DUVIVIER
Paris, te 2-» prairial, l'ai IV (m:rcredi ij juin 1796).
1. Cette spoliation 'et c'en était une, et des p!us iniques, puisque les pan si mis n'étaient
que le résultat J'abanJous annuels sur les honoraires de cha' m) avait été l'objet de revendications inutiles, de la parc des c nnédicns, qui avaient présente à la Convc itia 1 une pétition retournée au comité d 1 istruction publique, pir lui approuvée e* apostillée pojr être renvoyée au liquidateur de la dette publique. Mais le li juidatcur s'était vu tout aussitôt arrêté « pa.'^e que les loix générales sur les pansions de l'Etat ne s'acco.'da.'ent pas avec les titres particuliers des re ites duos aux anciens artistes, sur le t.\np; du service », une pure question de forme : BriJ'oisan s'étiit tait républicain et san?-culotte. A.chives de la Comédie. Remis par les artistes du Théâtre-François au ministre de l'intérieur. Le 25 messidor, an IV (lundi 1 1 juillet 1790).
M4 ESSAI D'ICONOGR APH.F. VOLT AIRIENNE.
Avec moins de générosité, Duvivier eût pu embarrasser les requérants qui, tout en protestant contre l'intention qu'on leur prêtait de vendre la statue de Houdon pour acquitter les dettes de la société, négociaient bien, il en faut convenir, quelque chose de pareil. Sans doute ils n'étaient pas gens à mettre à l'encan a ce prix de leurs travaux » ; et, s'ils n'en étaient pas mo:ns résolus à s'en séparer, c'était avec l'arrière-pensée d'attendrir et de gagner ceux dont dépendait le sort de ces derniers débris de l'ancienne comédie dépouillés, persécutés à une époque de la vie où l'on ne refait point son existence. Cette offre de la statue de Voltaire à la Nation n'était pas un don gratuit, et son abandon, ainsi considéré, accusait plus la dureté des temps que le coeur de cette association elle-même si éprouvée.
Munis de la lettre de Duvivier, les artistes du Théâtre-Français adressaient au ministre de l'intérieur un mémoire de sept grandes pages in-folio, signé par les citoyens Da/incourt, Fleury, Saint-Prix, Saint-Fal et Naudet ' . La réponse ne se faisait pas attendre. Quoique favorable par le tond, elle est pointue, quant aux termes, et affecte un scepticisme blessant à l'égard des assertions de ces artistes dont le grand crime était d'être de médiocres républicains.
« D'après le mémoire que vous venez de m 'adresser, citoyens, leur disait-il, et qui est arrivé après la décision que j'avois prise, je crois devoir vous laisser la disposition de la statue de Voltaire, qui étoit réclamée comme propriété nationale et que je m'étois proposé de placer de la manière la plus convenable. La question de l'inventaire n'est pas résolue par vos réponses, et la lettre du citoyen Duvivier est en contradiction avec une déclaration faite par lui aux citoyens Houdon, sculpteur, et de Wailly, architecte, laquelle portoit que la statue en question n'étoit point votre propriété '• . Je m'en tiens à la lettre
I. Ce mémoire ne s'est point retrouvé dans le dossier de la Comédie; il rut acquis en mai 184J, dans une vente d'autographes, par le baron Taylor. L'Ilfatzr^ûon, du 31 oct. 1846,
3. Cette allusion du ministre à une ancienne querelle dont les comédiens semblaie.it avoir perdu jusqu'au souvenir, est un témoignage de plus de la générosité du mari de M-* Denis.
ESS.A1 D'ICONOGRAPHIE VOLTAIR1 ENNE. n;
qu'il vous a écrite; m;iis je vous avoue que je la fortifie de la confiance que vous inspire/ et de la persuasion que vous donnerez à ce monument une destination digne de lui '. •>
Cette décision ne tranchait pas la question des pensions de retraite, une question de vie ou de mort pour les illustres vétérans de l'ancien théâtre. L'offre de céder à la Nation la statue de l'auteur de Drntiis et de Rome sauvée, les comédiens, en dépit de leur rhétorique, ne l'entendaient qu'à la condition que la Nation se chargerait, en revanche, de réparer leurs ruines et de les aider à combler un arriéré dont ils étaient les victimes sans en avoir été les auteurs. Le cadeau parut sans doute trop cher à ce prix au ministre, qui préféra ne pas troubler les pauvres gens dans une propriété d'ailleurs indiscutable. La Comédie garda donc sa statue et la transporta, lorsqu'il lui fallut encore une fois chercher un autre abri, de la salle Germain au théâtre de la République. .Mais ce qui ressort de tout cela, c'est cette fatalité qui ne cesse de s'attacher a cette ombre inquiète, à laquelle la tombe et le temps n'auront apporte ni l'apaisement ni l'oubli. La Harpe remarque, à ce propos, que les monuments érigés à la gloire de Voltaire n'auront été que des pierres de scandale. ■ La statue exécutée par Pigalle, aux frais des gens de lettres, dit-il, n'a jamais pu être placée ailleurs que chez M. d'Hornov, son neveu. C'était bien la peine que tout ce qu'il y a de plus illustre en France fit une souscription pour accorder un honneur sans exemple au plus grand poète du siècle, et élever un monument qui devait être enseveli dans la bibliothèque d'un président aux enquêtes5. » Mais elle ne devait pas y rester; le neveu de Voltaire en faisait présent, en r8o6, à l'Institut, qui la plaça dans sa bibliothèque3, en face de la porte d'entrée, dans un jour douteux, maussade, en accord avec la mauvaise fortune et
i. .Archives de la Corne Jie. Le ministre de l'intérieur ux arrist^i du Théâtre- Fran, in Paris, le ij messidor, an IV de la République une et indivisible (dimanche j juillet 17^6). £• division. Bureau des Musées et Bibliothèques.
