‹ Iconographie voltarienne: histoire et description de ce qui a e?te? publie? sur Voltaire par lChapitre 12 sur 35 · I. V Année littéraire^ i773) t* VI, p · texte numérisé non relu

I. V Année littéraire^ i773) t* VI, p

a. Ce fîic un vieux soldat qui lui servit de modèle.

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SOUS silence un dessin satirique que possède Son Excellence; il représente Voltaire sous les traits d^un pécheur repentant, pieds nus, dans Tattitude la plus humble. Derrière lui, Pégase avec ses ailes et des oreilles d^âne. Tout ce que Pégase laisse aller, Timprimeur Cramer, qui le suit, a grand soin de le ramasser, pour s'enrichir avec cette grosse fiente {grosso sterco). Sous le dessin on lit ce fragment d'Horace :

Pukhra Laverua Da mihi fallerc, da juscum sanccumque videri ^

Bjœrnstaehl, après avoir signalé Texistence de cette pièce grotesque, croit en avoir dit assez et passe à des faits plus dignes de son attention. Nous ne lui en ferons pas un crime, bien que cette insuffiT santé analyse ne nous contente qu'à moitié. Il est rare que les fouilles opiniâtres demeurent sans résultats, petits ou grands, et nous avons plus d'une fpis eu occasion de nous féliciter de n'avoir pas désespéré. Ainsi, nous découvrions, il y a peu de jours, chez un curieux % un dessin à la plume et à la sépia oi&ant avec celui du voyageur danois de tels rapports qu'il ne saurait être autre que celui qui vient de nous être décrit avec des lacunes que nous allons combler. H a pour titre : les Pasques de Fernex^ 1768. Nous n'avons pas à nous arrêter sur cet épisode très-peu édifiant de la vie du poëte, qu'on a voulu rappeler ici. L'auteur de la Henriade se dirige avec son cortège vers l'église qu'il a fait bâtir; il va s'acquitter de ses devoirs de chrétien et de seigneur de paroisse. Cette page mesure xo centimètres de hauteur sur 51 de largeur; c'est une sorte de bas-relief macaronique dont l'analyse complexe n'est pas sans difficultés. L'Hypocrisie^ avec une tête de chat, embéguinée, un chapelet à sa ceinture^ ouVr*e la marche, tenant une bannière sur laquelle sont inscrits avec des

1. Bjœrnstaehl, Letterene' suoi viaggi stranieri (Peschiavo, 178 j), t. IV, p. 230, lettre XII. Berne, 20 d'ottobre 1773. La citation d'Horace est empnintée à Tépltre XVI du livre I*J, Tcrs 60 et 61.

a. M^ E. Minoret.

abréviatifs les vers d^Horace que cite Bjœrnstaehl : Pulcr. Laverna da mi ht... elle est escortée d'un enfant de chœur, une espèce de singe^ agitant de la main droite une clochette et se troussant malhonnêtement de la main gauche ; suit, un crucifix entre les doigts, le père « à très-tous ». Est-ce père Adam? est-ce plutôt le capucin D***,d6nt parle Wagnière, et qui avait confessé Voltaire *? Derrière lui, le « converti » en perruque, avec un bonnet à mèche d'un pied de haut ; égrenant un énorme chapelet avec componction, l'échiné basse, soutenu par ses deux jambes en fuseaux, nues peut-être, mais qui se terminent par d'amples et épaisses chaussures. Dans les relations diverses de cette indécente mascarade, il est question de gardeschasse, Fornement et la protection du cortège, et auxquels fait également allusion Tévêque d'Annecy, dans une lettre peu tendre à ^adresse de ce converti plus que suspect (Lettre de l'évêque, du 15 avril 1768) : ils sont armés ici non de hallebardes, mais de carabines; La Berlue, qui emboîte le pas avec son maître, est presque aussi sec que lui; il a le nez chargé de besicles. La Ganache a plus d'embonpoint et sans doute de meilleurs yeux; au moins montre-t-il dans tout son développement une affreuse trogne qui lui prend une partie du visage. Viennent après, deux femmes, également munies de chapelets, car ici le chapelet est employé à tout usage, et c'est un chapelet qui sert de bride à Pégase. La première de ces deux femmes est vieille et laide, c*est « madame Quelque chose, mère de la belle Madelon » (suivent des désignations empruntées aux formes physiques de cette dernière, sur lesquelles nous ne nous étendrons pas et pour cause ^; puis la cuisinière du converti, qu'on ne nomme pas, cette demoiselle Barbara qui aura sa mention dans le testament de son maître. M"''' Denis

