L'abbé Morellet, Mémoires (Ladvocat, i8ai), 1. 1, p
j)6 £SSAI D'ICONOGRAPHIE VOLTAIRIENNE.
l'espèce de réprobation dont Topinion avait frappé, dès rorigine, cette statue trop peu vêtue de Pigalle.
Revenons à l'œuvre de Houdon^ Nous possédons un dessin, au crayon rouge (la tète et buste), par Vincent, premier peintre du roi, daté de 1781, fait très-probablement dans Tatelier même du sculpteur« C'est une esquisse des plus remarquables, digne à tous égards de l'auteur de tant de croquis et d'études d'après les maîtres italiens, particulièrement Raphaël^^ dont on admira dans leur temps l'exactitude et la beauté. (H. o",5o. L. o",38.) Ce crayon a» du reste, été gravé par Miger (H. o",i8. L. o™,i6) et Jault (12 centimètres). Nous nous sommes abstenu de parler, plus haut, d'un buste autre que celui qui figurait au livret de 1779, la tête ceinte d'une bandelette, les épaules recouvertes d'une draperie ; parce que cette tète et ce buste ne sont, en réalité, qu'un emprunt fait à la partie supérieure de la statue assise. L'original, transporté au musée de Versailles, par ordre du roi Louis-Philippe, en 1834, se trouve au rez-de* chaussée, n° 851. Il a été dessiné par Moreau et gravé par Alexandre de Saint-Aubin (1784), Alexandre Tardieu (1784-18 17) et par Biesson
Nous n'en avons pas fini avec Houdon, qui recouvrera son ardeur et sa verve, lors de la translation des cendres de Voltaire au Panthéon, en 1791. Dansle déploiement de cette pompe funèbre, où tout rappelait cette grande ombre, l'effigie du poëte était encore ce qui devait le plus impressionner les masses. Les inscriptions commémpratives, les strophes de Samsoriy chantées par les chœurs de rOpéra, ne pouvaient avoir l'effet magique d'une belle statue. Une copie de la statue assise exécutée en cartonnage doré, portée en triomphe à travers les boulevards et les quais, était saluée par les applaudissements frénétiques de la foule ; et les jeunes filles qui suivaient
î» Nous avons vu chez M. Walferdin une satue assise, enveloppée dans une sorte de voile sous lequel les formes sont demeurées saisissables. Cette pièce, que nous signai ons pour son étrangère et qui fut acquise à la veate du statuairei a trente-huit cendmècres de hauteur.
le cortège s'étaient parées de rubans sur lesq[uels elle était brodée ^ Mais Houdon ne se bornait pas à cette reproduction du Voltaire de la Comédie-Française^. Il composait pour cette solennité nationale un Voltaire en pied^ de 2 mètres de hauteur, qui mériterait mieux que d'être relégué dans les caveaux de Sainte-Geneviève, auprès du tombeau vide du patriarche de Ferney. La tête est belle, sans perruque, et ressemble à celle du buste de 1779, si ce n'est pas absolument la même. Le philosophe est enveloppé dans un vêtement large et flottant. Il tient des tablettes de la main gauche et une plume de Tautre main. L'attitude est noble, et peut--être ceux qui avaient reproché à la statue assise sa posture abandonnée, trouvèrent-ils celle-ci quelque peu raide et guindée. Telle qu'elle est, et si défavorablement placée qu'elle soit, elle arrête le regard, et Ton regrette qu'elle soit ainsi soustraite à l'observation attentive du public qui, ne pouvant pénétrer dans le caveau fermé, l'entrevoit trop insuffisamment pour la juger en connaissance de cause.
Ne quittons point ce chapitre de la sculpture avant d'avoir mentionné sommairement les quelques œuvres inspirées par un enthousiasme qui avait gagné tous les rangs de cette société, déjà si impressionnable et qu'allaient bientôt surexciter et passionner des préoccupations d'un autre ordre. A la date du 1$ février 1786, on lisait dans les Nouvelles à la main : « On parle beaucoup d'une statue de Voltaire qu'on voit au Louvre, oii ce grand homme est représenté dans le costume antique ; elle est groupée avec une autre de grandeur naturelle, d'une nymphe qui le couronne {sic). Ces deux morceaux, destinés au marquis de Villette, sont l'ouvrage d'un artiste sourd et muet de naissance : ce qui en rend le mérite plus recommandable