a. La Harpe, Correspondance U:terj;re Paris, Migneret), t. IV, p. 150.
}. L'abbé Morellet, Mémoires (LaJvcxit, i8a 1 >, t. I, p. 19}.
l'espèce de réprobation dont l'opinion avait frappé, dès l'origine, cette statue trop peu vêtue de Pigalle.
Revenons à l'œuvre de Houdon1. Nous possédons un dessin, au crayon rouge (la tète et buste), par Vincent, premier peintre du roi, date de 1781, fait très-probablement dans l'atelier même du sculpteur. C'est une esquisse des plus remarquables, digne à tous égards de l'auteur de tant de croquis et d'études d'après les maîtres italiens, particulièrement Raphaël, dont on admira dans leur temps l'exactitude et la beauté. (H. o'%5o. L. o",}8.) Ce crayon a. du reste, été gravé par Miger (H. om,l8. L. o'",i6) et Jault (12 centimètres). Nous nous sommes abstenu de parler, plus haut, d'un buste autre que celui qui figurait au livret de 1779, la tète ceinte d'une bandelette, les épaules recouvertes d'une draperie ; parce que cette tète et ce buste ne sont, en réalité, qu'un emprunt l'ait à la partie supérieure de la statue assise. L'original, transporté au musée de Versailles, par ordre du roi Louis-Philippe, en 1834, se trouve au rez-dechaussée, n° 852. Il a été dessiné par Moreau et gravé par Alexandre de Saint-Aubin (178-f, Alexandre Tardieu (17O4-1817) et par Biesson (1786).
Nous n'en avons pas fini avec Houdon, qui recouvrera son ardeur et sa verve, lors de la translation des cendres de Voltaire au Pantluon, en 1791. Dans le déploiement de cette pompe lunèbre, où tout rappelait cette grande ombre, l'effigie du poète était encore ce qui devait le plus impressionner les masses. Les inscriptions commémorâmes, les strophes de Samson, chantées par les chœurs de l'Opéra, ne pouvaient avoir l'effet magique d'une belle statue. Lue copie de la statue assise exécutée en cartonnage doré, portée en triomphe à travers les boulevards et les quais, était saluée par les applaudissements frénétiques de la foule ; et les jeunes filles qui suivaient
I. Nous avoni vu cher M. Walferdin un; stirj; assise, enveloppée dans u:ie sorte de voile sous lequel les termes sont demeurées saisissables. Cette pièce, que idus signalons pour son ctrangeté et qui tut ac-juise * la vc.ite du statuaire, a trente-huit centimètres de hauteur.
le cortège s'étaient parées tic rubans sur lesquels elle était brodée '. Mais Houdon ne se bornait pas à cette reproduction du Vohaire de la Comédie-Française2. 11 composait pour cette solennité nationale un Voltaire en pied, de 2 mètres de hauteur, qui mériterait mieux que d'être relégué dans les caveaux; de Sainte-Geneviève, auprès du tombeau vide du patriarche de Ferney. La tête est belle, sans perruque, et ressemble à celle du buste de 1779, si ce n'est pas absolument la même. Le philosophe est enveloppé dans un vêtement large et flottant. 11 tient des tablettes de la main gauche et une plume de l'autre main. L'attitude est noble, et peut-être ceux qui avaient reproché à la statue assise sa posture abandonnée, trouvèrent-ils celle-ci quelque peu raide et guindée. Telle qu'elle est, et si défavorablement piacée qu'elle soit, elle arrête le regard, et l'on regrette qu'elle soit ainsi soustraite à l'observation attentive du public qui, ne pouvant pénétrer dans le caveau fermé, l'entrevoit trop insuffisamment pour la juger en connaissance de cause.
Ne quittons point ce chapitre de la sculpture avant d'avoir mentionné sommairement les quelques oeuvres inspirées par un enthousiasme qui avait gagné tous les rangs de cette société, déjà si impressionnable et qu'allaient bientôt surexciter et passionner des préoccupations d'un autre ordre. A la date du 15 février 1 786, on lisait dans les Nouvelles à h main : « On parle beaucoup d'une statue de Voltaire qu'on voit au Louvre, où ce grand homme est représenté dans le costume antique ; elle est groupée avec une autre de grandeur naturelle, d'une nymphe qui le couronne [sic). Ces deux morceaux, destinés au marquis de \ illette, sont l'ouvrage d'un artiste sourd et muet de naissance : ce qui en rend le mérite plus recommandable