1. Voltaire et la Société au xvill* siècle (Paris, Didier), t. VU. Voltaire et Genève, p. aoj.

2. Voici, du reste, la légende qui se trouve ea bas de l'étrange pièce, chaque lettre correspondant à une lettre pareille placée sous chaque figure :

M. Le Père à très-tous, précédé par THypocrisie A. et son enfant de chœur B. C. le converti accompagné de ses gardes-chasse D. la Berliie et E. la Ganache. G. M"*' Quéqu'

brille par son absence; elle a dû quitter Ferney^ et passe, en attendant mieux, le plus joyeusement qu'elle peut, le temps de l'exil à Paris. Le cocher, qu'on nomme ici le Corbeau, un fouet à la main, tire Pégase, un Pégase aux oreilles d'âne, par les étranges brides que nous avons décrites : l'animal se cabre et il lui échappe « de grosses fientes » qu'en effet un brave homme s'empresse de ramasser et d'entasser dans un tombereau. Ce brave homme a nom Brimer, Usez : Cramer. Quant aux impuretés, aux immondices qu'il ne fait pas difficulté de recueillir, ce sont Candide, l'Ingénu, la Pucelle, le Diction^ naire philosophique, VHomme aux quarante écus. Tout cela n'est ni très-spirituel ni très-attique comme donnée, et c'est assurément mieux composé et dessiné que ce n'est conçu. C'est, après tout, le rappel aristophanesque d'une comédie, elle-même d'un goût équivoque, mais qu'il fallait que Voltaire jugeât bien différemment, puisqu'il la répétait Tannée suivante.

' Vers ce temps (car l'on ne s'est pas préoccupé de préciser l'époque)*, Voltaire, dans une petite excursion, s'était arrêté à Colonges, un village à cinq lieues de Genève. Le hasard voulut que, le même jour, un peintre fît halte dans la même auberge : il n'avait ni pinceaux ni crayons, mais un charbon devait suffire ; et il se mettait à reproduire de verve, sur le manteau de la cheminée, l'étrange et caractéristique figure. A peu de temps de là, de jeunes étourdis apercevant cette tête afhiblée d'une énorme perruque (afïublée ellemême d'un ample bonnet fourré), allaientla barbouiller sans scrupule, lorsque l'hôtesse courant à eux s'écria : Cest Voltaire! Ceux-ci demeurent comme frappés, à ces mots, d'un respect religieux. L'un d'eux prend la poste, iKamène de Genève un vitrier qui met le portrait

chose, mère de la belle Madelon... (ici quatre mcyts efiacés et qui devaient être salés]. F. cuisinière du converti. H. le G)rbeau, cocher du converti, menant Pégase : en langage moderne, râne de Saint-Denis par le chapelet, lequel fait sortir de dessous sa queue différentes productions littérairts, ramassées par Brimer K,qui les met dans sa charrette L. Le chien des VII doroeors, qui die cet vers de Virgile... (Citation illisible commençant par : Genut unii..,) Les Pjcuqtut de Ferntx^ 1768. a I. Vers 1770.

à l'abri de toute atteinte. Le buste était de grandeur naturelle et peutêtre (dit Tauteur de la lettre qui consigne cette petite aventure) le plus ressemblant qu'on ait fait. On inscrivait au bas les quatre vers suivants, qui n'ont de bon que l'intention :

Mon œil le reconnaît, c'est lui-même, c'est lui

Qui de la vérité fut le plus ferme appui !

O toi, qui dans ces lieux viens mettre pied à terre.

