‹ Iconographie voltarienne: histoire et description de ce qui a e?te? publie? sur Voltaire par lChapitre 25 sur 35 · DUVIVIER · texte numérisé non relu

DUVIVIER

Paris, ce 27 prairial, Tan IV (mercredi 15 juin 1796).

I. Cette spoliation (et c'en était une, et des plus iniques, puisque Iss psnsions n'étaient que le résultat d'abandons annuels sur les honoraires de chacun) avait été l'objet de revendications inutiles, de la part des comédiens, qui avaient présenté à la Conve;itio:i une pétition retournée au comité d'instruction publique, par lui approuvée et apostillée pour être renvoyée au liquidateur de la dette publique. Mais le liquidateur s'écait vu tout aussitôt arrêté « parce que les loix générales sur les pensions de l'Eut ne s'accordoient pas avec les titres particuliers des rentes duos aux anciens artistes, sur le timpj du sarvice », un 2 pure question de forme : Brid'oison s'étiit fait républicain et sans-culotte. Archives de la Comédie. Remis par les artistes du Théâtre-François au ministre de l'intérieur. Le 23 messidor, an IV (lundi II juillet 1796).

Avec moins de générosité, Duvivier eût pu embarrasser les requérants qui, tout en protestant, contre l'intention qu'on leur prétait de vendre la statue de Houdon pour acquitter les dettes de la société, négociaient bien, il en faut convenir, quelque chose de pareil. Sans doute ils n'étaient pas gens à mettre à l'encan « ce prix de leurs travaux » ; et, s'ils n'en étaient pas moins résolus à s'en séparer, c'était avec l'arrière-pensée d'attendrir et de gagner ceux dont dépendait le sort de ces derniers débris de l'ancienne comédie dépouillés, persécutés à une époque de la vie oii l'on ne refait point son existence. Cette offre de la statue de Voltaire à la Nation n'était pas un don gratuit, et son abandon, ainsi considéré, accusait plus la dureté des temps que le cœur de cette association elle-même si éprouvée.

Munis de la lettre de Duvivier, les artistes du Théâtre-Français adressaient au ministre de l'intérieur un mémoire de sept grandes pages in-folio, signé par les citoyens Dazincourt, Fleiu-y, Saint-Prix, Saint-Fal et Naudet * . La réponse ne se faisait pas attendre. Quoique favorable par le fond, elle est pointue, quant aux termes, et afiècte un scepticisme blessant à l'égard des assertions de ces artistes dont le grand crime était d'être de médiocres républicains.

tt D'après le mémoire que vous venez de m'adresser, citoyens, leur disait-il, et qui est arrivé après la décision que j'avois prise, je crois devoir vous laisser la disposition de la statue de Voltaire, qui étoit réclamée comme propriété nationale et que je m'étois proposé de placer de la manière la plus convenable. La question de l'i/ir^/itaire n'est pas résolue par vos réponses, et la lettre du citoyen Duvivier est en contradiction avec une déclaration faite par lui aux citoyens Houdon, sculpteur, et de Wailly, architecte, laquelle portoit que la statue en question n'étoit point votre propriété ' . Je m'en tiens à la lettre

I. Ce mémoire ne s^est point retrouvé dans le dossier de la Comédie; il fut acquis en mai 1845, dans une vente d'autographes, par le baron Taylor. V Illustration^ du 31 oct. 1846,

3. Cette allusion du ministre 1 une ancienne querelle dont les comédiens tembUicit

avoir perdu jusqu'au souvenir, est un témoignage de plus de la générosité du mari de M"»* Denis.

quMl VOUS a écrite ; mais je vous avoue que je la fortifie de la confiance que vous inspirez et de la persuasion que vous donnerez à ce monument une destination digne de lui *. »

Cette décision ne tranchait pas la question des pensions de retraite, une question de vie ou de mort pour les illustres vétérans de Tancien théâtre. L'offre de céder à la Nation la statue de l'auteur de Brutus et de Rome sauvée, les comédiens, en dépit de leur rhétorique, ne l'entendaient qu'à la condition que la Nation se chargerait, en revanche, de réparer leurs ruines et de les aider à combler un arriéré dont ils étaient les victimes sans en avoir été les auteurs. Le cadeau parut sans doute trop cher à ce prix au ministre, qui préféra ne pas troubler les pauvres gens dans une propriété d'ailleurs indiscutable. La Comédie garda donc sa statue et la transporta, lorsqu'il lui fallut encore une fois cher? cher un autre abri, de la salle Gennain au théâtre de la République.

Mais ce qui ressort de tout cela, c'est cette fatalité qui ne cesse de s'attacher à cette ombre inquiète, à laquelle la tombe et le temps n^auront apporté ni l'apaisement ni l'oubli. La Harpe remarque, à ce propos, que les monuments érigés à la gloire de Voltaire n'auront été que des pierres de scandale. « La statue exécutée par Pigalle, aux frais des gens de lettres, dit-il, n'a jamais pu être placée ailleurs que chez M. d'Hornoy, son neveu. C'était bien la peine que tout ce qu'il y a de plus illustre en France fît une souscription pour accorder un honneur sans exemple au plus grand poëte du siècle, et élever un monument qui devait être enseveli dans la bibliothèque d'un président aux enquêtes*. » Mais elle ne devait pas y rester; le neveu de Voltaire en faisait présent, en 1806, à l'Institut, qui la plaça dans sa bibHothèque% en face de la porte d'entrée, dans un jour douteux, maussade, en accord avec la mauvaise fortune et

I. Archives de la Comédie. Le ministre de l'intérieur aux artistes du Théâtre- Français Paris, le 15 messidor, an IV de la République une et indivisible (dimanche 3 juillet 1796). 5* division. Bureau des Musées et Bibliothèques.

a. La Harpe, Correspondance littéraire (Paris, Migneret), t. IV, p. 150.

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