '.

Tut capita, tut sensus. D'après une étude de M. Huber (cinquante et une tètes), in-folio.

Voltaire d'après Huber, xx. P. 85 (trente-trois tètes), que nous reproduisons.

Airs de tête de M. de Voltaire, calques sur les tableaux d' Huber (neuf tètes). H. om,2}. L. om, 15.

Joignez à cela : Voltaire par Huber. Cinquante portraits qui ne sont autres que ces diverses tètes tirées à part chacune. Bibliothèque nationale. Estampes. X. A. 57*.

I. Voici quelques-unes de ces légendes : Charge qui ressemble. Très-peu chargé. Un peu mâle. Patte de velours. En oiseau. En madjne. Au vrai. Sublime, i— 6. Germon (de Xiaine). Trissotin (des h'tmmtt sjvjnles). Alvarès [d'.4lfire). Narbas ide Mimpe.)

». Cet ensemble, dont Renouard a possède les croquis originaux, n'a été tiré qu'à quarante exemplaires 111-4°, et seulement sept sur chine : pour être complète, la collection devrait se composer, nous assure-t-on, de cinquante-cinq portraits.

ROSSET-DUPONT. — DUPUIS- MOREAU. — GABRIEL DE SAINT-AUBIN. — VERNET. MONNET. — GREUZE.

Pour rectifier les idées de son portraitiste et l'amener au sentiment d'une nature plus aimable, nous avons vu Voltaire envoyer une petite boite « de bonis » où sa sèche personne se trouvait fidèlement reproduite, «et dans une posture honnête». Le moyen que Denon fût flatté du cadeau, qui était une amère critique de son œuvre , et qu'il rendit justice à ce modeste spécimen de l'art en plein pays de Gex; au sein de cette population de mainmortables, que le poète se fera fort d'affranchir d'une servitude qui n'eût pas dû survivre au Moyen Age! L'n homme s'était rencontré, véritable artiste de génie, qui, sans sortir de ses montagnes, avait deviné ce qu'il n'avait pu apprendre, et était parvenu à composer de merveilleux petits ouvrages en bois, en ivoire, d'une naïveté, d'une élégance, d'un modelé achevé, dont s'étonneront les maîtres que le hasard attirera dans ce coin perdu du monde. Rosset-Dupont (c'est son nom), durant une carrière de près de quatre-vingts ans, entassera chefsd'œuvre sur chefs-d'œuvre, obéissant d'abord à son seul instinct, puis peu à peu cédant au succès qui l'était venu chercher, se modifiant, se

ESSAI D'ICONOGR.APIHF. VOLT AI R 1 F NN F. n-

perfecrionnant insensiblement par l'observation et la comparaison.

» L'ivoire si cassant et si dur, nous dit le marquis de Yillette, devenait en ses mains une pâte amollie à sa volonté. J'ai entendu dire à Pigalle qu'il n'avait rien vu des anciens qui eût plus de perfection'. > balconnet, lui aussi, ne s'exprimera qu'avec enthousiasme sur le compte du sculpteur de Saint-Claude, dont il admirera le Saint Jérôme. Rosser, par la conception et l'exécution, était un créateur, et c'est toujours beaucoup, quelque modeste et restreint que soit le cadre. Voltaire se prêta avec une candeur d'enfant aux projets de Rosset. Un jour, il ùtait sa perruque et lui livrait bénignement sa tète durant tout une partie d'échecs, sans trop savoir si le ciseau du statuaire de Saint-Claude le traiterait mieux que les ciseaux du découpeur genevois. 11 nous donne la description d'un buste en ivoire qui, fort probablement, fut avec lui le coup d'essai de Rosset- Dupont. « Le buste est long-, et les bras sont coupes. 11 y a une draperie à l'antique sur un juste-au-corps : on a coiffé le visage d'une perruque à trois marteaux, et par-dessus la perruque d'un bonnet qui a l'air d'un casque de dragon. Cela est tout à fait dans le grand goût et dans le costume. J'espère que ces pauvres sauvages étant conduits feront quelque chose de plus honnête (A Damilavillc, janvier 1 766). » .Mais l'on ne tardait pas à savoir, à Paris, l'existence de ces petits bustes qui reproduisaient si fidèlement et si finement les traits du patriarche de Kerney, et ses amis le persécutèrent pour leur en envoyer des copies. Il en dépêcha à Damilavillc, à d'Alembert et à d'Argental. Iiientôt Rosset ne suffira p ~ à toutes les commandes, et Voltaire de se dépiter et de s'indigner des retardements du Phidias jurassien. Quoi qu'il en soit, ces mignonnes créations font leur chemin, elles sont courues, cotées; c'est à qui en voudra, c'est à qui en aura. Le roi de Pologne, Stanislas- Auguste, qui a pourtant plus d'une affaire et plus d'un souci, charge sa vieille amie, M"* Geoffrin, de lui faire parvenir un de ces petits Voltaire, dont la

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