Trop heureux, ne pars pas sans contempler Voltaire*.

Autre indemnité aux noirceurs des envieux et des zoïles. Le roi

de Prusse, qui s'était repris d'une belle tendresse pour Voltaire, avait

fait exécuter, dans sa manufacture de porcelaine, une statue « de son ancien serviteur » et la lui envoyait vers la fin de 1774, avec cette

inscription : Viro immortali. Preste à la riposte, en madrigaux aussi

bien qu'en épigrammes, le poëte répondait à la galanterie royale par

ce quatrain :

Vous êtes généreux : vos bontés souveraines Me font de trop riches présens ; Vous me donnez dans mes vieux ans Une terre dans vos domaines.

Ce buste, comme beaucoup d'autres reliques voltairiennes, avait passé dans les mains de M"' de Villette, chez laquelle Beuchot prétend l'avoir vu, en 1822.

Cette même année 1774, le salon de Voltaire s'enrichissait (mais est-ce bien le mot?) d'un étrange tableau, qu'on peut voir, du reste, encore à Ferney, le Triomphe de Voltaire. C'est Voltaire offrant sa Henriade à Apollon, en présence de ses ennemis fouettés par les Furies. M"* de Genlis, qui alla relancer le patriarche dans son castel.

I, Mémoires secrets pour servir |i T histoire de la République des lettres (Londres, John Adamson), tome XVII, page 290; du 20 juillet 178 1. — Les annotateurs des Mémoires de Longchamp et de Jf^agmère (tome II, page 42) affirment avoir vu ce portrait, tel qu'il est décrit ici, en 1777.

deux ans plus tard, nous a laissé une description fort peu enthousiaste de cette composition bizarre , qui n'édifia pas davantage son compagnon de voyage, le peintre Ott.

« M. Ott, dit-elle, vit, à l'autre extrémité du salon, un grand tableau à Thuile, dont les figures sont en demi- nature. Un cadre superbe et l'honneur d'être placé dans un salon annonçaient quelque chose de beau. Nous y accourons, et, à notre grande surprise, nous découvrons une véritable enseigne à bière, une peinture ridicule représentant M. de Voltaire dans une gloire, tout entouré de rayons comme un saint, ayant à ses genoux les Calas, et foulant aux pieds ses ennemis : Fréron, Pompignan, etc., qui expriment leur humiliation en ouvrant des bouches énormes et en faisant des grimaces effroyables. M. Ott fut indigné du dessin, du coloris, et moi de la composition... Ce tableau est entièrement de l'invention d'un mauvais peintre genevois, qui en avait fait présent à M. de Voltaire; mais il me paraît inconcevable que ce dernier ait eu le mauvais goût d'exposer pompeusement à tous les yeux une telle platitude. »

Le tableau est encore à Ferney; il a été gravé. L'exemplaire que je possède, porte à gauche, dans un coin de l'estampe, et presque illisible, le nom de Duplessis. Celui de la Bibliothèque nationale est moins succinct à cet égard et nous renseigne amplement \ M. Clogenson affirme que le mérite de l'idée revient de droit à M""* Denis. Rien de moins exact, comme nous l'apprendra l'artiste lui-même : « Le Triomphe de Voltaire, inventé, dessiné et gravé par Duplessis, peintre et graveur d'histoire, d'après le tableau original, peint par lui-même, qui est au cabinet de M. de Voltaire*. » Et il faut l'en croire. Quel autre que Tauteur pouvait être tenté d'endosser un tel chef-d'œuvre?

Voici un impromptu du poëte écrit à Genève, à l'adresse de

X. Bibliothèque nationale. Estampes. G>llection Hennin, t. CXI, p. 33.

a. L'estampe, qui mesure 50 centimètres de hauteur sur 58 de largeur, est accompagnée d'une légende que son étendue nous empêche de reproduire et qui décrit tout ce péle-méle d'allégories et de portraits en trop de paroles pour trouver sa place ici. VArt l'a publiée (année 1877), t. VIII, p. 17J.

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