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io6 ESSAI D'ICONOGRAPHIE VOLTAIRIENNE.
avait-il puisé Tinspiracion du sien. Greuze n'est jamais allé à Ferney, et il n'aura vu Voltaire qu'au retour de celui-ci, en 1778. Mais il est presque impossible d'admettre qu^l ait fait ce petit portrait sur une des nombreuses estampes qui couraient; la ressem* blance est frappante, et l'artiste s'en est plus préoccupé et l'a plus recherchée qu'on ne Teût attendu de Greuze. Au surplus, il se rattrape sur les autres personnages qui ne diffèrent en rien, enfants et parents, de son monde rose et bouffi. Ajoutons même que cette servile soiunission à un type immuable est un des arguments les plus sérieux à opposer à ceux qui élèveraient des doutes sur l'authenticité de la toile. C'est bien là un Greuze, ou la copie d'un tableau de Greuze; mais, dans cette dernière hypothèse, où serait l'original? Quoique durant quelques années il eût pris le parti de bouder les expositions, il est assez étrange sans doute qu'un tableau du peintre de V Accordée de village ait pu demeurer ignoré jusqu'à ce jour. Celui-ci a passé, toutefois, dans des ventes et doit figurer sur des .catalogues de ventes ; mais si les traces en subsistent, elles sont insuffisantes pour aidera découvrir ces pièces probantes*. L'œuvre, paraîtrait-il, nous revient d'Amérique, où elle a dormi une quarantaine d'années*. Disons, en somme, qu'au double point de vue du sujet et de son exécution, cette toile a pour nous une importance véritable, qui légitime la place que nous lui avons consacrée.
Le nom de Greuze nous amène tout naturellement à signaler l'œuvre de Tune de ses élèves, M"* Beaulieu, dont on exalta beaucoup alors un petit tableau de trente-quatre pouces de hauteur sur vingt-cinq de largeur : la Muse de la poésie livrée aux regrets que lui cause la mort de Voltaire. Les Mémoires secrets, qui se font l'écho de l'opinion, s'étendent à satiété sur l'intelligence, la sagesse, la correction du dessin ; clair-obscur, draperies savantes, coloris vrai,
I. Nous avons donné la première étiquette avec son numéro, ii6, au milieu du châssis du haut; il en existe encore deux autres ; « Greuze, n<* 48 » ; et, en gros chiffres imprimes collés en bas, à droite de la peinture, mais en partie enlevé ce dernier chiffre : « 233 ».
a. Ce tableau est la propriété de M"« Geneviève Boilleau.
teintes habilement fondues, rien n'y manque, et cela serait au mieux s'ils ne négligeaient absolument de nous donner les moindres détails sur la composition de cette page si intéressante, à les entendre, qui prouve, en tout état de cause, qu'on aimait et admirait Voltaire dans Tatelier de Greuze^.
I. Mémoires secrets pour servir à V histoire de ia République des lettres. (Londres, John Adamson), t. XXX, p. 66; du 13 novembre 1785.