‹ Iconographie voltarienne: histoire et description de ce qui a e?te? publie? sur Voltaire par lChapitre 14 sur 35 · U1XC · texte numérisé non relu

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quiétistes adorent Dieu. Vos sujets sont plus heureux que moi; ils adorent et vous voient. »

Le tableau de Barrât a été reproduit en 1777 par B. L. Henriquez, gpraveur de rimpératrice de toutes lesRussies. 11 est indiqué comme tiré du cabinet du comte d'Argental. Un ciu-ieux assure Tavoir trouvé à Paris^ en 1841^ chez un marchand qui en demandait quatre cents francs*. A en juger par Testampe*, Voltaire exagère sensiblement les mérites du peintre, dont la toile est fort médiocre. L'auteur de la Henriade tient l'Année littéraire, ce qui est d'autant plus étrange qu'il prétendait qu'elle n'était jamais entrée à Femeyé II est peu ressemblant^ quoi qu'il en dise ; et, pour ceux qui ont connu Odry^ il y a quelque quarante ans, Voltaire a les traits viilgaires et sournois de l'ancien comique des Variétés : il aura beaucoup pardonné au peintre en faveiu* de sa célérité, oubliant que c'est en pareil cas surtout que le temps ne fait rien à l'affaire. Mais on se demande, et on se le demande en vain, comment le portrait était allé s'abattre dans le cabinet de d'Argental. Voltaire parle du tableau, il le dit cheminant vers Saint- Pétersbourg, où il fut reçu sans nul doute comme l'on recevait tout ce qui venait de Ferney. Admettons que Henriquez ait supplié la Czarine, dont il était le graveur, de le lui laisser copier et qu'il l'ait emporté à Paris, la toile eût dû faire retour en 1777 à Catherine, au lieu de s'échouer chez l'ange gardien. C'est là encore un petit problème que nous nous déclarons dans l'impossibilité de résoudre.

Cinq jours après l'envoi de son épitre amoureuse à Catherine II, Toltaire recevait, de Genève, le billet qui suit (3 juillet 1775) :

« Monsieur, j'ai un désir infini de vous rendre mon hommage. Vous pouvez être malade, et c'est ce que je crains. Je sais aussi qu'il faut soirvent que v6us vouliez l'être, et c'est ce que je ne veux pas

I. ULiurmédiaU-e des cur'uux (lo juillet 1866), 3* année, page 413.

a. La lettre de remerciement du poëte au graveur est des plus gracieuses : c Vous avez^ monsieur, parmi vos cliefv-d'œuvre de gravure, envoyé à un vieillard de quatre-vingt-trois ans, trèft-malade, son portrait, qui n'était pas digne de vos grands talents... L'état de ma santé m'approche du terme où il ne reatera plus que votre estampe. » A Henriquez; Ferney, 7 février 1777.

dans ce moment-ci. Je suis gentilhomme ordinaire du roi^ et vous savez mieux que personne qu'on ne nous refuse jamais la porte. Je réclame donc tout privilège pour faire ouvrir les battants.

« J'étais^ Tannée dernière, à Pétersbourg ; j'habite ordinairement Paris, et je viens de parcourir les treize cantons dont vous voyez que j'ai pris la franche liberté. Si avec cela vous pouvez trouver en moi quelque chose qui vous dédommage des instants que je vous demande^ alors mon plaisir sera sans reproches et deviendra parfait... »

Voltaire répondait'^aussitôt :

« Monsieur, mon respectable camarade, non-seulement je peux être malade, mais je le suis, et depuis environ quatre-vingt-un ans. Mais, mort ou vif, votre lettre me donne une extrême envie de profiter de vos bontés. Je ne dîne point, je soupe un peu. Je vous attends donc à souper dans ma caverne. Ma nièce, qui vous aurait fait les honneurs, se porte aussi mal que moi ; venez avec beaucoup d'indulgence pour nous deux; je vous attends avec tous les sentiments que vous m'inspirez. »

Ce confrère en chambellanie, de formes médiocrement diplomatiques, bien qu'il fiit également diplomate en activité d'emploi, était Vivant Denon, ce Denon qui jouera sous l'Empire un rôle brillant, tour à tour auteur dramatique, négociateur, courtisan, dessinateur même sous le feu de l'ennemi (car on le verra, son portefeuille en bandoulière, galoper en tête des escadrons de l'armée et relever le pays, sans s'apercevoir ou se soucier du danger) ; baron, membre de l'Institut, directeur général des Musées et de la Monnaie, faisant frapper toutes les médailles du règne, présidant à la construction de cette colonne Vendôme mise à bas par la Commune et que l'on vient de relever|; l'auteur enfin du Voj^age dans la Basse et la Haute-Egypte, deux grands volumes in-folio, avec cent quarante et une planches, son plus sérieux titre comme écrivain, comme antiquaire et comme artiste. Pour le moment, il était bien, en effet, gentilhonune ordinaire de la chambre du roi, dont il avait forcé la porte un peu comme il forçait présentement celle du solitaire du Mont-Jura.

