‹ Iconographie voltarienne: histoire et description de ce qui a e?te? publie? sur Voltaire par lChapitre 7 sur 35 · L'uQ des frères Cramer, de Genève · texte numérisé non relu

L'uQ des frères Cramer, de Genève

3. Nous serions porté à croire que c'est au contraire sur cette lettre de Voltaire que d'Olivet écrivit celle que nous venons àz citer, et qui serait alors de 1757 au lieu de 1756.

portrait de votre oncle pour rAcadémie française? D^Alembert se chargera de le donner, puisqu'on le demande. Je Tai promis, et je vous prie de dégager ma parole. )> Il ressort de ces dernières lignes que Voltaire avait déjà renoncé à Tespoir d'obtenir de sa nièce la copie de La Tour, et qu'il l'allégeait à cette date du plus gros de la besogne,

D'Argental voyant l'Académie solliciter le portrait de l'auteur de la Henriadcy jugea qu'il avait autant et plus de droits à une telle faveur, et pressa son ami de ne pas le traiter moins bienveillamment qu'elle. D'Argental, par son dévouement, les incessants services qu'il rendait, n'était pas indiscret en requérant cette petite preuve d'affection qui ne devait pas, du reste, lui être refusée. « Le portrait que vous daignez demander, mon cher ange, lui répondait Voltaire du ton le plus affectueux, est celui d'un homme qui vous est bien tendrement uni, et qui ne regrette que vous et votre société dans tout Paris, L'Académie aura la copie du portrait peint par La Tour. Il faut que je vous aime autant que je le fais, pour songer à me faire peindre à présent (19 novembre 1757). » Le tableau est fait, et envoyé, et reçu. D'Argental, tout en remerciant son vieil ami du cadeau, avoue qu'il a de la peine à croire le portrait ressemblant et ne lui cache point qu'il n'est pas de nature à flatter l'amour-propre de l'original. « Je n'en ai point sur mon portrait, réplique le poëte (à la date du 24 mai 1758), c'est d'amour-propre dont je parle. Vous dites que le portrait ne me ressemble pas; vous êtes la belle Javotte, et moi le beau Cléon. Vous croyez donc qu'après huit ans, la charpente de mon visage n'a point changé. Je vous jure en toute humilité que le portrait ressemble. Je le trouve encore bien honnête à mon âge de soixante-quatre ans; et si vous vouHez vous entendre avec mon patron d'Olive t, pour en faire tirer une copie et la nicher dans l'Académie, au-dessous de la grosse et rubiconde face de l'abbé de Bernis, vous empêcheriez nos amis les dévots de dire qu'on n'a pas osé mettre la mine d'un profane comme moi au-dessous du plus gras des abbés. » Voltaire se trompe dans cet intervalle de huit années qu'il assigne à leur séparation. Il avait

quitté, il est vrai, la France en 1750; mais il avait revu un instant ses anges aux eaux de Plombières, en 1754. Il semble avoir renoncé à cette copie de La Tour, dont il avait chargé, puis dégagé sa nièce. Dans une nouvelle lettre du 16 juin, revenant sur son portrait que d'Argental s'obstinait à trouver affreux : « Je vous jure, reprenait-il, que je suis aussi laid que mon portrait; croyez-moi. Le peintre n'est pas bon, je Tavoue; mais il n'est pas flatteur. Faites-en faire, mon cher ange, une copie pour l'Académie. Qu'importe, après tout, que l'image d'un pauvre diable, qui sera bientôt poussière, soit ressemblante ou non? Les portraits sont une chimère comme tout le reste. » Les choses en ces heureux temps n'allaient pas à toute vapeur, par la meilleure des raisons ; l'on en agissait un peu comme si l'on eût été immortel. A ce titre, au moins, Voltaire avait quelque excuse. Il est pourtant plus pressé que tous ceux qui l'entourent. Et il écrivait encore, le 25 novembre 1760, à l'ange gardien : « A propos d'Académie, ne voudriez- vous pas avoir la bonté de lui donner mon portrait? Qu'importe qu'il soit mal ou bien.»^ Je n'irai pas me faire peindre à soixante et sept ans. Il s'agit seulement que Fréron ne soit pas en droit de dire qu'on n'a pas voulu de moi à l'Académie, même en peinture. » Mais ce portrait, quel est-il? et où est-il? Voilà encore un problème à résoudre.

Parmi les nombreuses reliques pieusement conservées par le comte d'Argental, M™* de Vimeux, sa légataire, mit la main sur un portrait du patriarche de Ferney qui ne valait guère mieux que cette toile dont « l'ange gardien » s'était montré si médiocrement satisfait. Le poëte est en déshabillé du matin, le cou nu, un mouchoir sur la tête. Bien que la coiffure ne fût pas avantageuse, on ne saurait dire le nombre de portraits d'hommes, au xviii' siècle, ainsi attifés, parmi les gens de lettres surtout. Le portrait de Fontenelle par Rigaud, celui de La Motte par Ranc, celui de Pope par Kneller, ceux de Gentil-Bernard* par Nattier, et de Carie Vanloo par lui-

I. Nous dîtons : Gentil-Bernard, pour nous conformer ù la légende. Il paraît que c'est.

même, n^ont point d'autre coiffure, et sont peints la tête ligaturée dans une serviette : c^était la mode. Bachaumont dira à propos du beau portrait de Gluck, par Duplessis : « Tout ce que j'y critiquerois, c-est la perruque, accessoire dans le costume, sans doute, mais non essentiel. Il n'auroit pas été contre l'usage de le montrer tête nue ou enveloppée simplement d'un mouchoir, attribut plus pittoresque*. » De pareils portraits ne s'accrochent pas dans le boudoir d'une maîtresse; c'est à l'amitié moins exigeante à cet égard qu'ils s'adressent. Nous ne connaissons le tableau que par une photographie de A. Faucheur (1862), au bas de laquelle on nous donne les noms des personnes dans les mains de qui la toile a successivement passé : M"" de Vimeux d'abord, puis MM. Reynaud, Regny, Bodin et Bonvalet. Mais 011 est-elle allée en dernier lieu; et quel est son présent détenteur? Quelque méchante que soit la photographie, la figure semble être celle d'un homme plus jeune que Voltaire en 1758, et, malgré certaines coïncidences, nous doutons que ce tableau soit le portrait que l'auteur de la Henriade dépêchait à son ami, en le priant d'en faire tirer une copie pour l'Académie française. Ce souhait ne devait point, en tout cas, avoir sa réalisation.

Que devinrent tous ces portraits lors de la dispersion de la docte assemblée emportée par le flot révolutionnaire comme tout le reste? Un grand nombre disparurent, mais on en retrouva pourtant une certaine quantité dans les combles du Louvre, et ils furent rendus à l'Académie reconstituée, qui, n'ayant point d'emplacement suffisant, ne sut trop qu'en faire. Lorsque le roi Louis-Philippe songea à transformer le château de Versailles en un Musée national, l'un des Quarante (M. Le Brun, croyons-nous) suggéra la pensée, qui fut saisie avec empressement, de les offrir à l'établissement naissant; et c'est de la sorte que le portrait de Voltaire y figure parmi beaucoup d'autres, au deuxième étage (n* 2987). Mais ce n'est ni le pastel de

encore là une attribution erronée, et qu'il faut lire : Gauffecourt. Sieurin, Manuel d*Illustrations de l'amateur (Labitte, 1875), p. 11.

Page 1