Constamment sur le passage du prince, il avait fini (ce qui était inévitable) par attirer l'attention de Louis XV, qui lui demanda, un beau jour, ce qu'il lui voulait. « Vous voir. Sire ! » En même temps il faisait son chemin auprès dé la favorite, qui sut gré à ce jeune homme bien né de partager son amour pour l'art et cette forme de l'art où elle excellait moins, à coup sûr, qu'elle ne se l'imaginait. Un riche cabinet de médailles et de pierres dures avait été rassemblé par son royal amant pour l'agrément et l'usage de la marquise de Pompadour ; Denon en eut la direction. C'était le pied à l'étrier. Il ne tardait pas à être nommé gentilhomme ordinaire, et, peu après, attaché à la légation de Saint-Pétersbourg, d'où il revenait non sans avoir obtenu des succès d'homme du monde et d'homme d'esprit. Tout cela s'était fait vite, puisque, au moment où il franchit le seuil de Ferney, à l'heure où nous sommes, pour tout dire, il n'avait pas vingt-neuf ans.

Denon fiit accueilli à bras ouverts par les hôtes de Ferney, qui goûtèrent son esprit et se laissèrent prendre à cette vivacité, à cette imperturbable gaieté de la jeunesse. On l'a vu s'annoncer lui-même, à défaut des lettres d'introduction que lui dépéchait son ami La Borde, le valet de chambre de Louis XV ; ces lettres, il les retrouvait à son auberge, où elles l'attendaient, à son retour à Genève. Mais, bien qu'elles fussent dès lors d'une utilité médiocre, il les envoyait au patriarche avec une lettre qui n'était pas de pure politesse. Il disait que La Borde le suppliait de lui rapporter le portrait de l'auteur de ZàirCj et qu'il était au désespoir de n'avoir pas songé à solliciter la permission de donner cette satisfaction à un ami commun. Mais Voltaire fera la sourde oreille, il feindra de se méprendre sur la nature de la supplique. Je voudrais, répondait-il, pouvoir envoyer à M. de La Borde le portrait qu'il veut bien demander; mais je n'en ai pas un seul. Le meilleur buste qui ait été fait est celui de la manufacture de porcelaine de Sèvres*: j'en fais venir quelques-uns, et je vous en présenterais, si j'étais assez heureux poiu: vous voir (5 juillet). » Devant toute dé-

I. Il existe également un médaillon de lo centimètres de hauteur, en porcelaine: profil de Voltaire regardant à droite, perruque, habit de ville, très-ressemblant.

marche de ce genre, Voltaire ne varie point : Copiez mon buste de Sèvres ; et c'est ce qu'il faisait dire à Pigalle, quand il se sut menacé du voyage du célèbre statuaire. Denon, qui n'était pas homme à ne pas comprendre à demi-mot, n'insista pas, et on ne le revit plus.

Voltaire avait complètement oublié l'apparition fugitive de son jeune et pétulant camarade en gentilhommerie, lorsque, cinq mois plus tard, il recevait une estan^pe, avec le billet qu'on va lire :

(( Si je n'ai joui que quelques instants, monsieur, du bonheur d'être près de vous, et de vous entendre, un peu de facilité à saisir la ressemblance a prolongé ma jouissance; et, m'occupant à retracer vos traits, j'ai arrêté par le souvenir le plaisir qui fuyait avec le temps.

a Les secours d'un artiste habile, ceux d'un ami aussi aimable par les grâces de l'esprit que par les qualités du cœur*, tout a concouru à décorer et à éterniser l'hommage que je voulais vous faire d'un talent que vous venez de me rendre précieux : je désire qu'il soit auprès de vous l'interprète de la reconnaissance que je conserve des politesses vraiment amicales par lesquelles, pendant mon séjour à Ferney, vous avez voulu absolument me prouver votre confraternité, »

Le billet est charmant, et tout sera pour le mieux si le dessin qui raccompagne vaut le compliment. Denon semble ne pas douter que l'un et l'autre ne soient également bien accueillis, et il sera fort surpris de l'impression fâcheuse que produira sa galanterie dans ce coin du Mont-Jura. Voltaire et son monde poussèrent des cris d'indignation et d'horreur à la vue de cette ébauche informe, sur le compte de laquelle on se faisait d'étranges illusions. Mais l'auteur de ce charbon pouvait-il bonnement s'être abusé à ce point; et n'était-ce pas, bien plutôt, dans une machiavélique intention qu'avait été crayonnée cette figure grimaçante et grotesque dont les ennemis du poëce ne manqueraient pas de tirer bon parti? Voltaire était hors de lui. Il fit bien de se défier de son premier mouvement qui, quoi qu'en ait dit La Rochefoucauld, n'est pas toujours le meilleur, car il eût cassé les vitres et se

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